Perspective sur les cultures fourragères et stratégies de nutrition pour l'automne 2012

Pénurie de fourrages préoccupante

Étant donné les conditions climatiques inhabituelles du printemps 2012, les superficies consacrées aux cultures fourragères en déclin et la sécheresse actuelle dans certaines parties de la province, des rapports (à la mi-juin) indiquaient déjà des prix du foin extrêmement élevés, ce qui laisserait présager une hausse des marchés du foin et des fourrages pour l'automne 2012. Pour établir une stratégie gagnante pour les fourrages entreposés, il faut considérer d'abord les éléments suivants :

  • facteurs qui influent à court terme sur l'approvisionnement en fourrages et sur la demande;
  • idées de gestion pour les troupeaux de vaches nourris à base de foin;
  • autres stratégies pour les parcs d'engraissement et les autres bovins nourris de RTM;
  • perspective sur les fourrages à long terme.

Facteurs influant sur une potentielle pénurie de fourrages

L'avenir des stocks de fourrages en Ontario est encore très incertain pour 2012, et le sera jusqu'à la 2e et même la 3e coupe et l'entreposage de l'ensilage préfané. D'ici là, il est difficile de prévoir dans quelle mesure une pénurie est possible ou pas, étant donné les conditions de sécheresse et la diminution des superficies consacrées aux fourrages qui se poursuit en Ontario, comme l'illustre la figure 1. Les données recensées indiquent que les superficies consacrées aux fourrages en Ontario continuent de décroître, vu l'attrait exercé par les cultures commerciales plus rentables. Autre facteur pouvant aussi influer sur la demande, le secteur des chevaux pourrait connaître une baisse, comme l'ont indiqué de nombreux éleveurs de chevaux qui ont l'intention de réduire leurs avoirs et leurs élevages, ce qui signifie une perte de la demande en fourrage qui y est associée. Ainsi, même si la perspective initiale que le rendement total sera moindre à cause des superficies de cultures fourragères converties en cultures commerciales, a fait monter les prix des fourrages, ce changement dans la demande du secteur équin vient tempérer les résultats.

Graphique qui démontre la superficie consacrée aux grandes cultures en Ontario par année

Texte

Graphique qui démontre le point de rupture des coûts pour substituer du maïs au foin.

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Stratégies d'hivernage des troupeaux de vaches

Dans l'éventualité d'une pénurie des fourrages entreposés, voici des stratégies pour inclure d'autres éléments dans les fourrages ou prolonger les réserves de foin :

  1. Substituer au foin d'autres pailles, épis de maïs (sans les grains) et résidus. Le tableau 1 indique les fourrages de remplacement les plus connus et leurs teneurs en certains éléments nutritifs, comme le coefficient d'utilisation digestive et les teneurs en protéines brutes (PB). La substitution est possible quand il s'agit de paille de qualité et selon l'âge de production de la vache.
  2. Rationner les aliments. Plusieurs sources indiquent qu'une alimentation rationnée réduit le gaspillage ainsi que la consommation de luxe d'aliments sans affecter le rendement. C'est que la vache possède en quelque sorte son propre tampon naturel; elle peut augmenter ou diminuer l'utilisation de ses ressources en altérant l'accumulation des gras corporels, la perte dans le foie et la production d'énergie résiduelle.
  3. Inclure des ionophores. On inclut des ionophores qui, à des niveaux supérieurs, servent d'anticoccidiens et réduisent aussi le recours aux aliments. Quand la fermentation du rumen est plus efficiente, la vache retire plus d'énergie des aliments, comme les métabolites pour son système, plutôt que de " transformer " cette énergie en méthane pour l'expulser.
  4. Réduire les rations de foin et hausser les ingrédients de base. On peut utiliser les ingrédients de base comme moyen de prolonger les réserves de foin. Voici certaines façons pour ce faire : rations réduites, une mélangeuse pour RTM (ration totale mélangée), ou seulement compenser pour des ingrédients de moindre qualité comme la paille. Chacune de ces approches repose sur le fait que les ingrédients de base sont des aliments concentrés et qu'ils peuvent remplacer plus d'éléments nutritifs par unité de poids que le foin. Par exemple, le maïs peut remplacer jusqu'à deux fois la quantité de foin par unité de poids, comme il est illustré à la figure 2. Sur la base d'un rapport de remplacement d'environ 2 pour 1 du foin par du maïs, une ration de foin réduite peut être donnée aux vaches, à la condition que certains fourrages soient conservés dans la ration. Le graphique de la figure 2 donne certaines orientations pour la prise de décisions, selon les prix du foin et ceux du maïs.
  5. Utiliser l'ensilage de maïs. Un élément intéressant est intervenu ces dernières années, l'ensilage de maïs est maintenant moins cher que le foin dans plusieurs régions. Quand c'est le cas, on peut le maximiser dans la ration, et cette ration contiendrait aussi des fourrages de faible qualité pour assurer du volume, un supplément protéiques pour compenser l'insuffisance de protéines, et le tout serait donné aux animaux en ration réduite.

Le tableau 1 présente les paramètres nutritionnels des fourrages les plus utilisés et d'autres types d'aliments pour animaux, sur la base de la teneur en matière sèche. Le terme NDFe (cellulose au détergent neutre efficace) mesure à quel point une ration stimule la rumination. Le pourcentage de NDF totale qui est composé de NDFe peut devenir important pour le secteur de la production bovine (tout comme il l'est pour le secteur laitier), à mesure que les recherches se poursuivent sur les autres sources de fourrages.

Tableau 1. Teneur en éléments nutritifs de diverses rations*

 
% UNT
% PB
% NDF
% NDFe
Foin de luzerne - début de floraison
62
19,9
39,3
92
Ensilage de luzerne - début de floraison
63
19,5
43,0
82
Foin de dactyle pelotonné - début de floraison
65
12,8
59,6
98
Foin de dactyle pelotonné - fin de floraison
54
8,4
65,0
98
Ensilage de maïs - 45 % grain
72
8,7
43,0
81
Maïs grain humide1
93
10
9
0
Farine de maïs et rafles1
82
9,0
26,0
56
Ensilage de tiges de maïs
55
6,3
68,0
81
Ensilage de blé - stade pâteux
57
12,5
60,7
61
Paille de blé
41
3,5
78,9
98
Paille d'orge
40
4,4
72,5
100
Paille de soya1
42
5,0
70,0
100

* Tiré de Nutrient Requirements of Beef Cattle, 7th Revised Edition 1996, Appendix Table 1A, sauf ceux marqués d'un 1 qui proviennent de Nutrient Requirements of Small Ruminants, 2007, Table 15-11.

Stratégies pour les parcs d'engraissement

De nombreuses rations de parc d'engraissement contiennent du foin transformé afin d'assurer la santé du rumen en fournissant de « bonnes fibres ». Pour remplacer cet élément fonctionnel, on peut penser aux éléments suivants (qui auraient pu être avoir été suggérés par les bovins eux-mêmes).

  1. Substituer au foin d'autres pailles, épis de maïs sans les grains et autres résidus. À nouveau, voir le tableau 1 pour plus de détails sur les fourrages et aussi tenir compte de la fibre efficace comme le ferait un producteur laitier. Répétons que l'on procède à la substitution dans la mesure où la paille est de qualité et qu'il s'agit du stade de finition.
  2. Remplacer le maïs grain humide par la semoule de maïs. Comme indiqué au tableau 1, la contribution en fibre efficace de la semoule de maïs pour améliorer la fonction et la santé du rumen est beaucoup plus élevée que le maïs grain humide ordinaire.
  3. Utiliser l'ensilage de maïs. En de nombreux secteurs l'ensilage de maïs constitue probablement le fourrage le moins coûteux. Si la proportion de foin utilisé dans la ration est de 5 % (ou d'environ 454 g [1 lb] par tête par jour), pour un résultat similaire quand à la fibre efficace on peut transformer l'ensilage de maïs à longs brins et l'inclure dans une proportion de deux pour un et plus par rapport au foin. Dans le cas de l'ensilage de maïs à longs brins et transformé on l'utilise comme le font les producteurs laitiers, pour améliorer la fonction du rumen. Peut-il y avoir trop d'ensilage de maïs? Quantités de recherches menées par Phil McEwen du Collège de Ridgetown montrent que des teneurs en ensilage de maïs représentant jusqu'à 50 % de la matière sèche de la ration n'avaient pas nui au rendement, et amélioraient souvent le rapport coût efficacité des rations.
  4. Commencer à rationner les aliments. Ce concept, appelé « alimentation 23 heures sur 24 »ou alimentation limitée ou rationnée, réduit l'alimentation de luxe des animaux au stade de la finition aussi. Les tissus du foie et du tube digestif font perdre de grandes quantités d'énergie. En distribuant une quantité d'aliments qui représente 90 à 95 % de la quantité que les animaux consomment spontanément en libre service, la prise d'aliments à haute teneur en protéines donnera le même rendement, ces organes resteront un peu plus « minces ». Si le foin représente de 5 à 10 % de la ration, en réduisant la prise alimentaire de 10 % on peut abaisser le recours au foin aussi de 10 pour cent.

Perspective à long terme

Les pénuries de foin n'affectent pas que l'Ontario. D'autres parties du monde ont dû aussi adopter des stratégies de remplacement des fourrages pour diverses raisons, y compris les coûts de l'irrigation en hausse. À l'échelle mondiale, nos connaissances des sources de fibres de remplacement se perfectionnent dans les rations des bovins de boucherie comme des bovins laitiers. Même si le foin reste cher nous trouverons des façons de nous adapter. Il ne faut surtout pas désespérer de l'avenir de l'industrie devant les hausses des prix du foin à court terme; les conditions du marché peuvent changer, de même que la perspective de notre industrie sur les fibres!

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