Rapport de 2014 concernant le sondage sur les pertes hivernales des colonies d'abeilles mellifères en Ontario

Paul Kozak, MAAARO
Version du 2 février 2015

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Introduction

Au printemps 2014, le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario (MAAARO) a réalisé un sondage auprès des apiculteurs de la province dans le but d'évaluer le taux de mortalité dans les colonies d'abeilles mellifères durant l'hiver 2013 2014.

Comme par le passé, on a envoyé le sondage par la poste à tous les apiculteurs commerciaux inscrits (pour les besoins du sondage, il s'agit des apiculteurs ayant au moins 50 ruches). On a obtenu un taux de participation de 40 %; 100 des 247 apiculteurs commerciaux avec qui on a communiqué ont répondu au sondage.

Pour la première fois, le sondage a également été envoyé à 399 apiculteurs non commerciaux choisis au hasard dans le registre du ministère. Les commentaires recueillis fourniront d'autres renseignements sur l'industrie apicole en Ontario. Sur les apiculteurs non commerciaux qui ont reçu le sondage, 32 % (129) y ont répondu.

Comme les apiculteurs commerciaux produisent la majorité des colonies d'abeilles mellifères gérées, lorsque les résultats du sondage ont été communiqués à l'Association canadienne des apiculteurs professionnels (ACAP), seules les données sur les apiculteurs commerciaux ont été prises en compte. Par ailleurs, la moyenne des pertes hivernales est fondée uniquement sur les réponses des apiculteurs commerciaux. Le fait de ne communiquer que les résultats des apiculteurs commerciaux à l'ACAP et de tenir compte uniquement de ces résultats pour établir la moyenne des pertes hivernales de 2013 2014 assure la cohérence par rapport aux années antérieures, où les apiculteurs non commerciaux ne participaient pas au sondage.

Au total, les résultats du sondage représentent 53 000 (53 %) des 100 000 colonies exploitées en Ontario.

Méthode

Le présent rapport repose sur les réponses fournies par tous les apiculteurs ainsi que sur les données découlant des inspections ciblées qu'a effectuées le ministère en 2013 et au début du printemps 2014. Les données provenant des apiculteurs commerciaux et des apiculteurs non commerciaux ont été analysées séparément.

Les réponses données par les apiculteurs dans le cadre du sondage sur les pertes hivernales ont fait l'objet d'une analyse statistique.

Les données tirées du sondage et des inspections sont limitées. Les renseignements fournis étaient auto-déclarés de manière volontaire et, dans certains cas, il s'agissait de la meilleure estimation des apiculteurs. Pour certaines questions, le taux de réponse était bas ou les réponses variaient beaucoup. Les données pour ces questions sont donc difficiles à analyser. Pour permettre une analyse précise dans l'avenir, il faudra qu'un plus grand nombre d'apiculteurs commerciaux participent au sondage et répondent à toutes les questions.

Malgré les limites des données, le sondage cerne les pratiques de gestion des apiculteurs ainsi que les préoccupations de ceux-ci concernant la santé de leurs colonies.

Le sondage, qui était anonyme, a été réalisé selon le même modèle que le sondage national sur l'apiculture de l'ACAP et comprenait des questions supplémentaires propres à l'Ontario. Le sondage du MAAARO a fait le suivi des taux de mortalité et de certaines pratiques de gestion des colonies relatives aux ravageurs et aux maladies qui attaquent les abeilles mellifères.

Mortalité des abeilles

Selon les renseignements fournis par les apiculteurs commerciaux de l'Ontario dans le cadre du sondage, le taux global de mortalité des colonies d'abeilles mellifères durant l'hiver 2013 2014 était d'environ 58 %. Depuis 2010, une ruche viable du point de vue commercial s'entend, pour les besoins du sondage de l'Ontario, d'une ruche qui compte au moins quatre cadres viables d'abeilles au printemps.

Le taux de mortalité est fondé sur les données qui ont été fournies. Pour le calculer, on a divisé le nombre total de colonies qui sont mortes pendant l'hiver par le nombre total de colonies qui étaient vivantes au début de l'hiver.

