5. TRANSFORMATION ET CONSERVATION

Les consommateurs canadiens souhaitent avoir accès à des aliments sains, nourrissants et abordables toute l'année durant. Malheureusement, le climat canadien ne permet la production d'aliments que pendant la moitié de l'année. Suffit-il d'entreposer les aliments? Malheureusement pas. Une fois récolté, les aliments commencent immédiatement à se détériorer pour les raisons suivantes :

Devant le risque de détérioration, la majorité de nos aliments est traitée de quelque manière de façon à en augmenter la disponibilité. On considère qu'un aliment est conservé lorsqu'il est stabilisé relativement à la salubrité et la qualité.

Notez bien qu'aucun traitement n'est en mesure de transformer une matière première de piètre qualité en un aliment de bonne qualité. Il ne peut qu'augmenter sa durée de conservation. Les conditions suivantes doivent être respectées pour que votre produit réponde aux normes élevées de qualité :

On n'utilise pas toutes les méthodes de traitement à la fois pour conserver les aliments. Certaines servent à modifier ou stabiliser la texture des aliments.

LES MÉTHODES DE TRAITEMENT

On peut diviser en deux grandes catégories les méthodes employées pour traiter les aliments : le traitement chimique et le traitement physique.

Les méthodes de traitement chimique

Les techniques suivantes sont basées sur une approche chimique au traitement des aliments.

Les aliments semi-humides

Assurer la rétention de l'eau présente dans les aliments semi-humides permet de les conserver- par exemple, les biscuits, les gâteaux et le pain. L'eau ainsi retenue n'est plus disponible pour les réactions menant à la détérioration.

L'eau est immobilisée grâce à l'ajout d'agents humidifiants autorisés, tels le glycérol, les glycols, le sorbitol, les sucres et les sels.

En général, l'activité de l'eau des aliments semi-humides varie de 0,6 à 0,85. Cela permet aux aliments de demeurer stables à la température de la pièce puisqu'à ces niveaux, la croissance de la plupart des micro-organismes est empêchée.

L'activité de l'eau(aw)

L'eau est le principal facteur permettant de contrôler la vitesse de détérioration d'un aliment. Il ne suffit cependant pas de connaître la teneur en humidité d'un aliment pour prévoir sa stabilité. C'est la disponibilité de l'eau pour les activités microbiennes, enzymatiques ou chimiques qui détermine la durée de conservation des aliments. La disponibilité de l'eau se mesure en terme d'activité de l'eau (aw).

L'activité de l'eau est mesurée sur une échelle de 0 à 1, où 0 indique l'absence totale d'eau, et 1 indique l'eau pure. Les micro-organismes responsables de la détérioration des aliments sont en général empêchés d'agir lorsque le niveau d'activité de l'eau est inférieur à 0,6. Toutefois, si le pH de l'aliment est inférieur à 4,6, les micro-organismes sont bloqués lorsque l'activité de l'eau est inférieure à 0,85.

L'ajout de produits chimiques

L'ajout de certains produits chimique empêche la croissance microbienne dans les aliments. Ces produits chimiques ne se limitent pas à ceux que l'on classe dans la catégorie agents de conservation. Le sel, les sucres, la fumée de bois et certaines épices sont aussi capables d'empêcher la croissance des micro-organismes. Pour plus d'information sur les agents de conservation chimiques, voir la Partie 4 intitulée : Les ingrédients alimentaires, dans le présent guide.

Le contrôle du pH

Presque tous les aliments, à l'exception du blanc d'oeuf et des biscuits à la poudre levante, ont un pH inférieur à 7. On peut classer les aliments d'après leur pH selon les catégories suivantes : très acide, acide, moyennement acide et hypoacide. Voici des exemples de chacune de ces catégories :

Le pH idéal pour la croissance de la plupart des micro-organismes varie de 6,5 à 7,5. Les champignons et les moisissures peuvent croître dans un éventail beaucoup plus vaste de pH que les bactéries. Peu d'agents pathogènes peuvent se développer à un pH inférieur à 4,0. Il est important de le savoir car cela vous aidera à déterminer la stabilité d'un aliment relativement à la détérioration microbienne.

