La philosophie nutritionnelle des vaches de boucherie

Les grands philosophes en ont-ils appris des vaches de boucherie?

Parfois, les nutritionnistes sont en désaccord. La plupart du temps, lorsque les producteurs observent un tel désaccord, ils se demandent : " Comment est-ce possible? " Cela semble plutôt insensé dans une discipline qui compte de nombreuses tables comme celles élaborées par le Conseil national de recherches (CNR) et de recherches évaluées par des pairs. Mais ça ne l'est pas! J'ai essayé récemment de définir les philosophies qui ont guidé mon point de vue dans le domaine de la nutrition. J'ai l'impression que ma pensée est influencée par mon retour continuel au principe de simplicité, c'est-à-dire réduire la sur-formulation, utiliser la sur- formulation de façon stratégique, élaborer des rations de groupes stratégiques, et sur le fait que la vache de boucherie est un grand tampon biologique. Je crois aussi que discuter des principes directeurs d'un nutritionniste peut être utile, et peut vous renseigner autant sur le sujet de la nutrition que sur le nutritionniste.

Image d'une vache se tenant debout et dont les organes internes ont été remplacés par des engrenages.
Figure 1. La vache de boucherie n'est pas une machine, elle est un organisme biologique avec une grande capacité à contrer les effets de l'environnement.

Cinq puissantes approches

Simplifiez, simplifiez, simplifiez! - Le Dr Joe Rook a travaillé pendant de nombreuses années comme vétérinaire spécialiste des ruminants à l'Université de l'État du Michigan (MSU). Le conseil qu'il préconisait de façon continue aux producteurs était de " simplifier ". On dit souvent que l'alimentation représente une part importante du coût de production de l'élevage du bovin de boucherie. Cependant, dans une industrie où le retour sur le travail ou le retour sur la gestion est rarement abordé, le coût de la main-d'œuvre est également énorme. " Simplifier " consiste à porter un jugement critique sur les pratiques de gestion afin de réduire les futilité1 complexes ou inutiles de la ferme. L'approche du Dr Rook a touché une de mes cordes sensibles. Voici quelques exemples des idées que je préconisais :

  • Plutôt que d'utiliser des injections de sélénium à la naissance de façon systématique, juste s'assurer que le programme minéral de base contient suffisamment de sélénium (et d'autres minéraux). Les minéraux sont servis d'une manière ou d'une autre, et servir un supplément bien formulé réduit la nécessité d'apporter le sélénium à une période stressante de l'animal.
  • Grouper les animaux selon leurs besoins nutritionnels plutôt que par d'autres facteurs comme l'âge, la race, l'espèce, le stade de croissance, etc., afin de réduire les groupes de gestion d'animaux (information plus détaillée sur l'alimentation par groupe plus loin).

Réduire la sur-formulation - Comme mentionné précédemment, nous, les nutritionnistes, avons de nombreuses tables et données qui " nous tiennent à cœur ", que ce soit en format papier ou par voie électronique, et que nous utilisons dans nos logiciels de formulation de rations. L'objectif de la nutrition est d'apparier les nutriments offerts (et consommés) aux besoins de l'animal. Un détail essentiel souvent négligé est que la nutrition est appliquée à un système biologique, et qu'elle consiste en une relation dose-réponse, plutôt qu'à une relation définie par des exigences strictes.

Une approche qui a été utilisée depuis longtemps et qui est encore utilisée par certains est la sur-formulation intentionnelle, afin d'assurer que la teneur de tous les éléments nutritifs soit dépassée; c'est l'approche de la sur-formulation : " plus il y en a, mieux c'est ". En fait, une grande partie de cette mentalité est inscrite dans les règlements fédéraux. Cependant, cette approche vient avec des inconvénients financiers (coûts des nutriments) et environnementaux (émissions d'azote et de phosphore particulièrement). Même si les performances sont améliorées, la courbe de rendement décroît. Pour ces raisons, j'ai passé une grande partie de ma carrière à travailler sur des initiatives visant à mieux équilibrer la consommation de nutriments et les besoins nutritifs pour éviter toute surconsommation de nutriments, en particulier les excès de protéines et de phosphore.

La sur-formulation stratégique - On a observé que si deux nutritionnistes se trouvaient dans une pièce, vous auriez 3 opinions divergentes; alors voici la contrepartie. Je vais rapidement me contredire avec la dernière section, c'est du moins l'impression que cela va donner. Il y aura des moments où l'on peut utiliser la sur-formulation pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les besoins, ou avec la partie descendante de la courbe (plane), mais cette sur-formulation doit être stratégique.

Voici quelques exemples :

  • Il arrive qu'un ingrédient en particulier soit si bon marché par rapport à d'autres aliments que nous choisissons l'enjeu de l'inclure en excès pour le bien commun. Les bons pâturages peuvent entrer dans cette catégorie, tout comme les drêches sèches de distillerie l'ont été il y a quelques années. Dans le cas des drêches de distillerie, nous n'avons eu qu'à gérer les inconvénients des teneurs excessives en protéines, en phosphore et parfois en soufre pour exploiter la valeur économique. Mais, quand le prix de cet ingrédient change, nous devons revenir à l'équilibre, ce qui ne se produit pas souvent lorsque les personnes trouvent la " recette " du succès de la performance.
  • Dans l'idée de simplifier, nous pouvons utiliser la même ration (et le nombre de pâturages comme une ration) pour deux groupes de gestion. La ration peut en effet être sur-formulée pour un des groupes, mais le résultat final du principe de simplicité compense les inconvénients de la ration sur-formulée de l'autre groupe.

