La levure fait non seulement gonfler votre pain… mais aussi votre rentabilité!

Contexte

Le maintien de la santé des intestins est un facteur important pour assurer la santé des animaux des parcs d'engraissement, ainsi que leur rendement et une conversion efficace des aliments. Des problèmes métaboliques tels que l'acidose et des troubles secondaires associés tels que des abcès du foie et la fourbure (laminite) non seulement réduisent le rendement du parc d'engraissement, mais aussi peuvent avoir une incidence sur la valeur des carcasses et les rendements économiques nets. Des recherches suggèrent que la période de risque la plus élevée d'acidose chez les bovins des parcs d'engraissement se produit durant la seconde moitié de la période de finition. L'incorporation d'antibiotiques dans la nourriture a depuis longtemps été une méthode permettant d'améliorer cette situation. Toutefois, des nouvelles mesures législatives canadiennes qui sont entrées en vigueur le 1er décembre 2018 ont entraînées des modifications à l'accès aux antimicrobiens utilisés pour lutter contre les maladies dans la production animale et améliorer l'efficacité des aliments, une prescription de vétérinaire étant souvent nécessaire. En outre, la préférence des consommateurs pour des produits sans antibiotique continuera de faire avancer la recherche dans le secteur des additifs alimentaires alternatifs «naturels». Des microbiens administrés directement tels que des Saccharomyces cerevisiae (levure) ont fait l'objet d'études approfondies en tant qu'additifs alimentaires naturels et se sont révélés être des alternatives prometteuses aux antibiotiques pour réduire les risques de troubles de santé, tels que l'acidose chez les bovins laitiers. L'efficacité des microbiens administrés directement à une dose plus élevée pour réduire les troubles digestifs et améliorer la santé des animaux n'est pas bien établie pour les bovins des parcs d'engraissement.

L'expérience

L'expérience a pour but d'évaluer l'efficacité de la levure administrée à une dose double à la fin de la phase de finition sur le rendement des bovins et d'évaluer le pH ruminal, la santé des intestins et les caractéristiques des carcasses. La levure dans cette étude est un produit de Saccharomyces cerevisiae sec développé pour être utilisé dans les aliments du bétail, des cochons, des chevaux, des moutons et des chèvres (Vistacell, AB Vista, Marlborough, RU). La dose initiale recommandée de ce produit pour les bovins des parcs d'engraissement de 1,5 gramme par animal par jour a été établie en fonction de recherches sur les bovins laitiers. Pour cette étude, une dose du produit de 3 grammes par bovin par jour a été ajoutée à la ration alimentaire, ce qui donne une dose élevée contenant un minimum de 60 milliards d'unités formatrices de colonies (CFU). Cinquante-quatre bouvillons ont été divisés dans trois enclos suivant leur poids et ont été répartis aléatoirement dans un groupe de contrôle (CON) alimenté avec le régime de finition (maïs à humidité élevée de 60 %, drêches de distillerie séchées à 20 % avec des solubles et ensilage préfané à 17 %) et un groupe auquel était administrée la levure (LEV), dont le régime était identique mais avec la levure ajoutée.

Mesures

Tous les 28 jours, chaque bouvillon était pesé, son sang analysé, et une échographie était effectuée pour déterminer l'épaisseur du gras du dos et du gras des côtes. Des pesées supplémentaires ont été effectuées et des échantillons de sang ont été prélevés trois à cinq jours avant l'abattage. Les prises et le comportement alimentaires ont été consignés pour chaque animal avec des étiquettes RFID individuelles correspondant au nourrisseur Insentec attribué (Insentec B.V., Marknesse, Pays-Bas) qui enregistrait chaque événement d'alimentation. Le pH ruminal a été mesuré au moyen d'enregistreurs de données ruminales, qui étaient réglés pour enregistrer le pH toutes les cinq minutes pendant trois semaines.

Sonde de pH réticulo-ruminale.

Figure 1. Sonde de pH réticulo-ruminale.

Les carcasses chaudes ont été pesées, l'épaisseur de la couche de gras et le faux-filet ont été mesurés, le foie et les rognons ont été pesés et les abcès du foie ont été évalués et consignés au moment de l'abattage. Ensuite, le tractus digestif complet a été disséqué et des échantillons du rumen ont été prélevés. Le rumen a été séparé, vidé et légèrement rincé avec de l'eau puis disséqué comme on peut le voir à la figure 1. Après la dissection, un échantillon de la paroi du rumen a été prélevé du sac caudo-ventral pour une analyse histologique. La paroi du rumen a ensuite été photographiée, et sa santé a été évaluée sur une échelle de 1 à 5 ainsi qu'on peut le voir à la figure 2. Ce système d'évaluation portait principalement sur l'aspect visuel des papilles du rumen, principalement leur couleur. Des papilles saines ne présentent aucune décoloration allant du rose au gris clair jusqu'au blanc et, ont un aspect physique et une couleur uniforme.

