Rapport annuel de l'apiculteur provincial de l'Ontario - 2011

Conditions météorologiques

Les conditions météorologiques sont parmi les facteurs qui ont le plus nui aux abeilles mellifères dans de nombreuses régions de l'Ontario en 2011. Le printemps a été caractérisé par une très longue période de froid et de pluie dans la majeure partie de la province. Ces conditions ont ajouté au stress des colonies affaiblies et retardé l'accroissement des populations d'ouvrières, ce qui pourrait avoir accéléré le déclin des colonies jusque vers la fin du printemps et entraîné une hausse du taux de mortalité printanière. En été, de nombreuses régions de la province ont surtout connu un temps chaud et sec.

Malgré l'hiver long et froid qui a sévi dans le comté d'Essex en 2010-2011, les petits coléoptères des ruches (PCR) découverts à l'automne 2010 ont réussi à survivre. Des PCR adultes ont été trouvés dans des colonies mellifères au printemps 2011 et par surcroît, ils se sont révélés capables de se reproduire.

Production de miel

Les producteurs de miel ont eu une année en dents de scie en Ontario. Dans bien des cas, les apiculteurs ont signalé un fort écart de production d'un rucher à l'autre. Dans la région de North Wellington et aux environs de Kingston, beaucoup ont enregistré des niveaux de production de moyens jusqu'à supérieurs à la moyenne. Par contre, dans le nord de la province, la production a été nettement inférieure aux niveaux prévus. Les producteurs ont déterminé que le principal problème venait d'un nombre insuffisant de butineuses dans les colonies pour rapporter la miellée. Ce manque a été attribué en majeure partie au printemps frais et tardif qui a entravé le développement et la croissance des colonies. Parallèlement, les apiculteurs du sud-ouest de la province ont enregistré de manière inattendue de fortes récoltes de miel dans une région où elles sont habituellement beaucoup moins abondantes. D'après les résultats du sondage provincial sur l'apiculture, la production estimative moyenne de miel en Ontario s'est établie à 90 lb (40 kg) par colonie en 2011, contre 107 lb (48,5 kg) par colonie en 2010.

Varroa et acarien de l'abeille

Le varroa et l'acarien de l'abeille sont bien établis et largement répartis dans tout l'Ontario. La région de Thunder Bay est la seule où aucune de ces deux espèces n'a été signalée. Des varroas résistants au fluvalinate et au coumaphos sont établis dans plusieurs régions de la province. Jusqu'ici, aucun cas de résistance du varroa à l'ingrédient actif amitraze (Apivar®) n'a été confirmé en Ontario.

Loque américaine et autres maladies du couvain

La maladie bactérienne de la loque américaine est établie en Ontario. En 2011, 24 cas touchant 57 colonies ont été répertoriés dans la province. Cette maladie du couvain est la plus contagieuse et la plus virulente chez les abeilles mellifères. Lorsqu'elle est détectée, des échantillons sont envoyés au laboratoire de l'USDA à Beltsville, dans le Maryland, où sont alors effectués des tests de résistance aux antibiotiques. On n'a recensé aucun cas de résistance de la loque américaine à l'oxytétracycline en Ontario. Tous les apiculteurs devraient prendre garde d'utiliser uniquement des antibiotiques approuvés et homologués pour prévenir les infections par la loque américaine. Afin d'empêcher le développement d'une résistance aux antibiotiques, il est conseillé d'administrer l'oxytétracycline seulement avec du sucre en poudre. Les diluants ou « galettes de graisse » sont à éviter, car ils risquent de contaminer la récolte de miel et de favoriser la résistance de la loque américaine aux antibiotiques.

Entre autres maladies du couvain détectées grâce au programme d'inspection, mentionnons la loque européenne, Mellisococcus pluton (découverte dans 0,01 % des colonies inspectées), le couvain plâtré, Ascophaera apis (découvert dans 3,6 % des colonies inspectées), et le couvain sacciforme (découvert dans 0,01 % des colonies inspectées).

Pollinisation

La demande de services de pollinisation chez les producteurs de bleuets du Nouveau Brunswick est passée de 12 600 colonies mellifères en 2010 à 14 700 en 2011, ce qui représente environ 17 % des colonies régies en Ontario. Apparemment, les producteurs de bleuets de l'Est du Canada auraient besoin de 6000 colonies additionnelles. Il semble également que la superficie des bleuetières augmentera considérablement dans l'Est canadien et que plusieurs milliers d’acres de cultures seront établis dans le Nord de l'Ontario au cours des 10 prochaines années. Ceci fera augmenter encore davantage la demande de services de pollinisation fournis par les propriétaires de colonies mellifères de l'Ontario.

Les colonies qui sont acheminées de l'Ontario jusqu'au Nouveau-Brunswick et au Québec doivent subir l'examen de dépistage de la loque américaine et du PCR. De plus, il est nécessaire d'obtenir un permis d'importation de l'Ontario et de la province destinataire. Le PCR n'a pas été découvert dans les chargements de colonies mellifères qui ont quitté l'Ontario ni dans les régions connexes.

Composition de l'industrie

L'Ontario compte à l'heure actuelle 2900 apiculteurs, chiffre qui équivaut à 41 % des apiculteurs au Canada. Les 87 000 colonies mellifères régies en Ontario représentent 15 % de la population d'abeilles à miel au Canada. Bien qu'il y ait en Ontario une très vaste proportion d'apiculteurs qui dirigent des exploitations relativement petites, la grande majorité des colonies font partie d'un secteur commercial prospère. Deux cent trente apiculteurs commerciaux régissent 70 000 (80 %) des 87 000 colonies de la province, dans environ 6000 ruchers.

L'industrie est l'une des plus diversifiées au Canada : les apiculteurs assurent en effet la production de miel destiné à un important marché intérieur, la production et la vente de colonies mellifères et de reines-abeilles, ainsi que la pollinisation au sein de l'énorme secteur des fruits et légumes. Une forte proportion des cultures de bleuets de l'Est canadien dépend du nombre et de l'établissement des colonies en Ontario, et la province enregistre également une production considérable de colonies mellifères domestiques. En 2011, 82 apiculteurs détenaient des permis de reines-abeilles et de nucléus qui les autorisaient à vendre ces produits à d'autres apiculteurs.

Valeur de la pollinisation

La valeur annuelle de la pollinisation par les abeilles mellifères s'élève à 171 millions de dollars pour l'agriculture ontarienne. Il est d'ailleurs probable que ce chiffre soit grandement sous-estimé, car l'important secteur de la pollinisation des bleuets en dehors de l'Ontario n'est pas pris en compte dans le calcul. L'État du Michigan a récemment corrigé son estimation de la valeur de la pollinisation par les abeilles mellifères et l'évalue maintenant à un milliard de dollars. À titre de comparaison, voir la page
http://bees.msu.edu/2010/03/bees-worth-a-billion-in-michigan/.

Résultats du sondage sur l'apiculture de 2011

Selon les résultats du sondage sur l'apiculture de 2011, la moyenne provinciale de mortalité des colonies a été de 43 % pendant l'hiver 2010-2011, tandis que la médiane se situait à 41 %. Le sondage a obtenu un taux de réponse de 39,4 % parmi 218 apiculteurs commerciaux. La moyenne de mortalité hivernale de 43 % est la plus élevée qui ait été enregistrée en Ontario, le taux normal se situant habituellement entre 5 et 15 % (Furgala et McCutheon, 1992).

Un grand nombre des apiculteurs qui ont répondu au sondage ont signalé des pertes bien supérieures à la moyenne, allant jusqu'à 60 % dans le 75e centile des répondants, tandis que certains autres ont enregistré des pertes beaucoup plus faibles de 10 % dans le 5e centile. Bien que la fourchette de mortalité hivernale dénote une forte variation parmi les ruchers (entre 2 et 95 %), la médiane et la moyenne indiquent toutes deux des pertes élevées.

Selon des recherches menées à l'Université de Guelph (Guzman et al., 2010) et d'après les rapports et les données d'observation sur le terrain qui nous sont parvenus d'autres provinces (Currie et al., 2010), le varroa demeure le principal facteur qui explique la mortalité des colonies. La virulence générale de Nosema ceranae chez les abeilles mellifères est incertaine (d'autres recherches s'imposent) et il existe de nombreux autres agents pathogènes, comme des virus, qui ont des répercussions supplémentaires sur les abeilles.

Les conditions météorologiques pourraient avoir eu un impact sur la survie des colonies jusqu'au printemps. En 2010, dans la majeure partie de la province, le printemps a été précoce et s'est installé jusqu'à trois semaines plus tôt qu'en temps normal (avril) dans la plupart des régions. Cela aurait eu pour résultat d'avancer considérablement l'époque de la production du couvain dans les colonies mellifères, ainsi que la reproduction du varroa. Si des mesures de lutte efficaces n'ont pas été prises contre le varroa au printemps 2010, il se peut que de nombreuses colonies aient connu à l'automne des taux de varroa considérablement supérieurs à ceux d'une année normale. Cependant, ce n'est qu'une supposition, car aucune donnée n'a été recueillie pour confirmer que les niveaux de varroas augmentaient plus tôt que d'habitude.

Comme il est mentionné plus haut, le froid et l'humidité extrêmes qui ont caractérisé le printemps 2011 pourraient avoir aggravé le déclin des colonies, en particulier celles qui étaient affaiblies et ne pouvaient pas augmenter leur population. Beaucoup d'apiculteurs ont fait ce commentaire anecdotique.

Le syndrome d'effondrement des colonies, qui a été diagnostiqué aux États-Unis, ne l'a pas été au Canada. Ce syndrome est associé à un ensemble distinct de conditions qui, à l'heure actuelle, n'a pas été confirmé au Canada (vanEngelsdorp et al., 2008; Currie et al., 2010).

Les figures 1 et 2 ci-dessous montrent la mortalité hivernale moyenne des colonies mellifères en Ontario de 2003 à 2011, ainsi qu'une comparaison des taux de mortalité hivernale entre les provinces en 2010 et 2011.

Figure 1. Mortalité hivernale moyenne pour les abeilles mellifères en Ontario

Mortalité hivernale moyenne pour les abeilles mellifères en Ontario

Texte équivalent

Figure 2. Mortalité hivernale dans les provinces canadiennes en 2010 et en 2011

Mortalité hivernale dans les provinces canadiennes en 2010 et en 2011

Texte équivalent

Pour en savoir davantage sur la mortalité hivernale des abeilles mellifères, voir la page http://www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/2011-winter-loss.htm.

Répartition du petit coléoptère des ruches

En Ontario, la répartition et la population du petit coléoptère des ruches (PCR) font l'objet d'un suivi dans le cadre du programme d'inspection apicole (MAAARO). Toutes les colonies mellifères qui sont inspectées pour le dépistage de la loque américaine le sont également pour celui du PCR. Cela comprend toutes les colonies appartenant aux apiculteurs qui demandent un permis pour vendre, déplacer ou importer des reines-abeilles et des nucléus. L'inspection visuelle permet de détecter la présence des PCR adultes et des larves, et porte particulièrement sur les endroits de la ruche où le PCR est plus susceptible de se trouver.

En plus de faire l'inspection visuelle régulière des colonies mellifères de l'ensemble de l'Ontario, les inspecteurs apicoles surveillent continuellement les ruchers cibles. Ceux-ci se trouvent dans des régions qui présentent un risque accru d'infestation par le PCR (comtés de Lambton, Niagara, Chatham-Kent, et ceux qui sont situés le long du fleuve Saint-Laurent), soit à cause de la proximité géographique de zones où la présence du PCR est connue, soit à cause d'un lien présumé avec une zone touchée (p. ex., traçage, vente ou circulation connus ou présumés d'abeilles mellifères).

Le piège à PCR standard qui a été utilisé pendant la campagne 2011 était le piège de plancher. Ce piège comporte un plateau peu profond de plastique noir que l'on place sur le plancher de la ruche en le surélevant grâce à des planchettes de bois. Le plateau est rempli d'huile végétale alimentaire et recouvert d'un grillage dont la maille est trop fine pour que les abeilles puissent la traverser, mais qui laisse passer les PCR adultes. Deux autres types de piège (piège de traverse supérieure et seau) ont été utilisés pendant les inspections sur le terrain mais beaucoup moins fréquemment et seulement dans certaines circonstances.

Deux cent quarante-quatre ruchers ont été surveillés pendant la campagne apicole 2011, ce qui représente 123 apiculteurs et 4006 colonies mellifères (se reporter à la figure 3).

Figure 3. Inspections pour le petit coléoptère des ruches par région

Inspections pour le petit coléoptère des ruches par région

Texte équivalent

La présence du PCR a été détectée dans quatre des 244 ruchers (se reporter à la figure 4) :

Figure 4. Lieux d'infestation par le petit coléoptère des ruches en Ontario

Lieux d'infestation par le petit coléoptère des ruches en Ontario

Texte équivalent

  • Un rucher situé à moins de 10 km de la zone de quarantaine, dans le comté de Chatham-Kent - Le rucher comptait six colonies mellifères complètes. L'apiculteur a lui-même signalé la présence du PCR. Un an auparavant, il avait acheté des colonies mellifères auprès d'un apiculteur se trouvant dans la zone de quarantaine.
    Mesure prise : Le rucher a été mis en quarantaine. L'apiculteur a accepté de déménager toutes les colonies à l'intérieur de la zone de quarantaine. Un traitement par bassinage (perméthrine) a été appliqué au sol à l'endroit où étaient les ruches.
  • Un rucher situé dans le comté de Stormont, Dundas et Glengarry, à l'est de Cornwall - Le rucher se trouve sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, à environ 10 km du Québec où il existe des populations résidentes de PCR. Le rucher contient 25 colonies complètes. L'apiculteur concerné possède des ruchers commerciaux en plusieurs endroits. Les autres ruchers de cet apiculteur et les ruchers environnants ont été inspectés pour détecter la présence du PCR mais aucun n'était infesté. On considère que l'infestation du rucher où le PCR a été découvert est de faible intensité (un seul coléoptère a été repéré dans toutes les colonies examinées).
    Mesure prise : Le rucher a été mis en quarantaine individuelle.
  • Deux ruchers situés dans le comté de Dufferin - Les ruchers se trouvent près de la ville de Shelburne, à environ 80 km au nord-ouest de Toronto. Il y a 17 colonies dans un rucher et 23 dans l'autre. Les deux ruchers appartiennent au même apiculteur. La découverte du PCR dans ces ruchers peut être considérée comme un retraçage compte tenu que les colonies ont été achetées auprès d'un autre apiculteur qui a un lien avec la zone de quarantaine.
    Mesure prise : Les deux ruchers ont été mis en quarantaine.
  • Deux ruchers situés dans le comté de Lambton, près de Sarnia - Il y a 26 colonies dans un rucher et 23 dans l'autre. Les deux ruchers appartiennent au même apiculteur et tous deux se trouvent non loin de l'État du Michigan, où il existe des populations résidentes de PCR.
    Mesure prise : Les deux ruchers ont été mis en quarantaine.

Tous les ruchers infestés ont été signalés à l'ACIA et à l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE). L'ACIA a tenu compte de toutes les mesures prises dans les ruchers et a déclaré le rucher de Chatham-Kent exempt de PCR. L'Ontario continuera de travailler avec l'ACIA pour surveiller le PCR et atténuer les risques.

La zone de quarantaine (comprenant tout le comté d'Essex et toute la partie de la municipalité de Chatham-Kent située au sud-ouest de la ligne formée par Town Line Road, Pump Road et Merlin Road, aussi appelée County Road 7) est encore maintenue (se reporter à la figure 5). C'est dans cette région que le PCR a été découvert pour la première fois en Ontario et elle constitue l'épicentre de l'infestation.

Figure 5. Zone de quarantaine associée au petit coléoptère des ruches en Ontario

Zone de quarantaine associée au petit coléoptère des ruches en Ontario

Texte équivalent

On trouvera dans le Rapport sur le petit coléoptère des ruches en Ontario - 2011 un compte rendu plus détaillé des activités d'inspection et de surveillance du MAAARO à l'endroit du PCR.
http://www.omafra.gov.on.ca/french/food/inspection/bees/apicultu.html.


Bibliographie

Currie R., Guzman E. et Pernal, S. « Honey bee colony losses in Canada », Journal of Apicultural Research, 2010, vol. 49 (1), p. 104-106.

Guzman-Novoa E., Eccles L., Calvete Y., McGowan J., Kelly P. et Correa-Benitez. « A. Varroa destructor est le principal responsable de la mort et de la réduction des populations de colonies d'abeilles (Apis mellifera) après hivernation en Ontario, Canada », Apidologie, 2010, vol. 41 (4), p. 443-451.

Furgala, B. et McCutcheon, D. M. « Wintering productive colonies », 1992. Graham J. M. (dir.). The hive and the honey bee (édition revue), Dadant and Sons, Hamilton, IL, É.-U., p. 829-868.


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Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 09 mars 2012
Dernière révision : 09 mars 2012