Utilisation de la roche dans les ouvrages de lutte contre l'érosion


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 751
Date de publication : 05/95
Commande no. 95-034
Dernière révision : 05/95
Situation :
Rédacteur : R.P. Stone - Direction de la gestion des ressources/MAAARO; D. Hilborn - Direction de la gestion des ressources/MAAARO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Avantages
  3. Inconvénients
  4. Dimensions des roches ou des pierres
  5. Forme des roches et des pierres
  6. Répartition des pierres de différentes tailles
  7. Détermination du diamètre moyen des pierres (d50)
  8. Disposition des enrochements
  9. Épaisseur de l'enrochement
  10. Matériau filtrant
  11. Exigences d'entretien
  12. Aide technique

Introduction

On utilise la roche et la pierre dans de nombreux ouvrages de lutte contre l'érosion. Ces matériaux absorbent normalement les forces érosives de l'eau et transmettent l'énergie à la fondation sous-jacente.

Exemples d'ouvrages anti-érosifs utilisant roches ou pierres

  1. Aménagement d'une descente enrochée. Dans ce genre d'ouvrage, on utilise la pierre pour guider des volumes d'eau moyens le long d'un plan incliné. Les descentes enrochées s'accompagnent habituellement de voies d'eau ou de fossés gazonnés.
  2. Enrochement d'un cours d'eau. L'enrochement protège les berges et le lit du cours d'eau afin de prévenir l'érosion et d'assurer un meilleur écoulement de l'eau. Il résout les problèmes que posent les fossés plus étroits et les fortes dénivellations. L'enrochement prévient de plus le décrochement dû au suintement latéral.

    Enrochement destiné à protéger les berges dans une courbe.
    Figure 1. Enrochement destiné à protéger les berges dans une courbe.
  3. Gabions. On utilise la pierre comme matériau de remplissage des gabions. La claie grillagée confine la pierre et l'empêche de se déplacer. Les gabions résistent donc à des débits d'eau plus importants. Ils conviennent également à des dénivellations plus fortes et sont en conséquence nécessaires à certains projets.

    Pierre utilisée comme matériau de remplissage des gabions.
    Figure 2. Pierre utilisée comme matériau de remplissage des gabions.

  4. Traverses submergées. Les roches ou les pierres servent souvent à prévenir l'érosion aux endroits où la machinerie traverse les cours d'eau.

  5. Protection des zones fortement menacées par l'érosion. Les roches ou les pierres servent à prévenir l'érosion à des endroits précis tels que sous les sorties de drainage souterrain, le long des berges concaves dans les courbes, aux entrées des ouvrages pour la descente des eaux ou aux déversoirs de secours.

Avantages

  1. Protection complète dès l'installation. Aucun délai d'implantation, contrairement aux couvertures végétales.
  2. Possibilité d'auto-remplacement des pierres. Les pierres qui se déplacent sous l'effet d'une force érosive excessive sont souvent remplacées du fait du processus d'éboulement.
  3. Capacité des pierres de se déplacer ou de s'adapter aux mouvements de la base ou des fondations, éliminant ainsi les vides qui donnent prise à l'érosion.
  4. Caractère économique du matériau, surtout si l'on trouve localement des pierres de la dimension et de la forme recherchées.

Inconvénients

  1. Frais de transport parfois exorbitants, si la distance à parcourir est grande.
  2. Difficulté à préciser et à se procurer le type de pierre recherché.
  3. Acheminement des roches ou des pierres du point d'accès des camions jusqu'à l'ouvrage en cours d'aménagement pouvant entraîner des coûts élevés et le compactage du sol, si ce dernier est gorgé d'eau.
  4. Inefficacité des enrochements pour la plupart des dénivellations supérieures à 1,5 m (5 pi).

Dimensions des roches ou des pierres

Deux méthodes servent à déterminer et à préciser les dimensions des pierres.

  1. Diamètre. La méthode la plus courante consiste à classer les roches ou les pierres selon leur diamètre. De nombreuses carrières de l'Ontario vendent la pierre selon des calibres qui varient de 50 mm (2 po) à 250 mm (10 po). Les pierres plus grosses (pour les enrochements de protection) doivent normalement faire l'objet de commandes spéciales. On peut par ailleurs se procurer des pierres plus petites, mais leur utilisation dans les ouvrages anti-érosifs est très restreinte.
  2. Poids. On utilise parfois le poids pour classer ou préciser la taille des pierres. Toutefois, bien souvent, la conception et la réalisation d'un projet obligent à connaître le rapport entre le poids et le diamètre. Le tableau 1 établit une correspondance approximative entre le poids et le diamètre des pierres.

Tableau 1. Rapport entre le diamètre et le poids des pierres angulaires
Diamètre Poids
mm po kg lb
50 2 0,25 0,5
100 4 2 4
150 6 7 15
200 8 16 35
250 10 34 75
300 12 50 110

Hypothèses :

  • La roche a une densité de 2 400 kg/m3 (150 lb/pi3);
  • Les pierres sont de forme cubique;
  • Les dimensions réelles sont environ 10 % inférieures au diamètre précisé.

Forme des roches et des pierres

La plupart des roches ou des pierres utilisées dans les ouvrages de lutte contre l'érosion sont de forme angulaire afin de pouvoir s'imbriquer les unes dans les autres et former une masse stable. De cette façon, si une pierre est soumise à une force érosive importante, la force sera transférée à toute la masse.

Les pierres rondes qu'on trouve fréquemment dans les champs conviennent rarement aux ouvrages anti-érosifs. On doit, si on les utilise, prendre certaines précautions pour s'assurer qu'elles rempliront leur rôle.