Les méthodes de traitement physiques

Il existe plusieurs méthodes physiques permettant le traitement des aliments.

La stérilisation en autoclave

Une petite remarque pour commencer : par agent pathogène, on entend tout micro-organisme pouvant causer la maladie. Les pathogènes alimentaires peuvent causer des intoxications d'origine alimentaire comme l'empoisonnement.

La stérilisation par la chaleur détruit tous les micro-organismes pathogènes et putréfiants présents dans les aliments et rend les enzymes inactifs. Tous les aliments en conserve sont stérilisés à l'aide d'un autoclave (une énorme marmite à pression). Ce processus assure aux aliments une durée de conservation de plus de deux ans.

Les aliments dont le pH est supérieur à 4,6, comme la viande et la plupart des légumes, doivent être soumis à des températures élevées pour que soient détruits tous les agents pathogènes. Ces aliments sont chauffés sous pression à 121 °C pendant des périodes variables.

Des conditions rigoureuses sont appliquées afin d'assurer la destruction des spores de Clostridium botulinum pendant le traitement. Ces spores sont responsables de la toxine botulinique mortelle dans des conditions d'anaérobiose (c'est-à-dire en l'absence d'oxygène). Les spores sont détruits par la chaleur ou empêchés de se développer lorsque le pH est inférieur à 4,6. Par conséquent, les aliments dont le pH est inférieur à 4,6 et qui sont emballés en anaérobiose, par exemple la sauce spaghetti, n'ont pas à subir un traitement aussi intensif.

La pasteurisation

Lors de la pasteurisation, les aliments-habituellement des liquides-sont chauffés au point d'ébullition, ou juste en dessous, pendant une période de temps définie. Le but de ce traitement est de détruire tous les agents pathogènes, réduire le nombre de bactéries, rendre les enzymes inactifs et prolonger la durée de conservation d'un produit alimentaire.

Les aliments dont le pH est inférieur à 4,6, tels le lait et la sauce spaghetti, peuvent être pasteurisés.

On obtient la stabilité permanente-soit une durée de vie d'environ deux ans-pour les aliments qui peuvent être soumis à la chaleur pendant une période prolongée, tels les jus en bouteille.

Les aliments soumis à une relation temps-température plus importante voient leur saveur diminuer. Par conséquent, la stabilité temporaire (soit une durée de conservation limitée) ne peut être obtenue que pour certains aliments qui verraient leur qualité altérée par un réchauffement prolongé. Ces aliments, par exemple le lait, doivent habituellement être réfrigérés après le traitement.

Les procédées de « haute température courte durée » (HTST) et « ultra-haute température » (UHT) ont été mis au point afin de conserver aux aliments leur texture et leur saveur.

L'ébouillantage

Lors de l'ébouillantage, un traitement léger à l'aide de chaleur, on expose les légumes (principalement) à l'eau chaude ou à la vapeur avant de les mettre en conserve ou de les congeler.

L'ébouillantage employé avant la congélation permet de rendre inactifs les enzymes présents responsables des réactions de détérioration pendant la congélation. Ces réactions se traduisent par un changement de couleur et de texture, des flaveurs atypiques et une perte de la valeur nutritive.

On a recourt à l'ébouillantage avant la mise en conserve pour différentes raisons, car les enzymes seront inévitablement détruites pendant la mise en conserve. L'ébouillantage créé un effet de vide dans les conserves, et sert également à contrôler le remplissage (des épinards, par exemple).

L'application de micro-ondes

Les fours à micro-ondes sont rarement employés pour le traitement de grandes quantités d'aliments. Ils sont surtout utilisés par les fabricants de produits alimentaires visant le marché des aliments cuisinés, offrant par exemple des entrées congelées.

Les fours à micro-ondes mettent à profit le rayonnement électromagnétique pour exciter les molécules d'eau contenues dans les aliments. Les ondes ne s'éloignent guère plus de 25 cm (10 pouces) de la source du rayonnement. Les ondes ne pénètrent que de ¾ à 1 pouce à l'intérieur des aliments sur tous les côtés. La taille des fours à micro-ondes est par conséquent limitée. La friction des molécules d'eau produit la chaleur qui se répand ensuite par conduction jusqu'au centre des aliments.

