La gestion des taureaux après la saison de la reproduction

Durant la saison de la reproduction, les taureaux peuvent perdre de 100 à 200 livres. Pour obtenir des cycles de vêlage précis qui permettent d'obtenir à la fois des lots de veaux uniformes et un veau par vache par année, il est nécessaire de disposer d'une saison de reproduction d'environ 63 jours. Cela signifie que pour un taureau mature qui dessert 36 vaches ou plus simultanément, il reste peu de temps pour l'alimentation et le repos au cours de cette période d'intense activité. Il est tout à fait compréhensible qu'à la suite de ce niveau d'effort, la récupération après la reproduction puisse prendre de quatre à huit mois. Il est indispensable pour les taureaux de disposer d'une bonne période de récupération afin qu'ils soient aptes et prêts pour la prochaine saison de reproduction. Cette récupération est importante à tout âge, mais on doit porter une attention particulière dans le cas des jeunes taureaux qui sont encore en croissance (c.-à-d. ceux qui ont moins de 36 mois).

Les taureaux matures qui sont en bon état à la fin de la saison de reproduction vont facilement reprendre le poids perdu s'ils ont accès à des pâturages de bonne qualité et, par la suite, à des fourrages également de qualité durant l'hiver (foin), sans qu'ils aient besoin de grains ou de supplémentation. Il est préférable de donner du foin de qualité contenant environ 8 à 10 % de protéine brute. L'objectif est de parvenir à la cote idéale d'état de chair des taureaux, soit 2,5 à 3, pour le début de la saison de reproduction, sans qu'ils soient trop gras. Un taureau trop en chair au début de cette saison aura une faible numération des spermatozoïdes et une plus faible activité sexuelle qu'un taureau dont l'état de chair est optimal. Les taureaux qui sont minces à la fin de la saison de croissance peuvent avoir besoin d'une supplémentation en grains pour faciliter leur reprise de poids. La quantité de grains à donner dépendra des qualités nutritives des pâturages et des autres fourrages disponibles après la saison de croissance.

Les jeunes taureaux sont encore en croissance, et doivent donc avoir accès à des pâturages de bonne qualité après la saison de reproduction. Une supplémentation en grains peut ou non être nécessaire selon la qualité et la quantité de pâturages disponibles. Il est important de connaître l'état de chair et les résultats d'analyse des fourrages avant le début de la période d'alimentation hivernale. Selon ces résultats, on peut formuler un programme d'alimentation hivernale qui permet aux jeunes taureaux de prendre de 1½ à 2 livres par jour selon l'ampleur de la perte de poids qu'ils ont subie durant la saison de reproduction. Les régimes d'alimentation hivernaux devraient idéalement présenter une teneur en protéine brute d'environ 10 à 12 %.

Dans les exploitations où il y a deux saisons de vêlage (une au printemps et l'autre en automne), les éleveurs se retrouvent souvent à faire une double utilisation de leurs taureaux. Dans ce cas, les taureaux doivent retrouver leur état de chair au cours de la courte période qui séparer les deux saisons de reproduction. Il est alors important que les éleveurs planifient la gestion des taureaux après la reproduction et s'assurent que ces derniers aient accès à la fois à des pâturages de qualité et à une supplémentation en grains afin qu'ils reprennent leur forme le plus rapidement possible. Les jeunes taureaux ne sont peut-être pars le meilleur choix pour ce genre de système, car il est possible qu'ils aient à prendre plus de 2½ lb par jour pour retrouver leur état de chair entre les saisons de reproduction, selon l'ampleur de la perte de poids subie.

Quand les taureaux sont gardés dans un parc ou à l'intérieur après la reproduction, on doit leur offrir suffisamment d'espace pour leur permettre de faire de l'exercice. L'exercice quotidien est nécessaire pour que le taureau acquière l'endurance dont il aura besoin au cours de la saison de reproduction suivante. Le simple fait de placer l'abreuvoir et la mangeoire dans des côtés opposés de l'étable ou du parc obligera le taureau à marcher entre les stations et de faire ainsi de l'exercice chaque jour. Il faut se montrer vigilant si l'on met plusieurs taureaux en présence après la saison de reproduction. L'intégration doit se faire lentement afin d'éviter les batailles.

Pour assurer le succès de la saison de reproduction, il est très important de vérifier attentivement la performance des taureaux reproducteurs lorsqu'ils sont en présence des vaches. On doit surveiller le comportement du troupeau durant l'œstrus ainsi qu'observer les vaches qui sont saillies pour vérifier si elles sont encore en chaleur environ 21 à 45 jours plus tard. Il est crucial aussi de repérer et de corriger une situation où le taureau serait infertile ou présenterait une infertilité subclinique. Dans un tel cas, le remplacement du taureau ou le recours à l'insémination artificielle synchronisée sont peut-être nécessaires afin de ne pas gâcher la saison de reproduction en cours et d'éviter des problèmes pour les prochaines saisons.

