Cultures fourragères : Espèces

 

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Publication 811F : Guide agronomique des grandes cultures >Cultures fourragères > Espèces

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Table des matières

 

Légumineuses vivaces

 

La plupart des légumineuses cultivées pour le fourrage ont des racines pivotantes ainsi que de larges feuilles composées (formées de plusieurs folioles) disposées en alternance sur la tige. Les nouvelles pousses naissent sur le collet de la plante, et le point végétatif de chacune des pousses se trouve à son extrémité. Dans l'ensemble, les légumineuses ont une teneur en protéines plus élevée que les graminées.

Lorsqu'elles sont bien inoculées, les légumineuses utilisent l'azote atmosphérique, de sorte qu'elles n'ont pas besoin d'engrais azoté. De plus, mélangées aux graminées, elles leur fournissent une quantité considérable de cet élément.

Luzerne

En Ontario, la luzerne est la culture fourragère vivace qui donne le meilleur rendement, et la légumineuse fourragère la plus cultivée. Elle produit plus de protéines par unité de surface que les autres légumineuses fourragères, et on peut la cultiver seule ou avec diverses graminées. Pour que sa persistance et son rendement soient bons, il lui faut un sol bien drainé, un pH supérieur à 6,1, une fertilisation adéquate et une saine gestion de la récolte. Bien géré, un champ de luzerne peut normalement produire pendant trois ans ou plus. Les teneurs en protéines et en énergie des fourrages à base de luzerne varient en fonction du stade de croissance atteint au moment de la récolte. Pour éviter sa destruction par l'hiver, on doit respecter la période critique de récolte d'automne, qui dure six semaines.

Lotier corniculé

Le lotier corniculé est une légumineuse non météorisante idéale pour les pâturages permanents. Comme il se resème spontanément, il constitue un excellent choix pour les terrains rocailleux ou en pente qui ne peuvent être travaillés. Bien que les plants individuels ne vivent que quelques années, les peuplements peuvent demeurer productifs pendant dix ans ou plus si on les laisse monter en graine. De plus, cette espèce s'adapte bien aux sols mal drainés. Le lotier corniculé a un potentiel de rendement inférieur à celui de la luzerne et prend plus de temps à sécher; c'est pourquoi on le recommande pour la production de foin uniquement dans les zones où la culture de la luzerne est difficile. Comme les semis mettent beaucoup de temps à s'établir, il faut attendre au moins un an avant d'avoir un peuplement satisfaisant. Comme la luzerne, le lotier corniculé doit également être récolté à l'automne, la période critique commençant environ dix jours avant celle de la luzerne.

Trèfle rouge

Le trèfle rouge est une légumineuse vivace de courte durée. Ses rendements sont bons l'année qui suit son établissement, mais souvent médiocres l'année suivante, en particulier dans le sud de l'Ontario. Il peut être semé dans les champs trop humides ou trop acides pour la luzerne. Cultivé avec d'autres légumineuses, il peut inhiber leur établissement. Lorsqu'on veut utiliser le trèfle rouge comme culture fourragère, on l'entrepose le plus souvent sous forme d'ensilage parce qu'il est difficile à sécher et produit souvent un foin poussiéreux ou moisi.

En Ontario, on en cultive surtout deux types, le trèfle rouge à deux coupes et le trèfle rouge à une coupe. Le premier fleurit pendant l'année de l'établissement et donne une repousse vigoureuse après la coupe. Le trèfle rouge à une coupe pousse plus lentement et arrive à maturité environ deux semaines après le trèfle rouge à deux coupes; il ne fleurit pas pendant l'année de l'établissement ni après la première coupe les années suivantes.

La culture du trèfle rouge comme engrais vert est maintenant très répandue. Pour plus d'information sur la culture du trèfle rouge et sur son utilisation comme culture-abri, voir le chapitre 8, Gestion des sols.

Trèfle blanc

Le trèfle blanc est surtout cultivé dans les pâturages. Cette vivace de courte durée se resème. Il en existe trois principaux types, le trèfle ladino, le trèfle rampant et le trèfle blanc sauvage. Ils se ressemblent tous, mais diffèrent par leur taille : le trèfle blanc sauvage est le plus petit et le trèfle ladino, le plus grand. Ils ont tous des stolons, c'est-à-dire des tiges qui rampent sur le sol et dont les ramifications poussent bien droites ou un peu penchées. Les racines, peu profondes et fasciculées, se développent à partir des nodosités des stolons rampants. Le trèfle blanc est peu résistant à la sécheresse, mais il tolère relativement bien les broutages fréquents et a une bonne sapidité. On peut le semer sur le sol gelé ou en semis direct dans des pâturages de graminées existants pour améliorer la qualité du fourrage et son rendement.

Mélilot

Le mélilot est une légumineuse bisannuelle à croissance lente souvent utilisée pour alléger le sol. Il ne fleurit pas pendant l'année de son établissement. Au printemps de la deuxième année, il croît rapidement et devient une plante haute à tige grossière. Comme il contient de la coumarine, le bétail l'apprécie moins.

Il en existe deux espèces, le mélilot blanc (à fleurs blanches) et le mélilot officinal (à fleurs jaunes). Le mélilot blanc a une tige plus longue et plus grossière que le mélilot officinal, ainsi que des racines plus profondes; il se prête mieux à la production d'engrais vert que de fourrage. Le mélilot officinal est meilleur au goût pour le bétail et attire davantage les abeilles. Un foin de mélilot qui est moisi peut contenir du dicoumarol, un anticoagulant qui peut causer la mort du bétail par hémorragie.

Trèfle d'Alsike

Le trèfle d'Alsike est une plante vivace, souvent traitée comme plante bisannuelle. Il peut pousser sur des sols acides et mal drainés. Il ne donne qu'une coupe de foin par année et il constitue rarement un premier choix comme légumineuse de fourrage. Il peut causer la photosensibilité et des dommages au foie chez les chevaux, ne pas l'inclure dans le foin ni dans les mélanges de pâturage qui leur sont destinés.

Trèfle kura

Le trèfle kura est une légumineuse de pâturage relativement nouvelle en Ontario. Il a peu de vigueur au départ et prend du temps à s'établir. Après cela, toutefois, il est très persistant et résistant au froid, et il peut tolérer des conditions médiocres pour ce qui est du drainage, de la fertilisation, de la gestion des pâturages et du pH. Il se multiplie par ses tiges souterraines appelées rhizomes, possède un réseau de racines étendu et devient dense avec le temps. La préparation du lit de semence et les méthodes des semis ont une grande importance. Le trèfle kura doit être inoculé avec la bonne souche de bactéries Rhizobium.

Graminées vivaces

Les graminées ont beaucoup de longues feuilles minces portées par une tige. Elles ont des racines très fasciculées qui retiennent le sol et empêchent l'érosion. Certaines graminées ont des rhizomes (ou tiges souterraines) qui produisent de nouvelles pousses à partir de chaque nœud. Les graminées à rhizomes peuvent rendre un peuplement plus dense. Les graminées sans rhizomes sont appelées « graminées en touffe ».

Les diverses espèces de graminées exercent une concurrence variable face aux légumineuses, ce qui se répercute sur le ratio légumineuse-graminée de la culture établie. Le dactyle et le ray-grass, par exemple, font souvent davantage concurrence à la luzerne que la fléole ou le brome. Les graminées sont moins riches en protéines que les légumineuses lorsqu'on les récolte au même stade de croissance.

Fléole

La fléole est la graminée de fourrage la plus cultivée en Ontario, généralement en association avec la luzerne ou le lotier corniculé. C'est une graminée en touffe qui se prête peu au tallage; elle ne livre donc pas une concurrence intense aux autres espèces. Elle s'établit facilement au début du printemps ou à la fin de l'été et s'adapte bien aux sols lourds et à drainage variable. La fléole a une bonne sapidité et un rendement élevé à la première coupe. Bien que certains cultivars aient été créés pour la repousse, après la première coupe et à la mi-saison, ils ne produisent pas autant que le brome ou le dactyle pelotonné.

Brome inerme

Le brome inerme est une graminée plus hâtive et plus agressive que la fléole. Comme il résiste mieux à la sécheresse, sa repousse est plus forte à la deuxième coupe. Il se multiplie par des rhizomes et ses peuplements peuvent devenir denses avec le temps. Le brome inerme a une bonne sapidité et, à l'approche de la maturité, il conserve mieux sa valeur nutritionnelle que la plupart des autres graminées. Son principal défaut est la taille et la légèreté de ses graines, qui passent mal dans les petits trous des semoirs. Le brome inerme s'établit difficilement s'il est semé en surface ou à plus de 5 cm (2 po) de profondeur.

Brome des prés

Le brome des prés est une espèce utile pour les pâturages parce qu'il pousse rapidement au début du printemps et se rétablit sans tarder après le broutage. Il est préférable de l'inclure dans un pâturage tournant.

Dactyle pelotonné

Le dactyle pelotonné se développe plus tôt et est beaucoup plus agressif que la fléole ou le brome. Il a bon goût lorsqu'il est jeune, mais perd sa sapidité et sa digestibilité plus rapidement que les autres graminées. Les sélectionneurs de végétaux ont créé de nouveaux cultivars qui arrivent à maturité plus tard, qui conservent leur sapidité et leur digestibilité plus longtemps et dont l'arrivée à maturité correspond mieux à celle des autres espèces du mélange. Le dactyle pelotonné pousse beaucoup plus vigoureusement à la mi-été, par temps chaud et sec, que la fléole ou le brome, ce qui se traduit par une plus forte proportion de graminées à la deuxième et à la troisième coupe des mélanges luzerne-graminée. Le dactyle pelotonné ne résiste pas aussi bien à l'hiver que la fléole ou le brome et ne tolère pas les sols humides. Ses jeunes plants sont agressifs et s'établissent facilement. On recommande de l'inclure dans les pâturages intensifs ou de le cultiver pour l'ensilage préfané très hâtif.

Alpiste roseau

L'alpiste roseau est bien connu pour sa capacité à tolérer des sols mal drainés. Il peut toutefois avoir un rendement élevé dans les sols bien drainés, et un meilleur rendement que les autres espèces de graminées en cas de sécheresse. Il se multiplie par des rhizomes; il a une tige et des feuilles grossières et perd vite sa sapidité et sa digestibilité après l'épiaison. Sa repousse est purement végétative et ne produit pas de tiges porte-graines, de sorte que la deuxième et la troisième coupes peuvent être de très bonne qualité. Il s'établit lentement et n'est pas compétitif pendant l'année des semis.

Dans le passé, les animaux nourris à l'alpiste roseau donnaient un rendement médiocre en raison de certains des alcaloïdes qu'il contenait. Cependant les cultivars actuellement recommandés sont exempts de ces substances (tryptamine et carboline). Certains cultivars contiennent également moins de gramines, des alcaloïdes qui réduisent la sapidité, la prise alimentaire et le rendement des animaux.

Fétuque élevée

La fétuque élevée est une graminée au feuillage grossier et dense, utile dans les pâturages à long terme et comme outil de prévention de l'érosion. Elle s'adapte à la plupart des types de sol, tolère bien des drainages imparfaits ainsi que le passage des animaux. Le fait qu'elle conserve sa qualité fourragère tard à l'automne en fait une graminée utile dans les " pâturages de réserve " ou d'automne pour le pacage différé. La médiocrité du rendement des animaux nourris dans les pâturages de fétuque élevée serait due à un champignon systémique transmis par la graine (endophyte). Une fois les graines infectées, il devient impossible d'enrayer la propagation de cet organisme dans un peuplement installé. Tous les cultivars recommandés en sont exempts.

Vulpin des prés

Le vulpin des prés est une graminée vivace de longue durée ayant sensiblement la même apparence que la fléole et convenant bien aux pâturages intensifs. Il donne un bon rendement dans les sols mal drainés, il a une croissance très précoce au printemps et arrive tôt à maturité. Pendant les périodes de sécheresse et de chaleur de la mi-été, sa croissance peut être lente. Ses semences sont très légères et poilues, et elles doivent être enrobées.

Fétuque rouge traçante

La fétuque rouge traçante est une graminée gazonnante dense qui s'établit et se multiplie vigoureusement sur la plupart des sols, y compris les sous-sols bien fertilisés. Son système racinaire solide et ses pousses fines et denses en font une excellente graminée à semer pour protéger les berges et les voies d'eau engazonnées. Elle peut également être utilisée comme graminée couvre-sol dans les pâturages à long terme, et elle est réputée pour sa période de croissance prolongée et sa bonne qualité alimentaire en automne. Comme cette graminée ne pousse pas très haut, elle est difficile à couper et convient mal à la production de foin.

Fétuque des prés

La fétuque des prés est une graminée rustique employée pour la production de foin et dans les mélanges de pâturage. Elle pousse mieux dans les sols fertiles et profonds, mais s'accommode également de sols à drainage variable et peu fertilisés. Elle donne un bon rendement en été et en automne et conserve sa qualité alimentaire plus tard en saison que la plupart des autres graminées. La fétuque des prés possède des feuilles plus effilées et un système racinaire moins profond que la fétuque élevée; elle est en outre plus petite que cette dernière et moins persistante.