Les petites portions cuisent rapidement dans ce genre de fours. L'efficacité se perd à mesure qu'augmente la quantité de nourriture.

La friture

La friture diffère des autres méthodes de traitement par la chaleur en ce qu'elle se fait par l'entremise de l'huile chaude. Étant donné la différence importante entre la température de l'huile et celle des aliments, et le fait que les aliments sont taillés en morceaux assez petits, la cuisson se fait assez rapidement-de 20 secondes à six minutes.

Les aliments frits se reconnaissent à leur surface croustillante et à leur haute teneur en gras. La quantité de gras absorbé par l'aliment varie de 10 à 40 pour cent, selon le temps passé dans l'huile. L'industrie a souvent recours à la friture en continu.

La réfrigération

La température des réfrigérateurs doit demeurer inférieure à 4 °C pour empêcher la croissance des micro-organismes dans les aliments. Cette température basse a aussi pour effet d'abaisser le quotient respiratoire des fruits et légumes, ce qui retarde les réactions favorisant la détérioration.

On a généralement recourt à la réfrigération pour :

Tous les aliments n'aiment pas être conservés au froid. Les bananes, par exemple, ont tendance à noircir au frigo, alors que le pain perd sa saveur.

La congélation

Les congélateurs domestiques se maintiennent à -10 °C, alors que les congélateurs commerciaux sont ajustés au plus à -18 °C. À cette température, la croissance des micro-organismes est pratiquement stoppée. Des réactions microbiennes causant la détérioration auront quant même lieu, mais prendront beaucoup plus de temps.

De plus, des réactions enzymatiques causant la détérioration se produiront quant même pendant l'entreposage en congélateur. Les fruits et légumes non cuits doivent être ébouillantés avant la congélation, afin de prévenir ces réactions.

Pendant la congélation, l'eau contenue dans les aliments forme des cristaux de glace. Le rythme de formation des cristaux a un impact important sur la qualité des aliments congelés :

La durée de conservation des aliments congelés dépend en grande partie des conditions d'entreposage. Dans les conditions idéales, les aliments congelés ont une durée de conservation d'un an.

Toutefois, si les aliments sont continuellement exposés à des températures plus élevées, par exemple lorsqu'on ouvre et referme tout le temps les portes du congélateur, ils subiront un choc thermique. Lorsque survient un choc thermique, la glace fond et se reforme en cristaux plus grands. Le meilleur exemple de ce phénomène est la crème glacée qui devient granuleuse lorsque de gros cristaux de glace se développent.

Le traitement par irradiation

L'irradiation est un procédé controversé consistant à soumettre les produits alimentaires à de faibles doses de rayons gamma. Quarante ans de recherche n'ont pas démontré de risques associés à ce procédé. L'irradiation est donc permise au Canada pour les applications suivantes :

Si l'irradiation se répand aux autres produits alimentaires, on s'attend à ce qu'elle remplace la fumigation, assure une hygiène de qualité et réduise la dépendance envers la réfrigération.

Le pour et le contre : Discontinu ou continu?

Les aliments sont traités soit en lots séparés soit selon un procédé continu. Bien que chacun présente des avantages et des inconvénients, le choix ne s'offre en réalité qu'aux fabricants qui s'apprêtent à changer leur procédé ou à ceux qui mettent en place une nouvelle chaîne de traitement. En règle générale, le procédé discontinu (par lot) est employé pour produire de petites quantités d'aliments, alors que des grandes quantités conviennent mieux aux systèmes de production en continu.

Avantage du traitement par lot Avantages du traitement en continu
Plus grande souplesse pour changer la formulation et le rythme de fabrication d'un produit Coût de fonctionnement et de main-d'oeuvre moindre
Coût de l'équipement moindre Nécessite moins de surface utile
Plus facile à exploiter et contrôler Plus grande uniformité du produit

L'évaporation

Lors de l'évaporation, on enlève par ébullition une partie de l'eau des aliments liquides. Lorsque l'opération est effectuée sous vide, il n'est pas nécessaire de faire bouillir et la saveur n'est pas affectée.

Mentionnons, parmi les aliments évaporés, le lait évaporé, la pâte de tomate et les concentrés de jus.

