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Lutte contre les odeurs sur les fermes d'élevage de bétail et de volaille
Table des matières
IntroductionEn Ontario, plus de la moitié des plaintes qui visent l'agriculture portent sur les odeurs. La Loi sur la protection de l'environnement ne prévoit aucune disposition au sujet de telles plaintes, à moins que les odeurs en cause n'engendrent des problèmes de santé. Le nombre des plaintes relatives aux odeurs provenant des fermes d'élevage est à la hausse. La tendance aux méga-exploitations dotées de systèmes de manutention du lisier ne fait qu'intensifier le problème. La présente fiche technique propose des méthodes pratiques qui aident à maîtriser les odeurs provenant des logements des animaux et des structures de stockage du fumier. Bien des techniques de lutte contre les odeurs ne coûtent rien de plus que le temps de l'exploitant. C'est notamment le cas de l'entretien assidu, de la bonne gestion du fumier, de la communication avec les voisins et du respect des distances minimales à observer pour l'emplacement des logements des animaux et des structures de stockage du fumier. Le tableau 1 donne des exemples de distances minimales à observer compte tenu de cinq facteurs dont le type d'exploitation, le mode de stockage du fumier et les aménagements présents ou projetés.
Si les mesures de prévention ne parviennent pas à apaiser les querelles au sujet des odeurs de ferme, il se peut qu'il faille recourir à la technologie pour remédier au problème. Les méthodes qui s'offrent peuvent être coûteuses et leur efficacité peut varier considérablement. Les méthodes de lutte contre les odeurs employées à l'heure actuelle visent notamment à empêcher la production d'odeurs, à empêcher l'émission et le transport des odeurs et à traiter les odeurs. Sources d'odeursLes odeurs associées aux déjections animales sont le fait de plus de 168 composés générateurs d'odeurs. Les composés les plus souvent en cause comprennent l'hydrogène sulfuré (odeur d'oeufs pourris) et l'ammoniac (odeur âcre et piquante). Les odeurs les plus désagréables sont attribuables à la décomposition anaérobie (sans air) de la matière organique mouillée comme le fumier, les aliments ou l'ensilage. Les températures douces (figure 1) favorisent la décomposition anaérobie et la production de mauvaises odeurs. Celles-ci proviennent essentiellement des logements des animaux, de la manutention du fumier, de l'ensilage, des cadavres d'animaux qu'on n'a pas éliminés convenablement et de la matière organique en décomposition. Trois paramètres servent à mesurer les odeurs : caractéristiques, force et occurrence. On exprime les caractéristiques d'une odeur par comparaison à une odeur connue comme l'odeur d'oeufs pourris ou de roses. La force de l'odeur a trait à la quantité d'air frais nécessaire pour la dissiper jusqu'à un seuil où on la détecte à peine. Quant à l'occurrence, il s'agit de la fréquence à laquelle l'odeur revient et de la durée pendant laquelle elle persiste.
Figure 1. Il peut y avoir libération d'odeurs nauséabondes dans l'air lorsque l'humidité, la matière organique et la chaleur sont propices. Dispersion des odeursLes odeurs peuvent se diffuser dans l'air, tel un gaz, ou être absorbées et transportées par des particules de poussières. Les odeurs ont tendance à stagner au même endroit les journées humides et sans vent. Le temps sec et venteux est au contraire propice à leur dispersion. Mauvaises odeurs et odeurs inacceptablesLe degré d'acceptabilité des odeurs de ferme dépend essentiellement de la fréquence des odeurs, de leur durée, de leur caractère agressant et de la sensibilité de chacun. Les voisins peuvent tolérer des odeurs fréquentes ou intenses si elles sont de courte durée et qu'elles ne sont pas persistantes. Par ailleurs, tout le monde n'a pas la même sensibilité aux odeurs ni la même perception de ce qu'est une odeur agressante. Les odeurs sont aussi affaire de contexte; une odeur sera jugée acceptable ou non selon les expériences, les souvenirs, les émotions et les perceptions visuelles de chacun. Si la ferme d'élevage est agrémentée d'un aménagement paysager, que l'ordre et la propreté y règnent, les odeurs ont plus de chances d'être acceptées, car le stress engendré par les odeurs est parfois davantage lié à l'idée qu'on se fait des odeurs qu'à leurs effets physiques réels. Moyens pratiques de se prémunir contre les plaintes relatives aux odeursEmpêcher la production d'odeurs par une bonne gestionNombreuses sont les mesures de gestion qui, à l'exemple des travaux ménagers, permettent de réduire la production d'odeurs sur la ferme :
Empêcher l'émission et le transport des odeursIl est impossible d'empêcher totalement la production d'odeurs sur une ferme. De ce fait, la plupart des méthodes de lutte contre les odeurs visent à faire en sorte que les odeurs restent ou se dissipent à l'intérieur des limites de la ferme, de façon à éviter le plus possible que les voisins immédiats aient matière à se plaindre. Les odeurs attribuables au fumier sec, c.-à-d. au fumier renfermant moins de 75 à 80 % d'eau, ne donnent généralement pas lieu à des plaintes. Par contre, un excès d'humidité dans le fumier peut engendrer des odeurs par la création de conditions anaérobie. Pour éviter de mouiller le fumier, on peut prendre les mesures suivantes :
Dans le cas des structures de stockage du lisier, l'intensité des odeurs générées s'accroît de façon directement proportionnelle à la surface exposée à l'air. Une structure de stockage couverte ne génère pratiquement pas d'odeurs. À capacité égale, une fosse circulaire en béton génère moins d'odeurs qu'une fosse à lisier en terre du fait que la surface exposée est moins grande. Prenons l'exemple d'un bâtiment d'élevage dont la capacité minimum de stockage du fumier serait de 1071 m3 (37 800 pi3). On pourrait utiliser une fosse circulaire en béton de 3,7 m (12 pi) de profondeur sur 21 m (69 pi) de diamètre; la surface exposée à l'air serait de 350 m2 (3740 pi2). Un modèle rectangulaire en terre de capacité équivalente, avec des parois intérieures inclinées selon une pente de 2,5:1, aurait une profondeur de 3,7 m (12 pi), une largeur de 24,4 m (80 pi), et une longueur de 42 m (138 pi). Sa surface exposée à l'air serait de 1025 m2 (11 040 pi2), soit presque trois fois celle de la fosse circulaire. La formation d'une croûte limite la surface de liquide qui est exposée et contribue à réduire les odeurs, comme le montre la figure 3. Lorsque les odeurs nauséabondes traversent la croûte ou la couverture perméable, le milieu humide aérobie qu'offre la croûte contribue à dégrader les odeurs. Des couvertures perméables flottantes qui imitent une croûte réduisent efficacement les odeurs. Il existe deux types de couvertures flottantes perméables : les couvertures naturelles et les couvertures artificielles. Les couvertures naturelles consistent habituellement en de la paille hachée ou de la mousse de tourbe qu'on pulvérise. Les couvertures naturelles ont tendance à couler après un certain temps. Certains travaux de recherche sont en cours sur la pulvérisation de paille et d'huile minérale pour aider la couverture à flotter plus longtemps. On trouve par ailleurs sur le marché des couvertures artificielles faites de géotextiles. Le fait de remplir les structures de stockage du lisier à partir du fond minimise l'agitation et préserve la croûte, ce qui contribue aussi à réduire les odeurs. Les aliments riches en fibres favorisent également la formation d'une croûte. Bien des fosses existantes peuvent être modifiées afin de pouvoir être remplies par le bas.
Figure 2. Formation d'une croûte à la surface d'une fosse à lisier
BiofiltresLes biofiltres destinés aux systèmes de ventilation des logements des animaux fonctionnent un peu sur le même principe que les couvertures flottantes. L'air expulsé du logement des animaux est filtré à la sortie afin d'être débarrassé des poussières et est pressurisé dans un plénum situé sous le biofiltre. L'air est ensuite forcé à travers une boîte renfermant habituellement un matériau filtrant à base de copeaux de bois, de mousse de tourbe ou de compost qui élimine de 60 à 80 % des odeurs. Comme le matériau filtrant a tendance à s'assécher sous l'effet du passage de l'air, il doit faire l'objet d'une vaporisation d'eau à fréquence régulière. On doit aussi remplacer le matériau filtrant tous les deux à cinq ans. De la poussière peut venir à obstruer certains biofiltres. Bien qu'efficaces pour limiter les odeurs, les biofiltres sont coûteux à installer et à faire fonctionner. Brise-ventDes arbres et d'autres brise-vent autour des structures de stockage du fumier peuvent contribuer à réduire l'agitation de la surface exposée au vent et peuvent promouvoir le mélange d'air à la verticale et la dilution des odeurs. Ces écrans freinent également le déplacement des odeurs vers les propriétés voisines. Les écrans visuels qu'offrent les arbres et autres brise-vent contribuent également à réduire le nombre de plaintes liées aux odeurs. Conditions intérieuresDans le cas du lisier, plus la teneur en matière sèche est faible, moins il se dégage d'odeurs. On peut réduire la teneur en matière sèche en veillant à ce qu'il se répande le moins possible d'aliments. La séparation des solides et des liquides peut aussi être très efficace pour réduire les odeurs. L'utilisation de ciment aux fumées de silice dans les logements des animaux réduit les odeurs et augmente la durabilité du béton. Ce ciment est cent fois plus fin que le ciment Portland. Pour peu que le ratio eau-ciment soit faible, la taille des pores dans le béton se trouve réduite à moins de 0,01 micron. Or, comme la bactérie E. coli fait normalement 1 micron de diamètre, les probabilités sont minces qu'elle pénètre dans le béton. Le béton à base de ciment aux fumées de silice devrait permettre une meilleure maîtrise des bactéries, être plus facile à nettoyer et produire moins d'odeurs. Dans le cas des systèmes de stockage temporaire du fumier dans les logements des animaux, les odeurs commencent à s'accumuler après quatre ou cinq jours. Elles atteignent un sommet après une vingtaine de jours. Dans la mesure du possible, il est recommandé pour limiter les odeurs, de transférer le fumier dans une structure de stockage à plus long terme au moins tous les sept jours et plus souvent si on le peut.
Traiter les odeursLorsque les méthodes employées pour contenir les odeurs sur la ferme ne suffisent pas, on peut recourir à des méthodes de traitement des odeurs. Il est possible de soumettre le fumier et autres matières organiques à un traitement biologique ou chimique visant à réduire les risques d'odeurs. Les traitements biologiques comprennent les systèmes aérobie (avec air) comme l'aération, et les systèmes anaérobie (sans air) comme les digesteurs anaérobie. D'autres méthodes comprennent l'utilisation d'additifs conçus pour modifier, réduire ou masquer les odeurs chimiquement ou biologiquement. L'aération consiste à introduire de l'air dans la fosse à lisier par agitation mécanique ou sous pression à l'aide de compresseurs ou de souffleries. La dégradation aérobie du fumier qui en résulte produit beaucoup moins d'odeurs. Ce procédé est cependant énergivore. La digestion anaérobie contrôlée (figure 3) accélère la dégradation biologique naturelle afin de créer des biogaz et un fumier biologiquement stable qui dégage peu d'odeurs. Sous des conditions contrôlées et à des températures élevées, la digestion anaérobie est plus complète. Elle crée des composés qui dégagent des odeurs, puis les convertit en biogaz inodores. Si les digesteurs commencent à peine à devenir rentables aux fins de la production de biogaz, ils s'avèrent par contre très efficaces au niveau de la réduction des odeurs.
Les cendres volantes sont actuellement mises à l'essai comme agent de stabilisation susceptible d'inhiber la production d'odeurs. Les cendres sont riches en calcium. Or, une fois ajouté au fumier, le calcium en élève le pH jusqu'à 12, niveau auquel cesse toute activité microbienne et où se fixent les composés sulfureux. Il faut compter environ 250 kg de cendres volantes/m3 (2,5 lb/gal imp.) de fumier. Le traitement, qui provoque au départ une forte odeur d'ammoniac, dure environ un mois. Un peu comme les cendres volantes, la chaux peut aussi servir à élever le pH du fumier dans le but de réduire les odeurs. Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique. Figure 3. Coupe transversale montrant de façon schématique le passage de fumier liquide depuis son entrepôt jusqu'au réservoir de gaz, en passant par un digesteur anaérobie.
Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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