Veaux nouveau-nés en danger

Quelle est cette matière très fibreuse qui fait le lien entre l'été 2008 et la piètre performance des veaux nouveau-nés de 2009? Si vous avez répondu " ne serait-ce le foin de mauvaise qualité? ", vous faites probablement partie des nombreux producteurs de bœufs qui ont connu une saison de vêlages très décevante (donnez-vous 100 points.) Qu'y-a-t-il derrière ce nombre troublant de veaux qui manquent de vigueur pour se lever et trouver un trayon pour s'allaiter, qui agissent comme des " andouilles " et qui semblent ne pas avoir la force de survivre? Dans bon nombre de cas, le problème se résume aux balles de foin rondes qui ont servi à nourrir les bovins durant l'hiver. Si ces veaux sont en danger présentement, c'est à cause de ce qui s'est passé il y a 7 ou 8 mois.

Les agriculteurs aimeraient bien oublier les conditions météorologiques qui ont prévalu durant la saison des foins de 2008. Les longues périodes de temps humide retardaient sans cesse le moment de la coupe et ont souvent interrompu la mise en balles des andains. Quand le foin de la 1ère et de la 2e coupe est mis en balles la même semaine, c'est sûr qu'on est dans le trouble! Les pluies qui ont détrempé le foin coupé combinées aux récoltes tardives ont contribué à produire du foin à la fois pauvre en éléments nutritifs et peu appétissant pour les vaches.

Récolte tardive

À mesure que les plantes fourragères mûrissent, leur teneur en éléments nutritifs si précieux décroît et la digestibilité totale du plant entier diminue. De récents travaux de recherche menés par des scientifiques de AAC ont démontré que chaque semaine de retard dans la récolte du mil après le stade d'épiaison avancée déclinait de 7 % la digestibilité de la matière sèche et de 10 % la digestibilité de la fibre détergent neutre (NDF). Durant la même période, la teneur en NDF du fourrage augmente de 5 % par semaine.1 Une teneur en NDF plus élevée veut dire que le fourrage est plus " volumineux " et qu'il a une relation négative par rapport à la prise alimentaire de la vache. Nous savons aussi que le pourcentage de protéine diminue à mesure que la plante mûrit puisque le rapport feuille/tige diminue. En plus de ces changements, il faut ajouter la diminution des teneurs en minéraux de la plante. Tous ces facteurs combinés diminuent de façon dramatique la valeur nutritive des plantes fourragères à mesure qu'elles poussent et qu'elles mûrissent. La vache consommera moins de ces aliments médiocres, amplifiant ainsi l'effet des teneurs nutritives plus faibles. On peut voir la diminution dramatique de la teneur en énergie nette dans la luzerne et le mil en relation avec le mûrissement du plant dans la figure 1. De plus, comme la pluie ne ralentit pas la croissance du plant, la qualité nutritive continue à diminuer pendant que nous sommes assis devant la fenêtre à écouter les prévisions météorologiques dans l'espoir d'entendre l'annonce de 3 ou 4 jours de temps sec.

Graphique qui démontre l'effet des stades de maturité sur la valeur nutritive des plantes fourragères

Figure 1. Effet des stades de maturité sur la valeur nutritive des plantes fourragères

Texte équivalent au graphique

Effet de la pluie sur le foin en andains

Et maintenant pour des nouvelles vraiment mauvaises : la pluie qui humecte le foin en andains détériore encore davantage la qualité du foin. Un assèchement retardé signifie que la plante continue de respirer en utilisant sa propre énergie. Les éléments nutritifs comme la protéine, les minéraux et les sucres sont solubles à l'eau et sont soumis au lessivage toutes les fois que le foin coupé reçoit une pluie. Ça ne prend pas beaucoup de pluie pour causer des dégâts … aussi peu que 1,25 mm de pluie peut causer d'importantes pertes nutritives dans du foin partiellement fané. Et pour comble, le râtelage d'un foin qui a reçu de la pluie peut causer une défoliation importante, donc une valeur nutritive encore plus basse. Que reste-t-il de bon dans ce foin? Dans le pire des scénarios, le foin pourrait ressembler à de la paille qu'on utilise comme litière.

