Rapport annuel de l'apiculteur provincial de l'Ontario - 2013

Aperçu

La mortalité hivernale (38 pour cent en 2012-2013) a été plus élevée que l'année précédente (12 pour cent). Environ 24 400 colonies d'abeilles mellifères ont été expédiées hors de l'Ontario pour la pollinisation des canneberges et des bleuets. Près de 11 350 colonies ont fait l'objet d'inspection pour le dépistage du petit coléoptère des ruches (PCR). Cet insecte a été observé dans six ruchers appartenant à trois apiculteurs du comté de Chatham-Kent, adjacent à la zone de quarantaine. Toutes les 110 colonies d'abeilles mellifères et le matériel utilisé pour ces dernières ont été mis en quarantaine dans chacun de ces ruchers. La zone de quarantaine demeure en vigueur dans le comté d'Essex et dans certaines parties du comté de Chatham-Kent.

Un certain nombre d'incidents (répartis dans 319 sites) associés à la présence de mortalité chez les abeilles (aiguë et chronique) ont été signalés dans le cadre de semis de maïs et de soya. On pointe surtout du doigt le fait que les abeilles mellifères ont été exposées à des niveaux nocifs d'insecticides de la catégorie des néonicotinoïdes, utilisés pour traiter les semences. Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation (MAAO) et le ministère des Affaires rurales de l'Ontario (MAR) (en ce qui a trait aux méthodes de lutte contre les insectes et les maladies) ainsi que l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) en collaboration avec le ministère de l'Environnement de l'Ontario (MEO) (pour les résidus de pesticides) se penchent sur ce dossier. Des résidus de clothianidine et de thiaméthoxame ont été détectés dans la majorité des échantillons d'abeilles mellifères prélevés dans le cadre de ces incidents. L'ARLA a conclu que « que la plupart des mortalités d'insectes pollinisateurs étaient attribuables à l'exposition aux insecticides de la catégorie des néonicotinoïdes » dans le cas des incidents signalés en 2012 et 2013 et que « les pratiques agricoles actuelles ayant trait à l'utilisation de semences de maïs et de soja traitées aux néonicotinoïdes ne sont pas viables ».

Le gouvernement de l'Ontario a créé le Groupe de travail de l'Ontario sur la santé des abeilles avec le mandat de formuler des conseils sur la prévention de la mortalité au sein des colonies d'abeilles mellifères, associée aux semences de maïs et de soya traitées avec des néonicotinoïdes. Le groupe de travail se compose de représentants du personnel du MAAARO, MEO et de l'ARLA, qui sont spécialistes dans les domaines des pesticides, des grandes cultures et de l'apiculture, ainsi que des apiculteurs, des producteurs de céréales et des représentants du secteur des pesticides et de l'agrochimie.

A. Statistiques sur l'industrie apicole

  • Nombre d'apiculteurs inscrits : 3 155
  • Nombre de colonies en production : 97 500
  • Rendement moyen de miel/colonie : 65,26 lb (29,6 kg) par colonie
  • Récolte totale de miel estimée : 6 526 000 lb (2 600 000 kg)
  • Colonies ayant hiverné l'an dernier (années 2012/2013) : 101 000
  • Mortalité hivernale moyenne : 38 %

B. Maladies et insectes nuisibles

  • Loque américaine : 11 346 colonies inspectées/117 colonies infectées = incidence de 1,3 %
  • Loque européenne : 11 346 colonies inspectées/1 colonie infectée = incidence de 0,05 %
  • Couvain plâtré : 11 346 colonies inspectées/118 colonies infectées = incidence de 1,0 %
  • Virus du couvain sacciforme : 11 346 colonies inspectées/52 colonies infectées = incidence de 0,5 %
  • Varroa (l'inspection a été fondée sur l'intensité et non sur l'incidence)
  • Petit coléoptère des ruches : 11 346 colonies inspectées/110 colonies infectées = incidence de 1,0 %

Tendances climatiques

De nombreuses périodes fraîches et pluvieuses ont été observées au cours de la saison 2013 en Ontario.

Production de miel

La production de miel a diminué en Ontario en 2013 pour se situer à 65,26 lb/colonie. La récolte moyenne de miel en 2012 avait été de 93,45 lb/colonie (Sondage 2012 sur le miel). Les températures fraîches et pluvieuses ont pu contribuer à la réduction des rendements en miel. Certains apiculteurs ont signalé que des colonies d'abeilles avaient pris du retard à prendre les forces nécessaires pour récolter le nectar offert et dans certains cas elles en avaient été même incapables.

