Structure d'accueil d'urgence pour les bovins hors de la ferme

Contexte

À de rares occasions, des circonstances particulières peuvent retarder la livraison de bétail pendant le transport hors de la ferme. Mentionnons entre autres la fermeture de la frontière entre le Canada et les États-Unis à cause de maladies ou de questions réglementaires, un arrêt de travail à une usine de transformation, ou la cessation des opérations chez un transformateur ou au parc d'engraissement où les bovins étaient destinés. Il n'est pas toujours possible de ramener ces animaux à la ferme d'où ils proviennent; ils n'ont plus le même propriétaire, ou l'exploitation d'origine ne dispose pas de l'espace adéquat et des aliments nécessaires. C'est alors avoir que l'accès à une structure d'accueil d'urgence pour les animaux est nécessaire jusqu'à ce que soit décidée une solution à long terme.

Parmi les facteurs à considérer dans l'organisation de soins temporaires, notons :

  • la protection de la santé humaine;
  • la sécurité animale;
  • les soins aux animaux comme
    • l'eau;
    • les aliments;
    • une structure d'hébergement (au besoin);
    • la santé animale;
  • la manutention et le chargement des bovins;
  • l'impact environnemental;
  • la tenue des registres ou des dossiers.

Selon le code de pratique sur les soins et la manipulation des animaux d'élevage, il ne faut pas laisser sans eau et sans aliments des bovins en transit pour plus de 48 heures.

Confinement

Lors de l'accueil temporaire des bovins, le besoin qui prime est la présence d'une structure qui permet de les retenir physiquement sur place. Les clôtures ou les enclos doivent être à l'épreuve de la pression exercée par les animaux. Il peut s'agir de zones comme des cours d'étable sur des fermes qui ont servi à du bétail par le passé, alors vides ou sous-utilisées, ou de terrains de foires ou d'expositions agricoles employés périodiquement pour montrer du bétail ou des chevaux. On peut aussi utiliser des pâturages adéquatement clôturés qui ne sont pas occupés par d'autres animaux. On peut peut-être avoir recours à des cours industrielles vacantes bordées par des clôtures à mailles losangées très résistantes. Il faut communiquer avec les propriétaires ou les exploitants de ces installations pour obtenir leur consentement à y héberger les bovins en déplacement. Aviser aussi les autorités municipales, vérifier si les règlements de zonage permettent d'héberger les animaux, ou si une permission temporaire est possible étant donné les circonstances exceptionnelles.

Même si en temps normal des clôtures électriques constituent un excellent choix à la ferme pour contenir le bétail, cette solution n'est pas recommandée ici. Les animaux doivent avoir été " habitués " à la présence de clôtures électriques, et dans ce cas certains des bovins ne l'ont peut-être pas été par le passé. Il peut y avoir des risques d'évasion, ce qui met en danger les bovins, de même que les biens et menace la sécurité publique si des animaux vont errer sur les routes.

Quand ils arrivent dans un nouvel environnement, les bovins se déplacent le long de la clôture pour délimiter le périmètre de leur nouveau territoire. Ils vont mettre la clôture à l'épreuve pour en identifier les points faibles, tenter de pousser sur les barrières à tout endroit qui semble vulnérable. Il faut être très vigilant le premier jour et renforcer les points faibles pour éviter que les animaux s'échappent.

Impact environnemental

Si le site proposé n'a pas hébergé de bovins antérieurement il faut en évaluer la capacité d'accueil sans effet nuisible sur l'environnement. L'un des enjeux particuliers est le ruissellement de l'enclos des bovins et son effet sur les cours d'eau ou les puits environnants. Il y a aussi les impacts potentiels des odeurs ou du bruit sur les commerces ou les domiciles avoisinants. Il vaut mieux consulter un ingénieur agricole quant aux risques environnementaux potentiels et pour la recherche de solutions.