Impact du déficit nutritionnel de la vache sur le veau

Les vaches de boucherie gestantes qui ont conservé le fœtus pendant 3 mois sont physiologiquement engagées à le porter jusqu'à terme. Quand la croissance du fœtus commence à accélérer vers le milieu de la gestation, la demande en énergie, protéine, minéraux et vitamines augmente. La vache se doit de consommer ces nutriments en quantités adéquates pour produire un veau en santé et demeurer elle-même en santé. Si les besoins nutritionnels sont loin d'être comblés par la prise alimentaire, la vache risque d'épuiser ses ressources corporelles, dont les graisses, les protéines musculaires les minéraux et les vitamines qu'elle a emmagasinés. Elle risque de ne pas avoir suffisamment de tonus musculaire et d'endurance pour pouvoir vêler rapidement et efficacement. Un vêlage long occasionne un stress à la fois pour la vache et le veau. Dans les cas graves de dénutrition protéino-énergétique, les veaux viennent au monde faibles et " stupides ". Ils peuvent souffrir d'une carence aigue en vitamine E/sélénium (maladie du muscle blanc), se traduisant par des muscles extrêmement faibles. Dans l'ensemble, les veaux issus de vaches dénutries manquent de force musculaire et de coordination pour être mobiles, ainsi que de vivacité d'esprit et de désir pour créer le lien avec leur mère nécessaire pour déclencher le besoin instinctif de trouver le pis et de s'allaiter vigoureusement. Sans aide, plusieurs de ces veaux sont condamnés à mourir. Les survivants sont plus vulnérables aux maladies car ils n'ont pu recevoir une quantité suffisante de colostrum. De plus, il est très probable que les vaches dénutries produisent du colostrum de pauvre qualité, faible en immunoglobulines.

Un veau naissant

Figure 2. Les veaux vigoureux consomment des quantités adéquates de colostrum

Les veaux qui naissent dans ce remous de négativité peuvent mourir très tôt ou survivre misérablement durant leur jeune vie à cause de l'impact des diarrhées et autres maladies. Ils risquent d'être plus petits au sevrage en raison d'une plus faible production de lait de la mère et des effets de la maladie. Chez ces vaches, le cycle œstral et la saillie pourraient être retardés Elles risquent donc d'être vides à l'automne.

Payer le déficit nutritionnel

Bien que tout ce scénario puisse sembler quelque peu bouleversant comme conséquence à des épisodes de pluies estivales, il y a des actions que l'on peut faire pour améliorer la situation.

Si un nombre alarmant de veaux faibles sont nés durant la saison de vêlage :

  • Appeler le vétérinaire
    • La cause pourrait être due à une maladie infectieuse comme la BVD. La présence d'esprit est requise pour déterminer si les responsables sont des pathogènes et, le cas échéant, organiser un programme pour les éradiquer
    • Faire autopsier des veaux morts
  • Injecter aux nouveau-nés de la vitamine E/sélénium, ainsi que des vitamines A et D
  • Discuter avec le vétérinaire de l'idée d'injecter aux vaches de la vitamine E/sélénium
  • Servir un supplément de colostrum (frais ou congelé) ou des produits de colostrum artificiel aux veaux qui n'ont pu s'allaiter énormément au cours des premières 12 heures ou à ceux dont la mère ne semble pas donner beaucoup de lait
  • Par temps froid ou pluvieux, prendre les veaux plus faibles, puis après les avoir asséchés et réchauffés, démarrer l'allaitement auprès de la vache ou leur servir un supplément de colostrum
  • Servir aux vaches les meilleurs fourrages disponibles. En l'absence de fourrages de bonne qualité, offrir à chaque vache quelques livres d'un concentré protéino-énergétique
  • Offrir aux vaches un mélange de sel et de minéraux qui renferme des teneurs adéquates de calcium et de phosphore, ainsi que des oligo-éléments et des vitamines

Après la saison de vêlage :

  • S'assurer que les vaches prennent du poids en vue de la reproduction
  • Leur donner un pâturage de bonne qualité ou suppléer la ration avec un concentré protéino-énergétique
  • Fournir un mélange de sel et minéraux avec des teneurs en Ca et P pour complémenter adéquatement l'alimentation, et qui contient des teneurs adéquates de sélénium et autres oligo-éléments comme le zinc, l'iode, le cuivre, le manganèse et le cobalt

Automne/hiver

  • Faire analyser les fourrages entreposés par un laboratoire
  • Fournir un mélange de sel et minéraux avec des teneurs en Ca et P pour complémenter adéquatement l'alimentation, et qui contient des teneurs adéquates de tous les oligo-éléments et vitamines
  • Évaluer la condition de chair des vaches et les regrouper en vue de l'alimentation - les vaches les plus maigres ont les meilleurs fourrages
  • Servir un supplément protéino-énergétique, au besoin
  • Surveiller les vaches au courant de l'hiver et ajuster le programme d'alimentation, au besoin.

Références

  1. Pelletier, S., etal. 2008. Delayed Harvest Effects Mineral and NDF Concentrations, and Digestibility of Timothy. Can. J. Anim. Sci. 88: 325 - 329
  2. University of Wisconsin. 1994. Nutrition and Feeding Technical Guide

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