Sondage auprès des apiculteurs - Rapport 2011 sur les pertes hivernales pour l'apiculture en Ontario

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Pendant le printemps/été de 2011, le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario (MAAARO) a envoyé un sondage aux apiculteurs commerciaux en Ontario pour estimer la mortalité dans les colonies d'abeilles mellifères pendant l'hiver de 2010-2011. Quatre-vingt-six des 218 apiculteurs commerciaux inscrits avec lesquels nous avons communiqué, soit 39,4 pour cent) ont répondu au sondage.

Le présent rapport est basé exclusivement sur les réponses des apiculteurs qui ont répondu au sondage. Il faut noter que les données recueillies n'ont pas été vérifiées de façon indépendante par le MAAARO et que certaines données se sont avérées difficiles à analyser en raison d'un nombre peu élevé de réponses à certaines questions. Par exemple, un plus grand nombre de réponses à la question portant sur l'analyse des méthodes de traitement aurait peut-être produit des résultats différents. Cela souligne la nécessité qu'un nombre plus élevé d'apiculteurs commerciaux réponde aux prochains sondages, ainsi que la nécessité de rappeler aux répondants de répondre à toutes les questions du sondage.

Le sondage était anonyme. Il suivait le même modèle que le sondage national sur l'apiculture effectué par l'Association canadienne des apiculteurs professionnels. Les résultats de ce sondage seront combinés avec ceux du sondage national sur l'apiculture afin de générer une estimation de la mortalité hivernale dans l'ensemble du Canada. En plus des taux de mortalité, le sondage du MAAARO a effectué le suivi de certaines pratiques de gestion des colonies relativement aux animaux nuisibles et aux maladies qui attaquent les abeilles mellifères.

Mortalité des abeilles

D'après les réponses au sondage, il a été estimé que le taux de mortalité des colonies d'abeilles mellifères pendant l'hiver 2010-2011, chez les apiculteurs commerciaux de l'Ontario, s'établissait à une moyenne de 43 pour cent, avec une médiane de 41 pour cent. Cette estimation est considérablement supérieure à celle des années précédentes. Selon les ouvrages scientifiques, un taux de mortalité hivernale normal se situe généralement entre 5 et 15 pour cent (Furgala et McCutcheon, 1992).

Bon nombre des exploitations d'apiculture qui ont répondu au sondage ont signalé des pertes considérablement supérieures à la moyenne, jusqu'à 60 pour cent dans le 75e centile des répondants. En même temps, certains apiculteurs ont signalé des pertes hivernales considérablement inférieures dans le 5e centile, avec une mortalité de 10 pour cent. Bien que la gamme des pertes hivernales reflète une variation plus importante de la mortalité dans les différentes exploitations (mortalité hivernale entre 2 et 95 pour cent), la médiane et la moyenne traduisent toutes deux des taux de perte élevés.

À des fins de comparaison, le taux de mortalité hivernale a été divisé par région géographique. Les taux de mortalité estimés sont les suivants (les comtés figurent entre parenthèses).

  • Près du nord de l'Ontario (Bruce, Dufferin, Grey, Glengarry, Frontenac, Kawartha Lakes, Lanark, Leeds, Lennox and Addington, North Wellington, Ottawa, Carleton, Simcoe, Stormont, Victoria) - 39 pour cent
  • Nord de l'Ontario (Nipissing, Renfrew, Sudbury) - 41 pour cent
  • Région centre-sud de l'Ontario (Durham, Hamilton, Hastings, Huron, Northumberland, Oxford, Peel, Perth, Peterborough, Prince Edward, Waterloo, Wellington) - 47 pour cent
  • Sud de l'Ontario (Elgin, Haldimand, Kent, Lambton, Middlesex, Niagara, Norfolk) - 44 pour cent

Statistiquement, on n'a observé aucune différence dans le taux de mortalité d'une région à l'autre.

Au cours des années précédentes, les répondants avaient estimé les taux de mortalité hivernale des colonies d'abeilles mellifères en Ontario à :

  • 20 pour cent en 2003
  • 18 pour cent en 2004
  • 19 pour cent en 2005
  • 14 pour cent en 2006
  • 35 pour cent en 2007
  • 32 pour cent en 2008
  • 31 pour cent en 2009
  • 20 pour cent en 2010

En 2007, le taux élevé de mortalité estimée avait été reconnu comme une préoccupation importante pour le secteur. Cette année a été suivie par deux autres années consécutives (2008 et 2009) de mortalité hivernale élevée, pour une moyenne globale estimée de 33 pour cent sur les trois années. Cela est présenté dans la figure 1.

Cette figure montre mortalité des colonies par année de 2003 à 2011.

Figure 1 : Estimation de la mortalité des abeilles mellifères en Ontario. La barre horizontale pâle représente le taux de mortalité normal, tiré d'une analyse documentaire.

Lien vers le texte descriptif pour la figure 1

Pratiques de gestion et traitements

Bien qu'il existe plusieurs raisons pour lesquelles une colonie pourrait ne pas survivre à l'hiver (p. ex., infestation de varroas, famine, petits groupes, etc.) et plusieurs théories prétendant expliquer la mortalité accrue au sein des colonies d'abeilles mellifères (p. ex., lutte inefficace contre les varroas, nouveaux pathogènes, pesticides, combinaison de facteurs, etc.), le sondage s'est concentré principalement sur les techniques de gestion et les traitements contre les varroas auxquels ont recours les apiculteurs. Cet accent était basé sur une étude de l'Université de Guelph (Guzman et al., 2010) qui avait déterminé que les varroas étaient le principal facteur explicatif de la mortalité des colonies en Ontario.

Parmi les répondants, 50 (58,5 pour cent) ont indiqué qu'ils surveillaient la présence de varroas. Parmi les méthodes de surveillance, le lavage ou le lavage à l'alcool était la plus populaire (40 pour cent), suivie par les cartons collants (25 pour cent).

Tous les répondants au sondage ont indiqué avoir appliqué un traitement contre les varroas pendant l'automne 2010. La majorité (82 pour cent) des apiculteurs a appliqué ce traitement entre la fin du mois d'août et le milieu du mois de septembre. Seuls 12 pour cent des répondants ont appliqué un traitement à la fin du mois de septembre ou plus tard. Comme l'application à la fin de l'automne du traitement contre les varroas a typiquement été associée à une mortalité élevée, des corrélations ont été établies entre le moment du traitement et la mortalité. Une analyse statistique des données recueillies lors du sondage n'a révélé aucun lien important entre le moment du traitement et la mortalité. Il est possible que d'autres facteurs aient eu un impact sur cette corrélation, et il faut faire preuve de prudence avant de tirer des conclusions. Les apiculteurs doivent tout de même appliquer un traitement contre les varroas au moment opportun.

Les apiculteurs continuent d'utiliser différentes méthodes de traitement contre les varroas. Parmi les répondants au sondage, le traitement le plus populaire était Apivar® (37 pour cent des répondants), suivi par l'acide formique (19,5 pour cent), puis par une combinaison de différents traitements, y compris l'acide oxalique. CheckMite+™ (2,4 pour cent) et Apistan® (1,2 pour cent) sont encore utilisés, quoique par moins d'apiculteurs.

Une analyse statistique (test Kruskal-Wallis) des quatre principaux traitements (Apivar®, Apivar®/acide formique, acide formique, acide formique/acide oxalique) n'a décelé aucune différence importante (p=0,30) entre les taux de mortalité hivernale.

Quarante-cinq pour cent des répondants au sondage ont appliqué un traitement contre la nosémose à l'automne. Aucune différence statistique des taux de mortalité n'a été observée entre les apiculteurs qui avaient appliqué un traitement et ceux qui ne l'avaient pas fait.

Subjectivement, les apiculteurs ont attribué la mortalité à la lutte inefficace contre les varroas, à la nosémose, à de mauvaises reines, à des colonies faibles et aux conditions météorologiques.

Gestion des reines et remplacement des colonies

Selon les répondants au sondage, environ une reine sur trois (32 pour cent) a été remplacée par une nouvelle reine dans les exploitations, le 75e centile se situant à 50 pour cent. Le niveau de remplacement des reines attribuable aux problèmes relatifs aux reines s'établissait en moyenne à 10 pour cent. Pour la plupart, les reines de remplacement utilisées par les apiculteurs provenaient de l'intérieur de la province. L'Australie était la source la plus importante de reines provenant de l'extérieur de la province. L'origine des reines est présentée dans la figure 2.

Cette figure montre l'origine des reines en Ontario.

Figure 2: Origine des reines en Ontario.

Lien vers le texte descriptif pour la figure 2

En ce qui concerne le remplacement des colonies, les apiculteurs ont indiqué qu'environ une colonie sur 3 (36 pour cent) était nouvelle. Le niveau de remplacement ne présentait aucune différence importante entre les différentes régions de la province.

Pollinisation

En moyenne, 18 pour cent des colonies représentées dans le sondage ont été utilisées pour la pollinisation en 2010. Certaines de ces exploitations utilisaient entre 80 et 100 % de leurs colonies pour la pollinisation. Le sud de l'Ontario est la région qui comptait la proportion la plus élevée (34 pour cent) de colonies utilisées à cette fin.