Eau

L'eau est l'élément nutritif le plus essentiel. Les bovins ont besoin de grandes quantités d'eau propre chaque jour. Après avoir établi le confinement physique, la priorité devient l'approvisionnement adéquat en eau. Le besoin en eau est en lien direct avec la température : plus elle s'élève, plus il faudra d'eau. Des animaux lourds en parc d'engraissement ont besoin d'environ 35 litres d'eau à 10 °C, mais c'est presque 80 litres à 30 °C. Un chargement de 40 animaux aurait besoin jusqu'à 3 200 litres par jour. En comparaison, un réservoir de mazout domestique contient environ 1 000 litres. Pour les situations d'urgence, n'importe quel récipient ouvert constitue une source d'eau potentielle. S'assurer que le contenant est propre et n'a jamais contenu de produits chimiques toxiques. On les remplit au boyau d'arrosage, mais comme la pression est limitée il est plus efficace de se servir de tuyau de plus grand diamètre raccordé à l'alimentation en eau. La plupart des bâtiments industriels disposent d'une alimentation en eau adéquate. En secteur urbain il y a des possibilités de raccords à des prises d'eau d'incendie.

Prévoir suffisamment d'abreuvoirs pour que tous les bovins aient un accès adéquat. Règle générale on sait que 30 centimètres (1 pied) linéaires de périmètre d'abreuvoir peuvent alimenter jusqu'à 16 têtes de bétail. Des abreuvoirs autres qu'en béton devraient être remplis au moins à 25 % pour qu'un poids suffisant empêche les animaux de les renverser. On peut installer des robinets à flotteur pour automatiser le remplissage des abreuvoirs. La circulation est dense autour des abreuvoirs et le piétinement des sabots combiné aux éclaboussures d'eau peut transformer rapidement la zone presque en marécage. Les abreuvoirs doivent régulièrement être vidés et déplacés pour éviter la formation de zones trop boueuses.

L'hiver, l'approvisionnement en eau est compliqué par le gel. On peut y remédier de plusieurs façons. À court terme, on peut donner la quantité d'eau qui répond tout juste aux besoins quotidiens, l'abreuvoir est laissé presque vide la nuit et la conduite d'alimentation est drainée. L'abreuvoir est rempli d'eau fraîche le matin et les bovins vont boire avant que l'eau gèle. À plus long terme on peut installer des éléments électriques à l'épreuve de l'eau pour éviter qu'elle ne gèle, mais les conduites d'alimentation en eau doivent toujours être drainées ou abritées dans un bâtiment chaud.

Aliments

Les ruminants comme les bovins peuvent souffrir d'un dérèglement métabolique s'ils ne reçoivent pas d'aliments sur une base régulière. Les animaux acheminés à l'abattoir sont normalement gardés sans aliment ni eau pendant un certain temps avant leur expédition. En conséquence il faut en priorité fournir des aliments (ainsi que de l'eau) à ces animaux. Les animaux qui proviennent d'un parc d'engraissement étaient soumis à un régime contenant un pourcentage élevé de céréales. Toutefois, il n'est pas nécessaire ni même conseillé de leur donner un régime à haut pourcentage de céréales pendant cette période de détention imprévue. Leur fournir un régime à base de fourrages (comme du foin sec) va favoriser la motilité du rumen et la régurgitation du contenu ruminal et la mastication, ce qui permet de produire un tampon naturel. Le maintien de populations bactériennes normales dans le rumen est favorisé, ce qui prévient le ralentissement ou l'arrêt de la circulation du rumen, ou l'acidose, ou les deux.

On peut éventuellement rajouter un mélange de céréales en petites quantités au régime si c'est nécessaire pour fournir des protéines et des minéraux supplémentaires. Donner du foin chaque jour au sol. On peut dérouler de grosses balles rondes ce qui évite le gaspillage, mais ce n'est pas essentiel. Selon le temps que les bovins devront passer à cet endroit, on peut se procurer des mangeoires portatives en métal pour limiter les pertes et s'assurer que tous les animaux reçoivent une alimentation adéquate. De gros blocs de sel doivent être disposés dans l'enclos. Si le séjour des bovins se prolonge, alors des minéraux (selon les aliments) sont fournis en alimentation libre.

Abri

Les bovins âgés de plus de quelques mois peuvent supporter des températures froides, du moment qu'ils disposent d'un endroit pour se protéger des vents forts. Ils n'ont pas besoin d'un toit au-dessus de leur tête. Si le site n'offre pas de protection adéquate contre le vent (granges, bâtiments, terrain boisé, etc.) et que la température est glaciale, des brise-vent temporaires peuvent être érigés avec des coupe-vent en toile plastique rattachés à des cadres en bois. Si c'est possible, les disposer à l'extérieur des clôtures existantes. S'ils doivent être à l'intérieur de l'enclos, il faut les protéger des animaux avec des clôtures électriques temporaires.