On a recours à ce procédé pour trois raisons principales :

La déshydratation

La déshydratation-ou séchage-est l'élimination presque complète de l'eau dans les aliments solides. Il s'agit de l'une des plus anciennes méthodes de conservation des aliments. À l'origine, la déshydratation se faisait au soleil.

La déshydratation est utilisée pour les mêmes raisons que l'évaporation des aliments liquides- conservation, aspect pratique et économies de coût. Les mélanges à soupe déshydratés, les fruits déshydratés, le lait en poudre et les épices ne sont que quelques exemples d'aliments déshydratés.

La déshydratation par atomisation et la lyophilisation sont deux méthodes couramment utilisées de nos jours pour sécher les aliments. Lors de la déshydratation par atomisation, les aliments liquides sont réduits en poudre fine. Les préparations aromatisantes naturelles et artificielles et le lait en poudre sont deux exemples de déshydratation par atomisation. La lyophilisation consiste à congeler un aliment dans un premier temps, puis à éliminer la glace, ne laissant qu'un aliment sec, poreux, de grande qualité, comme le café instantané.

Les émulsions

Une émulsion est un système comprenant deux phases liquides qui ne sont pas miscibles. L'une des phases (la phase dispersée) est distribuée à travers l'autre phase (la phase continue) sous forme de minuscules gouttelettes. D'une façon générale, il existe deux types d'émulsions :

1. huile dans eau (H-E)
2. eau dans huile (E-H)

Un exemple d'émulsion H-E est la vinaigrette, et un exemple d'émulsion E-H est le beurre.

L'homogénéisation

L'homogénéisation sert à stabiliser une émulsion. Plus précisément, il s'agit de réduire la taille des gouttelettes et d'augmenter leur nombre dans la phase dispersée grâce à l'application d'une force de cisaillement considérable.

L'homogénéisation sert généralement à modifier la fonctionnalité ou améliorer la texture d'une émulsion. Par exemple, la plus grande partie du lait liquide vendu au détail est homogénéisée afin d'en améliorer la stabilité, alors que la plupart des garnitures au caramel sont homogénéisées pour conserver leur caractère lisse.

L'extrusion

Lors de l'extrusion, un aliment est pressé et transformé en une masse semi-solide. Cette masse est forcée à travers une ouverture restreinte, ou moule, afin de créer la texture ou la forme souhaitée. Cette application a simplement pour but de varier les textures offertes au consommateur.

Les aliments peuvent également être cuits lorsqu'ils sont extrudés. Il s'agit alors de cuissonextrusion ou extrusion à chaud..

Parmi les aliments extrudés, mentionnons la réglisse, le blé soufflé et les flocons de maïs.

Procédé mixte

Le concept de cette technologie a été mis au point pour répondre à la demande des consommateurs souhaitant des aliments ayant un aspect plus naturel et plus frais. Cela permet aux fabricants d'aliments de n'appliquer que des techniques de conservation légères à leurs produits.

L'idée est d'employer délibérément une combinaison de techniques de conservation anciennes et nouvelles (constituant une série 'd'obstacles') de faible densité dans le but d'éliminer la croissance des micro-organismes. On peut employer des méthodes dont chacune est de faible densité parce que, combiné, l'effet collectif de toutes ces méthodes est suffisant.

Mentionnons certains des procédés les plus courants :

Certains micro-organismes présents survivront aux traitements individuels. Mais aucun microorganisme ne pourra survivre à la combinaison des techniques employées. Les aliments sont dons stables et salubres.

La seule façon de s'assurer que l'on emploie la bonne combinaison de procédés est de faire en sorte qu'une ressource qualifiée procède à des études de qualité et de salubrité. On trouvera une liste de laboratoires de développement des produits capables d'effectuer de telles études dans la section Ressources du présent guide.

Ce traitement est couramment employé aussi bien pour les aliments traditionnels que les nouveaux, tels les yogourts et les salades fraîches pré-emballées. Les procédés employés dans la fabrication du yogourt comprennent des températures basses, une acidité élevée et une flore microbienne concurrentielle. Pour la préparation des salades fraîches pré-emballées, on a recours à des températures basses et à une atmosphère modifiée.

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