Ray-grass vivace

Il s'agit d'une plante vivace de courte durée; il existe des cultivars destinés à l'engazonnement, aux pâturages et à la production de foin. Les cultivars destinés aux pâturages produisent généralement des feuilles plus fines, ainsi que des talles plus petites et plus nombreuses que les cultivars utilisés pour la production de foin, et ils viennent à maturité plus tard en saison. Le ray-grass vivace destiné aux gazons contient des endophytes, de sorte qu'on ne doit pas l'employer comme fourrage. Le ray-grass vivace est précoce et vigoureux au printemps, et il continue de croître pendant une bonne partie de l'automne; sa croissance s'arrête toutefois pendant les mois chauds et secs de l'été. Dans les mélanges avec la luzerne qu'on laisse hiverner, la croissance excessive des parties aériennes peut entraîner une destruction au cours de l'hiver. Cette graminée résiste mal dans les régions où le sol est couvert de glace pendant de longues périodes et où le froid est extrême et la neige peu abondante.

Pâturin

En Ontario, deux variétés fourragères communes sont cultivées sur environ 400 000 ha (un million d'acres) de pâturage permanent, soit le pâturin comprimé et le pâturin des prés. Dans le sud, le pâturin a un système racinaire peu profond et donne une pousse riche avec une bonne sapidité au printemps; il est toutefois improductif pendant les mois chauds et secs de l'été. On peut accroître son rendement de façon importante par une bonne gestion et une fertilisation adéquate, en particulier dans les zones fraîches du nord de l'Ontario. On cultive ces espèces dans les pâturages comme graminées couvre-sol pour prévenir les invasions de mauvaises herbes; elles tolèrent le broutage à ras et le piétinement, et elles comblent les espaces laissés vides par les autres espèces.

Tableau 3-1.-Caractéristiques des espèces fourragères vivaces cultivées en Ontario
Espèces Utilisation Persistance (années) Points forts Mises en garde
Légumineuses
Luzerne Fourrage entreposé
3-4 (sud de l'Ontario)
1-4 (nord de l'Ontario)
Excellente qualité
Excellent rendement
Peut être météorisante
Faible persistance en pâturage
Faible tolérance aux sols acides ou à drainage variable
A besoin d'une période de repos automnal
Lotier corniculé Pâturage
Fourrage entreposé
5+
(peut se resemer)
Grande qualité
Non météorisant
Bonne tolérance aux sols acides et à drainage variable
S'établit lentement
Croissance printanière et repousse lentes
A besoin d'une période de repos automnal
Inappétent pour les chevaux
Trèfle rouge Pâturage
Fourrage entreposé
Engrais vert
1-3
Excellent rendement la première année
S'établit facilement
Grande qualité
Tolère très bien les sols acides ou à drainage variable

Difficile à sécher pour la production de foin
Peut être météorisant
Peuplements s'éclaircissant rapidement
Peut causer une infertilité temporaire des brebis au pacage
Forte concurrence, en particulier pour les autres légumineuses
Trèfle blanc Pâturage
5+
Qualité et sapidité excellentes
Bonne tolérance au broutage à ras
Peut être météorisant
Faible tolérance à la sécheresse
Trèfle kura Pâturage
5+
Grande persistance
Grande qualité
S'établit difficilement
Peut être météorisant
Trèfle d'Alsike Pâturage
Fourrage entreposé
1-2
(peut se resemer)
Très bonne tolérance aux sols acides et humides
Bonne qualité
Rendement inférieur à celui du trèfle rouge
Rendement de la repousse faible
Peuplements s'éclaircissant rapidement
Peut être météorisant
Mélilot Engrais vert Fourrage entreposé
2
Excellent apport aux sols
Aère le sous-sol
Excellente plante mellifère

Sapidité faible sauf si la récolte est précoce
Anciens cultivars contenant de la coumarine, qui peut créer des troubles digestifs
Une seule récolte par année
Graminées
Fléole Fourrage entreposé
5+
S'établit facilement Bonne tolérance aux variations de drainage
Semences bon marché
Faible production estivale
Faible persistance des cultivars tardifs si on fait trois récoltes
Brome inerme Pâturage Fourrage entreposé
5+
Excellent rendement au printemps et à l'automne
Bonne repousse
Garde mieux sa qualité à maturité
Grosses graines qui peuvent compliquer les semis
Brome des prés Pâturage Fourrage entreposé
5+
Croissance précoce au début du printemps
Repousse rapide après broutage ou coupe
Bonne résistance à l'hiver
Bonne sapidité
Grosses graines qui peuvent compliquer les semis
Sensible aux inondations
Se multiplie moins par ses rhizomes que le brome inerme
Dactyle pelotonné Pâturage
Fourrage entreposé

5
Pâturage très hâtif
Excellente repousse
Bonne tolérance à la sécheresse
Bonne tolérance au broutage à ras
Fortement stimulé par l'azote
Perd rapidement sa sapidité et sa qualité à maturité
Forte concurrence avec les autres espèces
Tolère mal les variations de drainage et la présence de glace
Alpiste roseau Pâturage
Fourrage entreposé

5+
Excellent rendement sur des sols secs ou à drainage variable
Bonne repousse
Fortement stimulé par l'azote
S'établit lentement
Première coupe, perd rapidement sa sapidité et sa qualité à maturité
Faible tolérance au broutage à ras et aux coupes fréquentes
Fétuque rouge traçante Pâturage
Culture herbagère
Engazonnement de berges
5+
Bonne qualité alimentaire en automne
S'établit facilement
Tolère bien le broutage à ras et les sols acides
Bonne repousse
Faible rendement saisonnier
Faible sapidité
Vulpin des prés Pâturage
Fourrage entreposé
5+
Convient mieux au pâturage géré qu'à la production de fourrage entreposé
Pousse au début du printemps et à la fin de l'automne
Tolère bien les sols à drainage variable
Meilleure sapidité que la fétuque élevée
Prévention de l'érosion des voies d'eau
Semence devant être enrobée
Forte concurrence avec les autres espèces
Faible tolérance à la sécheresse
Qualité médiocre à maturité
Moins persistante et rendement moindre que la fétuque élevée
Fétuque élevée Pâturage
Fourrage entreposé
Culture herbagère
Engazonnement de berges
5+
Haut rendement
Bonne croissance estivale
Bonne qualité alimentaire en automne pour le pâturage des herbages mis en réserve
Tolère bien les sols acides
Feuillage épais et sapidité faible
Nécessité d'utiliser des semences exemptes d'endophytes
Ray-grass vivace Pâturage
Fourrage entreposé
2-3 (sud de l'Ontario)
Qualité et sapidité excellentes
S'établit très rapidement
Bonne tolérance au broutage à ras
Tolère mal la sécheresse et la chaleur
Tolère mal les variations de drainage
Persistance variable
Pâturin des prés Pâturage
Culture herbagère
Engazonnement de berges
5+
Bonne qualité et sapidité
Bonne tolérance au broutage à ras
Faible production estivale
Établissement très lent
Faible rendement saisonnier

Le tableau 3-1, Caractéristiques des espèces fourragères vivaces cultivées en Ontario, résume les propriétés de ces espèces.

Fourrages annuels

La principale culture fourragère annuelle est le maïs, qu'on récolte pour l'ensilage. Voir Choix des hybrides destinés à l'ensilage.

Il existe plusieurs autres types de cultures fourragères annuelles qui peuvent être intégrées dans l'assolement régulier de l'exploitation ou utilisées en cas d'urgence, quand les fourrages vivaces ont été détruits par l'hiver ou deviennent rares sur le marché. Les fourrages annuels constituent une source précieuse de foin, de pâturage, d'ensilage ou de fourrage vert.

Céréales d'automne (seigle, triticale, blé)

Les céréales d'automne (seigle, triticale et blé) produisent des pâturages pour l'automne et le début de printemps. Une bonne fertilisation azotée au printemps suffit à assurer de bons rendements en fourrage entreposé dès la fin mai. Les céréales d'automne perdent rapidement de leur qualité comme fourrage lorsqu'elles approchent de la maturité. S'il a été semé entre le 15 et le 31 août, le seigle d'automne peut être brouté sept semaines plus tard. Il produit un plus grand volume de fourrage de printemps que le triticale d'automne ou le blé d'automne. Ajouter au seigle devant être brouté au printemps de 50 à 80 kg d'azote/ha (45 à 70 lb/ac) juste avant qu'il reverdisse. L'épiaison commence après la mi-mai si le pâturage n'a pas été brouté trop ras.

La semence de triticale d'automne peut être difficile à trouver. Semer à raison de 100 à 125 kg/ha (90 à 110 lb/ac) à peu près au même moment que le blé d'automne; tôt au printemps, épandre 80 kg d'azote/ha (70 lb/ac) pour le pâturage de printemps ou la production de fourrage entreposé. Le triticale d'automne donne un pâturage de début de printemps comparable à celui du seigle d'automne.

Céréales de printemps (avoine, orge, triticale)

Les céréales de printemps se prêtent très bien à production de fourrage sous forme de foin, d'ensilage ou de pâturages. L'avoine et l'orge sont très employées comme plantes-abris dans les semis de plantes fourragères vivaces; pour améliorer l'établissement de ces derniers, on récolte généralement l'avoine et l'orge pour l'ensilage.

Semer les céréales à n'importe quel moment de la saison. Pour maximiser la production et le rendement, semer au début du printemps. Comme un apport d'azote stimule la croissance végétative, on recommande d'épandre 30 à 50 kg d'azote/ha (27 à 45 lb/ac). La fauche ou le broutage peut généralement commencer de six à huit semaines après les semis. Comme la qualité fourragère baisse rapidement après l'épiaison, récolter à la fin du stade de gonflement ou au début de l'épiaison. Le rendement de matière sèche augmente à mesure que le plant approche de la maturité, mais sa qualité fourragère diminue énormément. Pour l'ensilage, le fourrage doit être ramené à 50 à 65 % d'humidité.

Les ensilages de céréales sont plus riches en protéines que ceux de maïs, mais ils sont généralement plus pauvres qu'un bon ensilage préfané de luzerne. Leur valeur énergétique est plus basse que celle de l'ensilage de maïs et souvent comparable à celle de l'ensilage préfané de luzerne.

On préfère l'avoine à l'orge pour la production de foin ou de pâturage, en raison de sa plus grande sapidité. Comme fourrage, on peut aussi utiliser des céréales mélangées et du blé de printemps.

Pour plus de renseignements sur les mélanges de céréales de printemps, voir la fiche technique du MAAARO, Production de fourrage à partir de céréales de printemps et de mélanges céréales-pois, commande no 98-042, ou consulter le site Web www.ontario.ca/cultures.

Mélanges céréales-pois

Les pois de grande culture, en association avec des céréales, améliorent la valeur alimentaire du mélange; ils permettent d'en accroître la teneur en protéines et la digestibilité s'ils représentent au moins 50 % (en poids) du total. Cependant l'ajout de pois augmente le coût des semences; choisir de préférence des cultivars de pois fourragers. Pour maximiser le rendement en feuilles, éviter de choisir un cultivar de pois semi-aphylle (dont les folioles sont transformées en vrilles). Le mélange avoine-pois peut être utilisé comme culture-abri pour la luzerne et devrait être récolté pour l'ensilage. Faucher lorsque l'avoine commence à épier, alors que le pois commence à peine à faire ses gousses. Ce stade de croissance se produit habituellement vers la dernière semaine de juin.

Un mélange de triticale de printemps et de pois peut servir de culture fourragère. La densité du semis et la gestion des cultures sont semblables à celles du mélange avoine et pois. À la récolte, les pois sont habituellement plus abondants lorsqu'ils sont mélangés avec le triticale qu'avec l'avoine. Le produit obtenu est de meilleure qualité, mais le préfanage des plants est plus long et le temps de fanage avant l'ensilage doit être prolongé.

Soya destiné au fourrage

Bien qu'en Ontario on cultive surtout le soya pour son huile, il peut aussi donner un fourrage de haute qualité comme culture annuelle. Le soya plante entière qui a un bon nombre de gousses a des teneurs en protéines et un taux de digestibilité comparables à ceux de la luzerne. Le soya peut se récolter sous forme d'ensilage ou de foin, mais il est difficile à sécher dans ce dernier cas.

Lors du choix du cultivar, tenir compte de la hauteur de la plante et de son degré de ramification. On a développé des cultivars de soya destinés au fourrage. Un semis dense au semoir à céréales, à raison de 80 à 100 kg/ha (70 à 90 lb/ac), donne une couverture productive pour le fourrage. Sur les étiquettes d'herbicides, lire les restrictions relatives aux usages homologués. Récolter quand les feuilles du bas commencent à jaunir, c'est-à-dire vers la première semaine de septembre en Ontario. N'effectuer qu'une seule coupe par saison.

