Cryptosporidium : Votre eau en contient-elle?


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 716
Date de publication : Avril 2004
Commande no. 04-016
Dernière révision : Avril 2004
Situation : En remplacement de la fiche technique n° 00-098 qui porte le même titre
Rédacteur : R. Fleming - ing /Université de Guelph; Le personnel du MAAARO


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Table de matières

  1. Qu'est-ce que le cryptosporidium?
  2. Mode de contamination
  3. Symptômes
  4. Prévalence chez le bétail
  5. Survie de l'oocyste
  6. Prévalence dans les eaux de surface
  7. Qui est à blâmer pour sa présence dans l'eau?
  8. Prévention chez les humains
  9. Mesures de contrôle sur les fermes
  10. Lectures suggérées

Qu'est-ce que le cryptosporidium?

Le Cryptosporidium est un parasite minuscule, un protozoaire, qui se reproduit à l'intérieur des humains et des animaux et qui provoque chez eux une maladie appelée cryptosporidiose. Ce parasite a été associé à d'importantes épidémies au Canada et aux États-Unis. On le trouve dans le système digestif et les voies respiratoires. Bien que l'organisme ait été identifié au début du XXe siècle, la cryptosporidiose n'a été découverte qu'en 1976. Cette maladie a causé d'importantes épidémies touchant des milliers de personnes.

On reconnaît six espèces de Cryptosporidium, mais C. parvum est celle qui pose le plus de risques pour l'humain et les éleveurs de bétail. Le parasite a un cycle biologique rapide : il peut se reproduire sur la paroi intestinale en moins de 12 heures.

Mode de contamination

Le cycle biologique de ce parasite se déroule dans un seul organisme mais se compose de plusieurs stades, dont celui de l'oocyste, qui est le stade infectant. L'oocyste mesure environ 4 µm (0,004 mm) de largeur, mais il est capable de se replier sur lui-même et de se faufiler dans des ouvertures plus petites, échappant ainsi à certains systèmes de filtration d'eau. Après s'être détachés de la paroi intestinale, les oocystes sont relâchés dans l'environnement par les déjections de personnes et d'animaux infectés. La contamination se fait par voie orale, les oocystes pénétrant dans la bouche du sujet, à la suite d'un contact de personne à personne ou de personne à animal, par exemple, ou encore par ingestion d'eau ou de nourriture contaminée.

La contamination est souvent attribuable à une hygiène déficiente. Le contact avec des toilettes, des couches, de la saleté ou des déjections animales est un mode courant de contamination. L'ingestion d'eau ou de nourriture contaminée est cependant celui dont on parle le plus.

Symptômes

L'infection chez l'humain peut se manifester par de la diarrhée, des crampes abdominales, des maux de tête, des nausées, des vomissements et une légère fièvre. Dans les cas les plus graves, les premiers symptômes peuvent persister et donner lieu à une perte de poids et à une déshydratation.

Ce ne sont pas toutes les personnes exposées au protozoaire qui tombent malades. Lorsque l'infection se manifeste, elle peut se résorber sans traitement de soutien. Il arrive souvent que des personnes infectées ne présentent aucun symptôme, mais elles peuvent quand même transmettre la maladie.

Les personnes ayant un système immunitaire déficient, sont les plus durement touchées par cette infection. Dans leur cas, les symptômes peuvent durer longtemps. Les personnes qui suivent une chimiothérapie, ont récemment eu une transplantation ou sont atteintes du SIDA, de même que les aînés et les jeunes enfants sont les personnes qui risquent le plus d'être durement touchées.

À ce jour, il n'existe aucun traitement précis contre la cryptosporidiose. La seule façon de soigner les personnes qui en sont atteintes consiste à s'assurer qu'elles ne se déshydratent pas et à traiter les symptômes de la maladie.

Chez les animaux, les symptômes sont semblables à ceux qu'on rencontre chez l'humain, et l'infection touche principalement les jeunes bêtes. Ainsi, les veaux sont généralement infectés avant l'âge de 6 semaines. D'ailleurs environ 25 % des veaux atteints de diarrhée entre l'âge de 5 jours et 1 mois sont infectés par le C. parvum. Les symptômes d'une infection grave comprennent une diarrhée aqueuse et jaunâtre (contenant parfois des traces de sang), une légère fièvre, la déshydratation et la léthargie. Les infections chroniques se caractérisent quant à elles par des selles partiellement moulées, peu ou pas de fièvre et une perte de poids. Les infections graves affectent les jeunes animaux et sont associées à une ingestion insuffisante de colostrum, à un troupeau trop nombreux et à un manque de propreté. L'infection peut subsister pendant des mois et il peut être excessivement difficile de s'en défaire.

Prévalence chez le bétail

De nombreuses études ont été réalisées sur la prévalence du C. parvum parmi les animaux de ferme à l'échelle de la planète. D'après ces études, dont une qui a été réalisée en Ontario en 1997, si suffisamment d'échantillons de fumier frais sont prélevés au cours d'une période assez longue, on retrouvera le Cryptosporidium au moins une fois dans plus de 50 % des fermes.

Diverses études menées dans des fermes d'élevage de bovins de boucherie et des exploitations laitières ont révélé que lorsqu'un grand nombre d'échantillons provenant de plusieurs fermes sont analysés, environ 25 % des échantillons réagissent positivement. Les troupeaux porcins sont également souvent infectés. L'étude effectuée en Ontario en 1997 a permis de déterminer qu'un quart environ de tous les échantillons de fumier de porc récoltés étaient contaminés par Cryptosporidium. En fait, on a décelé celui-ci au moins une fois chez 18 des 20 élevages de porcs testés (figure 1).

Prélèvement d'échantillons de fumier dans une porcherie au cours d'une récente étude en Ontario.

Figure 1. Prélèvement d'échantillons de fumier dans une porcherie au cours d'une récente étude en Ontario.

Survie de l'oocyste

Bien que la membrane de l'oocyste soit épaisse et qu'elle résiste à de nombreux produits chimiques comme le chlore, elle craint le séchage, la congélation et les rayons ultraviolets. Le séchage semble enrayer les oocystes en quelques heures. Une étude a révélé que 10 jours ou plus de congélation inactive plus de 90 % de ces parasites. Par ailleurs, ils peuvent survivre à des températures aussi élevées que 30 °C, pendant un maximum de 2 semaines, mais ne résistent pas longtemps à des températures supérieures à 55 °C, qui sont typiques du compostage. Une autre étude sur leur viabilité a démontré qu'un faible pourcentage des oocystes pouvaient subsister dans l'eau de surface jusqu'à au moins 6 mois. Ils peuvent survivre plusieurs mois dans une citerne à lisier, comme l'a permis de constater une étude effectuée en Ontario en 1999.

Prévalence dans les eaux de surface

Comme l'eau de surface est la principale source d'eau potable pour de nombreuses villes en Amérique du Nord, il est important de surveiller la prévalence du Cryptosporidium. Une étude sur les eaux de surface de l'Ouest des États-Unis a permis de découvrir que le Cryptosporidium se trouvait dans environ les trois quarts des échantillons prélevés. La plupart des études révèlent qu'entre 25 et 75 % des échantillons d'eau de surface contiennent au moins quelques Cryptosporidium. Les animaux sauvages comme les ratons laveurs, les cervidés et les souris sont des porteurs reconnus du parasite (figure 2).

Le Cryptosporidium provient de diverses sources et se retrouve souvent dans l'eau de surface.

Figure 2. Le Cryptosporidium provient de diverses sources et se retrouve souvent dans l'eau de surface.

Qui est à blâmer pour sa présence dans l'eau?

Le Cryptosporidium présent dans l'environnement peut provenir de sources fort variées. Les plus fréquentes sont les suivantes :

  • rejets des stations d'épuration des eaux usées;
  • rejets des égouts pluviaux municipaux;
  • ruissellement des fosses à fumier et des parcs d'engraissement;
  • raccordement illégal d'installations septiques domestiques à des drains souterrains se déversant dans des nappes d'eau de surface;
  • animaux sauvages;
  • ruissellement de champs sur lesquels on a épandu du fumier;
  • ruissellement de champs sur lesquels on a épandu des boues d'épuration;
  • excréments pénétrant dans un cours d'eau après que les animaux ont déféqué dans le cours d'eau ou à proximité de celui-ci;
  • autres sources d'eaux usées (p. ex., interception du panache de boues d'égout septiques par l'eau de surface ou décharges maritimes).

Une étude réalisée en Ontario en 1999 a révélé des niveaux nettement plus élevés de Cryptosporidium dans l'eau provenant du drainage souterrain de bassins hydrographiques sur lesquels se trouvait du bétail que dans celle provenant de bassins auxquels le bétail n'avait pas accès (figure 3). Cependant, on a retrouvé des organismes infectieux dans les eaux de drainage de ces derniers secteurs également. L'analyse d'un grand nombre d'échantillons peut avoir aidé à cerner un certain nombre de sources de contamination possibles, mise à part la contamination causée par la présence de bétail sur les bassins hydrographiques. On continue de réaliser des études pour déterminer ces influences.

 Le Cryptosporidium a été retrouvé dans les eaux de drainage souterrain, même dans les bassins versants où il n'y avait pas de bétail.

Figure 3. Le Cryptosporidium a été retrouvé dans les eaux de drainage souterrain, même dans les bassins versants où il n'y avait pas de bétail.

Prévention chez les humains

La meilleure façon de prévenir l'infection est de limiter le contact avec les déjections. Voici une liste de recommandations en ce sens :

  • Pour les travailleurs agricoles, accorder une grande importance à l'hygiène personnelle et à l'hygiène entre l'étable et la maison.
  • S'assurer que les enfants se lavent soigneusement les mains. Le Cryptosporidium parvum et d'autres agents pathogènes se retrouvent dans le fumier d'animaux. La sécurité à la ferme consiste aussi à limiter l'accès des jeunes enfants à l'étable ou à l'enclos.
  • Se laver les mains à l'eau savonneuse après avoir été à la toilette et après tout contact avec des couches, les animaux ou leurs excréments, après avoir travaillé dans la saleté ou touché des objets susceptibles d'avoir été en contact avec des matières fécales, ainsi qu'avant de préparer ou de servir de la nourriture.
  • Éviter de boire de l'eau de surface non traitée ou de l'eau d'un puits mal construit ou mal entretenu.
  • S'il y a risque qu'ils aient été en contact avec du fumier, laver soigneusement tous les fruits et légumes destinés à être mangés crus.
  • Pratiquer une hygiène personnelle appropriée lors du traitement d'animaux malades.
  • Obtenir des soins médicaux appropriés lorsque des humains ou des animaux sont aux prises avec des problèmes gastro-intestinaux persistants.
  • Vérifier la potabilité de l'eau de puits au moins une fois par année dans les milieux ruraux (plus souvent pour les puits de surface).
  • S'assurer que la tête de puits est bien construite pour limiter le risque que le puits soit contaminé par du fumier ou les installations septiques.

Mesures de contrôle sur les fermes

La meilleure façon d'éviter la contamination est de limiter la transmission par voie orale des oocystes chez les jeunes animaux. Comme l'oocyste résiste à la plupart des désinfectants, l'accent doit être mis sur la propreté et le maintien de la population de jeune bétail à un niveau raisonnable. Voici des recommandations pour prévenir la contamination par le Cryptosporidium et en restreindre les répercussions sur l'environnement :

  • Élever les jeunes animaux dans des milieux secs et propres. Dans le cas des exploitations laitières, élever les veaux dans des logettes séparées.
  • Séparer les animaux en santé des animaux malades et entreposer le fumier de ces derniers dans un endroit distinct.
  • Empêcher, dans la mesure du possible, la prolifération de rats et de souris car ces animaux peuvent être porteurs du parasite et leurs excréments peuvent être source de contamination.
  • Veiller à une consommation adéquate de colostrum.
  • Consulter un vétérinaire dans les cas de diarrhée persistante.
  • Lorsque de nouveaux animaux sont introduits dans le troupeau, s'assurer que le troupeau d'origine n'avait pas connu de problèmes de diarrhée persistante par le passé.
  • Mettre tous les animaux nouvellement achetés en quarantaine pendant 2 semaines afin de vérifier s'il est nécessaire de les décontaminer.
  • Recueillir et stocker le lisier dans des bassins ou réservoirs appropriés, et garder les eaux de ruissellement provenant des systèmes d'entreposage de fumier et des enclos.
  • Les installations d'entreposage de fumier sont régies par les articles 62 à 88 de la partie VIII du Règlement sur la gestion des éléments nutritifs (RGÉN).
  • Épandre le fumier de manière à réduire le plus possible les risques de contamination des eaux de surface ou des eaux souterraines.
  • Consulter le RGÉN pour déterminer la distance à respecter entre une eau de surface et le lieu d'application du fumier. Nul ne doit épandre de fumier à moins de 13 m d'une eau de surface, à moins que des précautions particulières aient été prises pour réduire le risque de ruissellement vers l'eau de surface.
  • Maintenir des zones tampon de végétation dans les champs qui sont adjacents à une eau de surface et qui reçoivent des épandages de fumier.
  • Les épandages sur les terres sont soumis aux articles 39 à 50 de la partie VI du RGÉN.
  • Après un épandage de fumier, attendre avant de réintroduire des animaux dans les champs ayant reçu des épandages; attendre 2 mois avant d'y laisser brouter des chevaux ou des bovins, et 6 mois avant d'y laisser brouter des porcs, des moutons ou des chèvres.
  • Après un épandage de fumier, attendre 3 semaines avant de récolter le fourrage, soit jusqu'à ce que tout signe de fumier ait disparu.
  • Voir les articles 51 et 52 de la partie VI du RGÉN pour connaître les périodes d'attente avant récolte et avant broutage.
  • Restreindre l'accès des animaux d'élevage aux eaux de surface.
  • L'accès des animaux d'élevage aux eaux de surface est régi par l'article 57 de la partie VII du RGÉN.

Lectures suggérées

Fleming, R., Hocking, D., Fraser, H. et Alves, D. Extent and magnitude of agricultural sources of Cryptosporidium in surface water. Rapport final présenté au Conseil de l'adaptation agricole, Guelph, dans le cadre du Programme national de conservation des sols et de l'eau, 1999; il est possible de télécharger ce document à partir de la page Web du Collège de Ridgetown.

Voir également :

  • Plan agro-environnemental de l'Ontario (voir le site web pour de l'information sur la Coalition écologique agricole de l'Ontario ou le site du MAAARO).
  • Les pratiques de gestion optimales – Les puits, BMP12F. Il est possible de commander les publications de cette série à partir du site du MAAARO.
  • Protocole de sélection d'un site et de construction dans le cadre du Règlement pris en application de la Loi de 2002 sur la gestion des éléments nutritifs et règlement de l'Ontario 267/03.

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca