Les aiguillons électriques sont couramment utilisés
pour faire avancer les bovins à travers les installations de manipulation
et jusque dans les camions. L'aiguillon électrique est un instrument
conçu pour aider les travailleurs à guider les bovins. L'information
qui suit se veut un guide pour une utilisation appropriée de cet instrument.
Mode d'utilisation
Les fabricants offrent des aiguillons pourvus d'un commutateur‑sélecteur
qui permet de choisir deux intensités de décharge. Pour les animaux
de plus petite taille, toujours utiliser le réglage le plus bas.
Les points de contact de l'aiguillon sont placés sur le flanc arrière
ou la partie haute de la patte arrière de l'animal. Pour éviter une
décharge de trop forte intensité, appuyer sur le bouton de mise en
marche et le relâcher aussitôt.
Les fabricants font des mises en garde concernant l'application de
décharges alors que les animaux sont mouillés, car l'intensité de
la décharge risque alors d'être plus grande. Le Code de pratiques
recommandées pour le soin et la manipulation des bovins de boucherie
précise que l'utilisation des aiguillons électriques est inacceptable
sur les régions génitales et anales, sur la tête et sur le pis des
bovins.
| Haut de la page |
Surutilisation
des aiguillons électriques
Selon Tim O'Byrne, un éleveur de l'Alberta qui a élaboré un cours
de formation à l'intention des transporteurs et manipulateurs de
bétail, il est inutile d'appliquer une décharge électrique à un
animal qui est déjà en mouvement ou qui n'a nulle part où aller. Dans
son cours, intitulé « Cattle Handling and Hauling Training Course »,
il dit que l'utilisation systématique de l'aiguillon électrique n'est
rien de plus qu'une mauvaise habitude, qui soumet l'animal à un stress
et à des douleurs inutiles. Le secteur de l'élevage aimerait voir
davantage de personnes se départir de cette mauvaise habitude en
apprenant comment utiliser un aiguillon électrique d'une manière
qui soit acceptable pour les humains et les animaux, et en faisant
l'effort de se dominer jusqu'à ce que la mauvaise habitude soit perdue.
L'aiguillon électrique doit être utilisé modérément. Si l'utilisateur
ou l'animal devient agité, il vaut mieux prendre ses distances et
attendre que le calme revienne. Un animal met entre 20 et 30 minutes
pour se détendre après avoir été excité. On peut profiter de cette
période pour analyser ce qui a pu rebuter l'animal avant d'essayer
à nouveau de le diriger vers les installations de manipulation.
| Haut de la page |
Situations où l'utilisation
de l'aiguil-lon électrique est inacceptable
Le Code de pratiques recommandées pour le soin et la manipulation
des bovins de boucherie décourage l'utilisation des aiguillons
électriques. Le Dr Temple Grandin, spécialiste
du comportement animal, étudie la circulation des animaux et dessine
des installations de manipulation adaptées aux élevages et aux abattoirs.
Elle recommande de ne pas utiliser d'aiguillons sur les fermes où
sont élevés des animaux de reproduction. Le stress occasionné par
l'utilisation de cet instrument peut affaiblir le système immunitaire
des animaux, réduire le gain de poids, nuire à la fonction du rumen
et réduire la capacité de reproduction. Les animaux qui sont manipulés
brusquement et qui deviennent énervés ou apeurés se rappelleront de
leur expérience et seront encore plus difficiles à manipuler une prochaine
fois. Leur niveau d'anxiété ou de stress au moment d'entrer dans
l'installation de manipulation se trouvera accru du fait de leur
souvenir des expériences passées.
Le Dr Grandin a étudié les sons émis par les bovins
et utilisé ces sons comme mesure du niveau de stress dans les enclos
de rassemblement, les couloirs d'amenée individuels et les aires d'étourdissement
des usines de transformation. Ses travaux révèlent que les décharges
électriques sont responsables de plus de 50 % des sons émis.
Elle souligne que dans les établissements où l'on recourt de manière
abusive à l'aiguillon électrique, les sons émis ont diminué considérablement
après qu'on ait demandé aux employés de donner d'abord une tape sur
le derrière de l'animal avant d'utiliser l'aiguillon électrique.
Le Dr Grandin a aussi découvert que le fait de hâter
les animaux durant le déchargement est une cause importante de meurtrissures.
Les meurtrissures sur les longes sont souvent attribuables à la collision
de deux bovins qui restent coincés à la sortie du
camion parce qu'ils se précipitent au dehors. Pour éviter ces blessures
inutiles, il faut utiliser le moins possible les aiguillons durant
le déchargement. Une étude menée en 1994 à l'Université Purdue a établi
que le fait de crier après les animaux était tout aussi inefficace.
| Haut de la page |
Solutions de
rechange à l'utilisation des aiguillons électriques
Au cours d'une étude que le Dr Grandin a menée en 1998
à plusieurs gros abattoirs, on a réduit de 83 à 17 % l'utilisation
des aiguillons électriques sur les bovins de boucherie. La chercheuse
a expliqué au personnel de l'établissement comment tirer parti de
la distance de fuite et autres principes qui régissent naturellement
le déplacement des bovins. L'erreur la plus courante que font les
gens quand ils veulent déplacer des bovins consiste à essayer de faire
entrer trop d'animaux dans l'enclos de rassemblement. Il vaut mieux
ne remplir l'enclos de rassemblement qu'à moitié et éviter d'avoir
à comprimer les animaux au moment de refermer la barrière. Selon le
Dr Grandin, les animaux devraient sortir de l'enclos
de rassemblement et s'engager d'eux-mêmes dans un couloir d'amenée
individuel. Toutefois, s'ils refusent de le faire, il faut en chercher
la cause et apporter les correctifs nécessaires avant d'utiliser l'aiguillon.
De nombreuses études portent sur les façons de tirer parti des principes
inhérents aux déplacements des bovins au cours des déplacements et
du chargement du bétail. Le MAAARO offre de la documentation sur les
moyens de rendre la manipulation des bovins plus facile à la fois
pour le travailleur et pour les animaux. Cette information est accessible
à l'adresse Internet www.gov.on.ca/OMAFRA/french/livestock/beef/
handling.htm.
Bud Williams enseigne à une école d'élevage qui insiste sur la nécessité
de changer notre attitude fondamentale envers le bétail. Il estime
qu'en essayant de maîtriser les animaux en les brusquant, nous perdons
toute chance d'obtenir la maîtrise recherchée. Il prône le bon positionnement
de l'éleveur qui peut ainsi appliquer suffisamment de pression sur
les animaux pour les faire avancer dans la direction où ils sont physiquement
en mesure d'aller. Pour M. Williams, il est clair que l'utilisation
de la peur et de la force pour faire avancer le bétail impose un stress
considérable aux animaux. Il prend en considération le comportement
naturel de l'animal et demande à ses étudiants de modifier plutôt
leur comportement à eux. Selon lui, les animaux qui se trouvent dans
un « état d'esprit normal » cherchent :