Choix du moment de la sortie du printemps

Le printemps est dans l'air, et les bovins comme les fermiers sont anxieux de commencer la saison du pâturage. Le choix propice de cet agréable moment est essentiel, car la gestion du pâturage printanier établit à la fois le rendement des prés et la quantité des gains réalisables pour les veaux et les animaux d'un an.

Quand tôt est trop tôt?

Le bétail devrait sortir dans les pâturages lorsque les plantes ont développées trois ou quatre nouvelles feuilles d'herbe. Une sortie plus rapide est très stressante pour les plantes. Les fourrages vivaces dépendent des carbohydrates emmagasinés dans leurs racines pour alimenter la repousse lorsqu'ils sortent de leur dormance (figure 1). Les plantes ne réapprovisionnent pas ces dépôts de carbohydrates tant qu'elles n'ont pas des feuilles dont la surface est suffisante pour produire plus de sucre que ce dont elles ont besoin pour pousser. Si l'on attend que les herbes aient trois ou quatre nouvelles feuilles complètement développées, les plantes ont la possibilité de réintroduire de l'énergie dans leurs racines. Les plantes puiseront à nouveau dans ces réserves pour se rétablir après le pâturage. Si le bétail sort dans les pâtures trop tôt, les plantes n'ont pas la capacité de recharger les réserves de leurs racines, et il n'y a pas d'énergie qu'elles peuvent puiser lorsque leurs feuilles sont broutées lors du pâturage. Ce stress précoce du printemps réduit les rendements des pâtures pendant le reste de la saison de pâturage. Si le bétail sort trop tôt année après année, des mauvaises herbes qui commencent à pousser après l'herbe au printemps seront peut-être capables de supplanter les plantes fourragères.

Les réserves de carbohydrate des racines fluctuent durant la repousse de l'herbe

Figure 1. Les réserves de carbohydrate des racines fluctuent durant la repousse de l'herbe.

Quand tard est trop tard?

Attendre trop longtemps peut avoir des effets négatifs sur la production du bétail. La croissance de l'herbe de printemps est très rapide, et les pâturages peuvent facilement atteindre leur maturité avant que les animaux les consomment. Lorsque les plantes entrent dans leur phase de reproductivité, la qualité de l'aliment et sa palatabilité diminuent rapidement. Ceci réduit les gains chez les jeunes animaux et la production laitière des vaches avec veaux au pis. Pour la première rotation des pâturages, le bétail devrait paître rapidement dans les enclos pour brouter tout ce qui dépasse, ce qui retarde le début des phases de croissance reproductive. La seconde rotation dans les enclos sera plus lente, et une plus grande partie de l'herbe qui s'y trouve sera consommée. De nombreux producteurs gèrent la qualité des fourrages en faisant une première moisson de foin (ou en produisant un ensilage préfané) de leurs pâtures et en les retournant dans la rotation de pâturage à la fin du printemps ou durant l'été après que les plantes ont récupéré et que la pousse de l'herbe a ralenti.

Une façon de vérifier si les herbes sont trop matures est d'en saisir une poignée et de glisser la main sur les feuilles. Si les herbes sont grossières, tranchantes ou coupent votre main, elles sont très matures et ont cessé d'être appétissantes pour le bétail. Une autre vérification rapide est de déterminer s'il serait agréable de marcher pieds nus à travers cet enclos (en évitant les bouses de vache bien entendu)?; le jeune bétail est plus capricieux en ce qui a trait à son alimentation que les vaches adultes. La bouche et le museau sont plus sensibles, et il n'aime pas être piqué par la nourriture. Pour que la consommation et les gains restent à un niveau élevé, les plantes doivent être broutées assez souvent pour se maintenir dans un état végétatif. Le maintien de la qualité de l'herbe réduit aussi la nécessité de suppléments de protéine et d'énergie, d'où une économie d'argent.

Qu'en est-il des pâturages mouillées?

Le pâturage du printemps implique souvent la gestion de conditions humides. Le piétinement du sol (aussi appelé défoncement) est un dommage causé par les sabots, qui crée des touffes de gazon et expose les racines de l'herbe et le sol nu. Ce type de dommage peut réduire les rendements des pâtures, et la surface inégale peut compliquer les moissons. Ne pas pâturer pendant ces conditions humides est une possibilité, mais avec la croissance rapide de l'herbe, différer le pâturage rend encore plus difficile la gestion de la qualité de l'herbe. Des recherches en Irlande ont montré que le bétail ayant un accès non restreint au pâturage passait seulement 37 % de son temps à paître (Kennedy et coll., 2012). Le bétail fait relativement peu de dommages en piétinant le sol d'un champ lorsqu'il paître. D'autres activités, telles que les visites à l'abreuvoir ou à la source de minéraux, se coucher par terre ou socialiser causent plus de dommages.

Des chercheurs ont étudié la limitation de la quantité de temps que le bétail passe dans les pâturages comme moyen d'essayer de réduire les dommages par piétinement. Ils ont constaté que les vaches peuvent manger leurs prises quotidiennes de matières sèches fourragères durant deux périodes de trois heures par jour, et passer 98 % de leur temps à pâturer dans les pâtures selon ce type de gestion (Kennedy et coll., 2012). Ceci a donné lieu à l'élaboration d'une technique de gestion appelée pâturage intermittent, selon laquelle on laisse sortir le bétail pour paître pendant trois heures le matin, et on le ramène dans la grange ou le parc d'élevage, puis on le laisse sortir pour paître pendant trois heures de plus au cours de l'après-midi ou de la soirée. Pour chaque période de pâturage, le troupeau a seulement accès à la quantité d'herbes qu'il peut manger durant cette période, et il s'agit donc d'une forme modifiée de pâturage rationné ou en blocs. L'étude irlandaise a montré que lorsque l'on ne limitait pas la durée pendant laquelle les vaches pouvaient paître, les dommages par piétinement donnaient lieu à une production d'herbe de 20 % inférieure comparativement au pâturage intermittent.

Une autre façon de minimiser les dommages aux pâtures est d'utiliser plusieurs barrières. Si le troupeau entre dans l'enclos à travers une barrière et en sort à travers une autre, la circulation à travers chaque zone des barrières est réduite de moitié. Cela diminue la quantité de piétinement et de compaction du sol autour des barrières. Laisser plus d'herbe résiduelle peut aussi aider à protéger le champ contre les dommages par piétinement. Dans les prairies artificielles, laisser 10 à 15 cm (4 à 6 po) peut être approprié en cas de conditions humides.

Avant de laisser sortir le bétail au pâturage, il faut que les plantes aient développées au moins trois ou quatre feuilles. Ceci réduit le stress sur les plantes et contribue à des rendements plus élevés des pâturages durant toute la saison. La gestion de la croissance rapide du printemps visant à maintenir l'herbe dans un état végétatif maximise les gains aux pâturages. Le sol humide au cours du printemps représente une difficulté, mais une gestion attentive peut prévenir les dommages aux champs et maximiser la qualité des fourrages pendant le reste de la saison. Choisir le bon moment pour laisser sortir le bétail optimise les pâturages.

Ouvrages de référence

Kennedy, E., O'Donovan, M., Delaby, L., and Boland, T. 2012. Strategies to increase the length of the grazing season for spring and autumn calving cows. Teagasc Technology Updates.


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