Réduction des risques d'incendie à la ferme - Prévention de la propagation des flammes

Table des matières

  1. Compartiments résistant au feu
  2. Coupe-feu
  3. Séparation spatiale
  4. Propagation des flammes
  5. Considérations inhérentes au code de l'électricité
  6. Considérations applicables aux installations de chauffage

Les codes et/ou les normes de conception prescrivent des exigences minimales visant à protéger des vies humaines et le contenu des bâtiments agricoles. Les codes indiquent les matériaux de construction convenables à utiliser pour réduire le nombre de sources d'inflammation et réduire la vitesse de propagation des flammes à l'intérieur des bâtiments. Ils établissent des distances de séparation pour empêcher le feu de se propager d'un bâtiment à l'autre. Ces codes sont en place parce que la disposition des bâtiments et les matériaux de construction employés influencent considérablement les risques d'incendie associés à un emplacement en particulier.

On ne peut pas parler de sécurité-incendie sans parler de prévention, de précautions ni de méthodes. La prévention, comme le souligne cette section, traite des moyens d'empêcher la source d'inflammation initiale de se propager et des moyens d'empêcher le feu de gagner des zones adjacentes.

Séparation coupe-feu

Dans tout bâtiment, y compris dans les bâtiments d'élevage, un principe clé de sécurité-incendie consiste à aménager des séparations coupe-feu, c.-à-d. des barrières physiques indispensables pour empêcher les flammes de se propager à tout un bâtiment. Un mur, un plafond ou un plancher peut servir de séparation coupe-feu (figure 3.1). Il est fréquent qu'on combine plusieurs séparations coupe-feu pour entourer un espace donné et y contenir les flammes; on parle alors de compartiment résistant au feu.

Photo prise dans une porcherie, montrant une séparation coupe-feu en blocs de béton qui est toute noircie, mais qui a joué son rôle en empêchant les flammes de se propager au reste du bâtiment.

Figure 3.1. Exemple de séparation coupe-feu ayant joué son rôle dans une porcherie en empêchant le feu de se propager au reste du bâtiment. (Mention de source : R. Drysdale, Farm Mutual Reinsurance Plan)

Les murs, planchers et plafonds sont construits de différentes façons à l'aide de différents matériaux. La façon dont ces ensembles sont construits détermine le temps qu'il faudra au feu pour les brûler et passer d'un compartiment résistant au feu à un autre. Les murs, planchers et plafonds construits en tant que séparations coupe-feu doivent habituellement respecter un degré de résistance au feu donné.

Le degré de résistance au feu est une mesure de la durée pendant laquelle un ensemble bien construit et bien entretenu peut résister au feu. Dans le cas d'une séparation coupe-feu, le degré de résistance au feu indique le temps que le feu met pour passer d'un compartiment à l'autre (30 minutes, 1 heure, 2 heures, etc.).

Le tableau 3.1 donne des exemples de murs utilisés comme séparations coupe-feu dans les bâtiments d'élevage. Il est important de noter que le degré de résistance au feu d'un ensemble est fonction de la configuration des éléments structuraux. Le même élément peut se comporter différemment selon qu'il se trouve dans un mur ou au plafond.

Tableau 3.1. Degré de résistance au feu estimatif de différents ensembles1,2

Structure

Parois

Résistance au feu (minutes)

montants de bois de 38 mm x 89 mm (2 po x 4 po); entraxe de 400 mm (16 po)

contreplaqué de Douglas taxifolié de 11,0 mm (7/16 po), panneau de copeaux orientés (OSB) ou panneau gaufré (des deux côtés)

30

 

 

 

contreplaqué de Douglas taxifolié de 14,5 mm (9/16 po), panneau de copeaux orientés (OSB) ou panneau gaufré de 15,5 mm (5/po±) (des deux côtés)

35

 

montants de bois de 38 mm x 89 mm (2 po x 4 po); entraxe de 600 mm (24 po)

contreplaqué de Douglas taxifolié de 11,0 mm (7/16 po), panneau de copeaux orientés (OSB) ou panneau gaufré (des deux côtés) avec laine minérale entre les montants

30

 

 

 

panneau de gypse de 12,7 mm (1/2 po) (des deux côtés)3

35

montants de bois de 38 mm x 89 mm (2 po x 4 po); entraxe de 400 mm (16 po) ou de 600 mm (24 po)

panneau de gypse de type X de 15,9 mm (5/po) de chaque côté*

 

60

blocs de béton creux de 140 mm (5 ½ po) (agrégat de poids normal)

Le bloc constitue la paroi.

 

60

 

 

 

blocs de béton creux de 190 mm (7 ½ po) (agrégat de poids normal)

Le bloc constitue la paroi.

90

1Pour plus d'information sur le degré de résistance au feu des ensembles, voir le code du bâtiment de l'Ontario (Ontario Building Code).

2Le degré indiqué reflète la résistance au feu quand celui-ci s'attaque aux deux parois dans le cas d'un mur intérieur et quand il se propage de bas en haut dans le cas des planchers et des plafonds.

3Dans les bâtiments agricoles, utiliser les panneaux de gypse uniquement à certains endroits.

Source : Code national de construction des bâtiments agricoles, 1995.

*2006 Building Code – Supplementary Standards SB-3, p. 2.


Les séparations coupe-feu doivent être continues. Sauf pour les ouvertures percées dans la paroi extérieure d'un bâtiment, munir les ouvertures dans les séparations coupe-feu entourant un compartiment résistant au feu de dispositifs d'obturation convenables. Utiliser les matériaux de construction appropriés pour l'obturation coupe-feu de tous les interstices. Dans un certain nombre de situations où des ouvertures sont absolument nécessaires, des mesures particulières sont prises pour limiter la propagation des flammes à travers celles-ci. Voir la rubrique Protection ou obturation des ouvertures dans les séparations coupe-feu.

Croquis d'une séparation coupe-feu (vue de face) offrant un degré de résistance au feu d'une heure. La séparation coupe-feu est formée de montants de bois et d'un panneau de gypse de 15,9 mm (? po) de chaque côté des montants.

Figure 3.2. Exemple d'une séparation coupe-feu offrant un degré courant de résistance au feu d'une heure. Avant d'installer des panneaux de gypse dans des zones de forte humidité, prévoir la mise en place d'un pare-vapeur là où il pourra protéger le gypse.

L'aménagement à l'intérieur d'un bâtiment agricole d'un compartiment résistant au feu où loger les installations électriques et mécaniques est un bon exemple de séparation permettant d'empêcher la propagation du feu. Le matériel tel que les génératrices de secours ou les compresseurs des appareils de réfrigération peuvent surchauffer et déclencher un incendie. L'aménagement d'une séparation coupe-feu continue autour de ce matériel permet dans bien des cas de retarder suffisamment la propagation des flammes pour laisser le temps d'éteindre le feu avant que le reste du bâtiment n'y passe complètement.

Sauf pour des appareils de chauffage et de refroidissement bien précis, le CNCBA exige de plus qu'une séparation coupe-feu ayant un degré de résistance au feu d'au moins 30 minutes sépare du reste du bâtiment les appareils alimentés avec un carburant, les aires de séchage des récoltes et les locaux servant à la réparation du matériel. Le Comité consultatif technique de lutte contre les incendies à la ferme (le Comité) recommande de hausser le degré de résistance au feu à une heure pour les bâtiments qui renferment des entrepôts de carburant liquide ou des matériaux extrêmement combustibles comme le foin ou la paille.

Afin de réduire les pertes occasionnées par des incendies et comme pratique de gestion optimale, le Comité recommande de prêter une attention accrue à la construction et à l'entretien des séparations coupe-feu.

Compartiments résistant au feu

Un compartiment résistant au feu est un espace clos utilisable à l'intérieur d'un bâtiment, qui est séparé des autres parties du bâtiment. De nombreux codes précisent les dimensions maximales des compartiments résistant au feu, de manière à contenir des incendies correspondant à des risques précis à l'intérieur d'une zone et à protéger ainsi les personnes se trouvant ailleurs dans le bâtiment. Pour que le principe fonctionne, les cloisons entourant les compartiments doivent offrir une résistance au feu suffisante. Toutes les ouvertures et les pénétrations à travers ces cloisons doivent être protégées à l'aide de dispositifs d'obturation ou de coupe-feu affichant le degré de résistance au feu voulu. Le degré de résistance au feu nécessaire dépend de nombreux facteurs dont les dimensions du bâtiment et le type d'occupation.

Le CNCBA ne limite pas les dimensions des bâtiments agricoles, mais il précise que lorsque l'aire de plancher dépasse une aire maximale (tableau 3.2), le bâtiment doit être séparé en compartiments résistant au feu.

Tableau 3.2. Aires de plancher maximales pour les bâtiments agricoles à faible occupation humaine

Nombre d'étages

Aire de plancher maximale/étage

1

4 800 m(51 600 pi2)

2

2 400 m(25 800 pi2)

3

1 200 m(12 900 pi2)

Source : Code national de construction des bâtiments agricoles, 1995.


Étudier les bâtiments agricoles existants pour évaluer s'il est possible de réduire les dimensions des compartiments résistant au feu de manière à les rendre conformes aux limites d'aire de plancher indiquées dans le tableau 3.2.

Garder ces dimensions à l'esprit au moment de concevoir de nouveaux bâtiments. Pour un bâtiment d'élevage d'un étage, le CNCBA autorise, pour un compartiment résistant au feu, une aire maximale de 4 800 m(51 600 pi2). Si l'empreinte du bâtiment est supérieure à 4 800 m2, le défi du concepteur sera de maximiser l'efficacité globale du plan et d'atteindre les objectifs de sécurité relativement aux compartiments.

Par exemple, afin de respecter les exigences quant à l'aire maximale de chaque compartiment, si l'on divisait une grosse étable laitière à stabulation libre de 33 m (110 pi) de large x 198 m (650 pi) de long en deux compartiments, il faudrait ériger un mur coupe-feu à mi-longueur du bâtiment. Comme les allées qu'empruntent les vaches et le couloir d'alimentation central se situent dans l'axe longitudinal du bâtiment, un tel aménagement aurait pour effet de créer dans la séparation coupe-feu cinq grandes ouvertures de porte dotées des dispositifs d'obturation nécessaires (portes coupe-feu). Cet aménagement pourrait nuire à la circulation du matériel et des vaches ainsi que de l'air dans le bâtiment (figure 3.3).

Plan d'une grosse étable laitière à stabulation libre (198 m x 33 m) flanquée du centre de traite. L'étable est dotée d'un mur coupe-feu à mi-longueur du bâtiment. Cette configuration oblige à installer de multiples portes coupe-feu à même la séparation coupe-feu, afin de sceller chaque couloir de raclage et couloir d'alimentation.

Figure 3.3. Grosse étable laitière à stabulation libre dotée d'un mur coupe-feu à mi-longueur du bâtiment.

Pour ce qui est de la séparation coupe-feu, il est toujours préférable d'avoir plusieurs étables à stabulation libre d'une superficie de moins de 4 800 m(51 600 pi2) chacune, espacées d'au moins 30 m (100 pi) et reliées par des corridors. Un dispositif d'obturation (porte coupe-feu) situé au milieu de chaque corridor de communication permet de créer les compartiments résistant au feu exigés et d'éviter le plus possible d'entraver la circulation des vaches, du matériel et de l'air (figure 3.4).

Plan de deux grosses étables laitières à stabulation libre de

Figure 3.4. Les compartiments résistant au feu formés par plusieurs séparations coupe-feu ralentissent la propagation des flammes et facilitent l'extinction des incendies dans un complexe d'envergure comme celui-ci.

Pour atténuer les pertes attribuables aux incendies, le Comité recommande, comme pratique de gestion optimale, de créer des compartiments résistant au feu plus petits dans les bâtiments de ferme à l'aide de murs coupe-feu bien construits et de distances de séparation suffisantes.

Coupe-feu

Les coupe-feu constituent un autre aspect clé de la sécurité-incendie dans tout bâtiment, y compris dans les bâtiments agricoles. Les coupe-feu servent à empêcher les flammes de se propager à tout un bâtiment en leur opposant des barrières physiques dans des vides de construction.

Les coupe-feu sont habituellement situés dans les murs, les planchers, les plafonds et les vides sous-toit. On les construit normalement avec du bois d'œuvre d'une épaisseur d'au moins 38 mm (1 ½ po). Les coupe-feu situés dans des vides de construction doivent être conformes aux dispositions du CNCBA. Comme le précise le Ontario Construction Guide for Farm Buildings 2003, qu'on peut se procurer depuis le site www.orderline.com, les coupe-feu dans les bâtiments agricoles ont pour effet de confiner la propagation des fumées et des flammes à l'intérieur de zones circonscrites, de manière à laisser le temps aux occupants d'évacuer les lieux en cas d'incendie. Des coupe-feu bien installés empêchent aussi les rongeurs et les oiseaux d'accéder à ces mêmes vides de construction, ce qui prolonge la durée de vie utile des bâtiments en plus d'améliorer la sécurité-incendie. La figure 3.5 présente une vue en coupe d'un bâtiment d'élevage type de deux étages.

Croquis présentant une vue en coupe d'un poulailler de deux étages à ossature de bois montrant les séparations coupe-feu intégrées aux murs sous la forme de lisses doubles à la jonction des murs et du plafond.

Figure 3.5. Vue en coupe d'un bâtiment d'élevage de deux étages montrant l'emplacement des coupe-feu.

Les coupe-feu situés dans le vide sous-toit ralentissent la progression des flammes à cet endroit. Le CNCBA exige que les coupe-feu situés dans les vides sous-toit soient posés à intervalles d'au plus 30 m (100 pi) quel que soit le sens. Installer les coupe-feu de manière à ce qu'aucune ouverture ne permette au feu de passer rapidement d'une zone à une autre. Voici les revêtements habituellement utilisés dans la construction de coupe-feu :

  • panneaux de ciment;
  • tôles d'acier de 0,38 mm d'épaisseur (calibre 28 dans le système américain);
  • panneaux de gypse de 12,7 mm (½ po) d'épaisseur;
  • contreplaqués, panneaux de copeaux orientés (OSB) ou panneaux gaufrés de 12,5 mm (½ po) d'épaisseur, avec joints doublés du même matériau.
Les revêtements sont souvent posés sur l'une des deux faces d'une ferme dans le vide sous-toit (figure 3.6). Le fabricant des fermes peut, au besoin, fournir des directives précises. Dans tous les cas, il est important que les joints soient doublés du même matériau et scellés de manière à créer une barrière étanche aux courants d'air qui s'opposera au passage des fumées et des flammes.

Photo du plafond de l'intérieur d'une étable à veaux en construction. On voit un revêtement intermédiaire formé de panneaux OSB qui a été posé dans le vide sous-toit, sur l'une des deux faces d'une ferme, tous les 30 m (100 pi) sur la longueur du bâtiment, afin de créer des barrières étanches aux courants d'air qui s'opposeront au passage des fumées et des flammes dans l'éventualité d'un incendie.

Figure 3.6. Exemple de coupe-feu dans le vide sous-toit d'une étable à veaux en construction.

Les coupe-feu dans les vides sous-toit comptent parmi les éléments de construction les plus négligés dans les bâtiments d'élevage. Prêter une attention particulière à la rigidité de la construction étant donné qu'il s'agit d'un élément qui joue le rôle capital de ralentir la propagation du feu. Si des fils, des canalisations ou des conduites traversent le coupe-feu, il est important de boucher les interstices ainsi créés à l'aide d'un produit calfeutrant résistant au feu. L'on s'attend d'un coupe-feu qu'il freine la propagation des flammes pendant au moins 15 minutes.

Malheureusement, la progression rapide des incendies dans plusieurs porcheries de l'Ontario serait attribuable à des vides sous-toit dépourvus de coupe-feu adéquats ou encore pourvus de coupe-feu en mauvais état. La figure 3.7 montre un coupe-feu qui, en raison de l'ouverture qui y a été pratiquée, ne pourrait plus jouer son rôle de ralentir la propagation du feu d'un compartiment à l'autre du vide sous-toit.

Photo montrant une ouverture qui a été pratiquée dans une séparation coupe-feu du vide sous-toit d'un bâtiment d'élevage dans le but de permettre la circulation des personnes d'un compartiment à l'autre du vide sous-toit. Cette ouverture compromet l'efficacité du coupe-feu à contenir un incendie, car le coupe-feu ne joue plus son rôle de restreindre le passage des fumées et des flammes.

Figure 3.7. Coupe-feu dans un vide sous-toit dont l'efficacité à contenir un incendie est compromise par l'ouverture qui y a été pratiquée (indiquée par la flèche). (Mention de source : Randy Drysdale, Farm Mutual Reinsurance Plan)

Protection ou obturation des ouvertures dans les séparations coupe-feu

En vertu du code du bâtiment de l'Ontario (Ontario Building Code) et du CNCBA, toute ouverture permanente dans une séparation coupe-feu, comme une porte ou une fenêtre, doit être dotée d'un dispositif d'obturation. Un tel dispositif comprend toute la quincaillerie, les dispositifs d'obturation, les bâtis et les ancrages permettant la fermeture de l'ouverture, qu'il s'agisse d'une porte, d'un volet, de verre armé ou de brique de verre.

Le dispositif d'obturation doit se fermer automatiquement en cas d'incendie, de manière à sceller l'ouverture (p. ex., porte-rideau en métal dotée d'un élément fusible). La figure 3.8 montre une porte-rideau coupe-feu commandée par un élément fusible. Sous l'effet d'une élévation de la température, comme lors d'un incendie, l'élément fusible fond, ce qui déclenche la fermeture de la porte destinée à protéger le compartiment adjacent. Faire inspecter annuellement tous les éléments fusibles afin de déceler les signes de détérioration prématurée. Veiller à ce que cette inspection soit réalisée par une personne compétente.

Photo d'une porte-rideau entre deux compartiments d'un bâtiment. Par la porte, qui est à moitié relevée, on aperçoit un incendie qui fait rage dans le compartiment adjacent.

Figure 3.8. Porte-rideau se fermant automatiquement en cas d'incendie afin de protéger un compartiment adjacent. (Mention de source : Cornell Iron Works Inc., Pennsylvanie)

Les orifices de ventilation dans les bâtiments agricoles ventilés naturellement présentent un défi pour les concepteurs qui cherchent à maximiser les caractéristiques de sécurité-incendie d'un bâtiment. Ces bâtiments possèdent de grandes ouvertures dans les murs latéraux. Celles-ci assurent la circulation d'air nécessaire à l'intérieur, de manière à procurer aux animaux un milieu confortable à la belle saison. Au cours d'un incendie, ces grandes ouvertures continuent à jouer leur rôle de laisser entrer de l'air frais, mais cet apport d'oxygène contribue à alimenter le feu. Ces ouvertures béantes dans les murs compliquent également les choses à la jonction de deux bâtiments, en raison des risques de propagation des flammes.

Pour prévenir la propagation des flammes, il est primordial de choisir judicieusement l'emplacement des séparations coupe-feu dans de tels bâtiments. Le mur qui est immédiatement adjacent à la séparation coupe-feu doit être un mur plein dépourvu d'orifices de ventilation dont le rôle sera, en cas d'incendie, de faire obstacle au feu. Un autre moyen d'empêcher le feu de s'étendre est d'installer les séparations coupe-feu dans les corridors reliant les bâtiments et à une distance suffisante des autres ouvertures (figures 3.9 et 3.10).

Plan montrant un emplacement inacceptable de la porte coupe-feu dans une étable laitière à stabulation libre. La porte est située à l'intersection de l'étable et du corridor menant au centre de traite. Cet emplacement permettrait à un incendie qui se serait déclaré dans l'étable de se propager facilement au-delà de la porte au corridor adjacent.

Figure 3.9. Emplacement de porte coupe-feu inacceptable, les flammes pouvant facilement se propager au delà de la porte.

Plan montrant un emplacement acceptable de la porte coupe-feu dans une étable laitière à stabulation libre. La porte est située au milieu du corridor, à 15 m de la jonction entre le corridor et l'étable. Si un incendie venait à se propager au corridor, la porte coupe-feu permettrait ici de l'arrêter et de protéger ainsi le compartiment adjacent.

Figure 3.10. Emplacement de porte coupe-feu acceptable, car les flammes ne peuvent pas se propager facilement au delà de la porte.

Afin de réduire les pertes occasionnées par des incendies et comme pratique de gestion optimale, le Comité recommande de prêter une attention accrue aux coupe-feu.

Séparation spatiale

Le feu se propage par convection, par conduction, par rayonnement et/ou par contact direct avec les flammes. Le principe d'une séparation spatiale réduit les risques de voir le feu se propager par rayonnement aux bâtiments adjacents.

Le rayonnement est le transfert de chaleur qui s'effectue des flammes et des surfaces très chaudes aux objets qui se trouvent sur la trajectoire directe de la source de chaleur. Plus la source de chaleur est chaude et plus il y a de chaleur qui s'en dégage, plus grand est le transfert de chaleur par rayonnement aux objets qui y sont exposés. À plus petite échelle, dans la vie de tous les jours, le rayonnement se compare au transfert de chaleur qui s'effectue lorsqu'un foyer au gaz réchauffe toute une maison.

Le feu se propage par rayonnement à des bâtiments voisins quand des matériaux à proximité absorbent suffisamment de chaleur pour que le feu commence à couver et qu'un nouveau foyer d'incendie se déclare. Une distance de séparation suffisante entre les bâtiments contribue à réduire au minimum les transferts thermiques entre le foyer d'incendie et les surfaces des bâtiments adjacents. Cette distance donne la chance aux pompiers d'arroser les surfaces d'un bâtiment adjacent pour en abaisser la température.

Il est plus efficace et plus pratique d'intégrer les séparations spatiales recommandées pour les bâtiments de ferme au moment de la conception et de l'implantation, avant le début des travaux de construction (tableau 3.3).

Tableau 3.3. Séparations spatiales recommandées par le Comité entre des bâtiments agricoles (en fonction de leur facteur de risque)

Risque élevé

Bâtiments où sont entreposés des matériaux inflammables comme des carburants.

  • Séparer la pièce ou le bâtiment des autres bâtiments de ferme par une distance d'au moins 45 m (148 pi) ou par une séparation coupe-feu ayant un degré de résistance au feu de deux heures (c.-à-d. par des murs extérieurs).

Risque faible

 

Poulaillers, porcheries, étables laitières et autres bâtiments abritant des animaux ou non, entrepôts de pesticides, de foin, de paille et d'aliments, hangars à machinerie où ne sont pas entreposés des carburants.

  • Séparer ces endroits des autres bâtiments de ferme par une distance d'au moins 30 m (100 pi) ou par une séparation coupe-feu ayant un degré de résistance au feu d'une heure (c.-à-d. par des murs extérieurs).

Endroits particuliers

 

  • Locaux techniques : Les séparer du reste du bâtiment par une séparation coupe-feu ayant un degré de résistance au feu d'une heure.
  • Bureaux, salles du personnel, toilettes et couloirs menant à des issues : En revêtir les parois de matériaux à faible indice de propagation des flammes et à faible indice de dégagement des fumées. Protéger ces endroits à l'aide de détecteurs de fumée/avertisseurs de fumée et les doter d'une issue directe sur l'extérieur.
  • Un bâtiment agricole à faible occupation humaine ne doit pas avoir de vocation résidentielle. Si tel est le cas, déplacer les aires résidentielles dans un bâtiment indépendant conçu pour cet usage.

Le Comité recommande comme pratique de gestion optimale que les nouveaux bâtiments soient situés à une distance d'au moins 30 m (100 pi) des limites de terrain afin de protéger les bâtiments des propriétés voisines.

Propagation des flammes

Il est important de comprendre comment le feu se propage. Les compartiments résistant au feu circonscrivent le feu à certains endroits, mais les concepteurs s'efforcent aussi de réduire la vitesse à laquelle les flammes et les fumées se propagent à l'intérieur d'un même compartiment. En ralentissant la progression d'un incendie à l'intérieur d'un compartiment, on laisse plus temps aux occupants pour évacuer les lieux et on augmente les chances que le feu puisse être maîtrisé à l'arrivée des pompiers. Le choix des matériaux de revêtement intérieur influence considérablement la vitesse de propagation des flammes au sein de chaque compartiment.

Choix des matériaux

La disponibilité de nouveaux matériaux pour la construction des bâtiments d'élevage laisse plus de choix que jamais aux concepteurs, aux constructeurs et aux exploitants dans la sélection des revêtements. Choisir pour les revêtements intérieurs des matériaux à faible indice de propagation des flammes qui sont incombustibles (p. ex., des surfaces de béton ou de carreaux de céramique et, dans une moindre mesure, d'acier). Quand l'acier est exposé à une forte chaleur, il se déforme et des espaces d'air peuvent s'ouvrir à l'emplacement des joints entre les tôles, ouvrant du coup une brèche par où le feu peut pénétrer dans la cavité du mur ou du plafond. La plupart des matériaux de construction dégagent en quantités variables des fumées et des gaz délétères. Même si bien des matériaux de plastique et de vinyle affichent un faible pouvoir propagateur de flammes, il reste que ces matériaux fondent très rapidement lorsqu'ils prennent feu. S'ils sont utilisés sur les murs et les plafonds sans être accolés à un endos comme un panneau de gypse, le produit déformé par la chaleur ouvre des brèches par où le feu peut se propager rapidement dans les cavités murales et les vides sous-toit (figure 3.11).

Photo montrant un angle formé par les murs et le plafond d'un bâtiment où le revêtement en vinyle a été déformé par la chaleur évacuée par une pompe à vide. Le revêtement de vinyle a perdu sa couleur et s'est déformé tout comme le vinyle posé au plafond. Il s'est créé une brèche par qui expose le vide sous-toit.

Figure 3.11. Revêtement en vinyle déformé par la chaleur au plafond. L'absence d'endos au vinyle ouvre une brèche donnant sur le vide sous-toit. (Mention de source : R. Drysdale, Farm Mutual Reinsurance Plan)

Les matériaux de revêtement contribuent à la propagation des flammes à des degrés divers. Ces matériaux dégagent des quantités variables de fumée lorsqu'ils brûlent. Le tableau 3.4 est une synthèse des caractéristiques de quelques matériaux servant couramment de revêtements.

Tableau 3.4. Classement de matériaux de construction courants en fonction de leur indice de propagation des flammes et de leur indice de dégagement des fumées

Type de construction

Indice de propagation des
flammes
(IPF)1

Indice de dégagement des fumées

(IDF)2

Remarque

Mur-sandwich de béton, blocs de béton

-

-

Incombustible.

Murs – Constitués d'une ossature murale à montants ou à poteaux, d'isolant et des matériaux suivants sur la face intérieure :

Mur-rideau latéral

Élevé

Élevé

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Revêtement de vinyle

Faible

Élevé

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Fibre de verre sur contreplaqué

Faible

Faible

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Panneau de polyéthylène (« puckboard »)

Faible

Élevé

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Plafonds – Habituellement formés de fermes de toit à entraxes de 1 200 mm (48 po), d'isolant de fibre de verre (ou l'équivalent) et des matériaux suivants sur la face intérieure :

Vinyle

Faible

Élevé

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Feuille de PVC ondulé

Faible

Élevé

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Panneau de fibre de verre ondulé

Faible

Faible

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Métal peint/galvanisé

-

-

Incombustible; voir la note sous le tableau.

Contreplaqué peint

Élevé

Élevé

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

Polyéthylène tissé

Élevé

Élevé

Certains produits de marque sont traités de manière à réduire l'IPF et l'IDF; consulter le fabricant.

1L'IPF s'inscrit dans un système de classement de différents matériaux et sert à indiquer jusqu'à quelle distance les flammes se propageront en un laps de temps donné.

2L'IDF indique les concentrations de fumée générées par la combustion des matériaux.

Nota : Le CNCBA exige que les matériaux isolants en mousse plastique soient protégés ou recouverts. Il est interdit de laisser de la mousse plastique exposée dans les endroits occupés par des humains et des animaux étant donné que de nombreux isolants en mousse plastique peuvent accidentellement prendre feu au contact d'une étincelle ou d'autres sources d'inflammation. Une fois que la mousse a pris feu, les humains et les animaux sont en danger, car la mousse produit rapidement des flammes et une fumée toxique. Des panneaux de contreplaqué pour emploi extérieur et des tôles d'acier galvanisé sont deux matériaux de recouvrement convenables étant donné qu'ils procurent des niveaux de protection acceptables contre les incendies, qu'ils sont durables et qu'ils résistent à l'humidité.


Les matières plastique dégagent des gaz très nocifs quand elles brûlent. À des températures très élevées, les gaz qui se dégagent peuvent provoquer l'embrasement éclair de tout le local et augmenter ainsi la vitesse de propagation des flammes.

L'installation de gypse dans les zones de forte humidité, comme les bâtiments d'élevage, n'est pas recommandée en raison même de la présence de niveaux d'humidité élevés dans les logements pour animaux. Là où l'on pose du gypse, il convient d'installer un pare-vapeur au bon endroit de manière à protéger le gypse de la forte humidité.

Le gypse peut être utilisé dans les espaces d'un bâtiment d'élevage qui sont secs et qui n'abritent pas d'animaux. Par exemple, utiliser deux épaisseurs de gypse résistant au feu pour revêtir l'intérieur d'un local technique afin d'obtenir une séparation coupe-feu. Un incendie qui se déclarerait à cet endroit mettrait alors plus de temps à se propager au reste du bâtiment, ce qui laisserait davantage de temps pour l'évacuation et les interventions d'urgence.

Dans les milieux hostiles (humides et corrosifs), choisir des revêtements durables qui, souvent, ont un plus grand degré de résistance au feu (comme les panneaux de béton, les murs-sandwiches, les panneaux de contreplaqués enduits de fibre de verre).

Considérations inhérentes au code de l'électricité

Il existe neuf recommandations clés pour atténuer les répercussions d'une atmosphère corrosive sur les parties des bâtiments abritant des animaux ou des volailles.

  1. Utiliser des fils de cuivre dans tous les conducteurs et ensembles de câbles.
  2. Partout, recourir à des méthodes de câblage convenables dans les aires abritant des animaux ou des volailles. Assurer une ventilation suffisante des aires abritant des animaux. Dans la plupart des bâtiments d'élevage, l'atmosphère peut à l'occasion être fortement chargée d'humidité et le sol peut être mouillé en raison des activités de nettoyage effectuées périodiquement à l'aide de systèmes de lavage haute pression.
  3. Dans les locaux abritant des animaux ou des volailles, installer uniquement le matériel électrique indispensable. Installer les coffrets à fusibles ou boîtes de disjoncteurs uniquement à des endroits qui sont bien séparés des lieux de confinement des animaux, qui sont alimentés en air frais et sec et qui sont soumis à une régulation de la température (p. ex., bureaux, locaux techniques).
  4. Pour le câblage du matériel et des appareils d'éclairage qui sont indispensables dans les aires abritant des animaux, utiliser dans la mesure du possible des connecteurs anti-corrosion. Cette précaution élimine la nécessité d'utiliser certaines des prises de courant, ce qui réduit le nombre de points de défaillance possible dans le réseau électrique.
  5. Lorsqu'il faut absolument utiliser des appareils d'éclairage portatifs ou du matériel branché à des prises de courant, utiliser des rallonges souples, des capuchons de connexion et des prises de courant approuvés pour le type d'environnement. On trouve à la figure 3.12 des exemples de capuchons de connexion à l'épreuve de l'eau.

Photo de huit modèles différents de capuchons de connexion jaunes à l'épreuve de l'eau sur fond bleu.

Figure 3.12. Capuchons de connexion à l'épreuve de l'eau. Le capuchon peut servir à protéger autant l'extrémité mâle que l'extrémité femelle de la rallonge. (Mention de source : Office de la sécurité des installations électriques)

  1. Au lieu d'utiliser une prise de courant, enlever le capuchon de connexion et relier directement la rallonge flexible de l'appareil au circuit à l'aide d'un connecteur de boîte approuvé pour le type d'environnement (figure 3.13). Voilà la pratique recommandée pour éliminer les points de défaillance et réduire les coûts d'installation.

Photo d'une lampe à rayons infrarouges suspendue au plafond en bois et branchée à une prise électrique à l'épreuve de l'eau au moyen d'une rallonge pourvue d'un capuchon de connexion, également à l'épreuve de l'eau, qui permet de débrancher l'appareil d'éclairage.

Figure 3.13. Lampe à rayons infrarouges branchée directement à une prise électrique à l'épreuve de l'eau au moyen d'une rallonge pourvue d'un capuchon de connexion, également à l'épreuve de l'eau, qui permet de débrancher l'appareil d'éclairage. Au débranchement de l'appareil, le capuchon est replacé sur l'extrémité femelle de la rallonge, de manière à protéger celle-ci de la corrosion.

  1. S'abstenir d'utiliser des rallonges électriques comme câblage permanent.
  2. Le code de l'électricité de l'Ontario exige que les fils électriques situés dans les murs et vides sous-toit soient protégés des rongeurs.
  3. Dans les parties des bâtiments d'élevage où sont mis en œuvre des procédés particuliers, comme la manutention ou le broyage du grain, des conditions supplémentaires s'appliquent. Le code de l'électricité de l'Ontario précise que le matériel utilisé dans de tels lieux doit respecter les exigences ayant trait à la poussière et aux risques d'explosion.

Considérations applicables aux installations de chauffage

Le Programme de la sécurité des combustibles de la CNTS administre les services de sécurité relatifs aux combustibles destinés à assurer la sécurité du transport, de l'entreposage, de la manipulation et de l'utilisation des combustibles hydrocarbonés (c.-à-d., l'essence, le diesel, le propane et le gaz naturel) en Ontario.

  • Veiller à ce que tout aérotherme non ventilé (appareil à air pulsé en forme de boîte) suspendu dans un bâtiment d'élevage puisse résister à l'eau et à la corrosion. Fixer l'aérotherme au plafond à l'aide de quatre chaînes pour palan ayant chacune leur propre ancrage (figure 3.14). 

Photo d'un aérotherme solidement fixé à l'aide de quatre chaînes pour palan. La photo montre des traces de carbonisation laissées sur les canalisations électriques par un robinet de gaz défectueux.

Figure 3.14. Aérotherme solidement fixé à l'aide de quatre chaînes pour palan. La photo montre des traces de carbonisation laissées sur les canalisations électriques par un robinet de gaz défectueux. (Mention de source : R. Drysdale, Farm Mutual Reinsurance Plan)

  • Respecter le dégagement requis pour l'aérotherme. Cette donnée est indiquée bien clairement sur l'appareil même.
  • Utiliser de la peinture jaune vif pour peindre les conduites de gaz naturel ou de propane qui traversent le bâtiment, afin de bien les voir et d'éviter ainsi de les endommager accidentellement.
  • Installer des bornes de protection (butoirs) pour empêcher les véhicules de heurter les robinets de gaz naturel exposés.
  • Aligner les extrémités des réservoirs de propane dans le sens du bâtiment, à au moins 3 m (10 pi) de celui-ci. Si le réservoir se trouve à proximité d'une allée de voitures ou d'un stationnement, le protéger par des bornes de protection.
  • Le CNCBA exige que tous les appareils alimentés avec un carburant soient situés dans une pièce distincte, séparée du reste du bâtiment par une séparation coupe-feu ayant un degré de résistance au feu d'au moins 30 minutes.

Le Comité recommande comme pratique de gestion optimale de construire un mur coupe-feu ayant un degré de résistance au feu d'une heure entre le local abritant un appareil alimenté avec un carburant et le reste du bâtiment.

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 22 novembre 2012
Dernière révision : 22 novembre 2012