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L'alimentation à la dérobée pour les veaux de boucherie
Table de matières
ContexteL'alimentation à la dérobée consiste à fournir aux veaux élevés au pis la possibilité de manger un aliment complémentaire auquel leurs mères n'ont pas accès. Les aliments qui conviennent à cette pratique peuvent être de plusieurs types, dont le foin sec, l'ensilage ou la pâture, mais le plus commun est un mélange de céréales. L'objectif généralement visé est d'améliorer le taux de croissance des veaux élevés sous la mère. Il s'y greffe d'autres avantages, comme la plus grande uniformité du croît du troupeau, la réduction du stress du sevrage chez le veau et un meilleur état de chair de la mère, surtout lorsqu'elle est jeune et/ou insuffisamment en chair en fin d'allaitement. L'alimentation des veaux à la dérobée permet de réduire la quantité d'aliments céréaliers des vaches nourrices tout en maintenant ou en améliorant la performance des veaux élevés au pis. Nutrition du veauQuand leur alimentation correspond au niveau de nutrition convenable, la plupart des vaches de boucherie produisent assez de lait durant les 90 premiers jours de lactation pour satisfaire les besoins nutritifs du veau en croissance. Mais après, la lactation ne permet souvent plus d'assurer au veau un rythme de croissance rapide. Pour soutenir ce rythme, le veau a besoin d'un apport complémentaire de nutriments. Chez les vaches qui vêlent au printemps et qui sont élevées sur un pâturage conduit de façon traditionnelle, la sécrétion lactée connaît habituellement un pic, puis décline de pair avec la qualité et la quantité de l'herbe à mesure que la saison de pâturage avance. Dans ces conditions, les veaux peuvent ne plus trouver assez de lait ni d'herbe de qualité pour répondre à leurs besoins et afficher un taux de croissance rapide. Qui plus est, les veaux qui naissent à l'automne n'auront pas l'occasion de pâturer. Durant l'hiver, les aliments servis aux vaches nourrices sont souvent de qualité moyenne et donc peu nourrissants et appétissants pour les jeunes veaux. À cause de leur régime alimentaire parfois déficient du point de vue de la quantité et de la qualité, les vaches ne produisent en général pas assez de lait en hiver. Dans ces deux situations, on peut maintenir la croissance des veaux en leur servant un aliment complémentaire. | Haut de la page | Indice de conversion de l'aliment complémentaireA. Mélange de céréales servi à volontéNombre d'études ont été faites pour comparer le taux de croissance des veaux recevant un aliment complémentaire à volonté et celui des veaux n'en recevant pas. L'aliment complémentaire traditionnellement utilisé est un mélange de céréales dosant 14 ou 16 % de protéines brutes (par rapport à la matière sèche). Les chercheurs ont observé que le fait de servir aux veaux un aliment complémentaire faisait augmenter le poids moyen au sevrage de 7 à 35 kg par veau. La variation de l'augmentation de poids s'explique par les différences dans la quantité et la qualité des autres aliments auxquels les veaux ont accès (pâturage, lait, moulée de leurs mères). Les chercheurs ont aussi constaté une ample variation dans l'indice de conversion de l'aliment complémentaire en gain de poids supplémentaire (différence entre le gain de poids des veaux complémentés et celui des veaux témoins). L'indice de conversion (rapport des kg d'aliment complémentaire aux kg de gain supplémentaire) peut varier de 5:1, quand les veaux sont élevés sur un pâturage médiocre, à 17:1 quand ils sont élevés sur un pâturage excellent (tableau 1, Conversion du mélange de céréales non rationné en gain de poids supplémentaire). Dans ces essais, les chercheurs ont mesuré la quantité d'aliment servi à la dérobée, mais non la quantité de fourrage ou de lait. L'indice de conversion alimentaire n'est donc pas une mesure exacte de la conversion biologique, mais plutôt la mesure « observée » de la conversion de l'aliment complémentaire en gain de poids supplémentaire. L'indice de conversion observé est malgré tout un facteur important pour mesurer l'intérêt économique de l'alimentation à la dérobée. Quand la pâture est bonne et que le lait est abondant, il semble que les veaux remplacent partiellement ces sources d'aliment par l'aliment complémentaire. Cette substitution entraîne une légère augmentation du taux de gain, mais au prix d'un indice de conversion relativement médiocre (situation 1, tableau 1). Par contre, quand la pâture est
* Mélange de céréales, 14-16 % de protéines brutes (PB), 70 % d'unités nutritives totales (UNT). Toutes les teneurs sont exprimées en pourcentage de la matière sèche (MS), sauf indication contraire. médiocre et la lactation de la mère faible, les veaux convertissent efficacement l'aliment complémentaire en gain de poids supplémentaire (situation 3, tableau 1). Dans ce cas, on se rend compte d'après l'efficacité de la conversion observée et l'augmentation plus forte du taux de gain, que l'aliment complémentaire apporte au veau des éléments nutritifs additionnels qu'il ne trouverait pas autrement. C'est ce genre de situation qu'on rencontre en Ontario sur de nombreux pâturages vers la fin de l'été et à l'automne. Dans la plupart des situations, avec des pâturages de qualité moyenne, on peut s'attendre à ce que les veaux nés au printemps convertissent les céréales complémentaires qui leur sont distribuées à volonté à raison de 8 à 10 kg de céréales pour 1 kg de gain de poids supplémentaire. | Haut de la page | Comme son nom l'indique, le tableau 2 montre la quantité de céréales consommée par des veaux élevés sur un pâturage de qualité moyenne quand ces céréales sont distribuées à volonté. Cette quantité varie sous l'effet de plusieurs facteurs. Ainsi, elle diminue quand la quantité et la qualité des autres aliments disponibles (pâturage, moulée laitière) augmentent. Elle est plus faible lorsque la mère donne beaucoup de lait. Elle augmente avec l'appétence de l'aliment complémentaire.
