La résistance aux antimicrobiens en agriculture


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 400/08
Date de publication : décembre 2013
Commande no. 04-082
Dernière révision : Décembre 2013
Situation : Remplace la fiche technique du MAAO no 04-082 qui porte le même titre
Rédacteur : Jennifer Van Gerwen

Table des matières

  1. Introduction
  2. Questions et réponses
  3. Mesures à prendre aujourd'hui à la ferme
  4. Mesures à prendre aujourd'hui à la maison

Introduction

Depuis plus de 50 ans, les médicaments antimicrobiens, dont les antibiotiques, jouent un rôle crucial dans la gestion de la santé humaine et animale. En agriculture, les antimicrobiens servent à traiter, à combattre ou à prévenir des maladies causées par des micro-organismes et à améliorer la production, la croissance ou la reproduction. Environ 50 % des antibiotiques utilisés le sont en agriculture (certaines estimations vont jusqu'à 80 % si l'on inclut les ionophores).

Toutefois, cette utilisation soulève certaines préoccupations. L'une d'elles concerne les résidus : des antimicrobiens à l'état de trace qui peuvent se retrouver dans les aliments destinés à la consommation humaine. Tantôt, ces résidus peuvent déclencher des réactions allergiques chez un petit pourcentage de la population. Tantôt, ils peuvent augmenter le risque d'autres répercussions négatives sur la santé, comme le cancer. Pour ces raisons, Santé Canada interdit l'administration, aux animaux producteurs de denrées alimentaires, de médicaments susceptibles de laisser des résidus dans les produits destinés à l'alimentation humaine. L'Agence canadienne d'inspection des aliments et la Direction de l'inspection des aliments du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation de l'Ontario (MAAO) exercent une surveillance pour s'assurer que les résidus restent en deçà de limites de sécurité.

La résistance aux antimicrobiens constitue une préoccupation plus grande encore. Quand des bactéries sont exposées à un antimicrobien, elles peuvent devenir résistantes non seulement à cet antimicrobien, mais également à de nombreux autres (voir la figure 1). Des études scientifiques suggèrent que l'utilisation des antimicrobiens en agriculture augmente la résistance aux antimicrobiens, des bactéries responsables de maladies chez l'humain.

Les bactéries de sources animale et humaine ont de nombreuses occasions de cohabiter (dans l'eau, par contact direct, dans les aliments et dans les résidus de surface). Lorsque cette cohabitation existe, les gènes de résistance peuvent migrer d'une bactérie agricole à une bactérie causant des maladies chez l'humain.

Quand une personne est infectée par des bactéries qui sont résistantes à de nombreux médicaments, les choix de traitement sont moins nombreux, la guérison peut être plus lente et, dans le pire des cas, les traitements peuvent être inefficaces.

Photo illustrant les effets de différents agents antimicrobiens sur la prolifération bactérienne. La photo montre une boîte de Pétri contenant des disques antimicrobiens, certains entourés d'une zone claire, d'autres, non. La présence d'une zone claire indique que les bactéries ont été détruites ou que leur prolifération est inhibée par l'antimicrobien. L'absence d'une zone claire indique que les bactéries sont résistantes à l'antimicrobien et qu'elles continuent à proliférer en sa présence.

Figure 1 : Prolifération bactérienne inhibée par certains disques d'antibiotiques et non par d'autres.

Questions et réponses

Q. Qu'est-ce qu'un antimicrobien?

R. Les antimicrobiens sont des substances naturelles, semi-synthétiques ou synthétiques, y compris des antibiotiques, qui inhibent ou détruisent des micro-organismes (formes de vie microscopiques telles que bactéries, champignons, mycoplasmes, rickettsies, chlamydias et protozoaires).

Q. Qu'est-ce qu'un antibiotique?

R. Les antibiotiques sont des substances naturelles produites par des micro-organismes qui, en faibles concentrations, sont à même d'inhiber ou de détruire d'autres micro-organismes.

Q. Qu'est-ce que la résistance aux antimicrobiens?

R. La résistance aux antimicrobiens s'entend de la capacité d'un micro-organisme à échapper à l'action inhibitrice ou destructrice d'un antimicrobien.

Dans certains cas, les micro-organismes sont naturellement résistants à certains antimicrobiens, du fait qu'ils sont dépourvus des sites cellulaires nécessaires à l'action antimicrobienne. Cette résistance naturelle n'est pas causée par l'utilisation des médicaments en agriculture.

Dans d'autres cas, la résistance aux antimicrobiens peut être acquise. Elle permet alors aux micro-organismes de survivre à l'exposition à un antimicrobien auquel ils sont normalement sensibles.

Q. Comment s'acquiert la résistance aux antimicrobiens?

R. La résistance aux antimicrobiens s'acquiert de l'une des deux façons suivantes :

  • La résistance peut se manifester spontanément. Les bactéries évoluent constamment pour survivre. Des mutations peuvent se produire dans le code génétique de façon tout à fait aléatoire et engendrer une résistance.
  • La résistance peut être transférée naturellement entre bactéries, à la faveur d'un échange de gènes; c'est ce qu'on appelle la « permutation de gènes ». Cette capacité de partage de l'information génétique est le principal moyen par lequel se développe, et relativement rapidement, une résistance multiple aux antimicrobiens.

Q. Qu'entend-on par « résistance multiple aux médicaments »?

R. Si des bactéries deviennent résistantes à plus d'un antimicrobien, on parle de résistance multiple. Dans les médias, les bactéries à résistance multiple sont souvent désignées « superbactéries ». Les bactéries pathogènes à résistance multiple peuvent limiter le choix de traitements pour les humains et les animaux malades, retarder la guérison ou entraîner l'échec des traitements.

Q. En quoi l'utilisation des antimicrobiens provoque-t-elle l'apparition des résistances à ces produits?

R. Toute population bactérienne exposée à des médicaments antimicrobiens peut développer une résistance. L'exposition à des médicaments peut « activer » les gènes de résistance à un éventail d'antimicrobiens. Cela signifie que l'exposition à un seul antimicrobien peut amener une population de bactéries à afficher une résistance multiple. Cela signifie aussi que le fait d'arrêter l'utilisation d'un antimicrobien risque de ne pas atténuer autant qu'on l'espérerait le niveau de résistance aux antimicrobiens.

Les quantités importantes d'antimicrobiens utilisés en agriculture encouragent l'apparition de résistances, et particulièrement lors de la « médication de masse », quand les antimicrobiens sont ajoutés pendant de longues périodes à l'eau ou aux aliments servis aux animaux. Le fait qu'un grand nombre d'animaux soit en jeu n'atténue en rien cet effet. Il y a peut-être lieu pour les producteurs de reconsidérer avec un vétérinaire leurs pratiques de médication de masse à des fins de prévention ou de promotion de la croissance.

Q. Y a-t-il un lien entre la résistance aux antimicrobiens et les résidus d'antimicrobiens?

R. Ce sont des sujets apparentés, mais distincts. Les résidus d'antimicrobiens renvoient aux quantités infinitésimales d'antimicrobiens présentes dans les aliments destinés à la consommation humaine (viande, œufs, lait, légumes, fruits et autres). Ces résidus peuvent contribuer à l'apparition d'une résistance aux antimicrobiens. Toutefois, quand il est question de résidus, ce que l'on craint ce sont les éventuelles réactions allergiques qu'ils peuvent causer chez certaines personnes. Quand il est question de résistance, ce que l'on craint, c'est l'apparition dans l'environnement de micro-organismes résistants pouvant nuire à la santé humaine ou animale.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments dispose de méthodes d'inspection rigoureuses pour la surveillance de ces résidus, qui complètent la surveillance de la salubrité des aliments par le MAAO. Il est rare que des résidus dépassent les limites de sécurité acceptables. Des niveaux élevés de résidus sont un signe d'une utilisation irresponsable des antimicrobiens (notamment par le non-respect de délais d'attente suffisants chez les animaux producteurs de denrées alimentaires).

Q. Devrait-on cesser d'utiliser les antimicrobiens en agriculture?

R. Non. Leur utilisation dans le cadre de la production agricole contribue à maîtriser les maladies animales et végétales, un avantage qui permet de maintenir le coût de nos aliments à un niveau raisonnable. Elle contribue aussi à prévenir la propagation des maladies des animaux à l'homme.

Il faut par contre utiliser les antimicrobiens avec prudence, que ce soit en agriculture, en médecine humaine ou dans les applications de santé publique. Or la prudence impose de ne pas en abuser et de ne pas les utiliser à tort et à travers. Bien des organismes ont élaboré ou élaborent actuellement des lignes directrices pour garantir l'utilisation judicieuse des antimicrobiens chez l'homme et chez les animaux.