Commentaires généraux

Les raisons des taux globaux de mortalité à l'échelle de la province sont des conjectures de l'auteur. Toutefois, les facteurs potentiels suivants sont à retenir :

  • En se basant sur une étude de l'Université de Guelph (Guzman et al., 2010) et sur des rapports et des observations sur le terrain provenant d'autres provinces (Currie et al., 2010), les varroas sont toujours le principal facteur qui explique la mortalité des colonies. La virulence générale de Nosema ceranae chez les abeilles mellifères est peu claire et il existe de nombreux autres pathogènes, comme des virus, qui ont un impact supplémentaire sur les abeilles mellifères.
  • Il est possible que les conditions météorologiques aient eu un impact sur la survie des colonies. L'an dernier, dans la plupart des régions de la province, le printemps est arrivé tôt (avril 2010), jusqu'à 3 semaines avant la normale dans la plupart des régions. Cela aurait entraîné la production de couvains beaucoup plus tôt dans les colonies d'abeilles mellifères et la reproduction des varroas beaucoup plus tôt.
  • Sans une lutte efficace contre les varroas pendant le printemps de 2010, il est possible qu'au début de l'automne, de nombreuses colonies aient connu des niveaux de varroas considérablement supérieurs à ceux d'une année normale. Cela ne constitue qu'une conjecture, car aucune donnée n'a été recueillie pour indiquer que les niveaux de varroas augmentaient plus tôt que d'habitude.
  • Dans de nombreuses régions (sud-ouest de l'Ontario), l'hiver (de novembre 2010 à mars 2011) a également été beaucoup plus froid et plus long que d'habitude, ce qui rendait les colonies faibles et sous-alimentées particulièrement vulnérables. De plus, ce printemps (d'avril 2011 à juin 2011) est arrivé très tard, avec des conditions plus fraîches et humides que la normale. Cela a entraîné dans de nombreuses colonies un retard de l'augmentation de la population. Bon nombre d'apiculteurs ont dû nourrir leurs colonies pour maintenir leur population. Certaines exploitations affirment que les mauvaises conditions printanières ont entraîné des augmentations considérables des pertes hivernales, s'étendant jusqu'au milieu du printemps.

Le syndrome d'effondrement des colonies, qui a été observé aux États-Unis, ne l'a pas été au Canada. Ce syndrome est associé à un ensemble distinct de conditions qui, à l'heure actuelle, n'a pas été validé au Canada (vanEngelsdorp et al., 2008; Currie at al., 2010).

En se basant sur les résultats du sondage, il semble qu'en 2010-2011, les apiculteurs commerciaux de l'Ontario ont subi une augmentation des taux de mortalité des colonies d'abeilles mellifères qui dépassent les niveaux historiques.

Recommandations pour de futurs sondages

Le sondage a fourni un instantané de l'état de santé de l'industrie. Il serait utile que les sondages futurs effectuent le suivi des niveaux d'animaux nuisibles et de parasites, afin d'obtenir également un aperçu de l'intensité des infestations dans l'ensemble de la province. Un taux plus élevé de participation de la part des apiculteurs, et la réponse à toutes les questions du sondage, permettraient d'améliorer considérablement la qualité des données tirées des sondages futurs.

Paul Kozak
Apiculteur provincial
Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario
Aliments d'origine végétale
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Bibliographie :

Currie R., E. Guzman et S. Pernal, 2010. Honey bee colony losses in Canada. Journal of Apicultural Research. 49 (1) : 104-106.

Furgala B., et D.M. McCutcheon, 1992. Wintering productive colonies. In Graham J M (Ed). The hive and the honey bee (édition révisée). Dadant and Sons; Hamilton, IL, États-Unis. p. 829-868.

Guzman-Novoa E., L. Eccles, Y. Calvete, J. McGowan, P. Kelly, et A. Correa-Benitez, 2010. Varroa destructor is the main culprit for death and reduced populations of overwintered honey bees in Ontario, Canada. Apidologie. 4 (4) 443-451.

Vanengelsdorp D., J. Hayes, JR., R.M. Underwood, et J. Pettis, 2008. A survey of honey bee colony losses in the U.S., fall 2007 to spring 2008. PLoS ONE3(12):e4071. DOI : 10.1371/journal.pone.0004071


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Auteur : Paul Kozak - Apiculteur provincial / MAARO
Date de création : 09 septembre 2011
Dernière révision : 22 octobre 2015