Des études ont montré que les veaux peuvent convertir efficacement en gain de poids supplémentaire les aliments complémentaires riches en protéines (au moins 18 % de PB) qui leur sont servis en quantité rationnée. Le tableau 3, Effet d'un complément protéique don't la consommation est limité par la teneur en sel sur la performance des veaux (Oklahoma), montre les résultats d'une étude menée avec trois lots de veaux recevant respectivement : un concentré protéique (40 % de PB) dont la consommation est limitée par la teneur en sel; un mélange de céréales non rationné; aucun complément (lot témoin). Pendant l'étude qui a duré environ quatre mois et demi, l'indice de conversion en gain de poids supplémentaire a été de 3,3:1 en moyenne chez les veaux ayant reçu le concentré protéique; il n'a été que de 7,8:1 chez les veaux auxquels on avait servi des céréales à volonté.
Des chercheurs du Kansas ont fait des essais avec un aliment protéique (18 % PB) additionné de sel et de Rumensin pour en limiter la consommation (tableau 6, partie 3a). Cet aliment a été servi durant les six semaines précédant le sevrage. Les veaux auxquels on a offert cet aliment ont pris 0,11 kg/jour de plus que le groupe témoin (veaux sans complément) pendant les six semaines. L'indice de conversion observé en gain de poids supplémentaire a été de 4,4:1. Lorsqu'il est rationné (0,5-1,0 kg/jour), le complément riche en protéine n'entraîne pas habituellement une élévation du gain de poids aussi forte que lorsqu'il est disponible à volonté. Par contre, ce rationnement peut être économiquement plus avantageux. Comparativement aux veaux pouvant consommer du complément à volonté, les veaux dont le complément est rationné rapportent plus d'argent (prix de vente moins coût du complément), même si leu indice de conversion passe de 2,5:1 à 4,5:1. De plus, le rationnement est préférable pour éviter les problèmes de métabolisme, tels les troubles digestifs et l'accumulation de gras chez les veaux de gabarit moyen. | Haut de la page | Aspects économiques de l'alimentation à la dérobéeLa rentabilité de l'alimentation à la dérobée est directement fonction :
Le tableau 4, Revenu diminué du coût de l'aliment complémentaire - Lactation et pâturage moyens, montre le revenu que pourrait rapporter (après déduction du coût de l'aliment complémentaire) la vente de veaux élevés sur un pâturage de qualité moyenne, quand on suppose, pour l'aliment complémentaire, trois coûts unitaires différents. Le tableau compare aussi ce revenu à celui que rapporteraient les mêmes veaux n'ayant pas reçu de complément. Selon le tableau, le profit réalisé avec l'alimentation complémentaire traditionnelle (céréales) non rationnée serait minime, voire négatif pour l'échelle de prix utilisée.
* En supposant
un indice de conversion (kg d'aliment complémentaire:kg de gain de
poids du veau) de 10:1. | Haut de la page | Le tableau 5, Revenu diminué du coût complémentaire - Lactation faible et pâturage médiocre, montre les prévisions quant au produit de la vente (diminué du coût du complément) de veaux élevés sur un pâturage de qualité médiocre. Ces résultats montrent que la distribution de céréales à la dérobée a plus de chances d'augmenter le revenu quand le pâturage est de qualité médiocre et que la lactation des mères est faible. Cette amélioration du revenu est attribuable à la meilleure conversion du complément en gain de poids supplémentaire.
* En supposant un indice de conversion (kg de complément:kg de gain
de poids du veau) de 6:1.
† Voir le tableau 4.
Le coût du complément et le prix de vente des veaux varient d'une ferme à l'autre et fluctuent avec le temps. Pour adapter à votre situation personnelle les calculs figurant aux tableaux 4 et 5, il vous suffit d'y substituer les données propres à votre entreprise. Comme on l'a vu dans la section précédente, la distribution rationnée d'un complément à haute teneur en protéines donne des indices de conversion nettement moins élevés que la distribution de céréales à volonté. La baisse de prix reliée au poids qu'on trouve dans les tableaux 4 et 5 est équivalente à 4,4 ¢/kg pour chaque tranche de 45 kg de poids en plus à la vente des veaux. Ce genre de dépréciation est courante pour les veaux pesant entre 180 et 365 kg dans les ventes locales et dans les sommaires de prix nationaux. Elle peut être encore plus forte quand il s'agit de veaux de petit gabarit destinés au long engraissement qui présentent trop de gras de couverture, car ceux-ci ne profiteront pas aussi bien quand ils seront placés en parc de semi-finition. En outre, dans le cas des génisses de remplacement, un engraissement excessif peut diminuer leur aptitude laitière future. Pour parer à cet inconvénient, l'aliment complémentaire doit être formulé de façon à ce que son niveau énergétique soit moyen et que sa teneur en protéines soit en proportion du niveau énergétique. On obtiendra le même résultat en rationnant le complément. | Haut de la page | L'alimentation à la dérobée comme élément d'un programme efficace de sevrageL'alimentation à la dérobée pendant les trois ou quatre semaines précédant le sevrage aidera les veaux à mieux supporter le stress du sevrage en les habituant à manger des aliments secs ou des fourrages conservés. En atténuant le stress, on réduit le risque de maladies associées au sevrage, le coût des traitements qu'elles occasionnent et on améliore du même coup la performance des animaux après le sevrage. Les aliments complémentairesMélanges de céréalesLa teneur optimale en énergie et en protéines d'un aliment complémentaire est fonction de nombreux facteurs, dont :
Si les compléments servis à volonté ne contiennent pas de facteur qui en limite la consommation, il faut que leur teneur en énergie soit comprise entre 65 et 75 % d'UNT (MS). Les compléments pour veaux légers (moins de 180 kg) devraient contenir environ 16 % de PB (MS). Pour les veaux plus lourds (plus de 180 kg), on peut réduire la teneur en protéines à 14 % (MS). On peut distribuer des compléments plus riches en PB et en UNT à condition d'en limiter la quantité par tête et par jour. Pour cela, on peut les distribuer à la main quotidiennement ou y incorporer un agent limitant comme le sel. Comme son nom l'indique, le tableau 6 donne des exemples d'aliments complémentaires pour différentes situations. L'exemple 3b du tableau 6, Aliment contenant des protéines absorbables dans l'intestin, est un aliment complexe à haute teneur en protéines et en énergie dans lequel les protéines dégradables dans le rumen et les protéines absorbables dans l'intestin sont en proportion équilibrée. Les veaux auxquels on administre ce genre de complément (contenant aussi du sel pour en limiter l'ingestion) ont des besoins en eau plus importants. Ils doivent pouvoir trouver beaucoup de lait chez leur mère ou beaucoup d'eau de boisson pour utiliser ces aliments de façon efficace. La pâture comme aliment complémentaireCertains éleveurs utilisent la pâture comme source d'aliment complémentaire pour les veaux. Dans un système de pâturage en rotation pour vaches et veaux, ces derniers devraient être envoyés en premier dans la parcelle fraîche. En effet, ils broutent d'une façon très sélective et ils mangeront l'herbe la plus savoureuse et la plus nourrissante quand ils ne sont pas en concurrence avec leurs mères. | Haut de la page | Mangeoires à aliment complémentaireOn peut acheter des mangeoires toutes faites ou les fabriquer à la ferme. Il existe sur le marché un grand nombre de modèles dont le principe de conception diffère. La mangeoire doit mettre le complément à la portée des veaux, mais non à celle de leurs mères. L'éleveur qui fabrique ses propres mangeoires tiendra compte des matériaux à sa disposition et de leur coût. Si les veaux sont alimentés à la dérobée au champ, il est avantageux que la mangeoire puisse se transporter, surtout dans un système de pâturage en rotation. Si on utilise un seul pâturage ou un abreuvoir central, une mangeoire ordinaire fera l'affaire si on l'installe dans une partie séparée du reste par une clôture qui ne laisse passer que les veaux. Pour les veaux nés en automne et dans les autres situations où le bétail se tient près de l'étable, on peut aménager un coin de l'étable ou de l'enclos de façon à ce qu'il ne soit accessible qu'aux veaux, par exemple, en réduisant la largeur ou la hauteur de la barrière ou de la porte pour laisser passer les veaux mais non les vaches. On peut alors utiliser une simple mangeoire ou un distributeur automatique ordinaire dans l'espace ainsi réservé.
| Haut de la page | RésuméL'alimentation à la dérobée est une méthode qu'on peut utiliser pour maintenir ou augmenter le taux de croissance des veaux élevés sous la mère. L'alimentation à la dérobée sera d'autant plus efficace que la ration de base (lait, pâturage, moulée laitière) qu'elle complète est de qualité ou de quantité insuffisante. La rentabilité de l'alimentation à la dérobée est fonction du coût du complément, du prix reçu pour les veaux et de l'indice de conversion en gain de poids supplémentaire. Recommandations
| Haut de la page | Pour plus de renseignements :Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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