Loque américaine - biologie et diagnostic

La loque américaine est la maladie du couvain la plus grave chez les abeilles mellifères. Elle est causée par une bactérie sporulée appelée Paenibacillus larvae qui est propre aux abeilles mellifères. Cette maladie très contagieuse a pour effet d'affaiblir et, dans la plupart des cas, de tuer une colonie d'abeilles mellifères. De plus, la loque américaine contamine le matériel apicole qu'on doit ensuite détruire afin d'éviter que d'autres colonies ne soient touchées par la maladie. Il est impossible d'éliminer la loque américaine. Les apiculteurs doivent se contenter de prendre les mesures nécessaires pour prévenir une infection dans leur exploitation apicole.

Remarque : Par le passé, la loque américaine était connue sous le nom de l'espèce bactérienne, c.-à-d. Bacillus larvae.

Prévalence

La loque américaine peut se manifester n'importe quand dans les colonies d'abeilles mellifères ou sur le matériel apicole usagé qui a été infecté par des spores bactériennes. Une fois infecté par la loque américaine, le matériel usagé peut demeurer contaminé pendant des décennies.

Il existe à l'extérieur de l'Ontario des souches de loque américaine qui peuvent résister aux médicaments homologués qu'on utilise actuellement pour traiter cette maladie, comme l'oxytétracycline. Même si la loque américaine est présente un peu partout en Ontario, aucune souche résistante à l'oxytétracycline n'a été décelée dans la province. Pour maintenir la situation actuelle, il faut que les apiculteurs respectent les exigences lorsqu'ils importent des abeilles d'autres provinces ou pays. En outre, les apiculteurs doivent éviter de faire un mauvais usage des antibiotiques. Reportez-vous aux Traitements recommandés.

Incidence

La loque américaine peut contaminer le matériel apicole au point où on ne peut plus l'utiliser sans danger. Dans la plupart des cas, la loque américaine est très virulente et tue les colonies qui la contractent. Une infection à la loque américaine peut se propager à d'autres colonies d'abeilles mellifères dans un rayon pouvant atteindre 8 km (3,2 km en général). La loque américaine peut se propager partout où des colonies infectées se trouvent et chaque fois que du matériel contaminé est échangé, quelle que soit la distance. Lorsqu'un apiculteur est aux prises avec une infection à la loque américaine, cela peut avoir des répercussions sur un autre apiculteur. Par conséquent, la loque américaine représente une menace d'ordre économique pour les apiculteurs commerciaux.

Cycle de vie et biologie

Le cycle de vie de la loque américaine compte deux principaux stades : le stade végétatif et le stade de la sporulation. La loque américaine ne s'attaque qu'aux larves d'abeilles mellifères en développement. Les abeilles adultes ne sont pas touchées. (Voir figures 1 à 3)

  1. Stade de la sporulation
    Les spores de la loque américaine sont ramassées par les ouvrières dans les colonies d'abeilles infectées ou sur le matériel contaminé par de nombreuses spores. Ces spores sont très résistantes à la chaleur et à d'autres facteurs environnementaux et peuvent demeurer viables pendant près de 70 ans dans le matériel apicole usagé qui a été contaminé.
  2. Stade végétatif
    Les spores contaminent les parties buccales des ouvrières et se retrouvent dans la nourriture donnée aux larves d'abeilles mellifères en développement (âgées de moins de 2 jours). Les spores se transforment et passent à l'état végétatif de la bactérie, puis se multiplient rapidement dans les tissus de la larve en créant des milliards de nouvelles spores.
  3. Stade de la sporulation
    Une fois l'alvéole operculée, le couvain meurt et se transforme en une masse gluante appelée " écaille de loque américaine ". Cette écaille se fixe au fond de l'alvéole. Elle finit par sécher, puis devient noire, durcit et adhère fermement aux parois de l'alvéole. Le nombre de spores contenues dans chaque écaille peut atteindre 2,5 milliards. Étant donné qu'il faut à peine 35 spores pour infecter une larve d'abeilles âgée d'un jour et qu'une seule spore suffit dans le cas d'une larve âgée d'une heure, le potentiel d'infection est énorme.
  4. Stade de la sporulation
    En retirant l'écaille du rayon, les ouvrières contaminent leurs parties bucclaes et infectent d'autres couvains en développement. De nombreux couvains deviennent alors infectés. La vigueur et la santé de la colonie s'affaiblissent à mesure que la population décroît.
  5. Stade de la sporulation
    Tandis que la colonie s'affaiblit et devient de plus en plus contaminée par la loque américaine, elle peut devenir une cible pour les colonies des alentours. Les abeilles de ces colonies pillent les réserves de miel de la colonie affaiblie et rapportent le miel dans leurs colonies saines en même temps qu'un nombre important de spores infectieuses de la loque américaine. Les spores infectent les couvains dans les nouvelles colonies.

