Rapport de l'apiculteur provincial - 2012

Introduction

La saison 2012 pour les apiculteurs de l'Ontario a été un éventail de possibilités et de questions émergentes. Les apiculteurs ont connu leur plus faible niveau de mortalité hivernale depuis plus d'une décennie, démontrant que la lutte intégrée contre les ravageurs et les stratégies de développement durable des colonies utilisées par la plupart des apiculteurs de l'Ontario ont été un investissement qui en ont valu la peine. Les possibilités d'élargir et de diversifier les services de pollinisation ne cessent d'augmenter pour les apiculteurs. Parallèlement, les ravageurs envahissants sont présents, tels que le petit coléoptère des ruches (PCR) et les dommages apparents causés par les pesticides présentent de nouveaux défis pour l'industrie.

Caractéristiques et statistiques de l'industrie

À l'heure actuelle, 3 100 apiculteurs sont inscrits au registre de l'Ontario. Ceci représente 45 pour cent des apiculteurs au Canada. Les 100 000 colonies d'abeilles mellifères gérées en Ontario représentent 17 pour cent de la population d'abeilles mellifères au Canada.

Deux cent trente apiculteurs commerciaux gèrent 80 000 des 1000 000 colonies, soit 80 pour cent des colonies dans la province. À l'heure actuelle, les colonies d'abeilles mellifères sont gérées à environ 6 400 emplacements.

En 2012, soixante-six apiculteurs étaient détenteurs de permis de reines et de nuclei, permettant la vente régulière de matériel pour l'élevage des abeilles mellifères. Bien que la plupart de ces abeilles aient été fournies aux apiculteurs en Ontario, certaines étaient exportées vers d'autres provinces canadiennes et vers les États-Unis d'Amérique.

Situations météorologiques

Le printemps 2012 était très chaud et précoce. Les colonies d'abeilles mellifères sont devenues actives (butinage et élevage du couvain) environ quatre semaines plus tôt que la plupart des années précédentes, dans l'ensemble de la province. Parallèlement, les pratiques agricoles et les productions végétales ont changé avec les conditions météorologiques, ce qui veut dire que la pollinisation des cultures était assurée lorsque les abeilles étaient prêtes à butiner.

L'été était généralement chaud et sec avec quelques précipitations isolées dans l'ensemble de la province. Un printemps exceptionnellement précoce peut avoir été un facteur qui a contribué aux niveaux plus élevés de varroas à l'automne. Ce phénomène peut être attribuable aux quatre semaines supplémentaires propices à l'élevage de couvain des abeilles mellifères et à la reproduction de varroa.

Production de miel

La production de miel était variable en 2012. Les facteurs dominants étaient entre autres, la région et le niveau de précipitations que chaque région a reçues. La récolte moyenne de miel en 2012 était de 81,95 livres/colonie (Sondage 2012 sur le miel).

Pollinisation

La demande de services de pollinisation pour des récoltes de petits fruits dans l'est du Canada s'est accrue ces dernières années. En 2010, 12 600 colonies d'abeilles mellifères ont quitté l'Ontario aux fins de pollinisation, avec 14 700 colonies en 2011 et environ 26 000 colonies en 2012. Cela représente presque un quart des colonies gérées en Ontario. Ces colonies ont quitté l'Ontario pour polliniser les fleurs de bleuets, de canneberges et de canola dans les provinces du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Certains indices signalent que les superficies consacrées aux bleuets augmenteront considérablement dans l'est du Canada et en Ontario avec des secteurs se développant dans différentes régions du nord de l'Ontario au cours de la prochaine décennie. La demande de services de pollinisation continuera d'augmenter pour les colonies d'abeilles mellifères en Ontario et fournira d'autres possibilités qui permettront à l'industrie de prendre de l'expansion et de se diversifier.

Niveaux de ravageurs et de maladies en Ontario

Varroas et acariens

En septembre 2012, la présence de varroas a été observée à de nombreux endroits dans la région de Thunder Bay. La découverte du varroa est importante, car il n'était pas présent dans cette région auparavant.