La blocaille de béton peut remplacer roches ou pierres, pourvu qu'elle soit de forme angulaire et de dimensions comparables aux roches prévues pour le projet. Cette blocaille doit être résistante aux intempéries ainsi qu'à l'action du gel et de l'eau. Tout débris, telles les tiges d'armature, doit être soit enlevé, soit pris en considération dans la conception de l'ouvrage.

La largeur des roches, des pierres ou des morceaux de béton doit correspondre au moins au tiers de leur longueur.

Répartition des pierres de différentes tailles

On a constaté qu'une bonne répartition de pierres angulaires de dimensions différentes placées au hasard de façon à former une masse dense donne de meilleurs résultats qu'une masse de grosses pierres parsemées de vides. Autrement dit, il est important de prévoir dans un ouvrage des pierres de tailles différentes afin que les vides se trouvent comblés et que les pierres s'imbriquent les unes dans les autres.

Pour préciser les grosseurs de pierres recherchées au moment de passer une commande, on utilise normalement la valeur D50, qui exprime le diamètre moyen des pierres. Cette valeur indique que le poids total des pierres proviendra à 50 % de pierres d'un diamètre supérieur au D50 et à 50 % de pierres d'un diamètre inférieur au D50 (voir la section précédente sur les dimensions des pierres).

Le tableau 2 présente une bonne répartition de pierres de grosseurs différentes exprimée en pourcentages par rapport au poids total.

Tableau 2. Répartition des roches et des pierres en fonction de leur grosseur
Grosseur Pourcentage du poids total constitué de pierres de calibre inférieur à la valeur indiquée
3K 100
2K 80
K 50
0,1K 10

K représente la valeur D50 précisée.

Tiré d'un article sur les enrochements publié en 1978 par le ministère des Transports de l'Ontario.

Le tableau qui précède indique, par exemple, que si le D50 = 200 mm (8 po), soit 16 kg (35 lb), c'est dire que 10 % des pierres pèseront 1,6 kg (3,5 lb) ou moins, 50 % des pierres devraient peser 16 kg (35 lb) ou moins, 80 % des pierres, 32 kg (75 lb) ou moins et 100 % des pierres, moins de 48 kg (105 lb). Toujours se rappeler cependant qu'il s'agit là d'une répartition idéale. En pratique, il est impossible d'obtenir une répartition aussi précise. On ne peut en conséquence que tendre vers une répartition aussi proche que possible des valeurs données.

Détermination du diamètre moyen des pierres (d50)

On trouve dans d'autres publications du Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation de l'Ontario des tableaux qui précisent les dimensions des pierres à rechercher en fonction des débits prévus.

Disposition des enrochements

Des études menées par la United States Corps of Engineers démontrent qu'il n'y a pas plus d'avantages à disposer les pierres une à une à la main qu'à décharger une couche équivalente de pierres de forme angulaire. Le choix d'une méthode plutôt que l'autre doit donc dépendre de l'envergure de l'ouvrage, de l'accessibilité par l'équipement et de la disponibilité de la main-d'oeuvre.

Épaisseur de l'enrochement

Habituellement l'épaisseur de l'enrochement correspond à 1,5 à 2,0 fois le diamètre de la pierre la plus grosse, sous réserve d'un minimum de 0,5 m (18 po). Toutefois, si les plans prévoient une épaisseur différente, celle-ci doit être respectée.

Matériau filtrant

Tout enrochement doit normalement reposer sur un matériau filtrant pour éviter les affouillements sous l'action des eaux souterraines ou superficielles. Il peut s'agir d'un matériau granulaire ou d'un géotextile.

Exigences d'entretien

L'entretien des ouvrages de roches ou de pierres est nécessaire si l'on veut en prolonger la durée de vie utile. Voici les mesures à prendre :

  1. Inspecter fréquemment l'ouvrage, surtout après un violent orage. Vérifier si des pierres se sont déplacées. Lorsque des vides se créent, il arrive que des pierres déboulent de plus haut et viennent les combler. Il faut alors remplacer périodiquement les pierres disparues du sommet de l'ouvrage. Il arrive aussi que les vides restent entiers. Dans ce cas, un entretien constant s'impose si l'on veut éviter toute défaillance de l'ouvrage.
  2. Surveiller les déplacements de la base ou des fondations, normalement causés par un matériau filtrant mal placé ou endommagé. Pour empêcher l'eau de se frayer un chemin sous le matériau filtrant, en réinstaller un nouveau.
  3. Entretenir les ouvrages de lutte contre l'érosion et les ouvrages de drainage situés en amont et en aval, car si ces derniers venaient à céder, ils risqueraient de provoquer la défaillance de l'enrochement sous l'effet de l'affouillement, de l'atterrissement ou d'une augmentation du débit.

Aide technique

On peut consulter des ingénieurs-conseils et des entrepreneurs compétents spécialisés dans les ouvrages de lutte contre l'érosion aux étapes de la conception et de l'aménagement. Les offices de protection de la nature offrent aussi de l'aide technique et peuvent superviser les travaux dans certaines régions de la province. On peut par ailleurs s'adresser au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation de l'Ontario pour de l'information ainsi que d'autres fiches techniques sur le sujet.

Tout ouvrage de lutte contre l'érosion doit obligatoirement respecter les lois et règlements en vigueur, notamment la Loi sur l'aménagement des lacs et des rivières et la Loi sur les pêches.

Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation de l'Ontario ainsi que d'autres organismes peuvent à l'occasion offrir de l'aide financière. Pour en bénéficier, il importe de s'assurer, avant et pendant les travaux, que les critères d'octroi des subventions sont respectés.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca