Gestion de la dermatite digitale chez les bovins de boucherie

Résumé

La dermatite digitale est une affection douloureuse des sabots qui provoque une boiterie. La maladie a été associée à plusieurs bactéries différentes, principalement issues d'un groupe appelé Treponema spp. Ces bactéries survivent mieux sous des conditions humides ou en présence de boue et la maladie est hautement contagieuse une fois qu'un animal devient infecté dans un lot. La prévention de la maladie et l'efficacité de la lutte pour y remédier sont étroitement associées à une détection et à un traitement rapide des bovins affectés.

Qu'est-ce que la dermatite digitale?

La dermatite digitale est une maladie infectieuse des bovins. Elle a d'abord été constatée chez des bovins laitiers dans les années 1970, mais la cause de la maladie n'était pas claire au début. De nombreux microorganismes ont été observés à la surface des lésions, dont bon nombre peuvent être associés à l'environnement, les lésions comme telles ou les deux. La guérison des lésions à la suite d'un traitement avec des antibiotiques laisse croire que la cause est bactérienne. On estime maintenant qu'il s'agit d'une infection polybactérienne, ce qui veut dire que de nombreuses bactéries doivent être présentes pour déclencher la maladie. Des preuves suffisantes permettent d'affirmer que plusieurs espèces de la bactérie du genre Treponema appartenant à la famille des spirochètes y sont associées de manière constante. D'autres bactéries peuvent être en cause et facilitent la colonisation de la peau et le développement de lésions. Le profil des bactéries associées aux lésions peut varier selon les exploitations agricoles et se modifier à mesure que la lésion prolifère.

La maladie se caractérise par la présence de lésions douloureuses sur les pieds. Au début, les lésions se présentent sous forme d'ulcères rugueux, rougeâtres et circulaires ressemblant à une fraise, d'où le nom de piétin-fraise parfois donné à la maladie. Habituellement, les lésions se manifestent à l'arrière du pied, juste au-dessus du talon, et elles sont plus fréquentes sur les pieds arrière. Des lésions chroniques peuvent s'étendre entre les onglons et présenter des proliférations poilues ressemblant à des verrues. Un système de notation est utilisé pour décrire les différents stades de développement des lésions nouvellement actives, des lésions en voie de guérison et des lésions chroniques. La prolifération des lésions est souvent associée à une augmentation de la gravité de la boiterie. La maladie est très contagieuse une fois qu'un animal affecté est introduit dans un groupe d'animaux sains, bien que les nouveaux cas d'infection puissent ne pas être apparents étant donné que les lésions apparaissent lentement et se développement sur plusieurs mois.

La maladie est surtout observée chez les bovins gardés en milieu confiné, et généralement fréquente chez les bovins laitiers. On a toutefois constaté une hausse des cas chez les bovins de boucherie depuis les dix dernières années. Les bovins d'engraissement sont plus à risques en raison de leur confinement. Ce sont habituellement les bovins plus lourds en voie d'être mis en marché qui sont le plus affectés. Les bovins atteints d'une forte boiterie peuvent changer de pattes pour s'appuyer ou marcher sur la pointe des sabots pour éviter les pressions sur les lésions. La douleur intense causée par l'infection constitue un enjeu important en matière de bien-être animal pour les bovins.

Diagnostic de la dermatite digitale

De manière générale, le diagnostic de la dermatite digitale peut s'effectuer en se basant sur les antécédents du troupeau et sur certains signes. Les bovins doivent être retenus dans un dispositif de contention approprié qui permet d'examiner les sabots de près et d'y déceler les lésions. Le diagnostic se fait facilement une fois les lésions sont observées.

Répercussions économiques de la dermatite digitale

Des études visant à évaluer les répercussions de la dermatite digitale chez les bovins laitiers ont été réalisées et ont montré que la maladie avait des effets négatifs sur la reproduction et entraînait aussi des pertes de productivité laitière et des coûts associés aux traitements. Peu de recherches de ce genre ont été effectuées pour les bovins de boucherie. Selon une étude réalisée en 2017, la présence de lésions actives de dermatite digitale a eu un impact négatif sur la croissance des bovins de finition, leur poids vif final et leur poids carcasse.

Prévention et gestion de la dermatite digitale

La présence de conditions boueuses ou humides et l'achat d'animaux représentent les deux facteurs de risques les plus courants associés à la dermatite digitale. Bien que les bactéries soient répandues chez les bovins et dans l'environnement, parmi les 20 espèces qui ont été associées à la dermatite digitale, aucune n'est considérée comme appartenant à la flore bovine normale. Par conséquent, l'introduction de ces espèces bactériennes se produit habituellement quand des bovins affectés sont achetés et mêlés avec des animaux non affectés. Les facteurs qui peuvent contribuer aux éclosions de dermatite digitale sont l'humidité élevée et une mauvaise hygiène. Selon des recherches auprès de bovins laitiers, un parage insuffisant des sabots et l'utilisation de matériel contaminé augmentent les risques de cette maladie.

Il arrive que les lésions ne soient pas apparentes avant quatre ou cinq mois après l'arrivée de l'animal dans le parc d'engraissement, ce qui correspond à la durée moyenne requise pour le développement des lésions et coïncide avec le moment où les bovins sont prêts pour l'abattage. La présence de la maladie chez les animaux en voie d'être mis en marché peut être particulièrement problématique. Des résidus peuvent être détectés si les lésions sont traitées avec des antibiotiques ou des analgésiques ou si le transport d'animaux affectés par une grave boiterie est non recommandé ou interdit.

La lutte contre la maladie devrait être axée sur la prévention des facteurs de risque ainsi que sur le traitement des lésions des animaux affectés. Une détection rapide des lésions et l'efficacité du traitement peuvent atténuer la gravité des lésions. Le recours à un antibiotique topique appliqué sur les lésions sous forme de poudre, de pâte ou en vaporisateur constitue la forme de traitement individuel la plus courante. Quelques études ont porté sur la dose appropriée d'antibiotique topique, et le traitement est considéré en dérogation des directives de l'étiquette. Des bandages étaient auparavant fréquemment appliqués après l'utilisation d'antibiotiques, mais cette pratique risque d'être contre-productive si les bandages se salissent rapidement et que du fumier et des débris restent collés au sabot affecté. Cette méthode de traitement auprès des bovins en parcs d'engraissement présente certains problèmes, car elle est exigeante en matière de main-d'œuvre et il n'est pas certain qu'un seul traitement suffise à guérir complètement la lésion. La taille des lésions diminue souvent et on remarque une amélioration dans la boiterie, mais à long terme, les lésions ne guérissent pas complètement et s'aggravent de nouveau. La sensibilité des bactéries aux antibiotiques le plus couramment utilisés (la tétracycline ou l'oxytétracycline) varie selon les recherches et il arrive que le traitement contre certaines des bactéries les plus présentes dans les lésions de dermatite digitale soit peu efficace. Il peut alors être nécessaire de répéter le traitement jusqu'à ce que la surface du sabot redevienne saine.

La lutte contre la maladie par la désinfection collective des sabots est également utilisée, en soumettant habituellement les bovins à des bains de pieds (pédiluves). Le traitement individuel des animaux qui présentent des lésions plus graves peut être fait, comme il a été mentionné précédemment, alors que l'utilisation de pédiluves peut être un moyen d'empêcher les lésions naissantes de s'aggraver chez les bovins qui semblent moins affectés, ainsi que de réduire la contagion. Dans les parcs d'engraissement, il semble plus efficace d'adopter une approche polyvalente.

Les produits chimiques les plus couramment utilisés dans les pédiluves sont le sulfate de cuivre, le sulfate de zinc, le formaldéhyde et les antibiotiques. Le sulfate de cuivre, dont l'efficacité a été démontrée dans certaines études en raison de ses propriétés antimicrobiennes et de son effet d'endurcissement sur les sabots, est cependant néfaste pour l'environnement. Par ailleurs, le formaldéhyde suscite des inquiétudes en matière de santé humaine en raison de ses propriétés carcinogènes et n'est donc pas recommandé. Plusieurs autres produits de remplacement pour les pédiluves sont maintenant offerts, dont certains ont présenté présentent des taux d'efficacité limités comparables à ceux au sulfate de cuivre lorsqu'ils ont été évalués chez des vaches laitières. Les autres rapports ne sont toutefois qu'anecdotiques ou issus d'études peu vérifiées et les recherches sur la récurrence des lésions sont habituellement absentes des études associées aux bovins d'engraissement. L'utilisation de pédiluves dans les parcs d'engraissement est toutefois à la hausse. Le fait de diriger les bêtes dans un pédiluve à l'arrivée peut aider à lutter contre la transmission de la maladie par les animaux atteints de dermatite digitale. De longs et larges pédiluves permettent à de nombreux animaux de circuler à la fois et d'assurer ainsi que tous les sabots sont exposés à la solution. Les pédiluves courts et étroits peuvent par contre être facilement évités par les bovins. La durée de contact requise diffère selon le produit utilisé, et il est important de vérifier les directives de l'étiquette ou de prendre conseil auprès du vétérinaire. Certains produits doivent être en contact durant plusieurs minutes avec la lésion. Après être passés dans le pédiluve, les bovins doivent être gardés dans un endroit sec afin que la solution sèche sur leurs sabots. Dans les parcs d'engraissement, il ne semble pas y avoir consensus sur la fréquence à laquelle les bovins devraient passer dans le pédiluve. Certains recommandent plusieurs passages durant la période d'engraissement (une fois par mois) ou plus souvent (une fois par semaine ou aux deux semaines) si des cas sont diagnostiqués. Pour que les pédiluves soient efficaces, il faut remplacer la solution lorsqu'elle devient souillée par le fumier.

D'autres stratégies de gestion à ce sujet se sont avérées très peu efficaces. Les travaux de recherche visant à mettre au point un vaccin n'ont pas porté fruit jusqu'à maintenant. L'apport de minéraux est considéré comme important pour la santé générale des sabots et contre la boiterie et devrait être envisagé particulièrement si la prévalence de la boiterie augmente dans le troupeau. Peu de recherches ont toutefois été effectuées sur les carences précises associées à la dermatite digitale ou sur les suppléments susceptibles de réduire la maladie. La gestion de cette maladie exige de tenir des dossiers sur les cas de boiterie et sur les traitements. On devrait y consigner le type de boiterie observée (liées à la dermatite digitale ou à une autre maladie diagnostiquée), le traitement administré, son efficacité et l'utilisation de pédiluves. Ces renseignements permettent en effet de surveiller la prévalence de la maladie, de vérifier l'efficacité des traitements et de documenter les futures stratégies d'atténuation des risques et de lutte.

Références

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