Larves infestées par la loque américaine (Ropey test).

Figure 1. Larves infestées par la loque américaine (Ropey test).

Larves infectées réfugiées au fond de l'alvéole.

Figure 2. Larves infectées réfugiées au fond de l'alvéole.

Cire gaufrée infectée par la loque américaine.

Figure 3. Cire gaufrée infectée par la loque américaine.

Propagation de la loque américaine par les abeilles mellifères

Pillage - Les abeilles mellifères d'une colonie peuvent s'emparer des réserves de miel d'une autre colonie. En pareil cas, les spores de la loque américaine peuvent être transférées avec le miel. Par conséquent, la loque américaine peut se propager à l'intérieur d'un rucher ou entre différents ruchers (dans un rayon de 8 km). Cette situation est surtout inquiétante en période de pénurie de nectar lorsque les colonies sont affaiblies et que le rayon contaminé a été exposé. Le matériel apicole infecté qui est rangé à des endroits accessibles aux abeilles mellifères représente une autre source d'infection.

Émigration - Il arrive que des abeilles mellifères des colonies adjacentes entrent par erreur dans une autre colonie après leur butinage. Cela peut propager la loque américaine à l'intérieur d'un rucher.

Propagation de la loque américaine par les apiculteurs

Nourriture contaminée - Le miel et le pollen obtenus de sources extérieures peuvent contenir des spores de la loque américaine. Par conséquent, il ne faut pas nourrir des colonies d'abeilles mellifères avec du miel provenant de sources extérieures. De plus, si on achète du pollen dans le but de nourrir des abeilles mellifères, on doit s'assurer qu'il a été irradié.

Échange de matériel entre les colonies - Le déplacement de cadres de couvain à l'intérieur d'un rucher dans le but d'égaliser les colonies ou de renforcer celles qui sont faibles est une pratique courante chez les apiculteurs. Une colonie infectée par la loque américaine peut alors contaminer une colonie saine. Les apiculteurs doivent être attentifs aux risques que comporte cette pratique et se tenir à l'affût de tout symptôme de maladie.

Achat de colonies d'abeilles ou de matériel infectés - L'achat et la vente d'abeilles ou de matériel apicole usagé entre apiculteurs constituent une autre pratique courante qui peut entraîner l'apparition de la loque américaine dans une exploitation saine. Ces activités relèvent de la Loi sur l'apiculture de l'Ontario. En vertu de cette loi, l'apiculteur qui vend des abeilles mellifères ou du matériel apicole usagé doit détenir un permis en règle attestant que le matériel ou une partie de l'habit d'apiculteur a été inspecté par un inspecteur apicole provincial et qu'il est en bon état. Vous trouverez les coordonnées ci-dessous.

Caisses - Même si elles sont moins susceptibles de propager la loque américaine, les caisses d'abeilles mellifères constituent une source d'infection potentielle. Pour importer des caisses, il faut détenir à la fois un permis d'importation fédéral et un permis provincial. Communiquez avec le personnel du Programme d'apiculture (les coordonnées figurent ci-dessous).

Essaims - Les essaims peuvent être une source de loque américaine s'ils proviennent d'une colonie infectée. Comme il n'y a aucun moyen de déterminer avec certitude l'origine des essaims, le risque de transfert d'organismes nuisibles et de maladies est toujours présent. Cependant, puisque l'essaim ne contient aucun couvain, des mesures visant à réduire les risques au minimum peuvent être prises. Reportez-vous à la ficheinfo intitulée Loque américaine - prévention et gestion.

Détection - diagnostic

Les symptômes physiques de la loque américaine se manifestent dans le nid à couvain de la colonie d'abeilles et dans les alvéoles utilisées. Il est important que les apiculteurs se familiarisent avec les caractéristiques d'un couvain sain et les types de maladies du couvain. Il existe divers symptômes qui indiquent la présence d'une infection à la loque américaine. Ces symptômes ne sont pas toujours tous présents lorsqu'il y a une infection à la loque américaine, surtout aux différents stades de l'infection, et ils ne sont pas tous propres à la loque américaine. Cependant, il y a des symptômes qui sont très caractéristiques de la maladie.

Schéma de couvain tacheté - (symptôme qui n'est pas toujours propre à la loque américaine)

Un schéma de couvain continu et peu d'alvéoles vides sont des signes d'une colonie saine et productive. Les colonies malsaines ou malades peuvent avoir un schéma de couvain présentant de nombreuses alvéoles vides. Cette caractéristique est commune à bon nombre de troubles pouvant être présents dans la ruche, notamment d'autres maladies du couvain, ou peut simplement être le signe d'une mauvaise reine (figure 4).

Écaille de loque américaine au fond de l'alvéole.

Figure 4. Écaille de loque américaine au fond de l'alvéole.

Schéma de ponte qui présente des taches et des alvéoles avec les opercules enfoncés.

Figure 5. Schéma de ponte qui présente des taches et des alvéoles avec les opercules enfoncés.

Alvéoles dont l'opercule est perforé - (symptôme qui n'est pas toujours propre à la loque américaine)

L'opercule perforé des alvéoles est probablement le signe d'une maladie du couvain si les perforations sont irrégulières et situées sur le bord de l'opercule. Il s'agit là d'une caractéristique d'autres maladies du couvain telles que l'ascosphérose et des dommages causés par des populations élevées de varroas dans le couvain (figure 5).

Opercules foncés ayant une apparence graisseuse - (symptôme qui n'est pas toujours présent aux premiers stades de la loque américaine)

Opercules enfoncés - (symptôme qui n'est pas toujours présent)

Les opercules sont légèrement concaves plutôt que légèrement convexes.

Larves décolorées - (symptôme qui n'est pas toujours propre à la loque américaine)

Chaque fois qu'une larve meurt dans une alvéole, elle devient foncée et décolorée. Une larve saine est toujours blanc perle. Les couvains infectés par la loque américaine passent d'abord au beige, puis au brun clair, au brun foncé et, finalement, au noir lorsqu'ils commencent à sécher (figure 6).

Larves mortes présentant une consistance gluante semblable au mucus qui se fixent au fond de l'alvéole - (symptôme très caractéristique de la loque américaine qui est habituellement présent à d'autres stades qu'au tout début ou à la toute fin de la décomposition de la larve)

Cette caractéristique est propre à la loque américaine. Placez une allumette ou une mince brindille dans l'alvéole, faites-la tourner sur 360° et retirez-la lentement de l'alvéole. Si la matière retirée s'étire sur une longueur de 2,5 cm ou plus, c'est que l'alvéole est infectée par la loque américaine. Aucune autre maladie du couvain ne présente ce symptôme qui, cependant, ne se manifeste pas toujours en cas d'infection par la loque américaine. Si l'infection est à un stade peu avancé, la larve morte ne sera pas suffisamment gluante. À des stades plus avancés, la larve morte durcit et sèche. Dans ce cas, il s'agit sans contredit de la loque américaine (figure 7).

Écaille noire durcie qui adhère aux parois de l'alvéole - (Ce symptôme est propre à la loque américaine.) Une fois que la larve malade s'est fixée au fond de l'alvéole, elle commence à sécher et à durcir. Il s'agit d'un symptôme important qui se manifeste dans les alvéoles utilisées. Ce qu'on recherche, ce sont des morceaux noirs et plats semblables à du charbon qui sont collés dans le fond de l'alvéole. L'écaille séchée est dure et cassante, et on ne peut la retirer de l'alvéole sans l'endommager (figure 8). Le meilleur moyen de déceler sa présence consiste à tenir chaque cadre entre le pouce et l'index en soutenant l'extrémité et à le faire tourner lentement dans les deux sens de sorte que le bas du cadre tourne selon un axe de 30° (figure 9). Il faut s'assurer d'avoir un bon éclairage et, dans la mesure du possible, se placer de manière à avoir la lumière du soleil dans le dos.

Larves infectées réfugiées au fond de l'alvéole.

Figure 6. Larves infectées réfugiées au fond de l'alvéole.

Essai (Ropey test) montrant des larves d'abeilles pourries.

Figure 7. Essai (Ropey test) montrant des larves d'abeilles pourries.

Vieux cadre à couvain infecté.

Figure 8. Vieux cadre à couvain infecté.

Odeur nauséabonde - (peut être un symptôme caractéristique ou non de la loque américaine)
Même si une odeur nauséabonde peut être associée à d'autres maladies ou troubles de l'abeille mellifère, l'odeur que dégage la loque américaine est très distincte et s'apparente à celle du poisson ou de la pourriture. C'est une odeur qu'on n'oublie pas facilement une fois qu'on l'a sentie.

Cadre à couvain.

Figure 9. Cadre à couvain.

Conclusion

Les apiculteurs doivent examiner régulièrement leurs colonies pour s'assurer qu'elles sont saines et exemptes de maladie. Pour inspecter les couvains, on secoue légèrement le cadre afin de retirer presque toutes les abeilles au-dessus de la ruche ouverte de manière à pouvoir voir l'apparence des couvains (figure 9). Si la présence de la loque américaine est soupçonnée ou confirmée, il faut le signaler aux inspecteurs apicoles provinciaux.

Pour toute autre question sur la façon de gérer efficacement une épidémie de loque américaine, communiquez avec le personnel responsable du Programme d'apiculture ou du Technology Transfer Program (les coordonnées figurent ci-dessous).

Ressources

Pour obtenir d'autres renseignements sur la loque américaine : Loque américaine - prévention et gestion.

Pour en savoir plus long sur le traitement de la loque américaine : Traitements recommandés

Inspecteurs apicoles régionaux (ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario)

Pour voir plus d'images de la loque américaine : Loque américaine

Programme d'apiculture (ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario)

Technology Transfer Program (Ontario Beekeepers Association) (en anglais seulement)
Orchard Park Office Centre, West Door C
Suite B47, 5420 Highway 6 North
Guelph (Ontario) N1H 6J2

Lutte contre les maladies des abeilles mellifères (en anglais seulement)
Téléphone : 519 836-3609
obatechtransfer@rogers.com

Ateliers sur la lutte intégrée contre les ennemis des abeilles
http://techtransfer.ontariobee.com/ (en anglais seulement)

Ouvrages recommandés

  • Autres fiches d'information (le lien)
  • MAAARO - Traitements recommandés contre les maladies et les acariens chez les abeilles domestiques en Ontario
  • Ontario Beekeepers Association - Ontario Beekeeping Manual with an Emphasis on Integrated Pest Management (en anglais seulement)
  • Association canadienne des apiculteurs professionnels - Maladies et nuisances de l'abeille mellifère

Paul Kozak
Apiculteur provincial
Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario
Aliments d'origine végétale
Direction de l'inspection des aliments
1 Stone Road West, 5th Floor NW
Guelph (Ontario) N1G 4Y2
Tél. : 519 826-3595 ou 1 888 466-2372, poste 63595
Téléc. : 519 826-3233
Courriel : Paul.Kozak@ontario.ca

 


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 13 avril 2012
Dernière révision : 23 octobre 2015