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La résistance aux antimicrobiens en agriculture

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 400/08
Date de publication : 11/04
Commande no. 04-082
Dernière révision : 11/04
Situation : En emplacement de la fiche technique no 00-076 du MAAARO, qui porte le même titre)
Rédacteur : Kim Klotins - spécialiste de la résistance aux antimicrobiens/MAAARO

Table de matières

  1. Introduction
  2. Questions et réponses
  3. Mesures à prendre aujourd'hui à la maison
  4. Mesures à prendre aujourd'hui à la ferme
  5. Liens connexes

Introduction

Depuis plus de 50 ans, les médicaments antimicrobiens jouent un rôle crucial dans la gestion de la santé hu­maine et animale. En agriculture, les antimicrobiens servent à traiter, à combattre ou à prévenir des maladies causées par des micro­organismes et à améliorer la pro­duc­­tion ou la croissance.

L'utilisation d'antimicrobiens chez les animaux prêts à être commercialisés a toujours fait l'objet d'une surveil­lance étroi­te. Jusqu'à récemment, on se préoccupait sur­tout des résidus d'antimicrobiens dans les aliments des­tinés à la consom­mation humaine, car ces rési­dus peu­vent déclencher des réac­tions allergiques chez un faible pour­cen­tage de la population. D'autres résidus d'anti­mi­crobiens peuvent augmenter les ris­ques d'autres réper­cus­sions négatives sur la santé, comme le cancer, de telle sorte que Santé Canada inter­dit l'utilisation d'anti­mi­cro­biens chez les animaux desti­nés à l'alimentation hu­mai­ne. L'Agence canadienne d'ins­pection des aliments et la Direction de l'inspection des ali­­ments du ministère de l'Agri­culture et de l'Alimentation de l'Ontario (MAAO) conti­nuent de surveiller ces résidus afin de s'assurer que l'industrie agricole respecte l'interdiction.

On craint de plus en plus que l'utilisation des anti­microbiens dans les systèmes de production agricole ne conduise à l'appa­ri­tion de résistances aux antimi­cro­biens, surtout chez les bactéries zoonotiques. Ces der­nières peuvent causer des mala­dies à la fois chez les animaux et chez l'homme et sont habi­tuellement trans­férées des animaux aux humains par contact direct ou par l'alimentation.

Les autres sujets d'inquiétude sont le transfert de résis­tance et la résistance à de multiples médicaments. Les gènes res­pon­sables d'une résistance peuvent être trans­fé­rés d'une bac­térie d'origine agricole à une bactérie pa­tho­gène d'origine hu­maine. Le fait qu'une maladie soit causée par des bactéries qui sont résistantes à de nom­breux médicaments peut avoir pour effet de limiter les choix de traitement, de ralentir la guérison ou, pire encore, de vouer à l'échec tout espoir de traitement.

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Questions Et Réponses

Q. Qu'est-ce qu'un antimicrobien?

R. Les antimicrobiens sont des substances naturelles, semi-synthétiques ou synthétiques, y compris des anti­­bio­tiques, qui inhibent ou détruisent des micro-organismes (formes de vie microscopiques telles que bactéries, cham­p­­i­gnons, mycoplasmes, rickettsies, chla­my­dias et protozoaires).

Q. Qu'est-ce qu'un antibiotique?

R.     Les antibiotiques sont des substances naturelles produites par des micro-organismes qui, en faibles concentrations, sont à même d'inhiber ou de dé­ruire d'autres micro-organismes (voir figure 1).

Boîte de Pétri montrant les effets de différents agents antimicrobiens sur la croissance des bactéries. Les disques qui ne sont pas entourés d'une zone claire indiquent que les bactéries sont résistantes aux antimicrobiens et continuent de se développer en leur présence.

Figure 1. Boîte de Pétri montrant les effets de diffé­rents agents antimicrobiens sur la croissance des bac­té­ries. Les disques qui ne sont pas entourés d'une zone claire indi­quent que les bactéries sont résis­tan­tes aux an­ti­micro­biens et continuent de se dé­velop­per en leur présence.

Q. Qu'est-ce que la résistance aux antimicrobiens?

R. La résistance aux antimicrobiens s'entend de la capa­cité d'un micro-organisme à échapper à l'action in­hibi­trice ou destructrice d'un antimicrobien.

Les micro-organismes sont naturellement ou intrin­sè­quement résistants à certains antimicrobiens du fait qu'ils sont dépourvus des sites cellulaires nécessaires à l'action antimicrobienne.

La résistance aux antimicrobiens s'entend également de la capacité acquise d'un micro-organisme à survivre à l'exposition à un antimicrobien auquel il est norma­le­­ment sensible.

Q. Comment s'acquiert la résistance aux antimicrobiens?

R. La résistance aux antimicrobiens s'acquiert de l'une des deux façons suivantes :

La résistance peut se manifester spontanément. Les bactéries évoluent constamment pour survi­vre et des mutations se produisent dans le code gé­nétique de façon tout à fait aléatoire.

La résistance peut être transférée entre bactéries apparentées et entre bactéries non apparentées à la faveur d'un échange d'ADN; c'est ce qu'on appel­le la « permutation de gènes ». Cette capaci­té de partage de l'information génétique est le prin­cipal moyen par lequel se développe, plutôt rapide­ment, une résistance multiple aux anti­mi­crobiens.

Q. Qu'entend-on par « résistance multiple aux antimicrobiens »?

R. Si des bactéries deviennent résistantes à plus d'un antimicrobien, on parle de résistance multiple. Les bac­téries à résistance multiple sont communément dési­gnées « superbactéries ». Les bactéries pathogènes à résis­tance multiple peuvent limiter le choix de traite­ments pour les humains et les animaux, retarder la guérison ou entraîner l'échec des traitements.

Q. En quoi l'utilisation des antimicrobiens provoque-t-elle l'apparition des résistances à ces produits?

R. L'apparition des résistances est le résultat de la sur­utilisation ou de la mauvaise utilisation des médica­ments antimicrobiens.

L'apparition d'une résistance est facilitée par la sur­utilisation d'un antimicrobien quand celui-ci cons­ti­tue le seul traitement ou la seule mesure de lutte qui existe. Par exemple, différentes bactéries pathogènes ont déve­loppé une résistance à la pénicilline peu après l'intro­duction de cet antibiotique à la fois en médecine hu­maine et en médecine vétérinaire.

L'apparition d'une résistance à un antimicrobien est aussi la conséquence d'une utilisation généralisée de l'antimicrobien lorsque celui-ci n'est pas nécessaire (mauvaise utilisation). Le traitement des infections vira­les des voies respiratoires supérieures à l'aide d'anti­bio­tiques a conduit à une incidence accrue des souches résistantes des bactéries responsables de la pneumonie chez l'humain.

En agriculture, la surutilisation et la mauvaise utili­sation des antimicrobiens dans le but de stimuler la crois­sance, de prévenir les maladies et de traiter des ma­la­dies peuvent aussi favoriser l'apparition de résistances.

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Q. Y a-t-il un lien entre la résistance aux antimicrobiens et les résidus d'antimicrobiens?

R. Il s'agit en fait de deux réalités distinctes. Les résidus d'antimicrobiens renvoient aux quantités infinitési­ma­les d'antimicrobiens présentes dans les aliments (viande, œufs, lait, légumes, fruits et autres). L'inci­den­ce de résidus au-delà de limites jugées sûres, bien que très rare, est un signe éloquent d'une utilisation irresponsable des antimicrobiens. Quand on a affaire à des résidus, ce sont les répercussions pour la santé des consommateurs causées par la présence de rési­dus eux-mêmes qui sont à craindre. Quand on a affaire à une résistance, ce que l'on craint, c'est l'ap­pa­ri­tion de bactéries résistantes qui peuvent éven­­tuellement nuire à la santé humaine et animale.

Q. L'utilisation des antimicrobiens en agriculture est-elle responsable de l'apparition des souches résistantes de pathogènes humains?

R.       L'utilisation d'antimicrobiens à quelque fin que ce soit peut conduire à l'apparition d'une résistance. Bien que les médias laissent parfois entendre que l'utilisation agricole des antimicrobiens ait largement contribué à l'échec des traitements antimicrobiens chez l'homme, en fait, on ne sait toujours pas la­quelle des utilisations des antimicrobiens chez les humains, en agriculture et chez les animaux de com­pagnie a le plus contribué au phénomène de la ré­sis­tance. La résistance des pathogènes humains aux an­ti­mi­cro­biens est attribuable en grande partie à la suruti­li­sation ou à la mauvaise utilisation des anti­biotiques en médecine humaine.

Q.Devrait-on cesser d'utiliser les antimicrobiens en agriculture?

R. Non. Leur utilisation dans le cadre de la production agricole procure de nombreux avantages : efficience

de la production; maîtrise des maladies animales et végé­tales; réduction de la propagation des maladies des animaux à l'homme.

Il faut par contre utiliser les antimicrobiens avec pru­dence, que ce soit en agriculture, en médecine hu­mai­ne ou dans les applications de santé publique. Or la pru­dence impose de ne pas en abuser et de ne pas les uti­liser à tort et à travers. Bien des organismes ont éla­bo­ré ou élaborent actuellement des lignes directrices pour garantir l'utilisation judicieuse des anti­microbiens chez l'homme et chez les animaux.

Q. La résistance aux antimicrobiens préoccupe‑t‑elle uniquement les Européens?

R. La résistance aux antimicrobiens est une préoc­cu­pa­tion universelle. À ce jour, ce sont des pays d'Europe qui ont imposé le plus de restrictions sur l'utili­sation des antimi­crobiens en agriculture ani­male. En 1986, la Suède a interdit l'utilisation des antimicrobiens com­­me stimu­lateurs de croissance ajou­­tés aux ali­ments pour animaux. La Finlande a ensuite emboîté le pas. En 1999, le Dane­mark interdisait toute utili­sa­­tion d'antimicrobiens com­me stimula­teurs de crois­sance. Depuis 1997, la Commis­sion de l'Union euro­péenne a interdit la plupart des anti­mi­crobiens com­me stimulateurs de croissance; la Com­mission doit adop­ter un nouveau règlement interdisant les autres antimicrobiens d'ici 2006.

Aux É.‑U., la Food and Drug Administration a apporté des changements dans la façon dont les anti­microbiens peuvent être utilisés en médecine vété­ri­naire et a publié un document guide décrivant le processus servant à éva­luer les risques que les nouveaux médicaments anti­mi­crobiens à usage vétérinaire ne pro­voquent l'ap­pa­rition de résistances aux antimi­cro­biens et ne nuisent à la santé humaine. Des réseaux de surveillance ont également été établis pour surveiller les tendances liées à l'apparition de résistances aux anti­mi­crobiens chez les bactéries d'origines humaine et animale.

Q. Que fait le Canada pour contrer l'apparition de résistances aux antimicrobiens en agriculture?

R. La Direction des médicaments vétérinaires (DMV) de Santé Canada est responsable de l'approbation et de l'ho­­mo­logation de tous les antimicrobiens desti­nés à l'agri­culture. Avant d'être approuvé, un nou­veau médi­cament doit se révéler largement efficace et conforme à des critères de fabrication et de sécurité (pour les ani­maux, l'environnement et l'homme). La DMV élabore actuellement une stratégie de gestion des risques visant à réduire les répercussions sur la san­té humaine des résis­tances aux antimicrobiens at­tri­buables à l'usage des anti­microbiens chez les ani­maux. Au fur et à mesure que les facteurs de risque se­ront mieux connus, il est possible que des restric­tions soient imposées sur l'usage de cer­tains anti­microbiens.

Le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (PICRA) travaille, en collaboration avec le MAAO, d'autres organismes pu­blics, l'industrie et les universitaires, à l'élaboration d'un programme national intégré visant la surveillance de la résistance aux antimicrobiens, de l'utilisation des antimicrobiens en agriculture au Canada et du lien entre l'utilisation des antimicrobiens et la santé hu­mai­ne. Le premier rapport annuel a été publié en 2004.

Le Comité canadien sur la résistance aux antimicro­biens (CCRA) a pour mandat de faciliter et de pro­mou­voir les programmes liés à la surveillance et à l'uti­lisation optimale des antimicrobiens, ainsi qu'à la pré­vention et à la maîtrise des infections, afin de limi­ter l'apparition de résistances aux antimicrobiens. Un plan d'action national a été divulgué en 2004 pour com­bat­tre l'apparition de résistances aux antimicro­biens chez les humains et les animaux.

