Réduire le stress du sevrage en deux étapes faciles

Le problème du stress du sevrage

Rien n'est statique, il en va de même pour nos pratiques d'élevage et nos systèmes agricoles, qui sont en constante évolution. Une chose devrait changer dans la production bovine, la façon de sevrer les bovins. Si l'on se fie à leur réaction (qui dure plusieurs jours), ce serait peut-être l'une des choses les plus stressantes que nous faisons subir à nos animaux.

Il existe de nombreux inconvénients à ce que l'on appelle communément le « sevrage dans le camion » (séparer les vaches des veaux et envoyer ces derniers à la vente aux enchères). En procédant de cette façon, les effets nuisibles du stress de sevrage sont multipliés par celui de la manutention et du transport, de mettre ensemble et de regrouper des animaux non familiers. En conséquence, une forte proportion de veaux nouvellement sevrés qui étaient en santé et heureux quelques jours auparavant, sont soudain malades et ont besoin d'une intervention pour minimiser les pertes associées. La principale solution pour prévenir le problème a été la médication massive de tous les veaux nouvellement sevrés avec des antibiotiques (appelée metaphylaxie), afin de minimiser les risques de maladies. Le public a une perception négative de l'usage massif des médicaments, ce qui était une autre bonne raison de trouver d'autres solutions.

Un dispositif antisuceur facile à enlever est glissé sur la cloison du nez pour empêcher le veau de téter.

Figure 1.  Un dispositif antisuceur facile à enlever est glissé sur la cloison du nez pour empêcher le veau de téter.

Je me suis penché ces dernières années sur les moyens de réduire le stress réel du sevrage en lui-même. Nous reconnaissons tous que les vaches et leurs veaux ont un lien social proche et particulier. Pour dissoudre cette relation il faut une compréhension détaillée du processus naturel du sevrage et des mécanismes qui y sont liés.

Le sevrage en deux étapes

Le sevrage en deux étapes est à ce jour la meilleure invention pour réduire le stress du sevrage. C'est un peu par accident que nous y sommes arrivés en examinant certains éléments de base du processus de sevrage. J'étais curieux de savoir pourquoi tant d'histoires au sujet du sevrage. J'étais indécis : les veaux étaient-ils plus perturbés de ne plus avoir de lait ou parce que la compagnie de leur mère leur manquait ? Normalement au sevrage, ces deux facteurs sont éliminés en même temps, ce qui rend impossible de déterminer lequel est le plus important. J'ai mis au point une recherche pour étudier la question, qui a donné lieu aux deux étapes du sevrage.

Nous avons conçu un dispositif antisuceur (Figure 1) pour les veaux, qui les empêche de téter la vache mais leur permet de brouter et de boire et d'avoir d'autres interactions avec leur mère. Nous avons pu ainsi constater quelle était leur réaction quand ils ne pouvaient simplement pas boire le lait de leur mère. Il semble qu'il n'y ait eu presque aucune réaction perceptible et le tout s'est déroulé de façon très, très calme. Les veaux ont cessé de vouloir s'allaiter en quelques jours. Nous avons toutefois observé qu'ils passaient assez de temps près de leur mère, ce qui indiquait selon nous que la principale période d'agitation aurait lieu au moment de la séparation physique des deux. Pourtant nous avons eu toute une surprise !

En effet, après avoir été physiquement séparés, les vaches et les veaux de cette expérience en deux étapes étaient encore extrêmement calmes. Ceci, malgré le fait qu'ils étaient dans des box avec des animaux faisant partie d'un groupe de contrôle qui avaient été sevrés par séparation complète et qu'il y en avait d'autres qui beuglaient et qui déambulaient comme nous avions prévu. Il est vrai que les bovins sont des animaux de troupeau, toutefois ils expérimentent les choses individuellement et ils ne réagissent pas toujours tous pareils. Les vaches et les veaux qui ont participé au sevrage en deux étapes vivaient clairement l'expérience de façon différente et moins stressante et le beuglement, la déambulation et l'agitation des animaux du groupe de contrôle n'ont pas semblé influer sur leur réaction.

Jusqu'à quel point le sevrage en deux étapes est-il mieux? Comparé à la méthode conventionnelle du sevrage par la séparation complète (c.-à-d. le « sevrage sur le camion ») le sevrage en deux étapes réduit les appels des veaux de 95 %, pour chacun des 100 beuglements lancés par un veau sevré de la façon conventionnelle, ceux qui ont été sevrés en deux étapes n'appelaient que cinq fois. C'est donc une manoeuvre beaucoup plus silencieuse pour tous, y compris les gens du voisinage! Le sevrage en deux étapes réduit les déplacements des veaux de 60 %, et ils augmentent le temps passé à manger de 30 %. Donc les veaux sevrés en deux étapes dépensent moins d'énergie à chercher leur mère et ils se nourrissent plus. Nous avons démontré que réunis, ces étapes résultaient en un gain de poids plus élevé chez ces veaux la première semaine suivant la séparation, comparés aux veaux sevrés par séparation complète. Les vaches sevrées en deux étapes appelaient 85 % moins et elles passaient 60 % moins de temps à se déplacer comparées aux vaches sevrées de façon conventionnelle.

En plus de tous les avantages pour la production, mentionnons un autre effet positif important du sevrage en deux étapes, tout bien considéré, il semble que le bien-être des animaux soit favorisé par cette façon de faire, concept qui prend plus d'importance dans l'évolution des pratiques d'élevage de nos jours.

Du point de vue pratique

Nos recherches ont montré que les veaux sevrés en deux étapes ont réagi de la même façon à la séparation de leur mère s'ils portent un dispositif antisuceur pendant trois jours ou pendant 14 jours. Nous recommandons que le dispositif soit laissé en place le moins longtemps possible, de 4 à 7 jours. Rappelons la deuxième étape, séparer les vaches et les veaux.

Des préoccupations ont été exprimées quant au stress de la manutention, mais voici probablement le secteur de l'élevage bovin qui a le plus évolué ces dernières années. De nombreux producteurs appliquent maintenant les concepts comportementaux de la zone de fuite et du point d'équilibre des bovins pour manipuler les animaux dans la tranquillité. Une manutention qui génère peu de stress va de pair avec un sevrage dont le stress est peu élevé.

Si vous avez des questions concernant le sevrage en deux étapes, n'hésitez pas à communiquer avec le Dr Derek Haley, nouveau membre du corps professoral du Collège de médecine vétérinaire de l'Ontario, Université de Guelph au dhaley@uoguelph.ca ou à l'appeler au 519 824-4120, poste 53677.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca