Varroa - échantillonnage et dépistage

Introduction

Le varroa, Varroa destructor, représente la plus importante menace pour les abeilles mellifères. Il s'agit d'un parasite externe de taille relativement grande qui se nourrit des liquides organiques des abeilles mellifères adultes ou en développement. En se nourrissant, le varroa cause des dommages matériels aux abeilles, les affaiblit et leur transmet divers pathogènes, en particulier des virus. Dans presque tous les cas, une infestation par le varroa entraîne la perte de toute la colonie d'abeilles.

Il est primordial que les apiculteurs s'occupent de la santé de leurs abeilles mellifères en éliminant la population de varroas dans toutes les colonies durant la saison apicole. En général, des traitements chimiques sont nécessaires. Il est également essentiel de surveiller l'ampleur des infestations par le varroa afin de limiter les dommages qui en découlent. Les apiculteurs doivent être en mesure de déterminer le niveau d'infestation par le varroa dans une colonie. Il existe trois méthodes différentes pour prélever des échantillons dans les colonies d'abeilles mellifères afin de détecter la présence du varroa :

  1. le lavage à l'alcool;
  2. le bocal à l'éther;
  3. le carton autocollant.

Remarque : Par le passé, le varroa était connu sous le nom de l'espèce bactérienne, c. à-d. Varroa jacobsoni. Sauf indication contraire dans le présent document, la description physique du varroa est celle d'une femelle adulte.

Dépistage et diagnostic

  • Le varroa est rouge foncé, a une forme ovale, mesure entre 1 et 1,5 mm de long et entre 1,5 et 1,9 mm de large et a huit pattes situées sur la partie avant du corps. Comme il a à peu près la taille et la forme d'une graine de sésame, on peut le voir à l'œil nu (figure 1).
  • Le varroa est présent dans les alvéoles des abeilles mellifères et, dans le cas d'infestations graves, on peut le voir sur les ouvrières. En général, les varroas sont concentrés dans le nid à couvain de la colonie d'abeilles mellifères (figure 2).
  • Un niveau élevé d'infestation peut affaiblir une colonie. De nombreuses ouvrières présenteront des symptômes de virus, auront les ailes déformées et ramperont pour sortir de la colonie et y entrer. Il ne faut pas attendre jusque-là pour détecter la présence du varroa dans une colonie parce que, à ce stade, les dommages sont importants (figure 3).

 

Colonie d'abeilles infesteée de varroas

Figure 1. Colonie d'abeilles infestée de varroas (les points rouge à la surface sont des varroas)

 

Varroas adultes femelles

Figure 2. Varroas adultes femelles

 

Abeille ouvrière adulte infectée par le virus des ailes déformées

Figure 3. Abeille ouvrière adulte infectée par le virus des ailes déformées

Prélèvement d'échantillons d'abeilles

Les deux méthodes (le lavage à l'alcool et le bocal à l'éther) permettant de détecter la présence de varroas dans des colonies d'abeilles mellifères et de déterminer la taille de la population exigent que l'apiculteur prélève un échantillon d'abeilles vivantes afin de pouvoir recueillir des varroas directement sur le corps des abeilles. L'apiculteur peut ainsi évaluer le niveau d'infestation pour l'ensemble de la colonie.

  • Il faut prélever un échantillon dans la chambre à couvain. C'est là que les varroas sont le plus nombreux et que leur présence peut être détectée même si le niveau d'infestation est faible.
  • Comme les abeilles prélevées seront tuées, il faut prendre soin de ne pas inclure la reine de la colonie dans l'échantillon. Les apiculteurs peuvent déterminer où se trouve la reine pour ensuite l'encager.
  • Afin d'obtenir un échantillon représentatif de la colonie, il faut prélever des échantillons d'abeilles dans au moins trois cadres différents.

Il existe deux façons de procéder pour prélever des échantillons d'abeilles dans une colonie

  • L'apiculteur peut secouer directement le cadre pour faire tomber les abeilles dans un plateau, où un échantillon d'abeilles peut ensuite être prélevé et placé dans un contenant (figure 4).
  • L'apiculteur peut prélever des abeilles directement sur le cadre en déplaçant doucement le contenant sur la surface. Le cadre doit être incliné vers le bas de 30 ° afin que les abeilles tombent dans le contenant (figure 5).

 

Prélèvement d'un échantillon d'abeilles dans un plateau

Figure 4. Prélèvement d'un échantillon d'abeilles dans un plateau

 

Prélèvement d'un échantillon d'abeilles sur la surface du cadre

Figure 5. Prélèvement d'un échantillon d'abeilles sur la surface du cadre

Lavage à l'alcool

  1. Recueillir 125 ml (½ tasse) d'ouvrières (environ 300 abeilles) dans la chambre de couvain de la colonie. Placer les abeilles dans un contenant hermétique et ajouter de l'alcool (à 70 %).
  2. Veiller à ce que l'alcool recouvre complètement l'amas d'abeilles mellifères dans le contenant et dépasse d'environ 2 cm (1 po).
  3. Secouer vigoureusement l'échantillon dans le contenant pendant deux minutes pour que les varroas se détachent du corps des ouvrières.
  4. Verser le mélange d'abeilles mortes, de varroas et d'alcool dans un contenant ou un plateau recouvert d'un grillage ou tamis métallique de 0,32 cm (1/8 po) pour séparer les abeilles des varroas qui sont plus petits. Le contenant ou le plateau doit être transparent ou de couleur pâle pour qu'on puisse bien voir les varroas.
  5. Compter les varroas qui se trouvent dans le contenant ou le plateau. Diviser le nombre par trois pour obtenir le pourcentage d'infestation. Par exemple, s'il y a 3 varroas dans un échantillon de 300 abeilles, 3/300 = 1/100 ou 1 % d'infestation.
  6. Jeter les abeilles mortes et rincer le contenant à l'eau pour enlever les varroas entre les échantillons.

Il existe dans le commerce des agitateurs à main efficaces et faciles à utiliser qui donnent des résultats rapides. Il suffit de suivre le mode d'emploi du fabricant (figure 6). On peut s'adresser à un fournisseur local de matériel apicole pour savoir s'il vend ce type de dispositif.

Matériel nécessaire : plateau, mesure de 250 ml (1 tasse), mesure de 125 ml (½ tasse), grillage ou tamis métallique de 0,32 cm (1/8 po), contenant ou seau, alcool, eau, carnet et agitateur.

 

Agitateur à main offert dans le commerce pour le lavage à l'alcool

Figure 6. Agitateur à main offert dans le commerce pour le lavage à l'alcool

Bocal à l'éther

  1. Prélever 125 ml (½ tasse) d'ouvrières (environ 300 abeilles) dans la chambre de couvain de la colonie.
  2. S'éloigner ensuite des colonies d'abeilles d'au moins 3 mètres (10 pieds) parce que l'éther peut les perturber. Placer les abeilles dans un bocal de verre hermétique de 1,136 litre (1 pinte) - un bocal Mason fait très bien l'affaire - et vaporiser trois jets de liquide de démarrage pour automobiles dans le bocal (figure 7).
  3. Secouer le bocal (de haut en bas et de droite à gauche) pendant au plus une minute. Faire tourner le bocal en position couchée plusieurs fois.
  4. Compter les varroas qui sont collés sur la paroi du bocal et sous le couvercle. Consigner les résultats. Faire une ligne verticale le long du bocal pour indiquer où le calcul commence et où il finit.
  5. Jeter les abeilles mortes et rincer le bocal à l'eau pour enlever les varroas entre les échantillons.

Matériel nécessaire : bocal de verre (Mason) de 1,136 litre (1 pinte), gants de caoutchouc, liquide de démarrage pour automobiles, marqueur permanent, contenant d'eau, carnet et stylo.

 

Bocal en verre employé pour la méthode du bocal à l'éther

Figure 7. Bocal en verre employé pour la méthode du bocal à l'éther

Carton collant

  1. Tracer une grille sur un morceau de papier épais (40 cm x 29,5 cm) pour faciliter le calcul. Une chemise de format commercial convient parfaitement. Ouvrir la chemise et l'aplatir, puis découper une bande d'environ 5 cm à l'une des extrémités. Inscrire le numéro de la colonie sur l'onglet qui se trouve à l'autre extrémité.
  2. Couvrir uniformément le papier de pâte collante servant au piégeage d'insectes (Tangle-Trap Insect Trap Coating). On peut également utiliser un mélange de Crisco et d'huile végétale ou de gelée de pétrole.
  3. Insérer le carton collant sous la chambre de couvain, de préférence sous le plancher grillagé [grillage ou tamis métallique de 0,32 cm (1/8 po)]. S'il n'y a pas de plancher grillagé, le grillage ou tamis métallique peut être placé directement sur le carton collant. Des plateaux de service peuvent être très utiles pour transporter les cartons collants jusqu'au rucher et les rapporter. Les plateaux peuvent ensuite être empilés dans une boîte, pour faciliter l'entreposage (figure 8).
  4. Les cartons doivent être recueillis après 24, 48 ou 72 heures. Il est préférable d'attendre trois jours plutôt qu'un seul parce que la moyenne de varroas tombés en trois jours est plus fiable. Diviser la durée par période de 24 heures. Par exemple, si 36 varroas sont tombés en 72 heures, il faut diviser le nombre par 3, ce qui fait 12 varroas / 24 heures. Consigner les résultats. Utiliser de nouveaux cartons pour prélever d'autres échantillons (figure 9).

Matériel nécessaire : carton, matière collante, plancher grillagé, loupe, carnet et stylo.

 

Exemple de carton collant

Figure 8. Exemple de carton collant

 

Exemple du nombre de varroas sur le plateau, tombés de la surface des abeilles adultes

Figure 9. Exemple du nombre de varroas sur le plateau, tombés de la surface des abeilles adultes

Méthode de dépistage (avantages - inconvénients)

Bocal à l'éther

Avantages

  • On obtient des résultats en une seule visite au rucher.
  • Les résultats sont immédiatement connus.
  • Un nombre normalisé d'abeilles (300) est idéal pour faire des comparaisons entre les colonies.

Inconvénients

  • Un petit échantillon d'abeilles est tué.

Lavage à l'alcool

Avantages

  • On obtient des résultats en une seule visite au rucher.
  • Les résultats sont immédiatement connus.
  • Un nombre normalisé d'abeilles (300) est idéal pour faire des comparaisons entre les colonies.

Inconvénients

  • Un petit échantillon d'abeilles est tué.

Carton collant

Avantages

  • Aucune abeille n'est tuée.
  • Cette méthode peut être utilisée pour surveiller le nombre de varroas qui tombent durant les traitements.
  • Elle permet de détecter les varroas même lorsque l'infestation est très faible.

Inconvénients

  • Il faut retourner au rucher pour obtenir l'échantillon.
  • Les résultats peuvent varier selon la taille de la colonie et le comportement des abeilles (nettoyage et hygiène).
  • Cette méthode ne permet pas d'évaluer la quantité de varroas se trouvant toujours sur les abeilles. Même si un nombre considérable de varroas tombent, il y en a peut être encore plus qui sont toujours sur les abeilles.

Seuils de traitement

Voici les lignes directrices concernant les traitements. Les seuils d'infestation indiqués varient selon la vigueur de la colonie ainsi que de l'emplacement et de la gestion du rucher. Le meilleur moyen de déterminer quel est le moment idéal pour appliquer un traitement consiste à faire régulièrement des tests de dépistage et à comparer leurs résultats.

Remarque : Les seuils de traitement ont été abaissés par rapport aux recommandations précédentes. Il faut appliquer un traitement lorsque le nombre de varroas est égal ou supérieur aux valeurs ci-dessous.

 

Tableau 1.

Méthode de dépistage Nombre de varroas en mai Nombre de varroas en août
Bocal à l'éther 1 varroa / 100 abeilles 2 varroas / 100 abeilles
Lavage à l'alcool 2 varroas / 100 abeilles 3 varroas / 100 abeilles
Carton collant 9 varroas / 24 h 12 varroas / 24 h

 

Moment du prélèvement des échantillons

Les apiculteurs doivent prélever des échantillons au moins deux fois par année, soit au début du printemps et à la fin de l'été. Ils peuvent ainsi se faire une idée de la population de varroas tout de suite avant la période de traitement. Les apiculteurs peuvent également envisager de prélever un échantillon au milieu de l'été, surtout si les colonies semblent faibles et stressées. Même si un traitement est administré, les colonies peuvent être infestées de nouveau par des sources extérieures de varroas (les colonies environnantes). Les apiculteurs peuvent envisager de prélever des échantillons avant et après l'application d'un traitement afin de déterminer si celui-ci a permis de réduire la population de varroas dans la colonie.

Il n'est pas toujours facile de déterminer le nombre de colonies dans lesquelles des échantillons doivent être prélevés dans une exploitation apicole. L'idéal est d'effectuer des prélèvements dans chaque colonie de chaque rucher. Cependant, les apiculteurs n'ont pas tous le temps ni les ressources nécessaires. Il est recommandé de prélever des échantillons dans plusieurs colonies de chaque rucher. Les niveaux d'infestation par le varroa varieront dans chaque rucher et chaque colonie d'abeilles mellifères tout comme le nombre d'ouvrières varie d'une colonie à l'autre.

Ressources

Pour en savoir plus long sur la biologie du varroa, consultez : Varroa - biologie et diagnostic

Pour obtenir d'autres détails sur le traitement des varroas, consultez : Traitements recommandés

Technology Transfer Program (Ontario Beekeepers Association)
http://techtransfer.ontariobee.com/ (en anglais seulement)
Orchard Park Office Centre, West Door C
Suite B47, 5420 Highway 6 North
Guelph (Ontario) N1H 6J2
Lutte contre les maladies des abeilles mellifères
Téléphone : 519 836-3609
obatechtransfer@rogers.com
Ateliers sur la lutte intégrée contre les ennemis des abeilles
http://techtransfer.ontariobee.com/index.php?action=display&cat=55&v=69 (en anglais seulement)

Programme d'apiculture (ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario)
Inspecteurs apicoles régionaux

Ouvrages recommandés

  • Ontario Beekeepers Association, Technology-Transfer Program - Ontario Beekeeping Manual with an Emphasis on Integrated Pest Management (en anglais seulement)
  • Association canadienne des apiculteurs professionnels - Maladies et nuisances de l'abeille mellifère

 

Paul Kozak
Apiculteur provincial
Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario
Aliments d'origine végétale
Direction de l'inspection des aliments
1 Stone Road West, 5th Floor NW
Guelph (Ontario) N1G 4Y2
Tél. : 519 826-3595 ou 1 888 466-2372, poste 63595
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Courriel : Paul.Kozak@ontario.ca

 

 


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Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 13 avril 2012
Dernière révision : 23 octobre 2015