L'Association canadienne des médecins vétérinaires éla­bore actuellement des lignes directrices pour garan­tir l'uti­lisation prudente et judicieuse des antimicro­biens par les vétérinaires travaillant auprès des porcs, des bo­vins de boucherie, des bovins laitiers et de la volaille.

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Q. Que fait l'Ontario pour contrer la résistance aux antimicrobiens en agriculture?

R. Le MAAO participe à un certain nombre d'activités édu­catives qui visent à promouvoir l'utilisation pru­dente des antimicrobiens et à réduire les risques d'ap­parition de résistances à ces derniers. Les pro­duc­teurs, regroupements de producteurs et entre­prises agroali­men­taires peuvent se procurer une trous­­se réunissant du matériel d'information et une vidéo sur la résis­tan­ce aux antimicrobiens (Anti­microbial Resistance in Agriculture-It is your business). Pour en obtenir un exemplaire, il leur suffit de composer le 1 877 424-1300.

Le Programme d'éducation sur les médicaments des­tinés au bétail encourage les éleveurs à utiliser et à manipuler avec prudence les médicaments à la ferme (http://www.ontariolivestockmed.com). Le Programme on­ta­­rien de formation en matière de pesticides ensei­gne comment utiliser les pesticides, y compris les anti­mi­cro­biens, comment les manipuler et comment les entreposer de manière responsable à la ferme (www.ridgetownc.uoguelph.ca/opep/).

Mesures à prendre aujourd'hui à la maison

  • Ne pas réclamer d'antibiotiques si le médecin parle d'une infection virale.
  • Respecter la posologie prescrite par le médecin ou indiquée par le pharmacien.
  • Faire le traitement au complet. Ne pas garder d'antibiotiques pour une prochaine fois.
  • Ne jamais prendre d'antibiotiques destinés à une autre personne.
  • Se laver souvent les mains avec de l'eau et du savon; c'est là le meilleur moyen de freiner la propagation des micro-organismes.

Mesures à prendre aujourd'hui à la ferme

  • N'envisager de recourir aux antimicrobiens qu'en présence de signes cliniques.
  • Consulter un vétérinaire pour vérifier l'efficacité des antimicrobiens avant de les administrer aux animaux.
  • Obtenir une ordonnance d'un vétérinaire avant d'ajouter un antimicrobien dans les aliments pour animaux si cet usage n'est pas prévu sur l'étiquette.
  • Respecter l'ordonnance ou les directives portées par l'étiquette concernant l'entreposage, l'utilisation, la manipulation et le délai d'attente.
  • Prévenir les maladies en mettant en œuvre de bonnes pratiques visant la santé animale, la nutrition, le confort des animaux, l'hygiène et la biosécurité.
  • Réévaluer périodiquement les avantages de tout antimicrobien utilisé pour améliorer la croissance ou prévenir une maladie. Cesser de l'utiliser dès qu'il ne présente plus d'avantage.
  • Envisager des solutions de rechange à l'utilisation d'antimicrobiens pour stimuler la croissance ou la production animale, comme la modification de la composition des rations ou des stratégies alimentaires et l'utilisation d'aliments du bétail d'origine microbienne, d'acidifiants, d'enzymes et d'oligosaccharides.

Les efforts de formation déployés pour améliorer la gestion de la santé (vaccination, lutte contre la mala­die, biosécurité), l'efficience de la production (nutri­tion, gé­né­tique), le logement et le confort des animaux visent tous à promouvoir des techniques de gestion de nature à limiter le recours aux antimicrobiens.

Le Réseau ontarien de surveillance de la santé animale (ROSSA), qui englobe le personnel et les ressources de la Division des services de laboratoire de l'Université de Guelph et du MAAARO, a mis sur pied des projets qui assurent la surveillance de la résistance aux antimicro­biens à partir d'isolats prélevés sur des animaux à l'abat­toir et d'échantillons soumis au Laboratoire de santé animale.

Le personnel du MAAARO participe à de vastes pro­grammes d'assurance de la qualité visant des denrées bien précises (d'origines animale et végétale) afin d'a­mé­­­­liorer la salubrité des aliments.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

Cette fiche technique a été mise à jour par Kim Klotins, spécialiste de la résistance aux antimicrobiens, MAAARO. La fiche initiale avait été rédigée par Dawn Pate, MAAARO.

Liens connexes

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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca