Le coût élevé de la production bovine à faible technologie

La science et l'agriculture ont depuis longtemps formé un partenariat des plus profitables. Avant la venue de la recherche scientifique moderne dans les années 1900, la production à l'acre et par animal était faible. Les fermiers nourrissaient leurs familles et vendaient de petits surplus de produits aux citadins, ce qui procurait de maigres revenus aux producteurs agricoles et des aliments à prix relativement élevés pour l'acheteur. Avec le temps, des technologies de production, par exemple formulation scientifique des engrais et sélection génétique, ont accrû de façon considérable les rendements et les économies. Cette ère agricole moderne s'est appelée la " révolution verte " et elle a été perçue comme l'élément clé pour réussir à nourrir une population toujours croissante à partir d'un territoire agricole restreint.

Voici certains des changements qui ont affecté les systèmes de production agricole et les prix des aliments avec le temps. Des données recueillies en Indiana montrent que les rendements du maïs sont passés de 30 boisseaux/acre en 1930 à 160 boisseaux/acre en 2005, une hausse de 800 % de la productivité à l'acre (fig. 1)1 . De même selon des documents historiques en 1900, le salaire journalier d'un travailleur moyen était équivalent au prix d'achat de six douzaines d'œufs. En 1990, le salaire moyen d'une journée de travail représentait le prix d'achat de 52,6 douzaines d'œufs, une hausse relative du pouvoir d'achat de 880 % pendant cette période2. Les avancées technologiques ont donné lieu à une plus grande efficacité de la production du bétail et des cultures, avec les avantages qui en découlent pour la société comme les baisses de prix des aliments.

Rendement du maïs grain en Indiana 1866 - 2005

Figure 1. Rendement du maïs grain en Indiana 1866 - 2005 [adapté de Nielsen1]

À l'heure actuelle, de nombreuses technologies permettent d'améliorer la plupart des systèmes de production bovine de boucherie, notamment la croissance et la santé animale ainsi que l'indice de transformation alimentaire. Les producteurs ont individuellement le choix de payer ou non et d'utiliser ces technologies sur leur ferme. De nombreux producteurs ont beaucoup recours à ces technologies parce qu'ils y trouvent un rendement de leur capital investi et ils améliorent la rentabilité de leur exploitation. De ce fait les consommateurs bénéficient de l'utilisation de ces technologies à cause des meilleurs prix d'achat à l'épicerie.

De nos jours certains consommateurs sont préoccupés par des questions d'ordre philosophique. Peut-être préfèrent-ils acheter de la viande qui provient d'un système de production qui n'a pas recours à l'une ou l'autre des technologies ou des techniques modernes. Par exemple, ils voudront peut-être acheter du bœuf qui provient d'animaux sans implant hormonal, ou qui sont nourris (ou non) au grain, ou nourris avec des aliments pour animaux de culture biologique, ou traités (ou non) aux antibiotiques. En réaction aux possibilités de commercialisation offertes par ces marchés, certains producteurs ont créé des chaînes de valeur dans le but d'approvisionner ces consommateurs de bœuf issu de systèmes de production qui respectent ces critères.

Les producteurs qui songent à passer à une production bovine à faible technologie se posent souvent la question suivante : quel prix dois-je demander pour mon produit pour compenser des coûts de production plus élevés? Des chercheurs scientifiques de Kansas State University ont tenté de répondre à la question en examinant les travaux de recherche publiés qui sont consacrés aux technologies en usage dans le parc d'engraissement. En tenant compte de stricts critères de qualité, ils ont retenus 91 expériences de comparaisons tirées de 51 articles. Ils ont évalué les technologies de production selon leurs effets sur le gain moyen quotidien, l'ingestion de matière sèche, le rapport aliments : gain, la morbidité et la mortalité.

Il s'agit des technologies suivantes :

  • l'utilisation d'implants hormonaux;
  • la tylosine;
  • le traitement de masse à l'arrivée avec un antibiotique.

Le tableau 1 illustre l'incidence globale du traitement aux antibiotiques et des implants. Ces interventions permettent d'importantes améliorations du gain de poids quotidien, chez les bouvillons les implants favorisent aussi le rapport aliments : gain et l'ingestion de matière sèche.

Tableau 1. Incidence des technologies sur le rendement du parc d'engraissement bovin3
Technologie
Gain quotidien moyen (lb/jour))
Meilleur rapport aliments : gain
Ingestion de matière sèche (lb/jour)
Traitement antibiotique à l'arrivée
+0,24***
-----
-----
Génisses implantées
+0,18*
-----
-----
Bouvillons implantés
+0,55***
0,02***
+1,12***

* P<0,01; *** P<0,001

De même, le traitement antibiotique dès l'arrivée a réduit de 53 % le traitement des maladies et de 27 % les pertes par mortalité comparé aux groupes de bovins qui n'avaient pas eu ce traitement. Les bovins nourris avec des rations sans tylosine ajoutée avaient quatre fois plus tendance à développer des abcès au foie que ceux qui en avaient reçu dans leurs aliments.

Les auteurs de la recherche ont utilisé un modèle économique de parc d'engraissement pour évaluer l'incidence des implants sur le coût de production. Ils ont estimé que l'implantation réduisait le coût de production de 77 $ par animal comparée à l'absence d'implant. Pour récupérer ce coût ajouté, les producteurs devraient obtenir un montant additionnel de 0,07 $/lb (poids vif) lors de la vente des animaux prêts à l'abattage. Les chercheurs ont aussi comparé le coût de production entre un bouvillon implanté alimenté de façon conventionnelle et l'animal non implanté alimenté avec des aliments biologiques, le coût de ces aliments étant 50 % plus élevé que celui des aliments pour animaux conventionnels. Selon ce scénario, le bouvillon élevé de façon conventionnelle avait un coût de production inférieur de 349 $ par tête par rapport à l'animal issu de la production biologique. La hausse de prix nécessaire pour compenser ce coût de production s'élève à 0,28/lb (poids vif).

Ces résultats indiquent que les éleveurs de bovins qui songent à remplacer leur système de production conventionnel par un système de production naturelle ou biologique doivent considérer avec soin leurs marchés cibles afin d'établir une marge additionnelle suffisante pour que l'aventure en vaille la peine.

1Nielsen, R.L. Corn Grain Yield Trends: Eyes of the Beholder. Purdue University.

2USA Diplomatic Mission to Germany. About the USA: Facts & Figures: Income and Prices 1900 - 1999.

3B. W. Wileman, D. U. Thomson, C. D. Reinhardt and D. G. Renter.. Analysis of modern technologies commonly used in beef cattle production: Conventional beef production versus nonconventional production using meta-analysis. J. Anim Sci. 2009. 87:3418-3426. doi:10.2527/jas.2009-1778.

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