Évaluer maintenant les stocks de fourrages pour optimiser l'alimentation hivernale

Afin de prévoir les pénuries de fourrages et de prendre les mesures nécessaires pour les éviter, il est utile de comprendre bien avant l'hiver comment évaluer les réserves d'aliments pour le bétail dont on dispose. Sans cette information, on risque de se retrouver dans une situation où les coûts d'alimentation animale sont plus élevés que prévus ou de faire face à des problèmes de productivité. Cependant, si l'on peut prévoir des pénuries dans les réserves hivernales de fourrages, certaines stratégies contribuent aider à prolonger les stocks dont on dispose, ce qui permet ainsi d'éviter des changements soudains dans les rations. Deux types de renseignements sont particulièrement utiles dans l'évaluation des stocks de fourrages, en vue d'établir si les réserves sont suffisantes pour la période d'alimentation hivernale :

  • La quantité et la qualité des réserves de fourrages.
  • Les besoins alimentaires des animaux.

Évaluation des réserves de fourrages

Le fait de connaître la quantité de fourrages entreposés sur la base de la teneur en matière sèche permet de comparer avec précision la quantité des réserves de fourrages par rapport à la consommation prévue par le bétail. Le poids et la teneur en humidité sont les deux variables requises pour calculer la quantité totale de matière sèche dans une balle entreposée. Il est important de se rappeler que ces variables peuvent différer selon les lots et d'une coupe à l'autre. On peut mesurer la teneur en humidité à l'aide d'un testeur Koster, d'un four à micro-ondes (moins précis), ou faire appel à un laboratoire d'analyse. Le Tableau 1 fournit un exemple d'évaluation des réserves de foin en balles.

Tableau 1. Exemple de calcul des réserves de foin en balles.

Type de foin Humidité (%) Poids moyen par balle (lb) Nombre de balles Matière sèche par balle (lb) Matière sèche totale (lb)
1re coupe de foin sec - production de la ferme
12
1000
125
880
110 000
1re coupe de foin sec - acheté
14
900
40
774
30 960
2e coupe, foin emballé - production de la ferme
55
1400
80
630
50 400
Matière sèche totale (lb)
191 360

Adapté de Hamilton, Kyle et Potter (2007).

La quantité de fourrages contenus dans un silo-couloir peut être calculée si la capacité du silo, le type d'aliments et la densité des fourrages entreposés sont connus. La densité des fourrages peut être mesurée en prélevant des échantillons au centre du silo et en les comparant à la superficie connue de fourrages retirés du silo-couloir. On peut aussi estimer la densité des fourrages du silo en ayant recours aux tableaux fournis sur le site Web de la University of Wisconsin Team Forage, qui traite traitant de la récolte et de l'entreposage.

À titre d'exemple, un silo-couloir rempli mesurant 20 pi x 12 pi x 40 pi possède un volume de 9?600 pieds cubes (largeur x hauteur x longueur). Si la densité de l'ensilage est de 45 lb/pi3 (tel que servi aux animaux), le poids total des fourrages ensilés est de : 9?600 pi3 x 45 lb/pi3 = 432?000 lb (tel que servi). À une teneur en humidité de 65 %, le poids exprimé en matière sèche est de 151?200 lb.

Le site Web de la University of Wisconsin Forage Team présente d'excellents calculateurs qui sont utiles pour estimer la quantité de fourrages ensilés entreposés, y compris un calculateur de la capacité de l'ensilage en tas, un calculateur des dimensions de l'ensilage en tas, un autre sur la densité du silo-couloir et encore un autre sur les dimensions du silo-couloir. On peut consulter ces ressources sur le site suivant : www.uwex.edu/ces/crops/uwforage/storage.htm (en anglais).

Besoins alimentaires des animaux

Les exigences alimentaires des animaux dépendent du type de bétail (vaches, veaux sevrés, bouvillons d'un an, etc.) et du nombre d'animaux de chacune de ces catégories. En général, l'expérience permet d'estimer la consommation de matière sèche aux différents stades de production (tableau 2).

Tableau 2. Consommation approximative de fourrages par les bovins (en % de poids vif)

  Paille et fourrages de faible qualité Fourrages de qualité moyenne Fourrages de bonne qualité
Bovins en croissance-finition 1,0 1,8 -2,0 2,5 -3,0
Vaches matures taries et taureaux 1,4 -1,6 1,8 -2,0 2,3 -2,6
Vaches en lactation 1,6 -1,8 2,0 -2,4 2,5 -3,0

Adapté de Okine et Yurchak (2004).

Le tableau 3 donne un exemple de calcul des besoins totaux en fourrages pour le troupeau.

Tableau 3. Exemple de calcul pour estimer les besoins en fourrages, en présumant un apport de foin de bonne qualité de 2,5 % du poids vif (matière sèche/jour).

Type d'animal Nombre d'animaux Poids moyen (lb) Durée de la période d'alimentation (jours) Fourrages requis par tête par jour (lb de MS) Total des fourrages requis durant la période d'alimentation (lb de MS)
Vaches taries
70
1300
270
32,5
614 250
Génisses de remplacement saillies
11
900
270
22,5
66 825
Génisses de remplacement sevrées
10
600
270
15
40 500
Total des fourrages requis durant la période d'alimentation (lb)
721 575

Adapté de Hamilton, Kyle et Potter (2007).