La moitié des apiculteurs qui ont répondu au sondage ont perdu moins de 54 % de leurs ruches; l'autre moitié en ont perdu plus de 54 %. L'ampleur des pertes variait beaucoup, puisque certains apiculteurs ont indiqué n'avoir subi aucune perte de colonies tandis que d'autres ont perdu toutes leurs colonies. L'écart-type pour les résultats du sondage était de 27,6 %.

Le taux estimatif global des pertes hivernales, soit 58 %, est de beaucoup supérieur à celui des années antérieures. Dans l'ensemble du Canada, le taux normal de mortalité hivernale est d'au plus 15 % (Furgala et McCutcheon 1992; ACAP 2007 à 2014).

Malgré la variation importante de la mortalité des ruches parmi les apiculteurs, les résultats globaux du sondage font état de pertes considérables. Bon nombre de colonies d'abeilles mellifères en Ontario n'ont pas survécu jusqu'au printemps 2014. C'est à ce moment qu'on a inspecté environ 140 ruchers dans le cadre du Programme d'apiculture afin de confirmer les pertes hivernales déclarées par les apiculteurs. Le taux de mortalité était élevé pour certains ruchers et bas pour d'autres. Parmi les ruchers inspectés, le taux de perte moyen global était élevé, soit 45,1 %.

C'était la première fois que le personnel du Programme d'apiculture effectuait une vérification sur le terrain de cette ampleur. Cette démarche a été utile pour comparer et confirmer les réponses des apiculteurs.

Pertes par région de l'Ontario

Le tableau ci-dessous présente les réponses au sondage selon la région. Il indique le nombre d'apiculteurs qui ont répondu au sondage et le taux global de pertes hivernales de chaque région. On n'a observé aucune différence importante dans le taux de mortalité d'une région à l'autre.

Région
Apiculteurs commerciaux
Apiculteurs non commerciaux
Nombre de participants au sondage
Taux global de pertes
Nombre de participants au sondage
Taux global de pertes
Nord
3
45,5%
9
61,9%
Est
16
42,7%
25
51,4%
Centre
18
58,5%
22
44,3%
Sud
48
59,7%
41
34,9%
Sud-Ouest
8
57,5%
15
61,8%
Comté non précisé
4
46,4%
10
40,7%

Tableau 1 : Mortalité hivernale globale par région

Pertes hivernales globales par région (apiculteurs commerciaux)

Figure 1 : Pertes hivernales globales par région (apiculteurs commerciaux)

Texte correspondant à la figure 1

Pertes hivernales globales par région (apiculteurs non commerciaux)

Figure 2 : Pertes hivernales globales par région (apiculteurs non commerciaux)

Texte correspondant à la figure 2

Le taux élevé de mortalité estimée en 2007 représentait une préoccupation importante pour le secteur. Cette année a été suivie par deux autres années consécutives (2008 et 2009) de mortalité hivernale élevée, pour une moyenne globale estimative de 33 % sur les trois années.

Pertes hivernales de colonies d'abeilles mellifères en Ontario par année (apiculteurs commerciaux).

Figure 3 : Pertes hivernales de colonies d'abeilles mellifères en Ontario par année (apiculteurs commerciaux). La ligne horizontale rouge représente le seuil normal de pertes hivernales, soit 15 %.

Texte correspondant à la figure 3

Variation des pertes hivernales des apiculteurs commerciaux. Les barres hachurées représentent les exploitations apicoles dont le taux de pertes hivernales correspond ou presque au taux jugé acceptable (15 %)

Figure 4 : Variation des pertes hivernales des apiculteurs commerciaux. Les barres hachurées représentent les exploitations apicoles dont le taux de pertes hivernales correspond ou presque au taux jugé acceptable (15 %).

