La
résistance aux antimicrobiens en agriculture
Table de matières
- Introduction
- Questions et réponses
- Mesures à prendre aujourd'hui à la maison
- Mesures à prendre aujourd'hui à la ferme
- Liens connexes
Introduction
Depuis
plus de 50 ans, les médicaments antimicrobiens jouent un rôle crucial
dans la gestion de la santé humaine et animale. En agriculture, les
antimicrobiens servent à traiter, à combattre ou à prévenir des maladies
causées par des microorganismes et à améliorer la production ou
la croissance.
L'utilisation
d'antimicrobiens chez les animaux prêts à être commercialisés a toujours
fait l'objet d'une surveillance étroite. Jusqu'à récemment, on se
préoccupait surtout des résidus d'antimicrobiens dans les aliments
destinés à la consommation humaine, car ces résidus peuvent déclencher
des réactions allergiques chez un faible pourcentage de la population.
D'autres résidus d'antimicrobiens peuvent augmenter les risques d'autres
répercussions négatives sur la santé, comme le cancer, de telle sorte
que Santé Canada interdit l'utilisation d'antimicrobiens chez les
animaux destinés à l'alimentation humaine. L'Agence canadienne d'inspection
des aliments et la Direction de l'inspection des aliments du ministère
de l'Agriculture et de l'Alimentation de l'Ontario (MAAO) continuent
de surveiller ces résidus afin de s'assurer que l'industrie agricole
respecte l'interdiction.
On
craint de plus en plus que l'utilisation des antimicrobiens dans les
systèmes de production agricole ne conduise à l'apparition de résistances
aux antimicrobiens, surtout chez les bactéries zoonotiques. Ces dernières
peuvent causer des maladies à la fois chez les animaux et chez l'homme
et sont habituellement transférées des animaux aux humains par contact
direct ou par l'alimentation.
Les
autres sujets d'inquiétude sont le transfert de résistance et la résistance
à de multiples médicaments. Les gènes responsables d'une résistance
peuvent être transférés d'une bactérie d'origine agricole à une bactérie
pathogène d'origine humaine. Le fait qu'une maladie soit causée par
des bactéries qui sont résistantes à de nombreux médicaments peut avoir
pour effet de limiter les choix de traitement, de ralentir la guérison
ou, pire encore, de vouer à l'échec tout espoir de traitement.
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Questions Et Réponses
Q. Qu'est-ce qu'un antimicrobien?
R. Les antimicrobiens sont des substances naturelles,
semi-synthétiques ou synthétiques, y compris des antibiotiques,
qui inhibent ou détruisent des micro-organismes (formes de vie microscopiques
telles que bactéries, champignons, mycoplasmes, rickettsies, chlamydias
et protozoaires).
Q. Qu'est-ce qu'un antibiotique?
R.
Les antibiotiques
sont des substances naturelles produites par des micro-organismes
qui, en faibles concentrations, sont à même d'inhiber ou de déruire
d'autres micro-organismes (voir figure 1).
Figure 1. Boîte de Pétri montrant les effets
de différents agents antimicrobiens sur la croissance des bactéries.
Les disques qui ne sont pas entourés d'une zone claire indiquent que
les bactéries sont résistantes aux antimicrobiens et continuent
de se développer en leur présence.
Q. Qu'est-ce que la résistance aux antimicrobiens?
R. La résistance aux antimicrobiens s'entend de la capacité
d'un micro-organisme à échapper à l'action inhibitrice ou destructrice
d'un antimicrobien.
Les micro-organismes sont naturellement ou intrinsèquement résistants
à certains antimicrobiens du fait qu'ils sont dépourvus des sites
cellulaires nécessaires à l'action antimicrobienne.
La résistance aux antimicrobiens s'entend également de la capacité
acquise d'un micro-organisme à survivre à l'exposition à un antimicrobien
auquel il est normalement sensible.
Q. Comment s'acquiert la résistance aux antimicrobiens?
R. La résistance aux antimicrobiens s'acquiert de l'une des
deux façons suivantes :
La résistance peut se manifester spontanément. Les bactéries évoluent
constamment pour survivre et des mutations se produisent dans le
code génétique de façon tout à fait aléatoire.
La résistance peut être transférée entre bactéries apparentées et
entre bactéries non apparentées à la faveur d'un échange d'ADN; c'est
ce qu'on appelle la « permutation de gènes ». Cette capacité
de partage de l'information génétique est le principal moyen par
lequel se développe, plutôt rapidement, une résistance multiple aux
antimicrobiens.
Q. Qu'entend-on par « résistance multiple aux antimicrobiens »?
R. Si des bactéries
deviennent résistantes à plus d'un antimicrobien, on parle de résistance
multiple. Les bactéries à résistance multiple sont communément désignées
« superbactéries ». Les bactéries pathogènes à résistance
multiple peuvent limiter le choix de traitements pour les humains
et les animaux, retarder la guérison ou entraîner l'échec des traitements.
Q. En quoi l'utilisation des antimicrobiens provoque-t-elle l'apparition
des résistances à ces produits?
R. L'apparition des résistances est le résultat de la surutilisation
ou de la mauvaise utilisation des médicaments antimicrobiens.
L'apparition d'une résistance est facilitée par la surutilisation
d'un antimicrobien quand celui-ci constitue le seul traitement ou
la seule mesure de lutte qui existe. Par exemple, différentes bactéries
pathogènes ont développé une résistance à la pénicilline peu après
l'introduction de cet antibiotique à la fois en médecine humaine
et en médecine vétérinaire.
L'apparition d'une résistance à un antimicrobien est aussi la conséquence
d'une utilisation généralisée de l'antimicrobien lorsque celui-ci
n'est pas nécessaire (mauvaise utilisation). Le traitement des infections
virales des voies respiratoires supérieures à l'aide d'antibiotiques
a conduit à une incidence accrue des souches résistantes des bactéries
responsables de la pneumonie chez l'humain.
En agriculture, la surutilisation et la mauvaise utilisation des
antimicrobiens dans le but de stimuler la croissance, de prévenir
les maladies et de traiter des maladies peuvent aussi favoriser
l'apparition de résistances.
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Q. Y a-t-il un lien entre la résistance aux antimicrobiens et les
résidus d'antimicrobiens?
R. Il s'agit en fait de deux réalités distinctes. Les résidus
d'antimicrobiens renvoient aux quantités infinitésimales d'antimicrobiens
présentes dans les aliments (viande, œufs, lait, légumes, fruits et
autres). L'incidence de résidus au-delà de limites jugées sûres,
bien que très rare, est un signe éloquent d'une utilisation irresponsable
des antimicrobiens. Quand on a affaire à des résidus, ce sont les
répercussions pour la santé des consommateurs causées par la présence
de résidus eux-mêmes qui sont à craindre. Quand on a affaire à une
résistance, ce que l'on craint, c'est l'apparition de bactéries
résistantes qui peuvent éventuellement nuire à la santé humaine
et animale.
Q. L'utilisation des antimicrobiens en agriculture est-elle responsable
de l'apparition des souches résistantes de pathogènes humains?
R.
L'utilisation d'antimicrobiens à quelque fin que ce soit peut
conduire à l'apparition d'une résistance. Bien que les médias laissent
parfois entendre que l'utilisation agricole des antimicrobiens ait
largement contribué à l'échec des traitements antimicrobiens chez
l'homme, en fait, on ne sait toujours pas laquelle des utilisations
des antimicrobiens chez les humains, en agriculture et chez les animaux
de compagnie a le plus contribué au phénomène de la résistance.
La résistance des pathogènes humains aux antimicrobiens est attribuable
en grande partie à la surutilisation ou à la mauvaise utilisation
des antibiotiques en médecine humaine.
Q.Devrait-on cesser d'utiliser les antimicrobiens en agriculture?
R. Non. Leur utilisation dans le cadre de la production agricole
procure de nombreux avantages : efficience
de la production; maîtrise des maladies animales et végétales; réduction
de la propagation des maladies des animaux à l'homme.
Il faut par contre utiliser les antimicrobiens avec prudence, que
ce soit en agriculture, en médecine humaine ou dans les applications
de santé publique. Or la prudence impose de ne pas en abuser et de
ne pas les utiliser à tort et à travers. Bien des organismes ont
élaboré ou élaborent actuellement des lignes directrices pour garantir
l'utilisation judicieuse des antimicrobiens chez l'homme et chez
les animaux.
Q. La résistance aux antimicrobiens préoccupe‑t‑elle uniquement
les Européens?
R. La résistance aux antimicrobiens est une préoccupation
universelle. À ce jour, ce sont des pays d'Europe qui ont imposé le
plus de restrictions sur l'utilisation des antimicrobiens en agriculture
animale. En 1986, la Suède a interdit l'utilisation des antimicrobiens
comme stimulateurs de croissance ajoutés aux aliments pour animaux.
La Finlande a ensuite emboîté le pas. En 1999, le Danemark interdisait
toute utilisation d'antimicrobiens comme stimulateurs de croissance.
Depuis 1997, la Commission de l'Union européenne a interdit la plupart
des antimicrobiens comme stimulateurs de croissance; la Commission
doit adopter un nouveau règlement interdisant les autres antimicrobiens
d'ici 2006.
Aux É.‑U., la
Food and Drug Administration a apporté des changements dans la façon
dont les antimicrobiens peuvent être utilisés en médecine vétérinaire
et a publié un document guide décrivant le processus servant à évaluer
les risques que les nouveaux médicaments antimicrobiens à usage
vétérinaire ne provoquent l'apparition de résistances aux antimicrobiens
et ne nuisent à la santé humaine. Des réseaux de surveillance ont
également été établis pour surveiller les tendances liées à l'apparition
de résistances aux antimicrobiens chez les bactéries d'origines
humaine et animale.
Q. Que fait le Canada pour contrer l'apparition de résistances aux
antimicrobiens en agriculture?
R. La Direction
des médicaments vétérinaires (DMV) de Santé Canada est responsable
de l'approbation et de l'homologation de tous les antimicrobiens
destinés à l'agriculture. Avant d'être approuvé, un nouveau médicament
doit se révéler largement efficace et conforme à des critères de fabrication
et de sécurité (pour les animaux, l'environnement et l'homme). La
DMV élabore actuellement une stratégie de gestion des risques visant
à réduire les répercussions sur la santé humaine des résistances
aux antimicrobiens attribuables à l'usage des antimicrobiens chez
les animaux. Au fur et à mesure que les facteurs de risque seront
mieux connus, il est possible que des restrictions soient imposées
sur l'usage de certains antimicrobiens.
Le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux
antimicrobiens (PICRA) travaille, en collaboration avec le MAAO, d'autres
organismes publics, l'industrie et les universitaires, à l'élaboration
d'un programme national intégré visant la surveillance de la résistance
aux antimicrobiens, de l'utilisation des antimicrobiens en agriculture
au Canada et du lien entre l'utilisation des antimicrobiens et la
santé humaine. Le premier rapport annuel a été publié en 2004.
Le Comité canadien sur la résistance aux antimicrobiens (CCRA) a
pour mandat de faciliter et de promouvoir les programmes liés à
la surveillance et à l'utilisation optimale des antimicrobiens, ainsi
qu'à la prévention et à la maîtrise des infections, afin de limiter
l'apparition de résistances aux antimicrobiens. Un plan d'action national
a été divulgué en 2004 pour combattre l'apparition de résistances
aux antimicrobiens chez les humains et les animaux.
L'Association canadienne
des médecins vétérinaires élabore actuellement des lignes directrices
pour garantir l'utilisation prudente et judicieuse des antimicrobiens
par les vétérinaires travaillant auprès des porcs, des bovins de
boucherie, des bovins laitiers et de la volaille.
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Q. Que fait l'Ontario pour contrer la résistance aux antimicrobiens
en agriculture?
R. Le MAAO participe à
un certain nombre d'activités éducatives qui visent à promouvoir
l'utilisation prudente des antimicrobiens et à réduire les risques
d'apparition de résistances à ces derniers. Les producteurs, regroupements
de producteurs et entreprises agroalimentaires peuvent se procurer
une trousse réunissant du matériel d'information et une vidéo sur
la résistance aux antimicrobiens (Antimicrobial Resistance in
Agriculture-It is your business). Pour en obtenir un exemplaire,
il leur suffit de composer le 1 877 424-1300.
Le Programme d'éducation sur les médicaments destinés au bétail
encourage les éleveurs à utiliser et à manipuler avec prudence les
médicaments à la ferme (http://www.ontariolivestockmed.com).
Le Programme ontarien de formation en matière de pesticides enseigne
comment utiliser les pesticides, y compris les antimicrobiens,
comment les manipuler et comment les entreposer de manière responsable
à la ferme (www.ridgetownc.uoguelph.ca/opep/).
Mesures à prendre aujourd'hui à la
maison
- Ne pas réclamer d'antibiotiques si le médecin parle
d'une infection virale.
- Respecter la posologie prescrite par le médecin ou indiquée
par le pharmacien.
- Faire le traitement au complet. Ne pas garder d'antibiotiques pour
une prochaine fois.
- Ne jamais prendre d'antibiotiques destinés à une autre
personne.
- Se laver souvent les mains avec de l'eau et du savon; c'est là
le meilleur moyen de freiner la propagation des micro-organismes.
Mesures à prendre aujourd'hui à la
ferme
- N'envisager de recourir aux antimicrobiens qu'en présence
de signes cliniques.
- Consulter un vétérinaire pour vérifier l'efficacité
des antimicrobiens avant de les administrer aux animaux.
- Obtenir une ordonnance d'un vétérinaire avant d'ajouter
un antimicrobien dans les aliments pour animaux si cet usage n'est
pas prévu sur l'étiquette.
- Respecter l'ordonnance ou les directives portées par l'étiquette
concernant l'entreposage, l'utilisation, la manipulation et le délai
d'attente.
- Prévenir les maladies en mettant en uvre de bonnes
pratiques visant la santé animale, la nutrition, le confort
des animaux, l'hygiène et la biosécurité.
- Réévaluer périodiquement les avantages de tout
antimicrobien utilisé pour améliorer la croissance ou
prévenir une maladie. Cesser de l'utiliser dès qu'il
ne présente plus d'avantage.
- Envisager des solutions de rechange à l'utilisation d'antimicrobiens
pour stimuler la croissance ou la production animale, comme la modification
de la composition des rations ou des stratégies alimentaires
et l'utilisation d'aliments du bétail d'origine microbienne,
d'acidifiants, d'enzymes et d'oligosaccharides.
Les efforts de formation déployés pour améliorer la gestion
de la santé (vaccination, lutte contre la maladie, biosécurité), l'efficience
de la production (nutrition, génétique), le logement et le confort
des animaux visent tous à promouvoir des techniques de gestion de nature
à limiter le recours aux antimicrobiens.
Le Réseau
ontarien de surveillance de la santé animale (ROSSA), qui englobe le
personnel et les ressources de la Division des services de laboratoire
de l'Université de Guelph et du MAAARO, a mis sur pied des projets qui
assurent la surveillance de la résistance aux antimicrobiens à partir
d'isolats prélevés sur des animaux à l'abattoir et d'échantillons soumis
au Laboratoire de santé animale.
Le personnel du MAAARO participe à de vastes programmes
d'assurance de la qualité visant des denrées bien précises (d'origines
animale et végétale) afin d'améliorer la salubrité des aliments.
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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
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