Technique de dissection du rumen et emplacement du prélèvement des papilles. La ligne tiretée rouge indique l'emplacement de l'incision de la dissection.

Figure 2. Technique de dissection du rumen et emplacement du prélèvement des papilles. La ligne tiretée rouge indique l'emplacement de l'incision de la dissection.

Notes d'évaluation de la santé du rumen 1 (gauche), 3 (milieu) et 5 (droite).

Figure 3. Notes d'évaluation de la santé du rumen 1 (gauche), 3 (milieu) et 5 (droite).

Six à dix papilles prélevées de la paroi du rumen ont été fixées et teintées pour être examinées au microscope. La paroi extérieure des papilles du rumen est composée de couches, qui ont pour fonction d'absorber les nutriments tout en maintenant les molécules dangereuses à l'extérieur du système. Des mesures de chaque couche, les couches cornée, granuleuse, épineuse et basale (illustrées à la figure 3) ont été effectuées pour chaque animal. La mue de la couche la plus extérieure, la couche cornée, a été évaluée sur une échelle de 1 à 5.

Couches des papilles du rumen

Figure 4. Couches des papilles du rumen

Image prise avec un grossissement de 40 X, la ligne noire représente 25 µm.

Résultats

Les résultats du rendement illustrés à la figure 5 indiquent une diminution de 31 % de l'ingestion de matières sèches (DMI) chez les bouvillons auxquels de la levure était administrée, tandis que le gain moyen quotidien (GMQ) et les mesures par ultrasons étaient identiques entre les groupes traités. Ceci s'est traduit par des indices de consommation (IC) améliorés pour les bouvillons dont les aliments contenaient de la levure comparativement aux bouvillons de contrôle. En outre, la variation individuelle de la DMI était plus faible chez les bouvillons alimentés avec de la levure que chez les bouvillons de contrôle. Ceci suggère que la levure peut réduire la variation quotidienne de la prise alimentaire, ce qui peut contribuer à réduire le risque d'acidose ruminale subaiguë chez les bovins des parcs d'engraissement.

Rendement des bouvillons de contrôle et des bouvillons traités avec la levure.

Figure 5. Rendement des bouvillons de contrôle et des bouvillons traités avec la levure.

Des lettres différentes indiquent des différences importantes entre les groupes.

Les visites à la mangeoire par jour sont bien moins fréquentes et les repas sont plus petits pour les bouvillons recevant de la levure comparativement aux bouvillons de contrôle (comme on peut le voir dans le tableau 1). Tous les autres comportements alimentaires sont restés les mêmes entre les groupes traités. Aucune différence n'a été constatée entre les bouvillons de contrôle et les bouvillons recevant de la levure dans les mesures du pH du rumen, les caractéristiques des carcasses ou l'épaisseur des couches des papilles du rumen.

Tableau 1. Mesures du comportement alimentaire des bouvillons de contrôle et des bouvillons recevant de la levure.

Facteur Traitement diététique
CON (n=27)
Traitement diététique
LEV (n=24)
Temps au nourrisseur, min/j 73 61
Visites au nourrisseur, visites/j 37.4a 27.3b
Temps par visite, min/visite 2.20 2.48
Taille des visites, g DM/visite 330 304
Nombre de repas, repas/j 10.0 8.8
Durée des repas, min/repas 6.3 5.7
Taille des repasz, g DM/repas 1227a 946b
Vitesse des repas, g DM/min 221 179

zUn repas est défini comme étant n'importe quelle période d'alimentation qui n'est pas interrompue par plus de 7 minutes.

Les différentes lettres indiquent des différences significatives entre les groupes

Bouvillon 128E utilisant un nourrisseur Insentec.

Figure 6. Bouvillon 128E utilisant une mangeoire Insentec.

Conclusions et implications

Les résultats de cette expérience suggèrent que l'ajout de levure (60 milliards d'unités formatrices de colonies) au régime à la fin de la période de finition produit une diminution importante de l'ingestion de matières sèches et une meilleure efficacité alimentaire, tout en n'ayant aucune incidence sur les caractéristiques des carcasses ou le gain moyen quotidien. Bien que l'ajout de levure ait réduit la variabilité des prises alimentaires, aucune amélioration statistiquement significative n'a été constatée dans le pH du rumen ou les évaluations de la santé du rumen. La capacité de la levure ajoutée d'améliorer l'efficacité alimentaire tout en maintenant des gains offre d'excellentes possibilités de réduction des coûts des aliments pour les producteurs sans aucune perte de productivité. Étant donné le rapport coût-efficacité de la levure et l'amélioration observée dans le rendement des animaux, l'ajout de levure dans les régimes des bovins des parcs d'engraissement trois mois avant l'abattage pourrait améliorer le bénéfice net des exploitants de parcs d'engraissement.

Remerciements

Les auteurs sont reconnaissants du soutien financier d'AB Vista, du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, du fonds de démarrage K. Wood et du département des biosciences animales.


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