Texte correspondant à la figure 4

Mortalité selon la taille de l'exploitation

  • Lorsqu'on a regroupé les apiculteurs en fonction de la taille de leur exploitation (c. à-d. nombre de colonies gérées), il y avait peu de différence entre les taux de pertes hivernales.
Nombre d'apiculteurs
Nombre de ruches hivernées
Pertes moyennes (en %)
36
< 10
51,3
88
10-49
46,5
56
50-200
49,1
28
201-500
49,8
10
501-1 000
49,0
11
>1 000
55,4

Il y a peu de différence entre les groupes d'apiculteurs.

Tableau 2 : Taux de pertes hivernales selon la taille de l'exploitation apicole (c.-à-d. nombre de colonies exploitées), apiculteurs commerciaux et apiculteurs non commerciaux

  • Lorsqu'on a retiré des statistiques des apiculteurs les plus importants (ceux ayant plus de 1 000 colonies), le taux moyen global de pertes hivernales en Ontario est demeuré élevé, soit 48,1 %.
  • Les pertes hivernales moyennes des apiculteurs commerciaux importants (ceux ayant plus de 1 000 colonies) s'élevaient à 55,4 %. Cependant, un certain nombre de ces apiculteurs avaient un taux de pertes hivernales beaucoup plus bas, soit entre 9 % et 17 %.
  • Lorsqu'on a regroupé les apiculteurs non commerciaux (ceux ayant au plus 50 colonies) pour les analyser, on a observé un taux global de pertes hivernales élevé, soit 43,9 %.
  • D'après les résultats du sondage pour l'hiver 2013 2014, il n'existe pas de lien évident entre la taille de l'exploitation apicole et les pertes hivernales.

Pratiques de gestion et traitements

Les colonies peuvent ne pas survivre à l'hiver pour diverses raisons. La mort d'une ruche peut être attribuable notamment à une infestation de varroas, à la famine, à la petite taille du groupe ou à des agresseurs environnementaux.

Il existe de nombreuses théories pour expliquer l'augmentation du taux de mortalité dans les colonies d'abeilles mellifères. La lutte inefficace contre les varroas, les nouveaux pathogènes, les pesticides ou une combinaison de ces facteurs sont tous des causes possibles.

Une étude réalisée par l'Université de Guelph (Guzman et autres 2010) a permis de déterminer que le Varroa destructor était le principal facteur lié aux ravageurs et aux maladies qui expliquait la mortalité hivernale des colonies d'abeilles mellifères en Ontario. C'est pourquoi le sondage du MAAARO a mis l'accent sur les techniques de gestion et les traitements contre les varroas auxquels ont recours les apiculteurs.

Traitements

Le varroa est un parasite externe de taille relativement grande qui se nourrit des liquides organiques des abeilles mellifères adultes ou en développement. Il cause des dommages matériels, affaiblit les abeilles et transmet divers pathogènes, en particulier des virus. Dans presque tous les cas, lorsqu'une infestation par le varroa n'est pas bien gérée, toute la colonie d'abeilles finit par mourir. Dans le sondage du MAAARO, on a demandé aux apiculteurs comment ils avaient géré les varroas dans leurs colonies et quels traitements ils avaient utilisés au printemps et à l'automne 2013.

Les apiculteurs de l'Ontario utilisent diverses options de traitement pour gérer les varroas. Au printemps et à l'automne 2013, les deux traitements les plus courants étaient ApivarMD et l'acide formique liquide à 65 % (petits tampons - 40 ml). Jusqu'ici, on n'a rapporté aucun cas de varroas résistants à ApivarMD en Ontario. L'ingrédient actif de ce produit est l'amitraze.

Les deux acaricides de synthèse les moins utilisés (traitements sous forme de bandelettes) étaient ApistanMD et Checkmite+MC. Il y a en Ontario des varroas qui ont acquis une résistance à la fois à ApistanMD et à Checkmite+MC. C'est probablement pour cette raison que ces deux traitements sont utilisés avec prudence.

Dans le cadre du Programme de transfert technologique administré par l'Ontario Beekeepers' Association, des traitements contre le varroa ont été mis à l'essai sur le terrain. Checkmite+MC est efficace environ 40 % du temps et ApistanMD, à peu près 70 % à 90 % du temps. Si ApistanMD fonctionne parfois pour éliminer les varroas, ceux-ci sont résistants à l'ingrédient actif de Checkmite+MC dans la plupart des situations en Ontario.

