Colostrum : une première protection aux effets durables

L'immunité du veau

À sa naissance, le veau possède un système immunitaire peu développé qui n'est pas en mesure de produire activement des anticorps protecteurs contre la maladie ou la vaccination. De plus, aucun anticorps maternel n'est présent dans le courant sanguin du nouveau-né, puisqu'ils ne peuvent traverser le placenta durant la période de gestation1. Le temps qu'il développe sa propre immunité (ce qui demande quelques mois), le veau doit compter, pour résister à la maladie, sur le colostrum de sa mère qui assure le transfert passif de l'immunité.

Le colostrum est riche en anticorps capables de fournir au veau une protection contre les maladies infectieuses. Les anticorps, ou immunoglobulines (lg), sont des protéines qui savent reconnaître les pathogènes et favorisent leur destruction. Il existe trois types de lg dans le colostrum des bovins. Le colostrum de la vache contient de 70 % à 80 % de lgG, de 10 % à 15 % de lgM et de 10 % à 15 % de lgA.

La lgG et la lgM décèlent et inactivent les microorganismes qui ont pénétré dans le sang. La lgA se fixe aux membranes qui recouvrent de nombreux organes, notamment l'intestin, et empêche les pathogènes d'y pénétrer et de provoquer des maladies.

La capacité naturelle du veau à absorber les anticorps du colostrum diminue rapidement au cours des premières heures de sa vie (voir tableau 1). Vingt-quatre heures après la naissance, sa capacité d'absorber les immunoglobulines est à peu près nulle. Les veaux qui n'ont pas reçu de colostrum dans les 12 heures suivant leur naissance sont peu susceptibles d'obtenir assez d'anticorps pour leur assurer une protection adéquate. Selon une étude menée en 2003 au Québec sur 45 troupeaux de bovins de boucherie, 19 % des veaux nouveau-nés n'avait pas reçu un transfert passif

Tableau 1. L'effet du temps sur l'absorption totale d'immunoglobulines lors de l'ingestion du colustrum par les veaux
Moment de la prise de colustrum
(nb d'heures après la naissance)
Concentration plasmatique
24 heures après la prise de colustrum (mg/ml)
Absorption
(%)
6
53
66
12
37
47
24
9
12
36
5
7

Source : Selk3

Le colostrum tire aussi son importance du fait qu'il est la première source de nutriments après la naissance. Le colostrum contenu dans le « premier lait » est le plus riche en anticorps et en nutriments. Ces quantités diminuent dans le colostrum produit plus tard par la vache (tableau 2).

Tableau 2. Analyse type du colostrum, du lait transitoire et du lait entier
Élément
Numéro du lait
1
2
3
11
Colostrum
Lait
transitoire
Lait entier
Matière sèche totale (%)
23,9
17,9
14,1
12,5
Matières grasses (%)
6,7
5,4
3,9
3,6
Protéines* (%)
14,0
8,4
5,1
3,2
Anticorps (%)
6,0
4,2
2,4
0,09
Lactose (%)
2,7
3,9
4,4
4,9
Minéraux (%)
1,11
0,95
0,87
0,74
Vitamine A (ug/dl)
295
190
113
34

Source : Davis et Drackley4

La diminution des problèmes de santé et des décès

Pendant des années, des études ont le plus souvent conclu qu'il fallait réussir à fournir assez de colostrum pour obtenir des taux minimaux de sérum sanguin lgG supérieurs à 10 mg/ml. L'échec du transfert passif (ETP) chez les veaux est souvent défini comme un taux de lgG sanguin inférieur à 10 mg/ml de 24 à 48 heures après la naissance. Pour appuyer cette recommandation, les résultats d'une enquête menée à l'échelle des États-Unis, en 1992, ont montré que la mortalité des veaux avec de faibles taux d'anticorps (moins de 10 grammes par litre) était deux fois plus élevée que chez les veaux avec des taux plus élevés (voir figure 1).

Graphique qui démontre la survie des veaux en fonction des concentrations d'immunoglobulines dans le sérum sanguin.

Source : USDA National Animal Health Monitoring System, 1992

Figure 1. Survie des veaux en fonction des concentrations d'immunoglobulines dans le sérum sanguin (adéquates et inadéquates)

Une recherche récente a porté sur la réaction immunitaire de veaux possédant des taux très supérieurs de lgG.5 Cette recherche de trois ans publiée en 2006 avait pour objet 1 568 veaux d'élevage métis d'un troupeau du Nebraska. Elle a démontré que les veaux ayant des concentrations sériques de lgG1 inférieures à 24 mg/ml sont 1,6 fois plus susceptibles d'être malades et 2,7 fois plus susceptibles de mourir avant le sevrage que les veaux ayant des concentrations sériques de lgG1 supérieures.

La prise de poids au sevrage

Une étude menée sur 244 veaux Herford et Angus à l'Université de Géorgie, en 2001, a conclu que le poids au sevrage des veaux d'un jour ayant des taux sériques de lgG supérieurs est bien plus élevé que celui des veaux ayant des taux sériques de lgG inférieurs.6 Les veaux ont été classifiés selon leur niveau de concentration sérique de lgG.

À l'âge de 205 jours, les veaux appartenant au groupe des taux sériques de lgG supérieurs (plus de 16 mg/ml) pesaient, au sevrage, 29,03 kg (64 lb) de plus que les veaux appartenant au groupe comportant de faibles taux de lgG (inférieurs à 4 mg/ml). Les veaux du groupe intermédiaire, (taux de lgG sériques entre 4 et 16 g/l) pesaient, au sevrage, 14,06 kg (31 lb) de plus que les veaux avec de faibles taux de lgG.

Tableau 3. Influence des concentrations d'anticorps sur le poids au sevrage
 
Faible
Moyenne
Élevée
Taux sérique de IgG (mg/ml)
< 4
4 à 16
> 16
Prise de poids au sevrage (à 205 jours)
+ 14,06 kg
+ 29,03 kg

Source : Vann et Baker6

Le stockage du colostrum

Vous pouvez réfrigérer le colostrum à 2o C (36o F) jusqu'à une semaine, ou le congeler à 20o C jusqu'à un an. Évitez les congélateurs sans givre.

Réchauffez le colostrum lentement dans l'eau ou, dans un four à micro-ondes en prenant des précautions. Évitez de trop le chauffer. Une récente recherche de l'Université du Minnesota a montré que le colostrum supporte une chaleur allant jusqu'à 60o C (140o F) sans danger pour les anticorps qu'il renferme.7 Cependant, si sa température atteint 63o C (145o F), ses anticorps diminuent de 34 %.

Ne conservez le colostrum pour vos veaux que si la vache ou la génisse répond aux critères suivants :

  • elle est en bonne santé;
  • elle n'a pas de mammite;
  • elle n'a pas de pertes de lait;
  • il n'y a pas de traces de sang dans le lait;
  • elle est restée dans le troupeau au moins 45 jours.

Bien qu'un colostrum de grande qualité soit toujours la meilleure solution, les suppléments de colostrum peuvent s'avérer très utiles pour renforcer l'immunité du veau lorsque les sources d'approvisionnement sont limitées. Six suppléments de colostrum sont actuellement approuvés au Canada. Ces suppléments peuvent être utilisés pour augmenter la quantité de lgG des veaux lorsqu' aucune autre source de colostrum de qualité n'est disponible. Ils ne peuvent cependant pas le remplacer.

Références

  1. Roy, J.H.B. The Calf, vol. 1, Management of Health, Toronto, Butterworths, 1990.
  2. Filteau V., E. Bouchard, G Fecteau, L. Dutil et D. Dutremblay. Health status and risk factors associated with failure of passive transfer of immunity in newborn beef calves in Quebec, Canadian Veterinary Journal, novembre 2003, vol. 44, n° 11, p. 907-913.
  3. Selk, G.E. Disease Protection for Baby Calves, F-3358, Oklahoma Cooperative Extension Service.
  4. Davis, C.L. et J.K. Drackley. The Development, Nutrition and Management of the Young Calf, Iowa University State Press, 1998.
  5. Dewell, R.D., L.L. Hungerford, J.E. Keen, W.W. Laegreid, D.D. Griffin, G.P. Rupp et D.M. Grotelueschen. Association of neonatal serum immunoglobulin G1 concentration with health and performance in beef calves, Journal of American Veterinary Medical Association, 2006, vol. 228, n° 6, p. 914-921.
  6. Vann, R.C. et J. F. Baker. Calf serum IgG concentrations affects weaning performance, Journal of Animal Science, 2001, vol. 79, suppl. 1, 223-224.
  7. McMartin, S., S. Godden, L. Metzger, J. Feirtag, R. Bey, J. Stabel, S. Goyal, J Fetrow, S. Wells et H. Chester-Jones, 2006, Heat Treatment of Bovine Colostrum. I: Effects of Temperature on Viscosity and Immunoglobulin G Level, J. Dairy Science. Vol. 89, p. 2110-2118

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