Q. La résistance aux antimicrobiens préoccupe-t-elle uniquement les Nord-Américains?

R. La résistance aux antimicrobiens est une préoccupation universelle à laquelle s'attaquent particulièrement les pays développés. À ce jour, ce sont des pays d'Europe qui ont imposé le plus de restrictions sur l'utilisation des antimicrobiens en agriculture animale. En 1986, la Suède a interdit l'utilisation des antimicrobiens comme stimulateurs de croissance ajoutés aux aliments pour animaux. La Finlande a suivi le pas. En 2001, le Danemark interdisait toute utilisation d'antimicrobiens comme stimulateurs de croissance et en 2010, il mettait en place un système de « cartes jaunes » devant servir d'avertissement aux exploitants faisant un usage d'antimicrobiens au delà d'un seuil établi. Depuis 1997, la Commission de l'Union européenne interdit la plupart des antimicrobiens comme stimulateurs de croissance. En 2011, la Corée du Sud a cessé d'autoriser l'utilisation, dans les aliments pour animaux, d'antimicrobiens destinés au traitement de maladies humaines.

Aux É.-U., la Food and Drug Administration (FDA) publie un document guide décrivant le processus servant à évaluer les risques que les nouveaux médicaments antimicrobiens à usage vétérinaire provoquent l'apparition de résistances aux antimicrobiens et nuisent à la santé humaine. En 2005, elle a banni les fluoroquinolones dans le secteur de l'élevage du poulet. Une ordonnance rendue en 2008 (mais révoquée plus tard au cours de la même année) interdisait les utilisations, non prévues sur les étiquettes, des céphalosporines. En 2010, un projet de loi a été déposé, le Preservation of Antibiotics for Medical Treatment Act, qui propose l'abandon graduel de l'utilisation à des fins non thérapeutiques d'antibiotiques importants en médecine pour le traitement des maladies humaines. Le projet de loi n'a pas encore été adopté. Des réseaux de surveillance ont également été établis pour surveiller les tendances liées à l'apparition de résistances aux antimicrobiens chez les bactéries causant des maladies aux humains et aux animaux. En réaction aux préoccupations exprimées par le public et aux demandes d'une intervention gouvernementale, en décembre 2013, la FDA a mis en œuvre un plan invitant les entreprises pharmaceutiques à cesser d'elles-mêmes progressivement d'utiliser les antibiotiques importants pour la médecine humaine dans le but de stimuler la croissance des animaux et d'améliorer l'indice de conversion des aliments par les animaux producteurs de denrées alimentaires. Le plan demande aussi la surveillance par les vétérinaires des autres usages à des fins thérapeutiques de ces médicaments.

Q. Que fait le Canada pour contrer l'apparition de résistances aux antimicrobiens en agriculture?

R. La Direction des médicaments vétérinaires (DMV) de Santé Canada est responsable de l'approbation et de l'homologation de tous les antimicrobiens utilisés en agriculture. Avant d'être approuvé, un nouveau médicament doit se révéler largement efficace et conforme à des critères de fabrication et de sécurité (pour les animaux, l'environnement et l'homme). La DMV met actuellement en œuvre une stratégie de gestion des risques visant à réduire les répercussions sur la santé humaine des résistances aux antimicrobiens attribuables à l'usage de ces produits chez les animaux. Au fur et à mesure que les facteurs de risque sont mieux connus, il est possible que des restrictions soient imposées sur l'usage de certains antimicrobiens.

En 2000, Santé Canada a établi le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (PICRA) en collaboration avec le MAAO, d'autres organismes publics, l'industrie et le monde universitaire. Le but du PICRA est d'élaborer un programme national intégré visant la surveillance de la résistance aux antimicrobiens, de l'utilisation des antimicrobiens en agriculture au Canada et du lien entre l'utilisation des antimicrobiens et la santé humaine. Depuis 2004, le PICRA publie des rapports annuels sur l'utilisation des antimicrobiens au Canada et l'incidence qu'ont les bactéries résistantes aux antimicrobiens sur les humains, les animaux et les aliments destinés à la consommation humaine.

En 2008, l'Association canadienne des médecins vétérinaires a publié des lignes directrices pour garantir l'utilisation prudente et judicieuse des antimicrobiens par les vétérinaires travaillant auprès des porcs, des bovins de boucherie, des bovins laitiers et de la volaille. Ces lignes directrices ont été élaborées en collaboration avec de nombreux organismes de partout au pays. Elles invitent à faire preuve de discernement dans le choix des antimicrobiens, les doses à utiliser, le choix de la voie d'administration, la fréquence d'utilisation, la durée du traitement et le délai d'attente afin de réduire au minimum l'apparition de résistances et afin de préserver la salubrité des aliments destinés à la consommation humaine. Ces lignes directrices recommandent que les antimicrobiens soient prescrits seulement dans le contexte d'une relation vétérinaire--client--patient (RVCP) valide.

Q. Que fait l'Ontario pour contrer l'apparition de résistances aux antimicrobiens en agriculture?

R. Le MAAO travaille étroitement avec de nombreux partenaires des secteurs de la santé humaine et de l'agriculture à l'étude de l'utilisation des antibiotiques en agriculture. Le personnel du Ministère travaille avec le PICRA au suivi des tendances dans l'utilisation des antibiotiques et l'apparition des résistances. Le personnel du MAAO travaille aussi avec des associations d'éleveurs de bétail et de volaille et avec des vétérinaires en pratique privée à promouvoir l'utilisation prudente des médicaments à usage vétérinaire et le recours à des solutions de rechange pour les démarches préventives visant le maintien de la santé animale. À l'échelle nationale, le vétérinaire en chef de l'Ontario préside actuellement le Conseil canadien des médecins vétérinaires en chef qui a fait de l'étude de la résistance aux antimicrobiens une priorité. Le Conseil travaille à des initiatives visant à accroître les activités de surveillance, de vulgarisation et de sensibilisation dans tout le pays.

En collaboration avec le Laboratoire d'hygiène vétérinaire de l'Université de Guelph, le gouvernement de l'Ontario investit dans la recherche, la surveillance et l'information, afin d'examiner les solutions de rechange à l'utilisation d'antibiotiques chez les animaux producteurs de denrées alimentaires. Le Réseau ontarien de surveillance de la santé animale a mis sur pied des projets de surveillance de la résistance aux antimicrobiens à partir d'échantillons soumis au Laboratoire d'hygiène vétérinaire.

Un certain nombre d'initiatives éducatives font la promotion des techniques de gestion qui réduisent le recours aux antimicrobiens. Ces initiatives portent sur :

  • la gestion de la santé (p. ex., vaccination, lutte contre la maladie, biosécurité);
  • l'efficience de la production (p. ex., nutrition et génétique);
  • le logement et le confort des animaux.

Le Programme ontarien de formation sur les médicaments destinés au bétail incite les producteurs à veiller à la sécurité de l'utilisation et de la manipulation des médicaments à la ferme (www.ontariolivestockmed.com). Le Programme ontarien de formation sur les pesticides enseigne comment utiliser, manipuler et entreposer des pesticides de manière responsable à la ferme, y compris les antimicrobiens (french.opep.ca). Pour des denrées bien précises (d'origines animale et végétale), le personnel du MAAO participe également à des programmes étendus d'assurance de la qualité et de salubrité des aliments à la ferme.

Mesures à prendre aujourd'hui à la ferme

  • N'envisager de recourir aux antimicrobiens qu'à des fins de traitement, en présence de signes cliniques et sur l'avis du vétérinaire.
  • Consulter le vétérinaire avant d'utiliser un antimicrobien pour des animaux. Les médicaments destinés aux animaux sont facilement accessibles, mais un vétérinaire est la meilleure source de conseils pour leur utilisation responsable et efficace.
  • Obtenir une ordonnance d'un vétérinaire avant d'ajouter un antimicrobien dans les aliments pour animaux si cet usage n'est pas prévu sur l'étiquette.
  • Respecter l'ordonnance ou les directives portées par l'étiquette concernant l'entreposage, l'utilisation, la manipulation et le délai d'attente.
  • Prévenir les maladies en mettant en œuvre de bonnes pratiques visant la santé animale, la nutrition, le confort des animaux, l'hygiène et la biosécurité.
  • Réévaluer périodiquement les avantages de tout antimicrobien utilisé. Cesser de l'utiliser s'il ne présente plus d'avantages, mais après avoir consulté le vétérinaire.
  • Envisager des solutions de rechange à l'utilisation d'antimicrobiens pour stimuler la croissance ou la production animale, comme la modification de la composition des rations et des stratégies alimentaires, l'amélioration génétique et l'utilisation d'aliments du bétail d'origine microbienne, d'acidifiants, d'enzymes, de nutriceutiques et d'oligosaccharides.

Mesures à prendre aujourd'hui à la maison

  • Ne pas réclamer d'antibiotiques si le médecin parle d'une infection virale.
  • Respecter la posologie prescrite par le médecin ou indiquée par le pharmacien.
  • Faire le traitement au complet. Ne pas garder d'antibiotiques pour une prochaine fois.
  • Ne jamais prendre d'antibiotiques destinés à une autre personne.
  • Se laver souvent les mains avec de l'eau et du savon; c'est là le meilleur moyen de freiner la propagation des micro-organismes.

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca