Prévention et résolution
de conflits entre voisins agriculteurs et non-agriculteurs
Table des matières
- Introduction
- Sondage sur les rapports entre les agriculteurs et leurs
voisins
- Établissement de rapports harmonieux entre agriculteurs,
voisins et collectivité
- Loi de 1998 sur la protection de l'agriculture et de
la production alimentaire (LPAPA)
- Loi de 2002 sur la gestion des éléments
nutritifs (LGEN)
- Résumé
Introduction
Les voisins agriculteurs et non-agriculteurs n'ont pas que des clôtures
en commun. Tous tiennent à préserver la qualité des
sols et des eaux qui les entourent. Tous ont à cœur la prospérité
économique de leur collectivité. Les uns comme les autres
ont fait le choix de vivre à la campagne et, comme tout le monde,
ils aiment entretenir des rapports harmonieux avec leurs voisins.
Des conflits sont néanmoins possibles. Les fermes sont les lieux
d'affaires de leurs propriétaires. De nos jours, pour réussir,
bien des fermes doivent prendre de l'expansion, se spécialiser
et adopter de nouvelles technologies. Les agriculteurs sont de plus en
plus entourés de nouveaux venus, des personnes qui quittent la
ville, attirées par l'attrait bucolique de la vie à la campagne.
Ce sont des tendances, parmi d'autres, qui peuvent donner lieu à
des différends.
Même s'il arrive que des producteurs portent plainte, le plus souvent,
ce sont eux qui font l'objet de plaintes. C'est pourquoi ils devraient
se montrer proactifs dans l'établissement de canaux de communication
avec leurs voisins. L'idéal est que s'établissent des rapports
informels entre les agriculteurs, leurs voisins et l'ensemble de la collectivité,
afin que chacun puisse s'exprimer et écouter le point de vue de
l'autre et que s'établisse un climat de confiance et de respect
mutuels, avant que les conflits n'aient la chance d'éclore.
Une fois que des plaintes sont officiellement portées, on trouvera
des pistes de solutions dans les directives et les protocoles prévus
par la loi. La Loi de 1998 sur la protection de l'agriculture et de la
production alimentaire (LPAPA) protège les agriculteurs des plaintes
liées à des pratiques agricoles normales. Depuis peu, la
Loi de 2002 sur la gestion des éléments nutritifs (LGEN)
fournit un cadre visant la résolution de conflits à l'échelle
locale.
La présente fiche technique propose des stratégies pratiques
et positives ainsi que des mécanismes juridiques destinés
à aider toutes les parties à comprendre, à prévenir
et à résoudre les conflits engendrés par les activités
agricoles.
Sondage sur les rapports entre les agriculteurs et leurs
voisins
Un sondage mené en 1997 par le ministère de l'Agriculture
et de l'Alimentation de l'Ontario (MAAARO) met en lumière la nature
des plaintes et des conflits visant des fermes. Voici ce qui ressort de
ce sondage :

Figure 1. Résultats du sondage
- Il existe des corrélations claires entre le degré de
familiarité entre l'agriculteur et le voisin, le milieu (rural
ou urbain) d'où provient le voisin et les risques de plaintes
et de conflits (figure 1).
- Sur toutes les plaintes exprimées directement aux producteurs,
ce sont celles qui portent sur les odeurs qui prédominent (figure
2).
- Sur l'ensemble des plaintes (y compris celles qui ont été
soumises directement aux autorités sans avoir été
d'abord adressées aux agriculteurs), ce sont celles qui sont
liées à la pollution de l'eau qui prédominent (figure
3).
- La proximité plus étroite entre agriculteurs et non-
agriculteurs de même que l'expansion des exploitations agricoles
sont à l'origine de nombreux conflits.
- Les producteurs qui se dotent de stratégies visant à
éviter les conflits font l'objet de moins de plaintes.

Figure 2. Motifs des plaintes reçues par les agriculteurs
(en % de l'ensemble des plaintes)

Figure 3. Motifs des plaintes formulées par les voisins
(en % de l'ensemble des plaintes)
Établissement de rapports harmonieux entre agriculteurs,
voisins et collectivité
Ce que peuvent faire les agriculteurs
Respecter les lois provinciales et fédérales
Les agriculteurs devraient s'assurer de se tenir au fait des modifications
apportées aux lois et aux règlements et des dates d'entrée
en vigueur de ces modifications. La LGEN, par exemple, renferme des dispositions
visant l'entreposage, le transfert et l'épandage des fertilisants.
