La réduction des coûts des aliments pour les vaches - Une question de survie pour les élevages de vaches de l'Ontario

Avez vous le même programme d'alimentation hivernale aujourd'hui que pendant l'hiver 2002 2003? Actuellement, le prix des veaux est élevé, mais les coûts en énergie (électricité et combustibles) sont également à la hausse, de sorte que du point de vue économique, nous n'en sommes pas encore au même point qu'il y a huit ans. Avec l'augmentation du taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain, les producteurs ontariens ont subi une perte de compétitivité de 30 pour cent sur le marché international; comme exploitant d'un élevage vache veau, qu'avez vous fait pour remédier à cette situation? Ce sont les aliments qui constituent la plus grande part du total des coûts annuels d'exploitation d'un élevage vache veau; par conséquent, pour pouvoir jouer à armes égales du point de vue économique, il faudra principalement apporter des changements à nos stratégies d'alimentation. Mais comment s'y prendre?

Voici cinq stratégies de réduction des coûts, présentées en ordre selon le délai requis pour leur mise en œuvre, en allant du plus court au plus long.

  1. Revoir la formulation des apports en minéraux
  2. Remplacer une partie du foin par d'autres aliments
  3. Réduire le nombre de jours de consommation d'aliments conservés
  4. Déplacer la saison de vêlage
  5. Agir sur les facteurs liés aux vaches

Revoir la formulation des apports en minéraux

Un apport adéquat en minéraux est essentiel à la bonne santé et au rendement de la vache et du veau, mais il est également important de s'assurer que les minéraux en question sont réellement consommés dans les proportions voulues. Il faut donc commencer par faire correspondre la consommation réelle avec les recommandations de votre fournisseurs d'aliments. Il se peut que votre troupeau consomme globalement trop de minéraux et, même dans le cas contraire, il se peut qu'il consomme de trop grandes quantités de certains éléments. Par conséquent, à partir des teneurs mesurées dans votre fourrage, il est possible de créer un mélange maison adapté à votre exploitation en éliminant les éléments minéraux coûteux tels que le phosphore, ou en réduisant leurs quantités. Cette approche permet de réduire les apports quotidiens ainsi que le coût final par vache par jour, bien que le prix résultant par sac puisse être plus élevé.

En outre, l'ajustement précis de la prise de minéraux et de sa composition permet d'assurer un apport suffisant en oligo éléments critiques comme le sélénium. Pour comprendre la portée de cette démarche, il faut comparer les besoins et l'apport réel en considérant toutes les sources et chaque minéral pris séparément. Dans l'article Combler les besoins en minéraux au pâturage, paru en juillet 2009 dans Le Bœuf virtuel Bulletin d'actualité bovine du MAAARO (volume 8, numéro 23), on explique comment procéder pendant la saison des pâturages; cependant, ne pas oublier que pendant la période de consommation des aliments conservés, on devra ajouter des suppléments de vitamines A et E. Il faut également retenir que tout cela dépend des teneurs en minéraux des aliments telles que mesurées; on ne peut pas se contenter de valeurs théoriques ou de moyennes.

Remplacer une partie du foin par d'autres aliments

Le foin est cher! Dans la plupart des cas, il ne convient plus aux stratégies d'alimentation à faible coût; il peut même être moins coûteux d'ajouter aux rations d'autres formes de fourrage comme l'ensilage de maïs ou d'autres denrées agricoles, en limitant les quantités de foin. À l'heure actuelle, dans de nombreuses régions de l'Ontario, le coût de production par unité de matière sèche de l'ensilage de maïs est inférieur à celui du foin, et il est certainement moins élevé pour un même nombre d'unités nutritives totales (UNT) (énergie). Cependant, dans l'alimentation des vaches, l'ensilage de maïs, toute autre céréale ou tout sous produit doit être combiné à des quantités limitées de foin ou entrer dans la composition de rations totales mélangées (RTM). Les vaches de boucherie n'ont pas d'énormes besoins nutritifs, mais elles ont un gros appétit! Si elles ont un accès illimité à des aliments à forte teneur énergétique, elles deviennent trop grasses, elles causent des dépenses inutiles et ont des problèmes de mise bas. Comme l'appétit n'est pas nécessairement un reflet fidèle des besoins, il faut restreindre la consommation globale si on offre des fourrages de haute qualité, de l'ensilage de maïs ou des aliments à forte teneur énergétique. Cela signifie également que si l'on restreint l'accès du troupeau aux aliments, il faut assurer un espace suffisant aux mangeoires pour permettre à tous les animaux d'avoir leur part. Chez les vaches de boucherie, il est possible de réduire les coûts d'alimentation en hiver en limitant les apports de foin et en les remplaçant par d'autres aliments au lieu d'offrir du foin à volonté.

Image de ration mélangée
Figure 1. Ration totale mélangée contenant 60 pour cent d'ensilage de graminées, 40 pour cent de paille de blé hachée et 0,5 pour cent de vitamines et de prémélange de minéraux. (Photo, permission de Katherine Wood.)

Réduire le nombre de jours de consommation d'aliments conservés

De nos cinq stratégies, cela pourrait être la plus importante à terme. Comme nous l'avons dit plus haut, le foin est cher, et son prix varie avec le coût de récolte. La meilleure façon d'économiser le coût de la récolte, c'est de laisser les vaches faire le travail elles mêmes. Souvent, on considère que le principal indicatif de rentabilité d'un troupeau de vaches est l'efficacité du programme de pâturage et la capacité d'empêcher les animaux de consommer cette denrée coûteuse qu'est le foin. Si l'on commence par l'option de choix en matière de pâturages permanents, de nombreuses espèces fourragères annuelles et de nombreux résidus de récolte permettent de détourner le bétail insatiable du précieux foin. Les autres options de choix sont présentées en détail dans l'article L'abc du pâturage tournant, récemment paru dans Le Bœuf virtuel de mai 2010 (vol. 9, no 25), avec des liens vers d'autres excellentes sources.

Vache broutant des chaumes de maïs
Figure 2. Vaches broutant des chaumes de maïs

La réduction du nombre de jours de consommation d'aliments conservés est le principal outil de réduction des coûts d'alimentation des vaches de boucherie. Même les terres servant à la production de cultures commerciales peuvent être mises à profit efficacement dans cette perspective.

Déplacer la saison de vêlage

Dans les programmes d'alimentation hivernale, c'est la conservation des aliments (récolte et entreposage) qui engendre les plus gros coûts. Par ailleurs, c'est pendant la période de lactation que les vaches coûtent le plus cher à nourrir. Étant donné l'importance les besoins (quantité totale d'aliments, énergie, protéines), on ne pourra échapper à l'augmentation des coûts qui est liée à la lactation; cela reste vrai que l'on opte pour le foin seul ou pour une autre denrée agricole avec un complément de foin en quantité restreinte. La seule façon de réduire réellement ces coûts est de faire en sorte qu'une plus grande partie de la lactation se déroule au pâturage; autrement dit, il faut que la mise bas se déroule au printemps et non en hiver, et certainement pas en automne. Indépendamment du nombre de jours passés au pâturage (troisième stratégie), il s'agit ici de déplacer le moment où la prise alimentaire et les besoins atteignent leur maximum et de le rapprocher de la saison de croissance maximale des fourrages frais, d'où une réduction des coûts de fourrage. Pour juger de l'effet possible de ce facteur, voir les exemples de rations présentés à la Figure 1 (comparaison de la lactation sur pâturage et sans végétation fraîche) et les projections du George Morris Centre sur les coûts d'un troupeau vache veau (adaptées et présentées à la Figure 2).

Tableau 1. Trois rations distinctes calculées pour répondre aux besoins d'un vache en lactation*
Scénario
Pâturage
Foin ordinaire
Foin de mauvaise qualité1
Vache en lactation:
1 200 lb
capacité de production laitière modérée
148 lb de pâturage

0,07 lb de sel enrichi d'oligoéléments

33,0 lb de bon foin

0,34 lbs de prémélange

21,5 lb de bon foin à maturité
9,0 lb de maïs grain
2,0 lb de drêches de distillerie avec solubles
0,34 lb de prémélange
Coût / vache / jour2
0,60 $
1,93 $
2,24 $

* On n'a pas tenu compte des besoins du veau (nourri à la dérobée) ni de la litière. Pour les vaches de plus grande taille, qui sont plus nombreuses en Ontario, l'apport peut être majoré en fonction d'accroissements modérés en taille (p. ex. de 1 200 à 1 500 lb).
1On suppose que les besoins liés à la lactation doivent être comblés à long terme par du foin à maturité (coupe en juillet), les effets sur la vache (perte de poids) étant modérés, et le rendement étant comparable à celui obtenu avec une ration constituée uniquement de foin.
2 On calcule la valeur des aliments comme suit : foin, 120 $/tonne (5,5 ¢/lb); maïs, 220 $/tonne; drêches de distillerie avec solubles, 220 $/tonne; prémélange de vitamines et de minéraux, 850 $/tonne; sel TM à haute teneur en sélénium, 9 $/sac de 25 kg; le pâturage est évalué à 8,80 $ par tonne de poids humide.

Agir sur les facteurs liés aux vaches

À plus long terme, les choix concernant la relève et les sites d'hivernage peuvent également contribuer à réduire les coûts en alimentation. Ces stratégies ont une portée telle qu'elles méritent qu'un article leur soit consacré. Comme point de départ d'une discussion sur l'importance des facteurs liés à la vache elle même, voir ces deux articles de Le Bœuf virtuel : Taille des vaches : une pièce du casse tête de l'efficacité des exploitations vache veau (février 2010, vol. 9, no 24) et Sélectionner et réformer pour avoir des vaches efficaces (novembre 2009, vol. 8, no 24).

Tableau 2. Coût des aliments par mois de mise bas.*
Mois de mise bas
Coûts des aliments
$ par tête
Autres coûts
$ par tête
Mai
Juin
Juillet
325
342
366
446
449
454
Août
Septembre
Octobre
389
413
420
459
464
466
Novembre
Decembre
Janvier
413
389
366
465
460
455
Fevrier
Mars
Avril
342
325
325
449
446
446
Moyenne
368
455

* Adaptation de Ontario Cattle Costs and Returns, de Al Mussell, Anatoliy Oginskyy et Graime Hedley du George Morris Centre. Communication présentée à la Beef Research Update à Guelph, et également présentée à l'assemblée générale annuelle de l'Ontario Cattlemen's Association. La communication incluait également les revenus et les rendements par mois, que nous n'avons pas présentés ici pour des raisons de simplicité. Dans tous les cas, la période d'alimentation (âge du veau) a été maintenue constante, soit 8,2 mois au moment de la vente, et le rapport original prenait également en compte les primes reçues à la vente du veau de saison.

En conclusion

Le coût des aliments constitue un élément crucial de l'exploitation vache veau. Dans l'ensemble, à cet égard, les éleveurs de vaches de l'Ontario peuvent et doivent faire mieux. En l'absence des avantages découlant d'un faible taux de change du dollar canadien et du coût peu élevé des denrées agricoles, pour que ce type d'entreprise soit rentable, il faut apporter des changements importants en ce qui concerne l'alimentation des vaches de boucherie ontariennes. Les stratégies présentées ici (revoir la formulation des apports en minéraux, remplacer une partie du foin par d'autres aliments, réduire le nombre de jours de consommation d'aliments conservés, déplacer la saison de vêlage et agir sur les facteurs liés aux vaches) doivent être prioritaires comme point de départ d'un véritable plan d'action pour la réduction des coûts des aliments. Ce n'est qu'en trouvant le moyen de réduire le coût des aliments que les éleveurs de vaches de l'Ontario pourront retrouver la situation financière avantageuse qui prévalait il y a huit ans.

 

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