Peut-on le faire avec de l'herbe?

Avec l'intérêt accru porté au bœuf nourri à l'herbe, plusieurs se demandent s'il est possible de finir l'engraissement du bétail au pâturage sans supplément de grain. La réponse est oui, mais sous certaines conditions. Lorsque vous finissez du bétail à l'herbe, gardez à l'esprit que le marché n'est généralement pas à la recherche d'une couverture de graisse aussi importante que celle que l'on retrouve normalement chez le bétail nourri au grain. Si votre but n'est pas de finir l'engraissement des bovins, mais plutôt de les laisser atteindre leur poids maximal au pâturage, alors les principes de gestion des pâturages restent les mêmes.

D'abord et avant tout, quelle est la qualité du pâturage? Pour obtenir un rendement optimal, vous avez besoin de beaucoup de pâturages de bonne qualité. Cependant, contrairement aux fourrages et aux grains entreposés, les producteurs n'ont pas souvent une bonne évaluation de la qualité de leurs pâturages. Comme les animaux consomment directement les pâturages à mesure qu'ils poussent, ils ne sont jamais récoltés officiellement ni analysés.

La qualité et la valeur énergétique des fourrages et des grains entreposés sont connues, soit par l'analyse des aliments ou à partir de normes de classement et d'analyses nutritionnelles cohérentes établies de longue date. Même s'ils sont souvent produits à la ferme, vous avez toujours une bonne idée de la qualité des aliments, en particulier dans le cas des grains.

La composition des pâturages comporte un large éventail d'espèces, y compris un certain nombre de mélanges de légumineuses et de graminées, et chaque espèce a une valeur nutritive différente. Il y a aussi le facteur de la maturité; les pâturages peuvent être luxuriants et herbacés ou avancés en maturité et ligneux. Il est évident que les pâturages luxuriants et herbacés constituent un aliment de qualité supérieure, et que vos chances d'engraisser vos bovins avec succès sont de loin meilleures avec ce type de pâturage qu'avec un pâturage avancé en maturité et ligneux. Cette gamme de qualités influence grandement les performances des animaux, notamment dans le cas de ceux qui nécessitent plus qu'une ration d'entretien.

Dans un projet de recherche mené au Collège d'agriculture de l'Ontario dans les années 1960, on a déterminé la qualité des fourrages à divers stades de croissance. Pour la luzerne, la plage allait d'aussi haut que 20,8 % de protéine brute (PB) et 70,6 % de digestibilité in vitro (D.I.V.) chez les jeunes plants à aussi bas que 15,6 % de PB et 60,1 % de D.I.V. chez les plantes plus matures. Dans le cas du dactyle pelotonné, la protéine variait de 13,3 % à 6,6 % et la digestibilité de 74,7 % à 51,8 %, démontrant bien que la valeur nutritive de la plante diminue au fur et à mesure qu'elle mûrit. Le mil et le brome ont enregistré des baisses de qualité similaires au dactyle (tableau 1). Lorsque la digestibilité d'un fourrage diminue, sa consommation diminue également. C'est une baisse à double effet, car les animaux mangent moins d'aliments de qualité inférieure, ce qui entraîne de piètres performances. Pour réussir la finition des bovins, ils doivent consommer des fourrages de qualité en grande quantité. Si les pâturages sont gérés de sorte que les plantes sont consommées en quantité maximale au stade herbacé, d'excellents gains de poids et de production sont réalisables.

Tableau 1 : L'effet de la progression de la maturité sur la qualité de quatre espèces fourragères1.

  Luzerne Vernal* Mil Climax Dactyle Frode Brome Saratoga
% DIV % PB % DIV % PB % DIV % PB % DIV % PB
Gonflement 70,6 20,8 70,9 10,6 74,7 13,3 75,1 13,4
Épiaison 65,9 17,7 64,1 8,9 71,2 11,0 69,1 10,0
Floraison 63,0 16,7 56,6 6,9 61,3 8,2 59,4 6,7
Début des grains 60,1 15,6 53,1 5,7 51,8 6,6 59,7 5,8

*Luzerne - bouton moyen, première fleur, pleine floraison, début de la formation des grains
1Tiré de : Research Review of Forage Production Crop Science, CAO, 1983, R.S. Fulkerson

La deuxième condition requise pour réussir la finition de vos bovins dans les pâturages est de les exploiter adéquatement. Comment gérez-vous les pâturages et la mise à l'herbe pour atteindre ces résultats? Étaler les mises à l'herbe de manière à créer une représentation en biseau des pâturages, c'est-à-dire que le dernier pâturage consommé correspond au plus petit côté du biseau et le prochain pâturage à être consommé au côté le plus gros. Si les animaux changent de pâturage à chaque un ou deux jours, ils auront toujours accès à un fourrage frais de grande qualité qui répond aux besoins nutritionnels pour une excellente croissance. Pour favoriser la finition dans les pâturages, il faut les maintenir de sorte que les graminées fourragères soient au stade gonflement et les légumineuses au stade bouton avancé à début floraison. En conservant et en surveillant ce mode de rotation en biseau, vous aurez la possibilité d'ajuster votre programme de pâturage de manière à maintenir la qualité des pâturages de mai à octobre.

L'exemple suivant qui représente un système de 12 parcelles montre la disponibilité alimentaire en " jours-animaux par acre " pour chaque parcelle. Les animaux vont commencer à brouter dans la parcelle 1 et au moment où ils seront rendus à la parcelle 12, la repousse de la première parcelle sera suffisante pour fournir du fourrage de grande qualité et en quantité abondante (figure 1).

Graphique à barres dont l'axe x (axe horizontal) affiche les parcelles de 1 à 12 de gauche à droite. Les jours-animaux disponibles sont affichés sur l'axe y (axe vertical).

Figure 1 : Illustration de la technique du biseau pour l'exploitation des pâturages.

Les animaux sortent de la parcelle 12 (le plus petit côté du biseau) quand le fourrage est suffisamment brouté; ils passent ensuite à la parcelle 1 (le côté le plus gros du biseau) où il y a plein d'herbe. Les animaux font une rotation des 12 parcelles, de sorte que pendant qu'une d'entre elles est consommée, les 11 autres repoussent. Idéalement, quand les animaux auront fini de pâturer les parcelles de 1 à 11 et qu'elles seront prêtes à retourner dans la parcelle 12, celle-ci aura suffisamment repoussé pour être à nouveau du côté le plus gros du biseau.

Les coûts de production des pâturages permanents sont minimes et les coûts d'entretien très faibles par rapport aux cultures annuelles ou aux cultures fourragères et céréalières entreposées. En maintenant la qualité des pâturages tout au long de la saison, vous créez un programme d'alimentation au meilleur coût possible, tout en réalisant des gains comparables à tout autre programme d'alimentation. C'est l'argent qui reste dans vos poches qui détermine votre rentabilité, et non le revenu brut. Les pâturages bien gérés permettent d'avoir un résultat bénéficiaire et d'accéder au marché de niche, mais en croissance, du bœuf nourri à l'herbe.


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