Gestion des sols : Réduction des pertes de matière organique

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Publication 811 : Guide agronomique des grandes cultures > Gestion des sols


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Table de matière

Réduction de l'érosion du sol

La plupart des terres agricoles sont sujettes à une certaine forme d'érosion. La texture du sol, l'intensité des précipitations, le gradient et la longueur de la pente ainsi que les pratiques culturales comme les rotations et les méthodes de travail du sol sont autant de facteurs qui ont une incidence sur l'érosion. Il est possible de réduire la quantité de sol perdu d'un champ ou de lutter contre ce type d'érosion grâce à plusieurs mesures déjà mentionnées dans ce chapitre. Le travail minimal du sol, le semis direct, un drainage amélioré et la rotation des cultures, y compris le recours à des cultures couvre-sol, peuvent contribuer grandement à réduire l'érosion due au vent ou à l'eau. Le tableau 8-13, Méthodes de lutte contre l'érosion, dresse la liste de diverses méthodes permettant de lutter contre l'érosion hydrique et éolienne ainsi que l'érosion causée par le travail du sol.

Dans certains cas, ces mesures sont insuffisantes, particulièrement lorsque l'écoulement de l'eau est concentré. On doit alors avoir recours à d'autres méthodes de conservation des sols. Il est souvent nécessaire d'aménager des ouvrages qui permettent d'intercepter l'eau pouvant causer une ravine ou une rigole dans un champ. Ces ouvrages exigent moins d'entretien s'ils sont combinés à un travail réduit du sol ou au semis direct. L'amélioration des techniques de travail du sol et des pratiques culturales peut également réduire la taille des ouvrages requis. On peut aussi avoir recours à la culture en bandes alternantes pour protéger le sol de l'érosion hydrique; il s'agit d'un système selon lequel une bande de culture sarclée fait alternance avec une bande de culture fourragère ou céréalière. Si l'on combine des techniques de travail du sol qui permettent sa conservation avec une culture en bandes alternantes, on augmentera alors la largeur des bandes.

Pour plus d'information, voir les fascicules suivants : Les pratiques de gestion optimales : Gestion du sol, commande no BMP06F, Les pratiques de gestion optimales : Grandes cultures, commande no BMP02F, ainsi que le site Web du MAAARO, à www.ontario.ca/cultures.

Tableau 8-12. Points à considérer dans le choix des rotations de cultures
Culture Culture précédente
Maïs Soya Cultures fourragères
Maïs
  • Baisse de rendement
  • Chrysomèle des racines du maïs
  • Pyrale du maïs
  • Limaces pouvant causer des dommages en semis direct
  • Hanneton européen (sur les sols à texture légère)
  • Vers fil-de-fer après gazon de graminées
Soya
  • Limaces pouvant causer des dommages en semis direct
  • Baisse de rendement
  • Nématode à kyste du soya
  • Maladies des racines
  • dégradation du sol
  • Échappées de mauvaises herbes parfois difficiles à maîtriser
  • Limaces pouvant réduire la densité du peuplement
Fourrages
  • Résidus abondants pouvant interférer avec la mise en place de la semence en semis direct
  • Risque de rémanence d'herbicides
  • Risque d'augmentation des maladies des fourrages
  • Autotoxicité de la luzerne favorisée par les maladies
Céréles de printemps
     
  • Vers fil-de-fer après prairies de graminées
Céréales d'automne
  • Risque accru de fusariose
  • Hanneton européen (sur les sols à texture légère)
  • Échappées de mauvaises herbes
  • Croissance réduite en semis direct avec chiendent
Haricots secs comestibles
  • Pourriture à sclérotes
  • Pourritures des racines
  • Nématode à kyste du soya (parfois)
  • Échappées de mauvaises herbes
  • Limaces en semis direct
  • Limaces pouvant causer des dommages en semis direct
Canola
  • Limaces pouvant causer des dommages en semis direct
  • Récolte trop tardive pour les semis de canola d'automne
  • Risque de rémanence des herbicides
  • Pourriture à sclérotes
  • Risque de rémanence des herbicides
  • Limaces pouvant réduire la densité du peuplement
Légende : Recommandé Prudence

 

 
Culture Culture précédente
Céréales de printemps Céréales d'automne Haricots secs comestibles Canola
Maïs
  • Résidus lourds en semis direct pouvant retarder l'assèchement et le réchauffement du sol
  • Résidus abondants en semis direct pouvant retarder l'assèchement et le réchauffement du sol
 
  • Risque de répercussions négatives sur la croissance
Soya
  • Limaces et retard dans les semis pouvant nuire au semis direct
  • Limaces et retard dans les semis pouvant nuire au semis direct
  • Tétranyques suivant la culture couvre-sol de trèfle
  • Pourriture à sclérotes
  • Dégradation du sol
  • Nématode à kyste du soya (parfois)
  • Pourriture à sclérotes
  • Risque de répercussions négatives sur la croissance
Fourrages
       

Céréles de printemps

  • Maladies foliaires
  • Baisse de rendement
  • Maladies foliaires
  • Baisse de rendement
 
  • Risque d'un léger ralentissement de la croissance
Céréales d'automne
  • Piétin-échaudage
  • Maladies des feuilles
  • Piétin-échaudage
  • Maladies foliaires
  • Baisse de rendement
 
  • Risque d'un léger ralentissement de la croissance

Haricots secs comestibles

  • Limaces pouvant causer des dommages en semis direct
  • Limaces pouvant causer des dommages en semis direct
  • Baisse de rendement
  • Pourriture des racines
  • Pourriture à sclérotes
  • Structure du sol
  • Pourriture à sclérotes
  • Risque de répercussions négatives sur la croissance
Canola
 
  • Limaces pouvant causer des dommages en semis direct
  • Pourriture à sclérotes
  • Pourriture à sclérotes
  • Jambe noire
  • Pourriture des racines
  • Risque de rémanence des herbicides
Légende : Prudence Déconseillé

 

Tableau 8-13. Méthodes de lutte contre l'érosion
Pratique Répercussions Autres avantages Hydrique Éolienne Liée au
travail du sol
Travail du sol réduit
  • Laisse des résidus à la surface du sol, ce qui réduit efficacement l'érosion.
  • Ameublit moins le sol.
  • Empêche le sol d'être entraîné vers le bas des pentes par les instruments aratoires.
  • Améliore l'infiltration de l'eau.
  • Réduit la perte de matière organique.
  • Améliore la structure du sol.
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Apport de matières organiques
  • Protège le sol de l'érosion en laissant des matières à la surface du sol.
  • Favorise l'ameublissement du sol (ce qui améliore l'infiltration et réduit le ruissellement) ainsi que la formation d'agrégats plus gros et plus stables (moins d'érosion), puisque la teneur du sol en matière organique est rehaussée.
  • Ajoute des éléments nutritifs.
  • Augmente la teneur en matière organique.
  • Améliore la structure du sol.
  • Améliore les conditions de vie des organismes du sol.
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Rotation des cultures
  • Protège le sol par la présence continue de cultures dans le champ (fourrages de graminées et de légumineuses).
  • Contribue à maintenir le sol en place grâce aux ramifications du système racinaire (cultures vivaces).
  • Aide à protéger le sol, de l'automne jusqu'à la récolte (annuelles d'automne comme le blé d'automne).
  • Améliore la structure du sol et cause moins de compactage, en raison de la présence des racines.
  • Améliore l'infiltration d'eau.
  • Hausse les rendements.
  • Réduit les populations d'insectes et la prévalence des maladies.
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Cultures couvre-sol
  • Protègent le sol en y laissant une protection végétale.
  • Contribuent à améliorer la structure du sol, lequel résiste mieux à l'érosion.
  • Améliorent l'infiltration et réduisent le ruissellement, en raison de l'apport de matière organique.
  • Améliorent la stabilité du sol en raison de l'action des racines.
  • Augmentent la teneur en matière organique du sol.
  • Contribuent à retenir les éléments nutritifs du fumier fraîchement épandu.
  • Fournissent des fourrages.
  • Permettent de réduire les mauvaises herbes et les populations de nématodes.
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Protection des fossés et des ruisseaux

Une grande quantité des sédiments qui se trouvent dans l'eau provient souvent des berges des fossés et des ruisseaux. Les rives non protégées continuent de s'éroder, rongeant peu à peu les terres agricoles. L'intérêt grandissant pour la protection des eaux de surface et des eaux souterraines démontre bien l'importance de cette ressource. Certaines mesures peuvent protéger les berges des fossés et des ruisseaux, tout comme l'eau qui y circule. Un débit trop élevé et le passage de la machinerie ou du bétail peuvent concourir à l'érosion des berges. Par ailleurs, des débits concentrés peuvent former des rigoles ou des ravines à leur arrivée dans un cours d'eau. On peut toutefois stabiliser les berges de ruisseaux et les fossés au moyen d'ouvrages tels que : zones tampons, protection des sorties de canalisations de drainage souterrain ou tube collecteur, colonnes descendantes et chute enrochée.

Empêcher le bétail d'avoir accès aux cours d'eau : l'installation de clôtures constitue souvent une bonne solution. Des ponts, des ponceaux ou des passages permettent aussi le déplacement en toute sécurité de la machinerie et du bétail.

Consulter les fascicules sur les pratiques de gestion optimales, énumérés à la fin de ce chapitre.

Brise-vent

Il faut souvent une protection supplémentaire contre le vent s'il n'y a pas assez de résidus pour que le sol reste en place. En ralentissant la vitesse du vent, les brise-vent offrent une protection près du sol. Ils créent également des microclimats en haussant les températures de l'air et du sol à proximité des arbres, en diminuant les vents asséchants et en favorisant l'accumulation de neige. Tout cela contribue à augmenter les rendements de la culture. Voir la figure 8-2, Protection des cultures par les brise-vent.

Abandon des terres fragiles

Il arrive à l'occasion que l'on ne puisse pas lutter contre l'érosion dans un champ ou l'une de ses parties. L'érosion peut être trop importante ou le champ peut présenter également d'autres problèmes qui le rendent moins rentable pour la culture ou en font une ressource moins durable. Les parcelles de terre fragiles comprennent entre autres les zones près des ruisseaux, des lacs et des terres humides, qui peuvent être inondées ou d'autres parcelles soumises à une érosion grave. Ces parcelles de terre ne devraient plus faire partie de la zone productive; elles devraient plutôt être consacrées au pâturage ou au reboisement.

Prévention du compactage

Comme il a été mentionné plus haut, la machinerie lourde, surtout lorsque le sol est humide, provoque facilement le compactage des sols.

Figure 8-2. Protection des cultures par les brise-vent

Protection des cultures par les brise-vent

Les rendements des cultures peuvent augmenter de 10-20 % lorsque le champ est protégé par une haie brise-vent

 

Divers choix de gestion s'offrent en vue d'éviter le compactage du sol.

  • Éviter d'aller au champ surtout avec du matériel lourd lorsque le sol est humide. Un sol sec possède une bien meilleure capacité portante qu'un sol humide.
  • Travailler le sol lorsque le degré d'humidité du sol est adéquat à la profondeur voulue du labour.
  • Installer des drains agricoles dans les champs où le drainage est faible ou variable.
  • Effectuer une rotation des cultures plus longue, et y inclure des cultures céréalières ou fourragères.
  • Laisser les cultures fourragères en place pendant plus d'une année.
  • Alterner la profondeur à laquelle le sol est travaillé, afin de ne pas créer de semelles de labour.
  • Minimiser la circulation dans le champ.
  • Utiliser des pneus radiaux, des pneus larges ou des chenilles qui laissent une empreinte longue et étroite afin de réduire le compactage.
  • Abaisser la pression des pneus afin de réduire la pression qui s'exerce sur la surface du sol. Cette technique ne sera efficace qu'avec des pneus radiaux ou des pneus assez larges pour porter le matériel à des pressions moindres. Vérifier auprès du fabricant si les pneus peuvent être efficaces à de telles pressions.
  • Éviter que la charge par essieu soit trop lourde, car le sous-sol pourrait s'en trouver compacté, même avec des pneus peu gonflés. Alléger le plus possible le matériel et les chargements (en deçà de 4,5 t/essieu ou 5 t.c./essieu). Le plus souvent possible, limiter la circulation du matériel lourd aux voies d'accès plutôt que dans tout le champ.

 

Sous-solage ou labour profond

Le sous-solage est souvent utilisé pour défoncer des zones de champ qui ont été tassées par la circulation de lourdes charges. En général, cette opération n'a pas d'effets positifs à long terme. Avant de procéder au sous-solage, toujours vérifier la profondeur de la couche compactée au moyen d'une sonde à tuyau ou d'une fosse d'observation et vérifier si le sol est humide à la profondeur nécessaire. Voir Évaluation de la santé du sol, pour une description des techniques de détection du compactage. Si le sol n'est pas compacté, le travail du sol ne comporte aucun avantage et peut même endommager la structure du sol ou les drains souterrains sous la profondeur normale du labour.

Pour éviter la réapparition du problème, modifier les pratiques de gestion du sol, de récolte et d'épandage du fumier, ce qui suppose notamment d'alléger les charges et de s'abstenir de rouler dans les champs quand ils sont détrempés.

Réduction du travail du sol

On travaille le sol pour diverses raisons, notamment pour éliminer les mauvaises herbes, niveler le sol, enfouir les résidus des cultures, incorporer les engrais et le fumier et préparer les lits de semences. La découverte des herbicides a grandement réduit la nécessité de sarcler le sol pour se débarrasser des mauvaises herbes (sauf en production biologique). Par ailleurs, la mise au point de matériel permettant de semer dans les résidus signifie que les cultures peuvent être plantées avec succès avec peu ou même aucun travail du sol. De manière générale, un sol dont le gros du labour est effectué au printemps sera moins vulnérable à l'érosion que s'il est travaillé à l'automne. On doit viser à réduire au minimum le travail du sol tout en restant en mesure d'atteindre ses objectifs.

Pour plus d'information à ce sujet, voir la rubrique sur le travail du sol correspondant à chacune des cultures décrites dans la présente publication.

Charrue à versoirs

Du point de vue de la qualité du sol, l'utilisation de la charrue à versoirs représente la méthode la moins souhaitable de travailler le sol, car peu de résidus sont laissés à la surface; de plus, le sol devant être retravaillé plusieurs fois, cette méthode exige beaucoup d'énergie et de main-d'œuvre. Le labour et le travail superficiel du sol broient les agrégats, ce qui rend le sol plus vulnérable à l'encroûtement et à l'érosion. Lorsqu'on a recours à la charrue à versoirs, ajuster les versoirs de manière à ce que la terre soit déposée sur le côté pour laisser plus de résidus à la surface. Réduire également le plus possible le nombre de passages additionnels afin de réduire la fragmentation des agrégats.

Charrue chisel

Par comparaison à la charrue à versoirs, la charrue chisel laisse une plus grande quantité de résidus en surface lorsqu'elle est réglée adéquatement et que le nombre de passages en travail superficiel est intentionnellement limité. Toutefois, il faut savoir que le labour effectué au moyen de la charrue chisel avec dents vrillées produit au printemps un sol billonné, ce qui permet de lutter contre l'érosion, mais cela peut nécessiter plus de passages de la machinerie et donner des lits de semence dont le degré d'humidité est variable. Le recours aux pratiques suivantes permet d'éviter bon nombre de ces inconvénients :

  • utilisation de socs bineurs sur la totalité ou une partie du chisel;
  • ajout d'une lame niveleuse des herses à l'arrière du chisel;
  • travail superficiel du sol au printemps.

La charrue chisel peut également être efficace pour l'incorporation du fumier dans le sol.

Disques

Les disques, comme la charrue chisel, laissent plus de résidus à la surface que la charrue à versoirs. L'emploi de disques lorsque le sol est détrempé peut causer du compactage. Des passages trop fréquents vont broyer les agrégats du sol et faire augmenter les pertes de matière organique et le risque d'encroûtement. Un bon semoir, réglé de manière à pouvoir semer dans un sol recouvert d'une certaine quantité de résidus dans un lit de semence plus rugueux, peut contribuer à réduire le nombre de passages requis pour le travail superficiel dans le cadre de n'importe quel système de travail du sol.

Semis direct, travail réduit et labour en bandes

Le semis direct constitue la meilleure méthode pour laisser des résidus protecteurs à la surface. Cette technique présente le plus grand potentiel de réduction des coûts de travail du sol, quoiqu'il faille lutter contre les mauvaises herbes dans presque tous les cas par la destruction chimique au moyen d'un herbicide appliqué en présemis. Plusieurs possibilités existent, à la fois dans le concept original et dans les modifications offertes, pour que les semoirs de précision ou les semoirs à grains soient adaptés au semis direct.

En Ontario, l'expression « semis direct » signifie généralement que les semis sont effectués dans un champ non labouré, à l'aide d'un ouvre-sillon ou d'un coutre aligné avec l'ouvre-sillon. Les semis effectués au printemps dans un sol qui été travaillé à l'automne et qui est prêt à être ensemencé ne sont pas des exemples de semis direct.

Le travail réduit du sol s'effectue avec deux ou trois coutres à l'avant de l'ouvre-sillon et de l'injecteur d'engrais; on peut aussi utiliser des dispositifs qui tassent les résidus.

Pour le labour en bandes, on a recours à une barre porte-outil avec les coutres à l'avant, suivis de dents et de quelques disques à l'arrière. Cette technique peut être utilisée à l'automne et au printemps pour préparer les lits de semences. Les dents vibrantes pénètrent habituellement dans le sol à une profondeur de 10 à 15 cm (4 à 6 po).

La réussite des semis directs dépend souvent d'une quantité de facteurs autres que la configuration des instruments. Il peut s'agir entre autres du drainage du sol et de la rotation des cultures, qui influent grandement sur le rendement de tous les systèmes de semis direct. C'est avec la culture du maïs que le travail réduit présente le plus de défis. Les différentes méthodes de travail du sol sont décrites plus en détail au chapitre 1, Maïs.

 


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 20 août 2009
Dernière révision : 20 août 2009

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