Pollinisation

La demande pour les services de pollinisation des cultures de petits fruits dans l'est du Canada a augmenté au cours des dernières années. En 2010, 12 600 colonies d'abeilles mellifères ont été expédiées de l'Ontario à des fins de pollinisation contre14 700 colonies en 2011, 26 000 colonies en 2012 et 24 400 colonies en 2013. Cela représente presque le quart des colonies gérées en Ontario. Ces colonies ont quitté l'Ontario pour polliniser les fleurs de bleuets, de canneberges et de canola dans les provinces du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Certains indices signalent que les superficies consacrées aux bleuets augmenteront considérablement dans l'est du Canada et en Ontario avec des secteurs se développant dans différentes régions du nord de l'Ontario au cours de la prochaine décennie. La demande de services de pollinisation continuera d'augmenter pour les colonies d'abeilles mellifères en Ontario et fournira d'autres possibilités qui permettront à l'industrie de prendre de l'expansion et de se diversifier.

Prévalence des insectes nuisibles et des maladies en Ontario

Varroa et acariens de l'abeille

Les prélèvements pour la détection du varroa au cours des inspections apicoles régulières ont révélé une faible prévalence dans bon nombre d'exploitations au cours de la saison apicole. Cette faible prévalence confirme peut-être le succès remporté par certains apiculteurs dans leur lutte contre le varroa. On a cependant observé des niveaux de varroas élevés dans certains cas, qui peuvent être liés au programme de lutte utilisé. Les apiculteurs sont donc invités à s'assurer que leur programme de lutte est efficace contre le varroa dans leurs colonies. Il est également important que les apiculteurs exercent un suivi de la prévalence du varroa et effectuent les traitements tôt avant que les dommages surviennent dans leurs colonies.

Loque américaine et autres maladies du couvain

En 2013, la loque américaine, Paenibacillus larvae, a été observée dans 30 ruchers, ce qui représente 117 colonies ou 1,3 pour cent des colonies inspectées en Ontario. Ces chiffres témoignent peut-être de l'accent mis sur les ruchers « en danger », en fonction de la proximité des autres zones infectées et des renseignements disponibles provenant des antécédents de l'état de la maladie.

D'autres maladies du couvain qui ont été décelées par le programme d'inspection comprennent la loque européenne, Melissococcus plutonius, le couvain plâtré, Ascosphaera apis, et le couvain sacciforme.

(voir la section B).

Résultats du sondage 2013 auprès des apiculteurs de l'Ontario - Niveaux de pertes hivernales et pratiques de gestion des apiculteurs de l'Ontario

Pertes hivernales

Le taux de mortalité dans les colonies d'abeilles mellifères au cours de l'hiver a été de 38 pour cent. L'ampleur des pertes hivernales en Ontario est très préoccupante pour les apiculteurs. Ce taux est nettement supérieur à celui de l'an dernier, lequel était de 12 pour cent. On estime qu.un seuil de 15 pour cent est acceptable. La mortalité hivernale a été plus que le double de ce qui a été observé de 2007 à 2009 et près du triple du taux de 2011.

Figure 1

Figure 1

Texte équivalent

Pratiques de gestion

Les apiculteurs de l'Ontario ont une gamme d'options de traitements chimiques à leur disposition pour lutter contre le varroa. L'acaricide synthétique le plus populaire est Apivar®, alors que Checkmite++™ est moins utilisé par les apiculteurs, les problèmes de résistance avec Checkmite++™ et Apistan® étant reconnus en Ontario. Bien que certaines populations de varroas en Ontario sont encore résistantes à Apistan®, cette résistance peut varier (70 à 90 pour cent d'efficacité contre le varroa dans les colonies d'abeilles mellifères, selon une communication personnelle avec un collègue du Programme de transfert technologique de l'Ontario Beekeepers' Association (OBA). Ainsi, bon nombre d'apiculteurs utilisent encore Apistan® en rotation avec d'autres traitements contre les acariens. Beaucoup d'apiculteurs utilisent encore une solution liquide à 65 pour cent d'acide formique comme traitement régulier, surtout au printemps.

Situation relative au petit coléoptère des ruches

Le suivi de la distribution et des niveaux de population du petit coléoptère des ruches (PCR) en Ontario s'effectue dans le cadre du programme apicole. Des colonies sont visuellement inspectées en vue de dépister la présence du PCR à l'état adulte ou larvaire.

Les inspecteurs de ruchers ont également surveillé les emplacements ciblés. Ces derniers se trouvent dans des régions qui présentent un risque accru d'infestation par le PCR (comtés de Lambton, Niagara, Chatham-Kent, et ceux qui sont situés le long du fleuve Saint Laurent), soit à cause de la proximité géographique de zones où la présence du PCR est connue, soit à cause d'un lien présumé avec une zone touchée (p. ex., par le repérage, la vente ou la circulation, connus ou présumés, d'abeilles mellifères).

Au total, 11 346 colonies ont été inspectées dans le cadre du dépistage de la présence du PCR. Le PCR était présent dans six des 876 sites observés (section B), soit le même nombre qu'en 2012 et 2011. Tous les emplacements positifs ont été observés dans le comté de Chatham-Kent, qui est directement adjacent à la zone de quarantaine (comté d'Essex et une partie du comté de Chatham-Kent). Les six emplacements positifs étaient répartis chez trois apiculteurs et comportaient 110 colonies. Toutes les colonies et le matériel utilisé dans les ruchers affectés ont été mis en quarantaine dans ces six emplacements. Dans trois des six emplacements, les colonies d'abeilles mellifères et le matériel ont été déplacés depuis dans la zone de quarantaine. Cette dernière demeure en vigueur dans le comté d'Essex et dans une partie du comté de Chatham-Kent.

Pour plus d'information sur les pratiques recommandées en matière de biosécurité et sur l'identification du PCR, voir :
http://www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/biosecurity.htm
www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/shb-reportfindings.pdf

Incidents associés à des pertes d'abeilles

Au cours de la saison apicole 2013, l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada a reçu un nombre important de déclarations d'incidents faisant état de cas de mortalité d'abeilles mellifères (environ 319 emplacements et 79 apiculteurs concernés). Les symptômes documentés et signalés par les apiculteurs évoquaient une intoxication aiguë causée par des pesticides (amoncellement d'abeilles mortes devant la colonie, tremblements, secousses et comportement atypique observé chez les abeilles). Santé Canada a analysé des échantillons d'abeilles mortes recueillis dans le cadre de ces incidents. Les échantillons ont été analysés pour plusieurs pesticides. Soixante-quinze pour cent des échantillons étaient positifs pour les niveaux de pesticides couramment utilisés sur les semences de maïs et de soya (clothianidine et thiaméthoxame). (Il est également important de préciser que bien que l'analyse indique la présence de clothianidine, le thiaméthoxame se dégrade en métabolites qui incluent la clothianidine).

Dans la plupart des cas, les dommages ont été signalés à proximité de semences de maïs traitées (en fonction de la proximité et de la date). En 2013 cependant, environ le tiers des incidents signalés sont survenus durant l'été et l'automne. On envisage donc d'autres voies d'exposition. C'est la deuxième année que ce phénomène est rapporté en Ontario.

Selon l'ARLA, « Les renseignements examinés jusqu'à maintenant indiquent que la clothianidine ou le thiaméthoxame, ou les deux, ont contribué à de nombreuses pertes d'abeilles en 2013, » et que « les renseignements provisoires indiquent qu'il existe de nombreuses différences parmi les renseignements signalés concernant les incidents de 2013, y compris les pertes d'abeilles ouvrières, le déclin soutenu de la population, l'augmentation des signalements relatifs à l'absence de rétablissement et les effets chroniques ou permanents, comme ceux observés chez les reines et sur les couvains. »

L'ARLA a publié un rapport détaillé sur les circonstances entourant les incidents ayant causé la mort d'abeilles en 2012. Les rapports provisoires de 2013 peuvent être consultés. Il est important de préciser que pour tous les incidents aucun cas d'utilisation en dérogation des directives de l'étiquette ou d'usage inapproprié de pesticides par les producteurs n'a été signalé.

En 2013, de la clothianidine et du thiaméthoxame ont été détectés dans toutes les catégories d'échantillons (abeilles mellifères mortes et mourantes, abeilles mellifères vivantes, pollen provenant du nid à couvain, miel provenant du nid à couvain, eau du milieu environnant, et plantes en fleurs). Ces substances ont été trouvées dans la plupart des échantillons de pollen et de miel recueillis dans les colonies affectées. Les pourcentages et les concentrations des résidus sont donnés dans le rapport suivant :

http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pubs/pest/_fact-fiche/bee_mortality-mortalite_abeille-fra.php

Un plus grand nombre d'incidents d'intoxication aiguë par des pesticides ont été signalés en Ontario que dans toute autre région d'Amérique du Nord. Environ quatre pour cent de tous les ruchers inscrits an Ontario ont été touchés et, dans certains comtés, la proportion de ruchers atteints pourrait être supérieure à 30 pour cent. On ne connaît pas encore la raison de nombre important de signalements au cours de la dernière saison. La poursuite des recherches, l'analyse des signalements et l'évaluation environnementale par les organismes de réglementation aideront à clarifier la question et à prendre les mesures appropriées.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
Auteur : Paul Kozak
Date de création : 15 juillet 2014
Dernière révision : 15 juillet 2014