Les exploitations sont tenues de se conformer à ces dispositions
à des dates qui varient selon leur type et leur taille. Rester
informé est le meilleur moyen d'éviter de contrevenir à
la loi de façon non intentionnelle.
Mettre en œuvre des pratiques de gestion responsables et défendables
La meilleure défense pour l'agriculteur est d'être en mesure
de prouver qu'il a fait les efforts voulus et a recouru aux pratiques
reconnues pour protéger la qualité de l'air, des eaux et
des sols à la ferme, le long des plans d'eau et autour des bâtiments
de ferme. Les fascicules de la série des Pratiques de gestion optimales
proposent une multitude de solutions à la portée d'un vaste
éventail d'exploitations. Les regroupements de producteurs et les
associations de protection de l'environnement offrent aussi des ressources
techniques.
L'entraide est une tradition en milieu rural qui doit aussi s'étendre
aux voisins non-agriculteurs. Le simple fait pour un agriculteur d'offrir
son aide et d'avoir des conversations avec ses voisins peut contribuer
pour beaucoup dans la prévention des conflits. Voici des moyens
de réduire ou d'éviter carrément les plaintes pour
nuisance :
-
Aménagements - Isoler le plus possible des voisins, les bâtiments,
les animaux et les structures d'entreposage. Réduire la propagation
du bruit et des odeurs par des arbres, des arbustes et d'autres aménagements.
Ne pas perdre de vue que le caractère esthétique d'une
ferme influence le niveau de tolérance.
-
Intensité - Réduire le niveau des odeurs, l'importance
de la dérive de produits pulvérisés et le bruit
par des pratiques simples. Il peut s'agir, par exemple, d'utiliser
des matériaux absorbant le son pour réduire le bruit
des séchoirs.
-
Modifications - Envisager d'apporter des modifications à la
conception ou à la gestion des installations. Par exemple,
dans certaines applications, le compostage du fumier peut réduire
le volume d'entreposage, les odeurs et la vermine. Le simple fait
d'ajouter le fumier liquide à la structure d'entreposage par
le bas plutôt que par le haut peut favoriser la formation d'une
croûte à la surface, ce qui réduit l'émanation
d'odeurs.
-
Fréquence - S'employer à réduire la fréquence
des éventuelles nuisances. Des odeurs occasionnelles provenant
des activités agricoles sont acceptées par la plupart
des personnes qui vivent en milieu rural, mais des odeurs persistantes
risquent fort de donner lieu à des plaintes. Minimiser la fréquence
des épandages et incorporer le fumier au sol selon les stratégies
recommandées.
-
Communication - Aviser tous les voisins quelques jours avant l'épandage
de fumier ou toute autre opération susceptible de les affecter
afin qu'ils aient la chance de s'adapter à la situation. Ces
échanges démontrent que l'agriculteur se préoccupe
de ses voisins et a de la considération pour eux, ce qui diminue
chez ces derniers le sentiment de frustration.
Que chaque agriculteur se fasse l'ambassadeur de l'agriculture dans
sa collectivité
Même s'il est important d'adopter des pratiques optimales, celles-ci
contribuent peu à apaiser les voisins qui ne comprennent pas et
n'apprécient pas les efforts et les investissements qui sont faits
pour assurer la qualité de l'environnement, ni l'apport de l'agriculture
à l'économie en général.
Le fait de recevoir le public dans le cadre d'une visite des fermes locales
ou de participer à une foire agricole ou à tout événement
communautaire sans lien avec l'agriculture est une occasion pour le producteur
de se faire connaître personnellement, de répondre aux questions,
d'expliquer ses pratiques et de tisser des liens avec sa collectivité.
Ce que peuvent faire les voisins qui ne sont pas agriculteurs
Quand un problème surgit, les voisins devraient s'adresser directement
à l'agriculteur et lui exposer leur perception de la situation
tout en faisant preuve d'ouverture d'esprit. Leur démarche devrait
viser, non pas de l'affrontement, mais la recherche d'une solution.
Les voisins non-agriculteurs ne sont pas à l'abri de plaintes
qui pourraient être formulées par des agriculteurs. Le vandalisme,
le vol, les intrusions sur la propriété, les dommages, les
droits de passage, les empiètements, les accusations non fondées
et les tentatives de nuire aux pratiques agricoles normales sont les sources
de tension les plus courantes.
Les voisins non-agriculteurs et les autres membres de la collectivité
peuvent adopter leurs propres « pratiques de gestion optimales »
de manière à réduire au minimum les mésententes
avec les agriculteurs. Voici des exemples :
- Acheter directement des producteurs aux installations d'auto-cueillette,
aux éventaires routiers et aux marchés de producteurs.
- Ramasser les débris sur les routes et dans les fossés
pour prévenir les bris d'équipement.
- Faire du bénévolat lors des événements
agricoles locaux.
- Reconnaître que les fermes sont des entreprises commerciales.
S'attendre à certains inconvénients.
- Quelle qu'en soit la raison, toujours demander l'autorisation avant
d'entrer sur la propriété d'un agriculteur. Le seul poids
d'une motoneige dans un champ peut contribuer à faire pénétrer
le gel plus profondément dans le sol et faire geler et endommager
les drains souterrains.
- Manifester des signes d'amitié en saluant les agriculteurs
au passage, en leur retournant des faveurs, en les invitant avec leur
famille à partager un repas.
- Se montrer patient quand on circule derrière des véhicules
de ferme.
- Aviser les voisins agriculteurs longtemps à l'avance si une
activité sociale est projetée, afin de leur laisser le
temps de modifier leurs activités dans les champs adjacents.
Ce que la collectivité peut faire
Une collectivité désireuse d'éviter les conflits
aura moins recours aux tribunaux, aux règlements restrictifs et
au zonage et davantage aux interventions informelles auprès des
agriculteurs et d'autres résidents locaux. Elle cherchera à
atténuer les conflits et à favoriser la médiation.
- Parrainer un marché d'agriculteurs, des visites de ferme, des
randonnées sur la ferme, des festivals et des foires agricoles
ou des événements sociaux mensuels qui favorisent les
interactions au sein de la collectivité.
- Appuyer l'enseignement de l'agriculture aux jeunes.
- Veiller à ce que les municipalités de l'Ontario consultent
les agriculteurs et communiquent avec le MAAARO avant d'adopter des
règlements qui pourraient avoir des répercussions sur
l'agriculture.
- Prendre en considération ce que l'agriculture fait pour la
collectivité en termes de création d'emplois, d'approvisionnement
en aliments sains, de recettes fiscales, d'habitat pour la faune.
- Encourager et souligner les pratiques agricoles qui préservent
le droit des voisins à la jouissance paisible de leur propriété.
- Quand surgissent des problèmes ayant trait à l'utilisation
des terres, favoriser la recherche de solutions qui, dans la mesure
du possible, satisfont les intérêts des deux parties.
-
- Établir un code de conduite relatif à la vie rurale
permettant aux non-agriculteurs qui songent à s'installer dans
la zone verte de le faire en connaissance de cause.
Loi de 1998 sur la protection de l'agriculture et de
la production alimentaire (LPAPA)
Il n'est pas toujours possible pour les gens de résoudre eux-mêmes
les conflits qui surgissent. La LPAPA a été adoptée
dans le but de garantir que les droits de tous les résidents des
milieux ruraux de l'Ontario soient respectés. Les plaintes formulées
officiellement qui n'ont pu être résolues par la médiation
sont portées en dernier recours devant la Commission de protection
des pratiques agricoles normales (CPPAN).
Cette loi protège les agriculteurs des plaintes portées
contre eux pour « nuisance » lorsque ces plaintes
font suite à des pratiques agricoles normales. La loi interdit
par ailleurs l'application de règlements municipaux qui auraient
pour effet de restreindre des pratiques agricoles normales.
Dans ce cas, « normales » ne signifie pas « traditionnelles »
ni « courantes ». Plusieurs critères servent
à déterminer ce qui constitue une pratique agricole normale,
mais tous ces critères doivent être conformes aux autres
lois provinciales dont les suivantes :
- Loi de 2002 sur la gestion des éléments nutritifs;
- Loi sur la protection de l'environnement, 1990;
- Loi sur les pesticides, 1990;
- Loi sur les ressources en eau de l'Ontario, 1990.
Sept sources de plaintes pour « nuisance »
La LPAPA identifie sept sources de perturbations ou de plaintes pour
nuisance pour lesquelles l'agriculteur est dégagé de toute
responsabilité, dans la mesure où la perturbation ou la
nuisance résulte d'une pratique agricole normale. Ce sont les bruits,
les odeurs, la poussière, la lumière, les vibrations, la
fumée et les mouches.
N'entrent pas dans les sources de nuisance protégées, les
activités qui pourraient être nocives ou dangereuses pour
des humains ou l'environnement.
Démarche pour porter plainte
Quand une plainte est formulée, chacun doit y mettre du sien
ou recourir à la médiation pour trouver une solution. Dans
certaines parties de la province, un comité consultatif local interviendra.
Dans d'autres cas, un agronome local du MAAARO et un bureau environnemental
du ministère de l'Environnement de l'Ontario (MEO) sont consultés.
Les agronomes du MAAARO proposent la suppression de la nuisance, la conciliation
et des services de médiation dans le cas des plaintes portant sur
des nuisances ou des règlements municipaux.
Moins de 1 % de l'ensemble des plaintes reçues par l'un ou
l'autre ministère sur des questions visées par la LPAPA
débouchent sur une audience en bonne et due forme devant la CPPAN.
Les audiences sont tenues dans les collectivités locales et peuvent
durer de une demi-journée à une semaine. Il faut habituellement
attendre 4-6 semaines pour connaître la décision rendue.
Pour plus d'information sur la LPAPA, voir les fiches techniques du MAAARO
portant les numéros 05-014, Les plaintes de nuisance et la Loi
sur la protection de l'agriculture et de la production alimentaire (LPAPA),
et 03-112, Lutte contre les odeurs sur les fermes d'élevage de
bétail et de volaille.
Loi de 2002 sur la gestion des éléments
nutritifs (LGEN)
La LGEN traite de l'entreposage et de l'épandage de matières
nutritives agricoles comme le fumier. Elle vise à protéger
les eaux et les sols des milieux ruraux et à fournir des directives
claires aux exploitants agricoles quant à ce qu'ils doivent faire
pour gérer les éléments nutritifs de manière
responsable et en conformité avec les nouvelles dispositions législatives.
On peut se renseigner sur la LGEN en consultant le site
Web du MAAARO ou en appelant la Ligne d'information sur la gestion des
éléments nutritifs au 1 866 242-4460. On trouve
également plus d'information sur les dispositions législatives
provinciales au www.e-laws.gov.on.ca.
Comités consultatifs locaux
Comme le fumier est souvent en cause dans les plaintes, la LGEN recommande
fortement la mise sur pied de comités consultatifs locaux. Ces
comités peuvent être extrêmement efficaces pour résoudre
des conflits et même, de manière proactive, pour ouvrir les
voies de communication et favoriser une conscientisation de nature à
prévenir les mésententes.
La LGEN précise que la plupart des membres du comité doivent
être des agriculteurs ou des représentants du monde agricole.
Chaque comité doit aussi compter au moins un membre non-agriculteur
et un représentant de la municipalité locale.
La LGEN autorise les comités consultatifs locaux à prendre
part :
- à la médiation et à la résolution de conflits;
- à l'éducation et aux consultations.
Les comités ne sont pas saisis des dossiers comportant des infractions
à la LGEN ou à d'autres lois.
Médiation et résolution de conflits -
Le travail de médiation est entamé quand la municipalité
reçoit des plaintes, que le MEO reçoit des rapports d'incidents
ou que des situations sont signalées au MAAARO. Quand la province
décide qu'un dossier doit être porté devant un comité
consultatif local, elle doit s'assurer que le plaignant accepte l'intervention
du comité. Toutes les médiations sont confidentielles.
Si la situation se révèle plus grave qu'il n'y semblait
au départ, le comité peut aviser le MEO et mettre un terme
au travail de médiation. Si le comité arrive à la
conclusion que la plainte est sans fondement, il cesse la médiation.
S'il estime que la plainte est fondée, il fera des recommandations
et rencontrera l'agriculteur et le plaignant dans le but de trouver un
terrain d'entente. Si la médiation ne donne satisfaction à
aucune des parties, ces dernières peuvent communiquer avec leur
municipalité ou demander d'être entendues par la Commission
de protection des pratiques agricoles normales (CPPAN).
Éducation et consultations -
Ces efforts visent à mieux faire comprendre aux non-agriculteurs
ce qu'est l'agriculture moderne et ce qu'elle apporte à la collectivité.
Les comités consultatifs locaux peuvent aussi fournir de l'information
au conseil sur les questions de gestion des éléments nutritifs,
notamment sur les permis de construire et les plans de situation.
Résumé
En fin de compte, la résolution de conflit nécessite la
participation de toutes les parties. Le moyen le plus efficace à
tous points de vue est de recourir aux bons vieux outils éprouvés
que sont la communication, la considération et le respect. Quand
les démarches informelles sont infructueuses, on peut maintenant
s'en remettre au cadre et aux processus prévus par la loi pour
résoudre les conflits locaux de manière constructive et
rapide.
Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
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