Les tendances générales concernant les niveaux de varroas observés au moyen d'échantillons de varroas au cours des inspections régulières de ruchers ont démontré que les niveaux étaient faibles au printemps et élevés en automne (Figure 1). Ceci donne suite à la progression normale de la population de varroas à mesure qu'ils se multiplient pendant la saison. Cependant, les faibles niveaux observés dans de nombreuses exploitations au printemps 2012 semblent confirmer la santé des colonies signalée par les apiculteurs et le succès que les apiculteurs ont obtenu avec leur gestion du varroa à la fin du printemps 2011. Des préoccupations ont été soulevées quant aux niveaux élevés de varroas observés à l'automne 2012, étant donné que la saison plus longue peut avoir contribué à l'augmentation des populations jusqu'à des niveaux dommageables avant la fin de l'été et au début de l'automne lorsque les abeilles d'hiver se développent. Il est essentiel que les apiculteurs surveillent leurs niveaux de varroas et qu'ils effectuent des traitements avant que les dommages ne se produisent.

Niveaux de varroas trouvés dans les prélèvements d'échantillons de colonies en Ontario durant toute la saison de 2012. La proportion maximale de varroas se trouvant dans un échantillon était de 23,3 pour cent.

Figure 1. Niveaux de varroas trouvés dans les prélèvements d'échantillons de colonies en Ontario durant toute la saison de 2012. La proportion maximale de varroas se trouvant dans un échantillon était de 23,3 pour cent.

Loque américaine et autres maladies du couvain

En 2012, la loque américaine a été observée dans 71 ruchers, ce qui représente 311 colonies d'abeilles mellifères ou 2,5 pour cent des colonies inspectées en Ontario. Ces chiffres peuvent représenter l'accent mis sur les ruchers « en danger », en fonction de la proximité des autres zones infectées et les renseignements disponibles provenant des antécédents de l'état de la maladie.

D'autres maladies du couvain qui ont été décelées par le programme d'inspection comprennent la loque européenne, Mellisococcus pluton (observée dans 0,01 pour cent des colonies inspectées), le couvain plâtré, Ascophaera apis (observé dans 5,6 pour cent des colonies inspectées) et le couvain sacciforme (observé dans 1,4 pour cent des colonies inspectées).

Résultats du sondage de 2012 auprès des apiculteurs ? Niveaux de pertes hivernales et pratiques de gestion des apiculteurs de l'Ontario

Pertes hivernales

Le niveau de mortalité dans les colonies d'abeilles mellifères au cours de l'hiver était de 12,39 pour cent, ce qui est beaucoup moins que la perte hivernale enregistrée au cours de la dernière décennie et sensiblement inférieur aux 43 pour cent de l'hiver dernier (Figure 2). Ce niveau de perte est beaucoup plus près de ce qui est jugé acceptable et durable selon la plupart des apiculteurs (de 5 à 15 pour cent) (Furgala et McCutheon, 1992). Le niveau de mortalité hivernale a diminué pour les hivers 2010-2011 et 2011-2012 dans toutes les provinces du Canada (Figures 6 et 7). La gravité des pertes hivernales récentes en Ontario a grandement préoccupé les apiculteurs lorsque la mortalité hivernale a plus que doublé entre 2007 et 2009 et presque triplé en 2011, du seuil de 15 pour cent.

Ce sondage représente 71 des 230 apiculteurs commerciaux en Ontario et 35 000 des 90 000 ou 39 pour cent des colonies d'abeilles mellifères en Ontario. Le rapport sur les pertes hivernales en Ontario a été combiné avec les statistiques des autres provinces pour produire le rapport de 2012 de l'Association canadienne des apiculteurs professionnels sur les pertes hivernales (Figures 6 et 7). Consultez le site : http://capabees.org/home/wp-content/images/2012/11/2012capawintloss1.pdf

Mortalité hivernale des abeilles mellifères en Ontario

Figure 2. Mortalité hivernale des abeilles mellifères en Ontario

Pratiques de gestion

Les résultats du sondage ont indiqué qu'en moyenne, les apiculteurs de l'Ontario remplacent 41 pour cent de leurs reines en pratiquant une gestion régulière et 13 pour cent en raison de problèmes liés à la reine.