Rations de groupes - Cette philosophie concerne les trois perspectives présentées jusqu'ici, mais surtout celle de simplifier. L'approche peut être utilisée avec succès dans les pâturages ou les rations totales mélangées (RTM). Ici encore, le point est d'éviter de créer des groupes de gestion inutiles dans les pâturages ou des déplacements inutiles avec le mélangeur (ou autres aliments stockés) à l'intérieur. L'industrie laitière a fait un excellent travail en ce sens il y a environ une dizaine d'années après avoir été la première à adopter l'alimentation de la RTM. On a souvent entendu des discussions à propos de rations pour groupes de vaches " niveau élevé ", " niveau faible " ou " taries ". Plusieurs se sont probablement trop éloignés de ces normes et ont fini par trop simplifier au détriment des vaches. La clé dans ce type de regroupement est d'identifier les groupes ayant des besoins similaires sur papier et de gérer selon la note d'état corporel et les taux de gain en relation avec les spécifications de la ration à proprement parler2. En d'autres termes, il ne s'agit pas d'une utilisation aveugle de tables et de formulations; c'est plutôt fondamentalement une question d'élevage et la volonté de regrouper au besoin.

Par exemple :

  • Les vaches adultes maigres et les taures en croissance (premier et deuxième vêlage) pourraient former un groupe, et les vaches adultes avec un état de chair d'indice 3 ou plus pourraient former un autre groupe pour l'alimentation d'hiver;
  • Les vaches en lactation qui ont vêlé au printemps, leurs veaux et les taures en croissance (tous sauf les taureaux) peuvent pâturer ensemble à la fin du printemps et au début de l'été;
  • Gardez aussi à l'esprit que je suis un nutritionniste des bovins et des ovins; j'ai fait des recommandations dans plusieurs cas d'élevages combinés de bovins et d'ovins où les béliers et les taureaux pouvaient pâturer ou être nourris ensemble. Il en est de même pour les femelles reproductrices des deux espèces. Pensez-y, les grands et les petits ruminants qui s'accordent ensemble. Ne laissez pas les espèces limiter votre pensée.

Troupeau de vaches de boucherie debout dans un pâturage.

Figure 2. Le pâturage est un excellent exemple du principe de simplicité dans l'élevage de bovins de boucherie4.

Vache de boucherie = tampon - Un des principaux avantages de l'industrie bovine est probablement la capacité de la vache adulte à supporter une grande variété de conditions, d'aliments, de conditions climatiques, de systèmes de production et de gestionnaires. Elle est le meilleur tampon du monde agricole. Cette capacité tampon peut être utilisée pour atténuer3 non seulement les aléas climatiques et la gestion, mais aussi la nutrition. De cette façon, le programme d'alimentation peut être en escalier, plutôt que de devoir correspondre à une courbe infiniment complexe. La vache peut utiliser ses réserves corporelles pour relever les défis à court terme pour ce qui est de l'énergie, des protéines et des minéraux qui sont reflétés dans l'état de chair, la musculature et les fluctuations minérales des os, tissus et plasmas respectivement. Pourvu qu'elle soit en bonne santé, la vache de boucherie n'a jamais besoin d'une ration parfaite. Elle va accumuler et utiliser la graisse corporelle, les protéines et les minéraux, selon les besoins.

Philosophie et nutrition des vaches de boucherie

Les concepts qui consistent à simplifier, à réduire la sur-formulation, à utiliser la sur-formulation de façon stratégique, à regrouper les rations et à compter sur la capacité tampon de la vache de boucherie ont façonné l'ensemble de ma façon de penser sur le plan technique à l'égard de la nutrition des ruminants. Ils me servent de guides dans les projets que j'entreprends et les conseils que je prodigue, et ils expliquent pourquoi je vois la vache de boucherie et l'industrie de la viande bovine comme quelque chose de particulier. Utilisées en combinaison et avec discernement, ces 5 philosophies peuvent améliorer la vie et la rentabilité de l'agriculteur, ainsi que le bien-être du troupeau de bœufs. Il n'y a rien de mal à incorporer la philosophie à l'agriculture et de permettre l'utilisation de différentes approches dans le but de trouver la solution qui vous avantage le plus.

1 activité qui ne donne rien.
2 en soi
3 diminuer en force ou en intensité; rendre moins important
4 William d'Ockham (1287-1347, un moine franciscain anglais, philosophe et théologien scolastique) a déclaré dans son principe d'économie " Frustra fit per plura quod potest fieri per paucior " ou " C'est en vain que l'on fait avec plusieurs ce que l'on peut faire avec un petit nombre ". Le pâturage en est un excellent exemple dans la production de viande bovine et il répond au principe de " simplifier " lorsqu'il est géré correctement.


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