Graminées annuelles de saison chaude

Les membres de la famille du sorgho, de l'herbe du Soudan et du millet sont des graminées annuelles tropicales, de saison chaude, qui poussent dans des zones semi-arides. On utilise souvent les graminées annuelles de saison chaude comme fourrage dans les situations d'urgence lorsque la luzerne a été détruite par l'hiver ou lorsque les semis sont retardés. Elles présentent des avantages par rapport à l'ensilage de maïs, parce qu'elles permettent l'emploi du matériel de semis et de récolte traditionnel. En Ontario, on les utilise également pour l'ensilage (haché ou en grosses balles), le fourrage vert ou le pâturage. Le sorgho et l'herbe du Soudan ne sont pas recommandés pour la production de foin sec parce qu'ils sont difficiles à sécher. Le millet est souvent utilisé pour l'ensilage et même pour la production de foin, quand les conditions de séchage sont bonnes.


Ne pas utiliser le sorgho ni l'herbe du Soudan dans l'alimentation des chevaux parce que chez cette espèce, ils peuvent causer la cystite, une inflammation de la vessie.


Millets

Le nom de « millet » désigne de nombreuses graminées qui ont de petites graines comestibles. La plupart des espèces (notamment le millet du Japon, le millet commun, le millet d'Italie, le millet pied-de-coq, le millet kodo, le mil rouge et le teff) ont des tiges courtes (0,3 à 1,2 m [1 à 4 pi]) et minces. Le millet à chandelle fait exception, sa tige étant plus épaisse et au moins deux fois plus longue (1,5 à 3 m [5 à 10 pi]). En Ontario, les espèces les plus utilisées pour le fourrage sont le millet à chandelle et le millet du Japon. Bien gérées, les prairies de millet peuvent donner un fourrage de très bonne qualité.

Le millet a une plus petite tige que le sorgho et est légèrement plus riche en protéines et en unités nutritives totales (UNT) que ce dernier. On le préfère souvent à certaines variétés de sorgho pour le pâturage ou le fourrage vert parce qu'il ne contient pas d'acide prussique. Le millet et le sorgho sont facilement endommagés par les animaux au pâturage, et ils doivent donc être pâturés par bandes.

Millet à chandelle

Le millet à chandelle produit une masse de talles et de racines secondaires très fines et fasciculées. Il résiste bien à la sécheresse et préfère un sol légèrement sableux ou un loam sableux. On sème le millet à chandelle lorsque les risques de gel sont passés et que la température du sol atteint 12 °C ou plus. Le meilleur moment pour ce faire est habituellement la dernière semaine de mai ou le début juin, mais on peut aller jusqu'au début juillet. Semer à raison de 8 à 10 kg/ha (7 à 9 lb/ac), à 0,5 à 1 cm (1/4 à 1/2 po) de profondeur. Le millet à chandelle destiné au fourrage a sensiblement le même type de croissance et le même rendement que les hybrides sorgho-Soudan.

La qualité du fourrage et sa quantité dépendent du stade de maturité au moment de la récolte. Pour obtenir une qualité fourragère optimale, il faut généralement faire la première coupe environ 55 à 60 jours après les semis, alors que le millet est encore au stade végétatif. La deuxième coupe se fait environ 30 à 35 jours plus tard. Pour accélérer la repousse, laisser un chaume d'environ 10 cm (4 po), et d'environ 15 à 20 cm (6 à 8 po) pour le broutage.

Pour produire un rendement et des teneurs en protéines élevés, le millet à chandelle destiné au fourrage nécessite plus d'azote que les anciens cultivars, mais on ignore quelles sont les quantités optimales à employer. Il est probable que ce taux général est voisin de la recommandation en azote pour les hybrides sorgho-Soudan, la moitié étant épandue au semis et la moitié après la première coupe si l'on prévoit d'effectuer une seconde coupe. L'épandage d'azote en deux fois permet d'optimiser le rendement et la qualité. Dans les cultures de millet à chandelle, les méthodes de lutte contre les mauvaises herbes sont limitées. La technique du sol rassis permet d'améliorer l'établissement. Pour plus d'information, voir la publication 75F du MAAARO, Guide de lutte contre les mauvaises herbes.

La famille du sorgho

Les membres de la famille du sorgho utilisés comme fourrage sont notamment le sorgho fourrager, l'herbe du Soudan et divers hybrides. Les qualités agronomiques et nutritionnelles diffèrent considérablement entre les espèces, les hybrides et les cultivars.

Sorgho et hybride sorgho-Soudan

Le sorgho fourrager et l'hybride sorgho-Soudan produisent de grands plants et peuvent donner un rendement élevé. Les anciens cultivars de sorgho fourrager étaient adaptés aux récoltes à une coupe produisant une qualité de fourrage faible, mais un rendement élevé. Le sorgho-grain, appelé aussi milo, n'est pas recommandé pour la production de fourrage en raison de son faible rendement en matière sèche.

De nouveaux hybrides de sorgho ont été créés pour les fourrages de saison courte, à deux coupes et de grande qualité. Les racines secondaires fines et fasciculées des hybrides de sorgho fourrager et les talles qu'ils forment leur confèrent une meilleure tolérance à la sécheresse. Les sorghos fourragers tolèrent mieux les sols lourds que le millet à chandelle. Ils ont une croissance optimale dans un milieu chaud et humide.

Semer les sorghos fourragers lorsque le risque de gel est passé et que la température du sol dépasse 12 °C, généralement pendant la dernière semaine de mai ou au début de juin, à raison de 10 à 30 kg/ha (9 à 27 lb/ac). On peut réduire ces taux de semis si les conditions sont idéales et si les rangs sont plus espacés. De façon générale, augmenter les taux de semis si les rangs sont plus rapprochés et si les conditions de semis sont médiocres. Pour un cultivar donné, les fournisseurs de semences indiquent parfois la dose recommandée. Semer à une profondeur de 0,5 à 1 cm (1/4 à 1/2 po). Épandre du phosphore et du potassium en fonction des résultats de l'analyse de sol. Pour l'azote, la quantité recommandée est de 50 à 100 kg/ha (45 à 90 lb/ac). Le fractionnement de l'application d'azote (la moitié au moment des semis et l'autre après la première coupe) permet d'optimiser le rendement et la qualité. Voir aussi la publication 75F du MAAARO, Guide de lutte contre les mauvaises herbes.

Le stade de maturité au moment de la coupe est le facteur le plus déterminant en ce qui concerne la qualité et la quantité du fourrage. En général, les sorghos fourragers se récoltent 60 à 65 jours après les semis (fin juillet ou début août), et ils sont prêts pour une deuxième coupe 30 à 35 jours plus tard. Pour favoriser une repousse plus rapide après la fauche, laisser au moins 10 cm (4 po) de chaume à la récolte, ou 15 à 20 cm (6 à 8 po) pour le pâturage. Le régime à une coupe augmente considérablement le rendement, mais aux dépens de la qualité, et celle-ci baisse énormément après l'épiaison. La récolte doit être fanée et ensilée à une teneur en eau d'environ 65 %.