La plupart des reines utilisées dans les activités apicoles commerciales provenaient de l'Ontario (43 pour cent), suivi des reines qui ont été importées de l'Australie (32 pour cent), de la Californie (16 pour cent) et du Chili et de la Nouvelle-Zélande (2 pour cent chacun).

Soixante-quatre pour cent des apiculteurs commerciaux décident d'investir dans la production de colonies de nuclei et l'hivernage pour la saison suivante. Les apiculteurs du Canada estiment que c'est une importante stratégie pour augmenter et préserver les populations de colonies d'abeilles dans le cadre des activités et en tant qu'industrie.

Cinquante-quatre pour cent des colonies qui ont fait l'objet d'un sondage ont été utilisées pour la pollinisation.

Traitements printaniers des varroas en 2011

Figure 3. Traitements printaniers des varroas en 2011

Traitements automnaux des varroas en 2011

Figure 4. Traitements automnaux des varroas en 2011

Les apiculteurs de l'Ontario ont une gamme d'options de traitements chimiques à leur disposition pour gérer le problème de varroas. Le traitement synthétique acaricide le plus populaire est Apivar®, tandis que très peu d'apiculteurs commerciaux utilisent le Checkmite++™, car les problèmes de résistance avec Checkmite++™ sont bien reconnus. Les apiculteurs utilisent toujours Apistan®. Bien que certaines populations de varroas en Ontario sont encore résistantes à Apistan®, cette résistance peut varier (de 70 % à 90% ? Programme de transfert de technologie de l'Ontario Beekeepers' Association (OBA) - communication personnelle). Beaucoup d'apiculteurs utilisent encore l'acide formique comme option régulière de traitement, tout particulièrement au printemps.

Il est important de souligner que les populations de varroas augmentent toujours, même après avoir appliqué les traitements. Par conséquent, le succès (efficacité) du traitement peut avoir des incidences sur les niveaux de la population survivante de varroas et sur le temps écoulé avant que les varroas atteignent des niveaux dommageables, et tout compte fait, sur la survie d'une colonie d'abeilles mellifères.

Raisons attribuées à la perte hivernale en 2011-2012

Figure 5. Raisons attribuées à la perte hivernale en 2011-2012

Les raisons principales pour la mortalité des colonies pendant l'hiver de 2011 à 2012 qui ont été attribuées par les apiculteurs étaient la famine, les mauvaises reines et les colonies faibles. Les niveaux de mortalité hivernale observés par la plupart des apiculteurs en 2011-2012 pourraient être considérés comme faibles, particulièrement si on les compare aux niveaux élevés récents de mortalité hivernale, de 2007 à 2009 et en 2011 (Fig. 2). Il est intéressant de noter que deux facteurs attribués aux niveaux croissants du déclin des colonies (varroa et nosema) n'ont pas été perçus par les apiculteurs comme étant la cause principale de perte pour l'hiver 2012. Ceci peut sans doute s'expliquer par le succès récent que les apiculteurs ont obtenu dans la lutte contre le varroa et l'incertitude de l'incidence des nosema sur la santé des abeilles mellifères en Ontario. Il convient de noter que Guzman et coll., (2010) a démontré l'importance de la lutte efficace contre le varroa pour la survie des colonies d'abeilles mellifères. Dr Guzman, de concert avec l'Ontario Beekeepers' Association ? Programme de transfert de technologie, mènent actuellement une recherche pour évaluer la virulence de Nosema ceranae en Ontario.

Tel qu'il a été mentionné précédemment, les situations météorologiques peuvent avoir une influence sur la survie des colonies. Lorsque l'élevage du couvain se produit tôt (printemps 2012) cela permet de rétablir une population en déclin de vieilles abeilles d'hiver et de possiblement augmenter les chances de survie dans les colonies qui sont sans soute déjà compromises et en détresse. Cette variation dans l'élevage précoce du couvain peut également contribuer au développement et à l'augmentation des populations de varroas où les niveaux de varroas atteignent des niveaux dommageables plus tôt dans la saison et avant les traitements de la fin de l'été et du début de l'automne. Cela peut particulièrement se produire lorsque le problème de varroas n'est pas maîtrisé de façon adéquate au début du printemps. Toutefois, ces dommages à la santé de la colonie peuvent être évités avec un traitement rapide pour maîtriser les niveaux de varroas.

Le syndrome d'effondrement des colonies (SEC), qui s'est manifesté aux États-Unis, ne s'est pas manifesté au Canada depuis la saison des champs de 2012. Au sein de l'industrie, on se préoccupe au sujet des niveaux de pertes plus élevées subies par les apiculteurs de l'Ontario (de 2007 à 2009 et en 2011) qui peuvent avoir un lien entre les pertes plus élevées subies par les apiculteurs des États-Unis et le premier rapport du SEC (2006). Pour être plus précis, ce syndrome a été associé à un ensemble distinct de symptômes (VanEngelsdorp et coll., 2008). Ces symptômes peuvent être examinés séparément des autres pertes signalées en raison de mortalité dans les colonies (dommages causés par le varroa, etc.). À l'heure actuelle, le SEC n'a pas été validé au Canada pour les conditions dans les champs par le personnel de réglementation, de recherche ou de vulgarisation en apiculture (Currie et coll., 2010). Les problèmes liés au SEC (États-Unis) et aux niveaux croissants de pertes de colonies (États-Unis et Canada) sont des préoccupations que l'Association canadienne des apiculteurs professionnels (ACAP) examine très sérieusement. Les apiculteurs provinciaux et d'autres membres de l'ACAP réunissent leurs efforts pour déterminer les facteurs de causalité liés aux rapports de mortalité chez les abeilles mellifères dans leurs provinces respectives.

Taux de mortalité hivernale des colonies d'abeilles mellifères au Canada, pour 2010-2011 et pour 2011-2012

Figure 6. Taux de mortalité hivernale des colonies d'abeilles mellifères au Canada, pour 2010-2011 et pour 2011-2012

Taux de mortalité hivernale des abeilles mellifères au Canada de 2007 à 2012

État du petit coléoptère des ruches

Le dépistage de la distribution et des niveaux de population du petit coléoptère des ruches (PCR) en Ontario est effectué par le Programme d'inspection des ruchers. Des colonies sont visuellement inspectées pour dépister la présence de PCR à l'état adulte et de larve avec une attention particulière portée aux zones de la ruche où des PCR pourraient se trouver (les traverses supérieures et les pâtés de pollen).

Deux types de pièges (les pièges de traverse supérieure et la méthode de seau) ont été utilisés dans les inspections des champs, selon le besoin. Les pièges de traverse supérieure ont été utilisés dans le comté de Dufferin et dans les régions immédiatement adjacentes. Ces pièges sont relativement peu coûteux, faciles à installer, sans produits chimiques, ils peuvent être utilisés tout au long de la saison et sont efficaces pour capturer le PCR. Dans certains endroits qui présentent un danger est plus élevé et où il est important de déterminer si le PCR est présent, des abeilles prélevées dans les cadres des hausses à miel ont été filtrées dans un seau à grillage pour observer s'il y avait présence de PCR.

Les inspecteurs de ruchers ont également surveillé les emplacements ciblés. Ces emplacements ciblés se trouvent dans des régions qui présentent un risque accru d'infestation par le PCR (comtés de Lambton, Niagara, Chatham-Kent, et ceux qui sont situés le long du fleuve Saint Laurent), soit à cause de la proximité géographique de zones où la présence du PCR est connue, soit à cause d'un lien présumé avec une zone touchée (p. ex., par le repérage, la vente ou la circulation, connus ou présumés, d'abeilles mellifères).

Huit cent soixante-seize emplacements ont été inspectés au cours de la saison d'apiculture de 2012. Ces inspections représentent 355 apiculteurs, 12 655 colonies d'abeilles mellifères inspectées et couvrent environ 31 000 colonies d'abeilles mellifères représentées dans les ruchers. Le PCR était présent dans six des 876 emplacements (Tableau 1). Ces chiffres représentent le même nombre d'emplacements positifs qu'en 2011.

Pour de plus amples renseignements sur les pratiques en matière de biosécurité et sur l'identification du PCR, consultez le site :
http://www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/biosecurity.htm
http://www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/shb-reportfindings.pdf
Endroits où on trouve le petit coléoptère des ruches en Ontario en 2012

Figure 8. Endroits où on trouve le petit coléoptère des ruches en Ontario en 2012

Tableau 1. Détails sur les constatations relatives au PCR en Ontario en 2012

Comté Nombre de colonies d'abeilles mellifères Canton État
Chatham-Kent
5
Chatham-Kent Tout les emplacements ont été dépeuplés. À l'heure actuelle, il ne reste aucun site positif pour les PCR au-delà de la zone de quarantine.
Dufferin et Simcoe
20
Adjala-Tosorontio
6
Mulmer
Niagara
6
Niagara
3
Niagara
Lambton
5
Chatham-Kent

Tous les emplacements positifs ont été signalés à l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) et à l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE). L'Ontario poursuivra ses efforts quant à la surveillance et la réduction du PCR. À l'heure actuelle, tous les emplacements infestés qui ont été découverts à l'extérieur de la zone de quarantaine ont reçu une mise en quarantaine par rucher où aucune abeille mellifère ou matériel apicole ne peut quitter l'emplacement. L'industrie (Ontario Beekeepers'Association ) a travaillé de concert avec les apiculteurs touchés pour s'assurer que les emplacements infestés sont dépeuplés. Le programme d'apiculture établit le protocole et enregistre les données de la dépopulation. Au niveau national, l'ACIA a collaboré avec les provinces, notamment le Québec, l'Ontario et le Manitoba. Pour plus de détails sur l'état du PCR en Ontario, consultez le site : http://www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/apicultu.html

La zone de quarantaine (englobant l'ensemble du comté d'Essex et la partie de la municipalité de Chatham-Kent se situe au sud-ouest d'une ligne passant par le chemin Town Line, le chemin Pump et le chemin Merlin également appelé chemin de comté 7). (Figure 9). Ce secteur est le premier où le PCR a été observé en Ontario et il est l'épicentre de l'infestation.

Périmètres des zones de quarantaine pour le PCR

Figure 9. Périmètres des zones de quarantaine pour le PCR

Incidences de perte d'abeilles

Au cours du printemps 2012, à compter de la mi-avril jusqu'en juin, de nombreux apiculteurs ont signalé la perte d'abeilles dans leurs colonies d'abeilles mellifères, partout en Ontario (~ 230 emplacements et 40 apiculteurs touchés) (Figure 10). Les symptômes enregistrés et signalés par les apiculteurs étaient caractéristiques d'un empoisonnement aigu causé par les pesticides (amoncellement d'abeilles mortes devant la colonie, tremblements, secousses et comportement atypique observé chez les abeilles) (Figure 11).

Incidences de perte d'abeilles et zones de culture commerciale

Figure 10. Incidences de perte d'abeilles et zones de culture commerciale

Symptômes d'un empoisonnement aigu chez les abeilles mellifères

Figure 11. Symptômes d'un empoisonnement aigu chez les abeilles mellifères

Dans la plupart des cas, les dommages ont été signalés à proximité de semences de maïs traitées qui ont été plantées (proximité et par date) (Figure 10). Bien que ce problème ait été signalé pour la première fois en Ontario, le problème lié aux insecticides qui se délogent des semences de maïs pendant l'ensemencement est documenté au Québec depuis 2009 et est un problème bien connu en Europe depuis 2008. Vers la fin de 2011, un document de recherche a indiqué que le centre-ouest des États-Unis avait ce problème; (Krupke et coll., 2011) des niveaux de deux insecticides (thiaméthoxame et clothianidine) utilisés généralement pour enduire les semences de maïs ont été trouvés dans des échantillons d'abeilles mortes. La recherche a démontré que la poussière provenant de l'évacuation des semoirs à maïs pneumatiques à haute pression contenait des particules d'insecticides de semences appartenant à la classe des néonicotinoïdes. Bon nombre de facteurs peuvent contribuer à la contamination de la poussière, notamment l'abrasion que le lubrifiant du semoir (p. ex. le talc), la qualité et la préparation de l'enrobage des semences en polymère (adhésif), et la manipulation brusque des sacs de semences qui endommage l'enrobage des semences à cause du frottement. Par ailleurs, le semis effectué par temps sec et venteux peut également favoriser le déplacement de la poussière diffuse sur de plus grandes distances. Les abeilles peuvent entrer en contact avec la poussière contaminée en se déplaçant dans le champ durant le semis ou avec la poussière qui se dépose sur les sources d'eau ou sur les fleurs situées à proximité de l'endroit où elles butinent. Tous les rapports initiaux de l'Ontario décrivent en détail les symptômes d'un empoisonnement aigu causé par les pesticides. D'autres rapports liés à certains incidents en Ontario soulèvent des préoccupations en ce qui concerne les effets persistants probables ou les incidences chroniques continues sur les colonies (mortalité constante, mauvaise reine, population en déclin de la colonie) bien après l'exposition initiale soupçonnée au pesticide.

Santé Canada a analysé de nombreux échantillons d'abeilles mortes, prélevés à partir de ces incidents. Des échantillons ont été vérifiés pour plusieurs pesticides liés aux cas signalés de morts atypiques d'abeilles dans la province. Soixante-dix pour cent des échantillons étaient positifs pour les niveaux d'un pesticide utilisé généralement sur les semences de maïs (clothianidine). Il est également important de noter que, bien que l'analyse indique la présence de la clothianidine, le thiaméthoxame se décompose aux métabolites qui incluent le clothianidine. L'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (Santé Canada) a signalé que « l'information analysée donne à penser que l'utilisation de semences de maïs traitées à la clothianidine et (ou) au thiaméthoxame, des insecticides contenant de la nitroguanidine, a contribué en grande partie à la mortalité des abeilles qui est survenue dans les régions de culture du maïs en Ontario et au Québec au printemps 2012 ». Santé Canada a publié un rapport détaillé sur les particularités liées aux incidents de perte d'abeilles. Il est important de noter que parmi tous les incidents, il n'y a eu aucun cas connu d'utilisation non prévue sur l'étiquette ou d'utilisation inappropriée de pesticides par les cultivateurs.

Les cultivateurs sont avisés que les semences de maïs traitées sont un danger pour les abeilles mellifères. Les spécialistes du MAAO et du MAR ont mis en place une série de pratiques de gestion optimales que les cultivateurs peuvent utiliser en vue d'atténuer l'exposition des abeilles mellifères et d'autres pollinisateurs à la poussière d'insecticide, reconnaissant qu'il est difficile de préciser le succès de ces pratiques sous toutes les conditions.

Ces pratiques sont les suivantes :

  1. Réduire la quantité d'insecticides utilisés. Les cultivateurs doivent adopter une stratégie de lutte intégrée contre les ravageurs, et utiliser des insecticides uniquement si nécessaire. Les cultivateurs peuvent également utiliser des variétés de maïs Bt au lieu d'insecticides lorsque la chrysomèle des racines du maïs atteint les seuils dommageables.
  2. Renforcer la communication entre les cultivateurs et les apiculteurs locaux.
  3. S'assurer que les cultivateurs comprennent que les néonicotinoïdes sont hydrosolubles et qu'ils ne devraient pas être utilisés près des zones où l'eau stagnante risque d'être contaminée.
  4. Semer pendant les jours moins venteux et éviter de semer en mi-journée pendant les jours venteux.
  5. Traiter les pissenlits et autres mauvaises herbes en fleurs, dans les champs et autour des champs, avant de semer.
  6. Limiter la quantité de lubrifiant pour semences (p.ex. le talc) utilisé au moment du semis.
  7. Pointer les gaz d'échappement du semoir vers le milieu du champ, hors de la végétation en floraison et des sources d'eau aux abords du champ.
  8. Modifier les semoirs avec des déflecteurs d'air.

L'ARLA recommande également une série de pratiques de gestion optimales pour les cultivateurs dans un document appelé « Protection des insectes pollinisateurs : réduire le risque posé par les semences traitées » (4 février 2013). Les mesures de réduction du risque présentées dans ce document comprennent :

  1. Mesures à court terme
  • Pratiques de gestion optimales pour planter des semences traitées
  • Norme sur la poussière de semences traitées
  • Étiquetage des semences traitées
  1. Mesures à plus long terme : Élaboration des améliorations techniques et intendance
  • Qualité de l'enrobage des semences
  • Débit du lubrifiant pour semences
  • Matériel de semence
  • Élimination du sac de semences traitées

On retrouve également dans ce document des annonces sur les mises à jour pour l'étiquetage des semences traitées, le statut réglementaire et d'autres détails sur les pratiques de gestion optimales, ainsi que la stratégie d'élaboration de ces pratiques. Pour de plus amples renseignements, consultez le site : http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pubs/pest/_fact-fiche/pollinator-protection-pollinisateurs/index-fra.php

Au Canada, aux États-Unis et en Europe, les organismes de réglementation ont abordé la question relative aux incidences des pesticides (tout particulièrement les insecticides néonicotinoïdes) sur les abeilles mellifères en formant des groupes de travail, en produisant des rapports et en faisant la mise à jour sur les effets que ces incidents ont produit dans les champs. Dans certains des rapports récents produits par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA - European Food Safety Authority), diverses lacunes dans la recherche et des préoccupations concernant la sécurité ont été déterminées pour trois différents insecticides néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame). Consultez le site : http://www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/beehealth.htm

La portée des incidents de dommages aigus causés par les pesticides en Ontario vaut la peine d'être notée. Environ quatre pour cent de tous les ruchers inscrits en Ontario ont été touchés et dans certains comtés, plus de 30 pour cent des ruchers inscrits ont possiblement été touchés. La raison pour laquelle l'Ontario a enregistré un si grand nombre de signalements au cours de la saison dernière reste à déterminer. Une recherche plus approfondie, le signalement des incidents et l'évaluation environnementale effectuée par des organismes de réglementation peuvent clarifier cette question à l'avenir - en particulier les incidences chroniques probables sur les colonies d'abeilles mellifères.

Pour les incidents relatifs aux semences traitées aux pesticides, veuillez contacter :
La gestionnaire régionale, Programme de surveillance de la conformité des pesticides - Santé Canada
Téléphone 519 826-2895 ; télécopieur 519 826-2129 ; www.santecanada.gc.ca/arla

Pour des mises à jour sur le signalement des pesticides, y compris les incidents de pesticides non liés aux traitements des semences, consultez le site :
http://www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/bee-poisoning.htm

Références

Currie R., Guzman E. et Pernal S. 2010. Honey bee colony losses in Canada, Journal of Apicultural Research. 49 (1): 104-106.

Furgala B., McCutcheon D.M. 1992. Wintering productive colonies. Dans Graham J M (dir.). The hive and the honey bee (édition revue). Dadant and Sons ; Hamilton, IL, États-Unis p. 829 868.

Guzman-Novoa E., Eccles L., Calvete Y., McGowan J., Kelly P. et Correa-Benitez A. 2010. Varroa destructor is the main culprit for death and reduced populations of overwintered honey bees in Ontario, Canada. Apidologie, 4 (4): 443-451.

Krupke C.H., Hunt G.J., Eitzer B.D., Andino G. et Given K. 2011. Multiple routes of pesticide exposure for honey bees living near agricultural fields. PLoS ONE. 7 (1): 1-8.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
Auteur : Paul Kozak, apiculteur provincial/MAAARO
Date de création : 29 août 2013
Dernière révision : 29 août 2013