Plusieurs facteurs doivent être pris en compte au moment de décider de réformer un taureau de boucherie. L'échec de reproduction est la principale raison de réformer ces taureaux, ce qui est malheureusement dépisté uniquement parfois lorsque les vaches sont examinées. Cette situation peut avoir de lourdes répercussions négatives sur la production de veaux de l'année suivante ainsi que sur les revenus en raison de la diminution des ventes de veaux. Il est donc impératif de vérifier les résultats du troupeau reproducteur afin de prévenir rapidement qu'un taureau présentant une infertilité subclinique ait un effet désastreux sur la reproductivité du troupeau.

On peut aussi décider de réformer un taureau en raison de son âge. En vieillissant, un taureau devient moins actif et ses performances reproductives diminuent. Il arrive souvent aussi qu'on doive réformer un taureau pour des raisons de sa santé, concernant particulièrement ses pattes et ses sabots, lesquels devraient être examinés après la saison de reproduction. Les blessures éventuelles doivent être traitées, et on devra évaluer si elles peuvent guérir suffisamment pour permettre au taureau de bien performer l'année suivante. Quand on estime que les traitements risquent de ne pas réussir, il est préférable de prendre rapidement une décision afin de planifier les mesures à mettre en place pour la prochaine saison de reproduction. On doit aussi vérifier comment les plus vieux taureaux se déplacent afin de repérer si l'arthrite devient problématique.

Alors que la question du remplacement des vaches de boucherie peut se résoudre simplement en gardant les génisses nées à la ferme, il est important de réformer les taureaux pour éviter la consanguinité. Cet aspect est moins grave dans les exploitations comportant de nombreux taureaux, mais il reste important de tenir de bons registres de reproduction pour prévenir la consanguinité.

Les éleveurs doivent aussi prendre note du degré de dystocie (vêlage difficile) qui peut être attribuée à un taureau en particulier. Certains cas ne sont pas évidents à détecter au début, mais avec le temps avec les changements qui surviennent au sein du troupeau de vaches avec l'arrivée de nouvelles reproductrices de génétique différente, la dystocie peut devenir un problème. La première cause de dystocie est une inadéquation maternelle-fœtale, c'est-à-dire que le veau est trop gros pour la vache au moment du vêlage pour naître facilement. Le poids à la naissance, lequel détermine la taille de l'animal, est fortement génétiquement déterminé par la lignée mâle.

Le tempérament des taureaux peut en outre changer et un taureau qui était doux au début peut devenir agressif et dangereux avec le temps. Quels que soient la qualité des veaux ou le nombre de veaux qu'un taureau génère, un taureau agressif et dangereux doit toujours être réformé et le plus tôt sera le mieux.

Finalement, les éleveurs doivent aussi tenir compte de la qualité des veaux produits. Bien qu'on insiste beaucoup sur la capacité d'une vache à produire une progéniture de qualité, on doit se rappeler que 50 % de ce trait provient du taureau. Les éleveurs doivent évaluer attentivement si la qualité médiocre d'un veau dépend de la vache ou du taureau. À cette fin, ils peuvent comparer la qualité des veaux produits par les vaches ayant été saillies par le même taureau. Lorsque dans l'ensemble, ces veaux sont de bonne qualité, la qualité médiocre d'un veau du lot dépend probablement de la génétique de la vache plutôt que du taureau. Dans le cas inverse, la décision de réformer le taureau sera principalement de nature économique. Il faudra alors établir si l'acquisition d'un nouveau taureau permettra d'améliorer suffisamment la qualité des veaux pour en justifier le coût.

Une fois la saison de reproduction terminée, il est important de commencer à prendre des mesures pour que les taureaux reproducteurs retrouvent leur bonne forme. Dans la plupart des cas, l'accès à du pâturage de qualité puis à de bons fourrages d'hiver suffit. La fin de la saison de reproduction est également un bon moment de réfléchir au rôle joué par le taureau reproducteur dans l'ensemble du programme de reproduction. On doit à cette fin tenir compte de la santé du taureau, de la présence de ses filles dans le troupeau, de son tempérament, des antécédents de vêlages difficiles et de la qualité de sa progéniture pour prendre des décisions concernant la possibilité de le réformer. Idéalement, ces décisions devraient être prises aussitôt que possible une fois que la saison de reproduction est terminée afin de disposer de plus de temps pour rechercher et trouver le meilleur sujet de remplacement.

Références

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