On a créé des cultivars de sorgho fourrager et de sorgho-Soudan à nervure brune (BMR) dont la digestibilité des fibres (dFDN) est accrue. La nervure brune résulte d'une mutation génétique qui réduit la quantité de lignine présente dans la tige, mais qui peut aussi augmenter le risque de verse.

L'herbe du Soudan

L'herbe du Soudan est utilisée pour le pâturage. Elle a des tiges de la grosseur d'un crayon et conserve sa sapidité même après l'épiaison. Elle ne doit pas être broutée avant d'avoir atteint une hauteur de 45 cm (18 po). En pâturage tournant, la culture demeure productive et succulente toute la saison. L'herbe du Soudan tolère des sols légèrement plus humides que les autres sorghos, mais elle préfère les endroits assez bien drainés ou bien drainés.

Intoxication à l'acide prussique

L'intoxication à l'acide prussique (acide cyanhydrique) peut survenir chez le bétail nourri au sorgho et à l'herbe de Soudan. Les plants jeunes ou immatures et ceux qui ont souffert de la sécheresse ou du gel ont une teneur en acide prussique plus élevée. L'épandage de trop grandes quantités d'azote augmente également les risques de toxicité. Certains nouveaux hybrides de sorgho fourrager ont des teneurs moins élevées en acide prussique. Le millet ne présente pas de risques d'intoxication de ce type. Voici quelques conseils pour réduire ce type de risque :

  • Ne pas pacager le sorgho ni en faire de fourrage vert avant qu'il atteigne 45 à 60 cm (18 à 24 po) de hauteur.
  • Après une gelée meurtrière, attendre au moins 3 jours avant d'ensiler le sorgho de plus de 76 cm (30 po) de hauteur ou d'en faire du fourrage vert.
  • Après une gelée meurtrière, attendre au moins 3 semaines avant de produire du fourrage vert avec du sorgho de moins de 45 cm (18 po).
  • Après une période de sécheresse, ne pas faire brouter la repousse mouillée par la pluie.
  • Utiliser des cultivars de sorgho à teneur réduite en acide prussique.

Intoxication aux nitrates

Les fourrages ayant des teneurs anormalement élevées en nitrates peuvent provoquer des intoxications et même la mort du bétail et, si le fourrage est ensilé, des émanations de gaz d'ensilage. Parmi les diverses espèces fourragères, ce sont les hybrides sorgho-Soudan et les céréales qui accumulent les plus fortes teneurs de nitrates; les légumineuses n'en contiennent que peu et sont rarement source de danger, et les graminées fourragères se situent entre ces deux groupes. Le maïs destiné à la production de fourrage vert ou à l'ensilage peut également provoquer une intoxication aux nitrates.

Les teneurs en nitrates ne deviennent vraiment dangereuses que dans des conditions de croissance anormales, notamment :

  • sols à très forte teneur en azote (apports excessifs d'engrais azotés ou de fumier, ou une combinaison de ces causes, avec l'enfouissement d'une légumineuse comme engrais vert);
  • sécheresse prolongée suivie de pluie; dans ces circonstances, attendre dix jours après la pluie avant de récolter pour permettre la transformation des nitrates en protéines;
  • toutes les circonstances naturelles entraînant la destruction des feuilles alors que les racines et les tiges demeurent actives et accumulent les nitrates (p. ex. gelée, grêle et parfois sécheresse).

On peut analyser les aliments douteux pour mesurer leur teneur en nitrates, qui est réduite par l'ensilage. À noter que l'ensilage de fourrage à forte teneur en nitrates peut produire un gaz mortel, le dioxyde d'azote voir Gaz d'ensilage.

Crucifères fourragères : colza fourrager, chou fourrager et navet fourrager

Le colza fourrager, le chou fourrager et le navet fourrager font d'excellents pâturages de septembre à décembre. Pour plus d'information, voir le tableau 8-10, Caractéristiques des couvre-sol cultivés en Ontario, ou la publication 19F du MAAARO, La culture des pâturages.

Ray-grass annuel

Le ray-grass annuel est une graminée en touffe à croissance rapide qui convient à un vaste éventail de qualités de sols. Il repousse continuellement tout au long de la saison et peut être très productif s'il reçoit assez d'eau et d'azote. Espèce intéressante pour la production de mi-saison ou de fin de saison, le ray-grass offre cependant un rendement médiocre par temps chaud. Pendant les périodes où la pluviosité est insuffisante ou nulle, la croissance cesse et les plants peuvent même mourir.

Il existe deux types de ray-grass, qui se distinguent par leur type de croissance.

Le ray-grass d'Italie

Le ray-grass d'Italie est une plante bisannuelle ou vivace de courte durée, mais avec les conditions hivernales qui prévalent en Ontario, il se comporte comme une graminée annuelle. Il demeure végétatif et ne produit pas de tige porte-graine, mais il donne un feuillage fourni qui constitue un fourrage de qualité élevée. Il ne dépasse généralement pas 40 cm (16 po) et est difficile à récolter pour la production de foin sec.

Le ray-grass de type Westerwold

Le ray-grass de type Westerwold est une vraie graminée annuelle; il atteint 40 à 80 cm (16 à 32 po) de hauteur et convient donc au pâturage ou à la production de foin. Les cultivars de Westerwold atteignent une bonne hauteur et produisent des tiges, ce qui facilite la production de foin. Faucher à l'épiaison ou avant parce que la qualité fourragère diminue rapidement après ce stade.

Semer au début du printemps à raison de 20 à 25 kg/ha (18 à 22 lb/ac) avec un semoir à céréales ou un rouleau semeur (cultitasseur). Placer les semences, qui sont très légères, à une profondeur de 1 cm (1/2 po), utiliser un rouleau pour favoriser la levée par un bon contact avec le sol.

Figure 3-1.-Drainage du sol requis par les espèces fourragères

Illustration : Drainage du sol requis par les espèces fourragères : excellent - bon - passable à faible - très faible

 

Le tableau 3-2, Caractéristiques des cultures fourragères annuelles en Ontario, résume les particularités de toutes ces espèces.

 

Choix des espèces

L'état du sol est souvent ce qui détermine le choix du mélange d'espèces à employer. Choisir les graminées après les légumineuses parce que celles-ci sont souvent plus sensibles au drainage et au pH. Une légumineuse qui persiste à long terme peut être préférable sur les sols en pente ou rocailleux. Pour trouver plus d'information sur la tolérance des légumineuses à diverses qualités de sol, voir Légumineuses vivaces et la figure 3-1, Drainage du sol requis par les espèces fourragères.

On cultive généralement les légumineuses en mélange avec au moins une graminée. Les principaux avantages d'un peuplement de légumineuses pur sont que les teneurs en protéines et en énergie alimentaire sont souvent plus élevées, que la qualité décroît plus lentement à l'approche de la maturité et qu'elle varie peu d'une coupe à l'autre. Sans une bonne gestion, les peuplements de légumineuses purs peuvent présenter les inconvénients suivants :

  • présence accrue de mauvaises herbes;
  • perte complète en cas de dommages graves causés par l'hiver;
  • séchage plus lent pendant l'andainage;
  • risque accru de verse;
  • dans certaines conditions, moins grande sapidité.

Tableau 3-2.-Caractéristiques des cultures fourragères annuelles en Ontario
Culture annuelle Utilisation Date de semis Taux de semis
(kg/ha)
Dose d'azote
(kg/ha)
Rendement
moyen (t de MS/ha)
Récolte
Avoine Pâturage
Fourrage vert
Foin
Ensilage
D'avril à août
80-100
30-50
2,5-4,5
5,5-8,5
De fin montaison à début épiaison
D'épiaison à grain pâteux mou
Orge Fourrage vert
Ensilage
D'avril à juin
100-125
40-70
2,5-5,5
5,5-9,5
De fin montaison à début épiaison
D'épiaison à grain pâteux mou
Avoine + pois
ou
triticale + pois
Ensilage
D'avril à juin
Avoine ou triticale : 80-100 pois : 50-75
20-30
2,5-5,0
6,0-9,0
De fin montaison à début épiaison
D'épiaison à grain pâteux mou
Seigle d'automne Pâturage
Du 15 au 31 août
150
50-80
au printemps
1,0-1,5
Faire brouter 7 semaines après semis ou en début de printemps
Triticale d'automne Pâturage
Du 25 août au 10 septembre
100-125
80
au printemps
1,0-1,25
Faire brouter 7 semaines après semis ou en début de printemps
Soya Ensilage
Du 20 mai au 10 juin
80-100
Aucune
6,0-9,0
Jaunissement des feuilles du bas
Luzerne annuelle Foin
Ensilage
Fin avril 13
13
Aucune
6,0-12,0
Fin du bourgeonnement, 5-6 semaines après coupe
Herbe du Soudan Pâturage
Du 1er au 15 juin
15-20
30-50
5,0-7,0
45 cm de hauteur
Hybrides sorgho-Soudan
Pâturage
Fourrage vert
Du 1er au 15 juin
15-20
50-100
8,0-12,0
Montaison ou début épiaison
Sorgho fourrager Ensilage
Pâturage
Fourrage vert
Du 1er au 15 juin
14-15 (une coupe, rangs espacés)
10-30 (plusieurs coupes, rangs rapprochés)
100
7,0-9,0
Montaison ou début épiaison
Millet Ensilage
Pâturage
Fourrage vert
Foin
Du 1er au 15 juin5
14-20
35-55
4,0-6,0
Montaison ou début épiaison
Millet à chandelle Ensilage
Pâturage
Fourrage vert
Foin
Du 1er au 15 juin
9-20
 
4,0-12,0
Montaison ou début épiaison
Colza fourrager Pâturage
Fourrage vert
Du 1er au 15 juillet
2-6
45-70
7,0-9,0
10-12 semaines après semis
Chou fourrager Pâturage
Fourrage vert
Juin et juillet
2-6
45-70
9,0-12,0
10-15 semaines après semis
Navet fourrager Pâturage
Du 1er au 15 juillet
2-6
80-100
6,0-9,0
10-12 semaines après semis
Seigle annuel Pâturage
Fourrage vert
Foin
Ensilage
Avril et mai
20-30

Utiliser les doses du tableau 3-6, p. 66

8,0-12,0
Faucher ou faire brouter 6 -8 semaines après semis

 

Choix des mélanges d'espèces

Maturité des graminées pour la récolte

Dans le choix d'une graminée, le moment de la maturité est un facteur très important. Pour les espèces qui ont une épiaison précoce comme le dactyle pelotonné et l'alpiste roseau, récolter tôt, sinon la sapidité et la qualité du produit en souffriront. Si la récolte doit se faire plus tard, choisir plutôt une graminée à maturité plus tardive telle que la fléole. Ne pas oublier que le moment de la maturité diffère souvent beaucoup parmi les cultivars de la même espèce.

Ratio légumineuse-graminée

Prendre en compte le ratio graminée-légumineuse souhaité dans le mélange. Si l'on peut accepter une teneur en protéines plus faible, comme dans les fourrages destinés à des bovins de boucherie ou à des veaux, opter pour une proportion de graminées plus élevée. Les mélanges contenant une plus forte proportion de graminées résistent généralement mieux aux invasions de mauvaises herbes, surtout de pissenlits. Si les conditions sont peu favorables à la survie des légumineuses, utiliser une plus grande proportion de graminées pour garantir le peuplement. Les espèces les plus envahissantes, comme le dactyle pelotonné, donnent une plus grande proportion de graminées, même si leur part est à peu près égale dans le mélange de semences.

Nombre de coupes

La fléole n'envahit pas la luzerne; dans un régime à trois coupes, elle perd souvent de l'importance dans le peuplement et fournit très peu de fourrage à la deuxième et à la troisième coupes. Mélangé à la luzerne, le dactyle pelotonné produit plus à la mi-été que la fléole. Pour obtenir une forte proportion de graminées dans le mélange, surtout aux deuxième et troisième coupes, opter pour le dactyle pelotonné, une graminée agressive qui envahit la luzerne à mesure que le peuplement vieillit. Pour ce qui est de l'agressivité, le brome et l'alpiste roseau occupent une place intermédiaire entre la fléole et le dactyle pelotonné.

Récolte précoce ou tardive

Le mode de gestion a un effet sur la concurrence entre les graminées et les légumineuses. Une récolte tardive, effectuée au moment de la floraison des graminées, favorise celles-ci par rapport aux légumineuses, notamment dans le cas de l'alpiste roseau. Coupé en fin de montaison, l'alpiste roseau n'envahit pas les légumineuses. Cependant, si on le laisse avoir une épiaison complète, il domine rapidement le peuplement. Cet aspect revêt une importance particulière dans les mélanges de lotier corniculé et de brome ou d'alpiste roseau; par conséquent, récolter dès le stade de montaison des graminées. Si cela n'est pas possible ou pratique, comme graminée, la fléole constitue un meilleur choix.

Peuplement constitué uniquement de graminées

On ne cultive généralement pas les graminées en peuplements purs parce que leur rendement est faible en l'absence d'importants apports d'azote. Voir Gestion de la fertilisation. Même avec une fertilisation adéquate, certaines espèces de graminées donnent un faible rendement si le milieu de l'été est chaud et sec. Toutefois, si l'état du sol (p. ex. mauvais drainage) empêche la culture de mélanges contenant des légumineuses, les peuplements de graminées purs peuvent être très productifs à condition que l'on choisisse les espèces et les programmes de fertilisation appropriés. Les peuplements constitués uniquement de graminées peuvent être plus productifs que les mélanges graminée-légumineuse dans certaines régions du nord l'Ontario.

Pour les aliments entreposés, on recommande habituellement d'utiliser une seule espèce de graminées. Lorsqu'on mélange deux ou trois espèces, il est pratiquement impossible qu'elles soient toutes prêtes en même temps pour la coupe. On mélange souvent la fléole avec des graminées qui s'établissent lentement, comme le brome et l'alpiste roseau.

Choix des cultivars

Les cultivars de fourrage sont évalués chaque année à partir d'essais effectués dans différentes régions de l'Ontario. Les résultats sont publiés dans le rapport intitulé Plantes fourragères - Comportement des variétés recommandées, disponible dans les centres de ressources du MAAARO et affiché sur le site Web du Comité ontarien des cultures fourragères, www.plant.uoguelph.ca/performance_recommendations/ofcc/ofcc.htm. Ce document présente des informations sur le rendement de cultivars recommandés par rapport à des valeurs de référence, ainsi que d'autres paramètres tels que la persistance, la résistance aux maladies et aux insectes, la maturité et le taux de repousse.

Le tableau 3-3, Mélanges recommandés pour le fourrage entreposé et le pâturage, résume les caractéristiques des espèces de fourrage vivaces et des mélanges cultivés en Ontario.

Toutes les semences fourragères vendues sous un nom de cultivar doivent être certifiées et porter l'étiquette bleue attestant le nom du cultivar. Les semences certifiées doivent répondre à certaines exigences concernant leur pouvoir germinatif et leur contenu en mauvaises herbes.

Sur le marché, certaines semences fourragères sont vendues sans nom et d'autres sous une marque de commerce. Il peut s'agir de mélanges de lots différents. Elles doivent aussi répondre à des exigences relatives au pouvoir germinatif et à la teneur en graines de mauvaises herbes, ces exigences étant cependant moins rigoureuses que pour les semences certifiées. Les semences sans nom ne font l'objet d'aucune garantie sur la résistance aux maladies et la persistance. Le rendement des peuplements établis à partir de semences vendues sans nom ou sous une simple marque de commerce est donc imprévisible et varie souvent d'une année à l'autre. Par conséquent, on recommande fortement l'utilisation de semences certifiées, la seule option qui garantisse le rendement, la persistance, la résistance aux maladies et le délai de maturité voulus.

Tableau 3-3. Mélanges recommandés pour le fourrage entreposé et le pâturage
Components Taux de semis1 (kg/ha)
Recommandé pour
Recommandations particulières
Fourrage entreposé Pâturage Pâturage intensif
1. Luzerne
13
x
  
  

Dans les sols bien drainés seulement. Plus facile à sécher comme ensilage que comme foin. Récolter au stade du bouton pour obtenir une meilleure valeur alimentaire.

2. Luzerne, fléole

13

1

x
  
  

Augmenter la quantité de semences de fléole jusqu'à 4 kg/ha pour obtenir une plus grande proportion de graminées et un meilleur séchage. La fléole assure la survie du peuplement là où la luzerne est vulnérable à la destruction par l'hiver. Récolter lorsque la fléole est au stade de montaison pour obtenir une qualité alimentaire élevée. Dans les régions qui reçoivent plus de 3 100 UTC et sur les sols exposés à une forte sécheresse, le brome est préférable à la fléole.

3. Luzerne, brome
11
9
x
 
 

Production de mi-été quelque peu supérieure à celle du mélange luzerne-fléole. Conserve mieux sa qualité à maturité que les mélanges contenant du dactyle pelotonné ou de la fléole. En raison de ses rhizomes, le peuplement de brome peut devenir plus dense avec le temps.

4. Luzerne, dactyle pelotonné
11
2
x
 
x

Choisir des cultivars tardifs de dactyle et des cultivars précoces de luzerne. Couper ou faire brouter tôt pour maintenir la qualité et la sapidité. Dans toutes les coupes, donne un pourcentage de graminées plus élevé que les mélanges à base de fléole ou de brome.

5. Luzerne, dactyle pelotonné et trèfle blanc
9
2
2
x
 
x

Comme au point 4. Pour une production optimale, il faut une bonne fertilisation et une bonne gestion du pâturage. La luzerne constitue une garantie contre la sécheresse prononcée, mais elle a besoin de plus longues périodes de repousse pour survivre.

6. Luzerne, fléole, brome et trèfle blanc
9
4
9
2
x
 
x
Convient bien aux combinaisons foin-pâturage.
7. Lotier corniculé, fléole
9
2
x
x
 
Utiliser de la fléole à maturité tardive.
8. Lotier corniculé, brome
9
4
x
x
 

Pour des peuplements de longue durée et une production précoce. Faire brouter tôt pour réduire la concurrence du brome. Bonne croissance du brome à l'automne.

9. Lotier corniculé, dactyle pelotonné
8
4
 
 
x

Bonne production précoce et en mi-saison. Faire brouter le dactyle pour réduire sa concurrence avec le lotier corniculé. De préférence, opter pour les cultivars de dactyle à maturité tardive.

10. Lotier corniculé, fétuque élevée2
8
10
x
x
x

Bonne production tout au long de la saison. Bonne croissance et bonne qualité de la fétuque élevée en automne.

11. Lotier corniculé, fétuque rouge traçante
8
6
 
x
  Bonne production estivale et automnale. Excellente qualité en automne.
12. Trèfle rouge
11
x
    Production à court terme d'ensilage préfané ou d'engrais vert à enfouir.
13. Trèfle rouge, fléole
7
6
x
   

Production d'ensilage préfané à court terme. Quand le trèfle disparaît, labourer ou fertiliser à l'azote pour maintenir la production.

14. Trèfle blanc, dactyle pelotonné
2
9
   
x

À utiliser pour les pâturages convenant au trèfle blanc. Pour une production optimale, il faut une bonne fertilisation, une humidité adéquate et une bonne gestion du pâturage. Dans les régions sèches, ajouter de la luzerne (voir le point 5 ci-dessus).

1 kg/ha = 0,9 lb/ac

1Pour un semis précoce dans un lit de semence ferme et à texture fine, ces taux peuvent être réduits de 25 %, sauf quand on emploie des semences enrobées.
2 Utiliser des semences exemptes d'endophytes.

 

 


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 20 août 2009
Dernière révision : 20 août 2009

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