Selon le tableau 1, la qualité des fourrages aura un effet sur les besoins en grains et en suppléments. La consommation de fourrages de moins bonne qualité est limitée en raison de leur digestibilité plus lente, ce qui entraîne probablement la nécessité d'offrir une supplémentation en grains pour répondre aux exigences énergétiques de l'animal. Les conditions environnementales vont aussi influer sur les besoins en suppléments. Ainsi, les exigences énergétiques des bovins augmentent habituellement en hiver en raison des températures froides, de l'humidité et du vent.

Autres facteurs importants

Bien que l'on puisse estimer approximativement les apports en fourrages selon l'expérience pour évaluer les stocks et la consommation, il est important de connaître aussi la qualité des fourrages. Il est recommandé de faire analyser les aliments du bétail et d'avoir recours aux conseils d'un spécialiste en nutrition pour la formulation des rations afin de s'assurer de répondre aux besoins nutritionnels des animaux et de réduire au minimum le coût des intrants. On doit aussi tenir compte des risques de gaspillage dans l'estimation des stocks en réserve. Les pertes de matière sèche pour les balles de foin sec recouvertes, rangées en hauteur ou sur un plateau, peuvent atteindre de 4 à 17 %, alors qu'elles varient de 5 à 61 % pour les balles de foin sec non recouvertes entreposées sur le sol. Le tableau 4 présente des données sur les pertes types associées à diverses méthodes d'entreposage de fourrages ensilés.

Tableau 4. Pertes types associées à diverses méthodes d'entreposage.

Type de silo Humidité (%) Pertes totales de MS (%)
Sacs d'ensilage
60-70
9-14
Balles d'ensilage enveloppées
50-60
15-20
Tour verticale
65
13-19
60
11-17
50
11-17
Couloir, non recouvert
70
24-34
60
30-43
Couloir, recouvert
70
16-23
60
18-34
Tas, non recouvert
70
37-47
60
45-58
Tas, recouvert
70
17-27
60
21-34

Adapté de Holmes et Muck (2000).

En cas de pénurie de fourrages...

Si l'on estime qu'on manquera de fourrages, il vaut mieux envisager de recourir à des stratégies qui permettront d'étirer les réserves :

  • Prolonger la saison du pâturage ou recourir à d'autres options de pâturage. Si les conditions le permettent, on peut prolonger la saison du pâturage en utilisant des réserves d'herbage sur pied, des chaumes de maïs ou des cultures de couverture à l'automne. Plus les bovins se nourrissent longtemps au pâturage, moins on aura besoin de fourrages entreposés durant les mois d'hiver. Envisager les possibilités de pâturage à forfait ou de location de terres pour y semer des cultures de couverture à faire brouter. Le pâturage en bandes peut aussi contribuer à réduire le gaspillage et à tirer profit au maximum des fourrages pouvant être broutés. Prenant l'exemple des 70 vaches de boucherie du tableau 2 ci-dessus, la quantité de fourrages entreposés requise pour la période d'alimentation peut être réduite de 68,250 lb (matière sèche) si l'on prolonge la période de pâturage de 30 jours à l'automne.
  • Réduire le gaspillage et les résidus durant l'alimentation et l'entreposage. Un entreposage approprié peut réduire les pertes d'éléments nutritifs et de matière sèche. Le gaspillage pendant que les animaux s'alimentent peut être réduit en utilisant des mangeoires qui limitent les pertes.
  • Acheter d'autres aliments ou trouver d'autres sources d'approvisionnement en fourrages. Collaborer avec le nutritionniste ou le conseiller en alimentation animale afin de trouver des ingrédients rentables à inclure dans les rations en vue d'étirer les stocks de fourrages. Les coûts de transport, la teneur en matière sèche, la capacité d'entreposage et la durée de vie du produit doivent tous être pris en compte lorsqu'on songe à utiliser d'autres ingrédients dans l'alimentation.
  • Réduire le stress causé par l'humidité et le vent. L'exposition des animaux aux éléments augmente les besoins énergétiques et la demande en matière sèche.
  • Sevrer les veaux plus tôt. Le sevrage hâtif des veaux réduit la demande d'énergie des mères et contribue à prolonger la durée des fourrages dans les pâturages. Les avantages du sevrage hâtif doivent être évalués en fonction des prix du marché pour les veaux au cours de l'année en question.
  • Mise à la réforme. Faire abattre d'abord les vaches et les génisses non saillies, puis les vaches et les taureaux présentant des problèmes de santé, de conformation et de productivité.

Références

Hamilton, T., Kyle, J. et Potter, B., Remédier au manque de fourrages dans les fermes bovines, Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2007.

Holmes, B., Making a Feed Inventory, University of Wisconsin-Madison, 2012.

Holmes, B. et Muck, R., Preventing Silage Storage Losses, University of Wisconsin-Madison, 2000.

Okine, E. et Yurchak, T., Beef Ration Rules of Thumb, gouvernement de l'Alberta, 2004.


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