Lorsque des apiculteurs croyaient qu'un traitement n'avait pas fonctionné, le personnel du Programme de transfert technologique effectuait des analyses pour déterminer si les varroas résistaient au traitement. Les analyses ont confirmé qu'ApistanMD et Checkmite+MC demeuraient des traitements efficaces pour gérer les varroas.

De récentes données américaines ont révélé que, aux États Unis, les varroas avaient acquis une grande résistance aux trois acaricides de synthèse : ApistanMD, Checkmite+MC et ApivarMD. Pour retarder l'acquisition d'une résistance aux traitements chimiques au Canada, les apiculteurs canadiens doivent alterner les types de traitements dans le cadre d'une stratégie de lutte intégrée contre les ennemis des cultures.

Les niveaux d'infestation par le varroa dans les colonies d'abeilles mellifères augmentent sans cesse. Au printemps et à l'automne 2013, des apiculteurs ont décidé de ne pas appliquer de traitement contre les varroas. L'absence de traitement finit par tuer la colonie, mais tant que le niveau d'infestation par le varroa demeure bas et peut être vérifié par la surveillance, les périodes où aucun traitement n'est appliqué pourraient être justifiées. L'application d'un traitement selon les besoins et la surveillance des niveaux d'infestation sont des pratiques clés qui s'inscrivent dans la lutte intégrée contre les ennemis des cultures.

Traitements utilisés au printemps 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs commerciaux)

Figure 5 : Traitements utilisés au printemps 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs commerciaux)

Texte correspondant à la figure 5

Traitements utilisés à l'automne 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs commerciaux)

Figure 6 : Traitements utilisés à l'automne 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs commerciaux)

Texte correspondant à la figure 6

Traitements utilisés au printemps 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs non commerciaux)

Figure 7 : Traitements utilisés au printemps 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs non commerciaux)

Texte correspondant à la figure 7

Traitements utilisés à l'automne 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs non commerciaux)

Figure 8 : Traitements utilisés à l'automne 2013 pour lutter contre le varroa (apiculteurs non commerciaux)

Texte correspondant à la figure 8

Données provenant des inspections sur place

Dans le cadre des vérifications effectuées sur le terrain pendant la saison 2013, les inspecteurs apicoles ont recueilli des données sur les niveaux d'infestation par le varroa. Pour obtenir un portrait fidèle des conditions à l'approche de l'hiver 2013 2014, il faut examiner ces données avec les réponses du sondage sur les pertes hivernales.

Tout au long de la saison apicole, des inspections prévues ou aléatoires ont permis de remplir les exigences réglementaires, d'assurer la surveillance des maladies et ravageurs ciblés et de répondre aux demandes des apiculteurs.

Dans les colonies des apiculteurs commerciaux, les niveaux d'infestation par le varroa étaient de beaucoup inférieurs aux seuils de traitement au printemps et à l'automne qui ont été établis par des chercheurs de l'Ontario (Ernesto Guzman et autres 2010). Il y a eu des cas isolés où les niveaux d'infestation par le varroa sont restés bas durant la majeure partie de la saison 2013. Les données montrent que de nombreux apiculteurs de l'Ontario mènent une lutte efficace contre le varroa dans leurs colonies.

Dans le cas des apiculteurs non commerciaux, les niveaux d'infestation par le varroa dans les colonies étaient inférieurs au seuil de traitement au printemps, mais supérieurs au seuil à l'automne. Il est à noter que l'échantillon était de petite taille à l'automne.

Le type de traitement contre le varroa employé et le moment de son application n'ont pas semblé avoir d'incidence sur la mortalité hivernale.

Les apiculteurs doivent choisir les traitements avec soin et traiter leurs colonies bien avant que les niveaux d'infestation causent des dommages, surtout en prévision de l'hiver. Tous les traitements contre le varroa comportent des restrictions (p. ex. moment de l'application, seuils de température). Au lieu d'utiliser toujours le même traitement, les apiculteurs doivent connaître les restrictions et veiller à utiliser des traitements qui sont efficaces pour la lutte contre le varroa.