Le besoin de litière (comme de la paille) dépend de la saison et varie selon l'endroit. Dans des conditions estivales où un champ herbeux fait partie de l'enclos, aucune litière n'est nécessaire. L'hiver, ou si les bovins sont confinés dans des box, il faut de la litière pour que les animaux puissent se reposer. On peut obtenir de grosses balles de paille et les placer dans les box. Les bovins vont répandre les balles de foin. En l'absence de paille, des chargements de copeaux de bois peuvent être livrés dans les box ou étendus sur le sol.

Santé animale

La plupart des animaux qui sont transportés sont en bonne santé, cependant le stress de l'attente plus longue dans un camion peut causer des problèmes. Quand les bovins sont déchargés au site temporaire il faut les examiner et repérer tout indice de traumatisme physique comme la boiterie, un dérangement digestif indiqué par la diarrhée, ou un stress respiratoire comme une toux ou un halètement. Les animaux avec des signes de maladies doivent être isolés du groupe et examinés par un vétérinaire. Des barrières portables peuvent servir à dresser un enclos de soins temporaire. S'assurer que ces animaux ont accès à de l'eau, à des aliments et à une zone de repos au sec.

Biosécurité et sécurité humaine

Si les animaux sont gardés à un nouvel emplacement, ils peuvent attiser la curiosité des gens. Pour éviter tout potentiel de blessures à des personnes, qui ne sont pas nécessairement habitués au contact avec du bétail, la zone d'accueil du bétail doit être à l'écart du public et des animaux de compagnie. On peut utiliser les clôtures existantes et s'assurer d'afficher des panneaux sur les voies d'accès ou que des travailleurs contrôlent la circulation non nécessaire. Il convient d'aviser les services policiers locaux de la situation afin qu'ils soient en mesure de répondre aux appels possibles, pour qu'ils puissent aussi être présents le cas échéant pendant le déchargement et l'agitation de la période initiale. Il faut aussi leur communiquer une liste de personnes expérimentées avec les bovins qui peuvent aider si des animaux venaient à s'échapper.

C'est aussi une mesure de biosécurité importante pour le bétail d'empêcher l'accès aux personnes non autorisées. Le personnel autorisé qui a accès à l'enclos à bestiaux doit se conformer aux protocoles de biosécurité de base comme porter des chaussures à usage unique ou désinfecter ses bottes avant et après une visite dans l'enclos. On minimise ainsi le risque de transfert de pathogènes dans l'enclos et hors de celui-ci.

Seules les personnes qui ont une expérience préalable avec du bétail peuvent travailler avec les bovins. En disposant les mangeoires le long d'une clôture ou d'un box on peut nourrir les animaux sans que le personnel ne vienne dans l'enclos. La sécurité des travailleurs est ainsi mieux assurée et le risque d'évasion des bovins est réduit par rapport à toute barrière d'accès.

Manutention et chargement

Il faut éventuellement charger les bovins dans un camion. Si aucune installation de manutention/chargement n'est disponible sur place, on aura recours à un corral et à une rampe de chargement temporaires. Ces derniers sont formés de barrières métalliques fixées ensemble selon la disposition qui convient. Elles sont temporairement empruntées ou louées. Si les bovins doivent rester sur place plus longtemps, il faut se procurer une porte cornadis et un couloir de service pour l'examen et le traitement des animaux malades.

Tenue de registres ou de dossiers

La personne responsable des bovins au site temporaire doit avoir en sa possession un exemplaire du manifeste de chargement. Le dénombrement initial des animaux a lieu dès leur déchargement du camion. Leurs numéros d'étiquettes sont consignés. Ce registre servira de liste de vérification si des bovins sont sortis du site ou pour identifier ceux qui pourraient s'échapper. Les bovins sont comptés chaque jour pour vérifier qu'il n'y a pas eu d'évasion. Tout animal qui sort du site pour quelque raison que ce soit est inscrit au manifeste ou sur un document similaire, avec son numéro d'étiquette, la raison du retrait, où il a été transporté et par qui.

Résumé

Par définition, les situations d'urgence sont imprévisibles. Le présent document sert à définir les éléments prioritaires et les diverses possibilités qui s'offrent si les bovins doivent être temporairement hébergés en cas d'urgence lors d'un transit.


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