La surveillance et la gestion des niveaux d'infestation par le varroa dans les colonies demeurent essentielles en apiculture.

Niveaux d'infestation par le varroa des exploitations apicoles commerciales consignés par des inspecteurs apicoles

Figure 9 : Niveaux d'infestation par le varroa des exploitations apicoles commerciales consignés par des inspecteurs apicoles

Texte correspondant à la figure 9

Niveaux d'infestation par le varroa des exploitations apicoles non commerciales consignés par des inspecteurs apicoles

Figure 10 : Niveaux d'infestation par le varroa des exploitations apicoles non commerciales consignés par des inspecteurs apicoles

Texte correspondant à la figure 10

Nosema

Nosema (N. ceranae et N. apis) est le nom d'un pathogène fongique qui infecte le système digestif des abeilles mellifères. La majorité des apiculteurs de l'Ontario n'ont pas appliqué de traitement contre la Nosema à l'automne 2013 (61 % des participants au sondage ont indiqué n'avoir appliqué aucun traitement). Le sondage ne demandait pas aux apiculteurs de justifier pourquoi ils avaient utilisé ou non un traitement contre la Nosema.

La Nosema peut créer un stress supplémentaire pour les colonies, selon le moment de l'année et l'espèce d'abeilles mellifères. Cependant, de récentes recherches menées en Ontario (Guzman et autres 2010) n'ont pas permis d'établir une corrélation entre les niveaux d'infestation par Nosema et les pertes hivernales.

Gestion des reines et remplacement des colonies

En moyenne, les apiculteurs commerciaux remplacent 44 % de leurs reines dans le cadre de la gestion courante. Ce pourcentage de remplacement est considéré comme idéal lorsque les colonies ont des reines efficaces et en santé.

Les apiculteurs non commerciaux ne remplacent en moyenne que 21 % de leurs reines.

Il est important de remplacer régulièrement les veilles reines par de nouvelles reines saines pour avoir des colonies d'abeilles mellifères en santé.

Pourcentage de reines remplacées par les apiculteurs dans le cadre de la gestion courante

Figure 11 : Pourcentage de reines remplacées par les apiculteurs dans le cadre de la gestion courante

Texte correspondant à la figure 11

On a demandé aux apiculteurs d'indiquer le pourcentage de reines qu'ils ont dû remplacer en raison de problèmes de santé ou d'insuccès. Des cas isolés et des cas consignés au cours des dernières années indiquent une augmentation du nombre de décès et d'insuccès chez les reines.

Selon les renseignements fournis par les apiculteurs commerciaux, 22 % de leurs colonies en moyenne ont connu des problèmes relatifs aux reines. Pour les apiculteurs non commerciaux, la proportion était de 8 %. En effectuant une analyse par région, on a constaté que le nombre de colonies ayant des problèmes relatifs aux reines était plus élevé dans le sud de l'Ontario (en moyenne 28 % des colonies) qu'ailleurs dans la province. Cela est statistiquement significatif lorsqu'on fait une comparaison avec le reste de la province.

Les apiculteurs de l'Ontario s'approvisionnent en reines à divers endroits, notamment en Ontario, en Californie, à Hawaï, en Australie et au Chili. De nombreuses reines sont produites localement en Ontario.

Origine des reines utilisées par les apiculteurs commerciaux en Ontario

Figure 12 : Origine des reines utilisées par les apiculteurs commerciaux en Ontario

Texte correspondant à la figure 12

Mortalité anormale

Dans le sondage du MAAARO, les apiculteurs devaient indiquer s'ils avaient remarqué un taux de mortalité inhabituel ou une diminution anormale de la population d'abeilles pendant la saison apicole. Les agents stressants qui agissent sur une colonie d'abeilles mellifères peuvent finir par avoir une incidence sur la survie à long terme de la colonie en question. Les effets à long terme des agents stressants et leur lien possible avec les pertes hivernales ne faisaient toutefois pas partie du sondage.

Parmi les apiculteurs commerciaux, 46 % ont dit avoir signalé des décès inhabituels ou une diminution anormale de la population d'abeilles.

Raisons présumées de la mortalité hivernale selon les apiculteurs

Les apiculteurs devaient indiquer à quoi ils attribuaient la mortalité des colonies. Leur opinion pouvait être fondée sur leur expérience ou jugement, les symptômes ou des hypothèses.

Les raisons des pertes hivernales données par les apiculteurs étaient, de la plus courante à la moins courante, les suivantes :

  • famine;
  • conditions météorologiques;
  • exposition chronique à des pesticides;
  • ne sais pas;
  • colonies faibles;
  • exposition aiguë à des pesticides;
  • autre;
  • Nosema;
  • lutte inefficace contre le varroa.

La plupart des apiculteurs ont mentionné diverses raisons pour expliquer les pertes hivernales subies.

Une seule et même colonie d'abeilles mellifères peut être touchée par plusieurs agents stressants. De même, dans un rucher ou une exploitation apicole, chaque colonie peut être touchée par différents agents stressants. Par exemple, dans un rucher où les groupes d'une ruche sont placés de différentes manières, plusieurs colonies peuvent mourir à cause de la famine tandis que les autres survivent.

Les opinions des apiculteurs quant aux causes présumées de mortalité des ruches n'ont pas été confirmées. Par conséquent, elles ne peuvent être considérées comme des faits établis. Cependant, ces opinions sont importantes et pourraient indiquer de véritables problèmes. Les réponses à ce type de questions du sondage doivent être examinées conjointement avec les données recueillies sur le terrain et pourraient s'avérer utiles pour orienter les futurs travaux de recherche.

Peu d'apiculteurs ont attribué la mortalité des colonies à la lutte inefficace contre le varroa; c'est peut être parce qu'ils sont parvenus à réduire les infestations de varroas dans leurs colonies.

Bon nombre d'apiculteurs estimaient que la mortalité hivernale était attribuable à la famine, ce qui s'explique probablement par le rude et long hiver que nous avons connu en 2013 2014. Les colonies d'abeilles mellifères meurent de faim lorsqu'elles n'ont pas suffisamment de magasins à miel pour s'alimenter durant tout l'hiver. Dans certains cas, les colonies affaiblies et l'emplacement du groupe de colonies dans le rucher peuvent entraîner une famine, et ce, même lorsque les colonies sont bien nourries.

Raisons de la mortalité hivernale données par les apiculteurs commerciaux

Figure 13 : Raisons de la mortalité hivernale données par les apiculteurs commerciaux

Texte correspondant à la figure 13

Raisons pondérées des pertes hivernales données par les apiculteurs commerciaux (pourcentage que les apiculteurs ont attribué à un type de pertes selon son importance)

Figure 14 : Raisons pondérées des pertes hivernales données par les apiculteurs commerciaux (pourcentage que les apiculteurs ont attribué à un type de pertes selon son importance)

Texte correspondant à la figure 14

Commentaires généraux et réflexion

  • D'après une étude de l'Université de Guelph (Guzman et autres 2010) ainsi que des signalements et des observations sur le terrain provenant d'autres provinces (Currie et autres 2010), les varroas demeurent le principal facteur lié aux ravageurs qui explique la mortalité hivernale. Même s'il y a eu des cas où les varroas ont posé un problème, les données recueillies sur le terrain indiquent que les niveaux d'infestation par le varroa étaient bas dans beaucoup d'exploitations.
  • La capacité générale de la Nosema ceranae de provoquer des maladies chez les abeilles mellifères n'est pas clairement connue. Il faut toutefois signaler que, selon de récentes recherches menées par l'Université de Guelph, il n'existe pas de corrélation évidente entre la Nosema et les pertes hivernales dans les conditions propres à l'Ontario.
  • Même s'il n'y a pas suffisamment de preuves pour établir un lien direct, les conditions météorologiques ont probablement eu une incidence sur la survie d'un certain nombre de colonies. L'an dernier, la plupart des régions de la province ont connu un hiver long et froid. La rigueur de l'hiver pourrait avoir fait augmenter le nombre de colonies touchées par la famine, quelle que soit la méthode de gestion des ruches utilisée. Des apiculteurs ont affirmé que le printemps frais et pluvieux avait exercé un stress supplémentaire sur les colonies qui étaient en train de se remettre de l'hiver. Cette situation peut aussi avoir causé d'importantes pertes de colonies jusqu'au milieu du printemps. Par contre, l'hiver 2012 a été l'un des plus doux des dernières années, et les pertes hivernales signalées pour cette année-là n'étaient que de 12 %.
  • Un certain nombre d'apiculteurs ont indiqué que des problèmes chroniques causés par des pesticides avaient fait augmenter la mortalité des colonies. Cela est probablement lié aux incidents relatifs aux pesticides qui ont été signalés au milieu de la saison et aux répercussions supplémentaires subies par les colonies. Pour déterminer l'incidence qu'a l'exposition chronique aux pesticides sur la mortalité hivernale des abeilles mellifères, il faudra réaliser d'autres recherches et recueillir davantage de données sur le terrain.
  • Le sondage sur les pertes hivernales est un précieux outil qui permet de recueillir des renseignements sur la mortalité des colonies, les préoccupations des apiculteurs et les pratiques de gestion utilisées. Cependant, il ne peut pas fournir toutes les réponses au sujet de la santé des abeilles mellifères. Il faut combiner les résultats aux données recueillies sur le terrain, aux signalements en milieu de saison de problèmes de santé touchant les abeilles mellifères et aux recherches découlant des préoccupations exprimées par des apiculteurs pour bien comprendre la santé des abeilles.
  • En 2013 2014, les pertes hivernales consignées en Ontario ont atteint un niveau record. Cette situation est inquiétante, d'autant plus que la demande de services de pollinisation des abeilles mellifères augmente. Le secteur se développe, même s'il n'a pas encore retrouvé ses niveaux historiques. Lorsque des pertes de colonies obligent les apiculteurs à reconstruire, cela restreint la croissance. Le ralentissement de la croissance a une incidence sur les profits d'entreprise et sur la capacité des apiculteurs de fournir davantage de colonies pour répondre à la demande croissante à l'égard des services de pollinisation.
  • La stratégie visant à améliorer la santé des abeilles mellifères en Ontario sera basée sur une approche globale comprenant l'élaboration continue de pratiques de lutte intégrée contre les ennemis des cultures par les apiculteurs et les producteurs, des zones sécuritaires pour le butinage, des recherches sur la santé des abeilles mellifères, la consignation des incidents sur le terrain et d'autres démarches en lien avec la santé à long terme des colonies.

Bibliographie

Association canadienne des apiculteurs professionnels. Statement on Honey Bee Losses in Canada, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014.

Currie, R., E. Guzman et S. Pernal. "Honey Bee Colony Losses in Canada", Journal of Apicultural Research, vol. 49, no 1, 2010, p. 104-106.

Furgala, B., et D.M. McCutheon. Wintering Productive Colonies; dans GRAHAM, J.M. (éd.), The Hive and the Honey Bee (édition révisée), Dadant and Sons, Hamilton, Illinois, Étast Unis, 1992, p. 829 868.

Guzman-Novoa, E., L. Eccles, Y. Calvete, J. McGowan, P. Kelly et A. Correa-Benitez. "Varroa Destructor is the Main Culprit for Death and Reduced Populations of Overwintered Honey Bees in Ontario, Canada", Apidologie, vol. 41, no 4, 2010, p. 443 450.

Kozak, P. Sondage auprès des apiculteurs - Rapport 2011 sur les pertes hivernales pour l'apiculture en Ontario, ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2011.


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Auteur : Paul Kozak/Apiculteur
Date de création : 13 mars 2015
Dernière révision : 22 octobre 2015