Cultures fourragères : Récolte et entreposage

 

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Publication 811F : Guide agronomique des grandes cultures > Cultures fourragères > Récolte et entreposage

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Table des matières

 

Gestion des pâtures

Un pâturage bien géré fournit un fourrage abondant à faible coût. Pour optimiser la quantité de fourrage et le rendement du bétail, employer un système de rotation. Idéalement, dans un pâturage, le peuplement consommé par le bétail devrait contenir au moins 35 % de légumineuses. Le choix des espèces de cultures fourragères dépend en partie du drainage du sol et de sa texture. Il est souhaitable d'épandre 50 à 75 kg d'azote/ha sur les pâturages contenant moins de 35 % de légumineuses. L'épandage doit coïncider avec les bonnes conditions de croissance et avec le besoin de plus grandes quantités de pâturage. Pour dépasser cette quantité, faire plusieurs épandages.

Pâturages tournants

Le moment de la mise à l'herbe de printemps doit être choisi en fonction de la croissance des graminées. Faire brouter les espèces précoces telles que le dactyle pelotonné assez tôt pour l'empêcher d'atteindre un stade de maturité trop avancé. Effectuer la rotation des pâturages assez rapidement. Plus l'herbe pousse vite, plus la rotation doit être rapide. Dans les pâturages tournants, il est important d'estimer le moment de déplacer le bétail en fonction du dernier enclos de la rotation. Vers le début de la saison de croissance, une rotation complète peut durer 20 jours. Vers la fin de la saison, pour permettre une repousse et un rétablissement suffisants, on peut devoir attendre 40 jours ou plus avant de revenir au même enclos.

Prévention du ballonnement sur les pâturages

Les légumineuses peuvent provoquer le ballonnement chez les ruminants; plus les plantes sont jeunes, plus le risque est élevé. Lorsque le pâturage contient plus de 50 % de légumineuses, il est recommandé de prendre certaines mesures pour prévenir le ballonnement, par exemple :

  • Faire en sorte que le bétail ait déjà consommé du fourrage avant d'arriver dans le pâturage;
  • Amener le bétail au pâturage lorsque celui-ci est sec et non lorsqu'il est mouillé par la pluie ou par une rosée abondante au début de la matinée;
  • Lui offrir du foin riche en tiges pour stimuler le rumen;
  • Faire brouter les légumineuses lorsqu'elles sont en fleurs;
  • Penser à employer un additif pour alimentation animale;
  • Faire brouter de petites superficies à la fois (l'équivalent de la consommation d'une journée) pour inciter le bétail à manger les tiges en même temps que les feuilles météorisantes.

Pour plus d'information sur la gestion des pâturages, voir la publication 19F du MAAARO, La culture des pâturages, qui est affichée.

Qualité du fourrage

Pour ce qui est des espèces fourragères récoltées pour l'entreposage, c'est le type de bétail à nourrir qui détermine la qualité du fourrage. Celle-ci doit correspondre aux besoins nutritionnels des animaux. Un troupeau de vaches laitières très productives a besoin d'un fourrage de qualité, c'est-à-dire à forte teneur en énergie et en protéines digestibles. Les valeurs repères pour la luzerne destinée à des vaches laitières très productives sont 20 % de protéines brutes (PB), 30 % de fibres au détergent acide (ADF) et 40 % de fibres au détergent neutre (NDF). Pour les vaches de boucherie, le meilleur foin est plus avancé en maturité et d'un rendement plus élevé et, par conséquent, il a une teneur en protéines et une digestibilité plus faibles. Bon nombre de propriétaires de chevaux d'équitation préfèrent le foin à maturité plus avancée qui renferme davantage de graminées que n'en contient normalement le foin destiné aux vaches laitières, mais il doit absolument être exempt de dommages dus à la pluie, de moisissures et de poussières. Certains marchés exigent aussi que le foin ait une couleur verte et ne contienne aucune mauvaise herbe. Plus loin dans le présent texte, le terme " qualité alimentaire élevée " désigne une teneur élevée en protéines et en énergie digestibles.

Les analyses de laboratoire sur les fourrages sont indispensables pour la mise au point d'une ration alimentaire précise. La teneur en éléments nutritifs varie considérablement selon le type de fourrage, le degré de maturité à la coupe et la capacité de préservation.

Pour plus de renseignements sur l'interprétation des rapports d'analyse de fourrages, voir la fiche technique du MAAARO intitulée Terminologie de la fabrication des aliments pour animaux et de la nutrition animale.

Mesure de l'énergie digestible de l'ensilage du maïs

L'ensilage de maïs a la particularité d'allier deux composants très différents : les grains très humides et les épis débarrassés des grains. L'énergie digestible doit être élevée pour réduire le besoin en supplément de céréales. La teneur en NDF doit être faible et la valeur de digestibilité des fibres au détergent neutre (dNDF) doit être plus élevée pour accroître la prise alimentaire; c'est également le cas de l'énergie.

 

Tableau 3-10. Digestibilité et teneur en protéines de la luzerne
et du brome à divers stades de maturitéTableau 3-10. Digestibilité et teneur en protéines de la luzerne
et du brome à divers stades de maturité
Stade de maturité Date Digestibilité (%) Teneur en protéines brutes (%)
Luzerne Brome Luzerne Brome
Bouton moyen
4 juin
72,6
73,8
21,5
13,4
Début de floraison
20 juin
65,2
67,2
17,0
10,0
Floraison complète
30 juin
62,1
60,6
16,2
6,7
Premières graines
6 juillet
60,9
59,7
15,6
5,8

 

L'énergie digestible de l'ensilage de maïs dépend principalement des quantités relatives d'amidon et de NDF, et de leur digestibilité. Dans le passé, on évaluait l'énergie à partir de la ADF et la prise alimentaire à partir de la NDF, mais à elles seules ces valeurs ne prennent pas en compte la digestibilité. De nouvelles méthodes permettent de calculer l'énergie digestible de l'ensilage de maïs avec plus d'exactitude précision à partir des PB, des NDF, de la dNDF, de l'amidon, des cendres et des lipides. Il est également possible de calculer la digestibilité de l'amidon à partir du taux d'humidité, des cotes de conditionnement du grain (kernel processing scores, KPS) et d'autres tests de digestibilité effectués en laboratoire.

Période de récolte du fourrage

La période de récolte est le facteur le plus important pour la production d'un fourrage de qualité alimentaire élevée. La valeur nutritive des cultures fourragères baisse au fur et à mesure qu'elles arrivent à maturité. Après le stade du bouton de la luzerne, la teneur en protéines diminue d'environ 0,2 % par jour et la digestibilité d'environ 0,4 % par jour voir le tableau 3-10, Digestibilité et teneur en protéines de la luzerne et du brome à divers stades de maturité. Un petit retard dans la coupe du fourrage entraîne une forte réduction de sa qualité alimentaire. Bien sûr, les choses se compliquent lorsqu'il faut attendre une période de temps sec.


En règle générale, pour obtenir un foin de haute qualité, faire la première coupe entre le milieu et la fin du stade du bouton.


La période de récolte dépend des besoins nutritionnels du bétail. La coupe effectuée avant le stade du bouton ou au début de celui-ci réduit les rendements et peut augmenter les risques de perdre le peuplement. Une extrême faiblesse des teneurs en fibres peut entraîner des problèmes nutritionnels. Pour ce qui est des graminées, on atteint un compromis entre le rendement et la qualité au stade où l'épi est tout juste sorti. Le dactyle pelotonné atteint la maturité bien avant la fléole et le brome. Les retards dans la récolte du fourrage font augmenter le rendement et la rusticité, mais réduisent la qualité du fourrage. Pour les grandes superficies de fourrage, il est conseillé de commencer la coupe plus tôt pour s'assurer que ce qui est coupé en dernier est de bonne qualité.

La deuxième et la troisième coupes de luzerne peuvent se faire à intervalles d'environ 30 jours (milieu du stade du bouton) à 40 jours (début de floraison) ou plus, selon que l'on recherche une qualité élevée ou une rusticité et un rendement optimaux voir Destruction des cultures fourragères par l'hiver.

Prévoir la qualité de la luzerne dans une culture sur pied

Les méthodes ci-dessous permettent de déterminer le moment du début de la première coupe de luzerne :

  • date du calendrier;
  • stade de développement (milieu du stade de bouton, stade du bouton complet, etc.);
  • degrés-jours de croissance (DJC) voir Degrés-jours;
  • échantillons coupés aux ciseaux;
  • équations prédictives de la qualité de la luzerne (ÉPQL).

De nombreux producteurs fondent leurs décisions relatives à la coupe en se fondant sur la teneur en FDN comme principale variable de qualité. Pour les vaches laitières très productives, la teneur en FDN optimale de la luzerne pour la prise alimentaire et la fibre alimentaire est d'environ 40 %. Par temps chaud, la teneur en FDN peut augmenter d'environ 0,7 unité par jour, ce qui entraîne une diminution rapide de la qualité. D'une année à l'autre, la teneur en FDN peut accuser des écarts atteignant 10 % à la même date de coupe. La relation entre le stade phénologique (début ou fin du stade du bouton) et la teneur en FDN n'est pas toujours très précise. Certains laboratoires offrent des services d'analyse d'échantillons coupés aux ciseaux avec un temps de roulement court pour le suivi de la qualité des fourrages sur pied.

La méthode des ÉPQL consiste à calculer la teneur en FDN de la luzerne dans une culture sur pied à partir de la tige la plus longue et de la tige dont la maturité est la plus avancée. Les estimations de FDN par la méthode des ÉPQL sont inscrites sur une baguette à mesurer facile à lire et dont on peut se servir au champ. Cette méthode permet de prendre les décisions pour la coupe, mais elle ne saurait remplacer l'analyse des fourrages et l'équilibrage des rations. Pour plus de détails sur l'utilisation de la méthode des ÉPQL, voir l'information sur les équations prédictives, Prévision de la qualité de la luzerne à l'aide des équations prédictives de la qualité de la luzerne, affichée sur le site Web du MAAARO à l'adresse www.ontario.ca/cultures.

Foin sec

On peut conserver un maximum de valeur nutritive en réduisant autant que possible les pertes au champ et à l'entreposage. L'importance de chacun de ces types de pertes dépend grande partie de la teneur en eau du fourrage lorsqu'il est entreposé. L'entreposage de foin sec s'accompagne de pertes élevées au champ, mais de pertes relativement faibles à l'entreposage. Par contre, l'entreposage de fourrages pour l'ensilage préfané s'accompagne de pertes réduites au champ, mais de pertes plus importantes à l'entreposage voir la figure 3-2, Estimation des pertes de foin et d'ensilage préfané à la récolte et à l'entreposage.

Figure 3-2. Estimation des pertes de foin et d'ensilage préfané à la récolte et à l'entreposage

Illustration :  Estimation des pertes de foin et d'ensilage préfané à la récolte et à l'entreposage. L'importance de chacun de ces types de pertes dépend grande partie de la teneur en eau du fourrage lorsqu'il est entreposé.

Adapté de Hoglund, 1964.

 

Le séchage rapide est l'une des clés de la production de foin. En Ontario, les périodes sans pluie sont souvent très courtes; il faut donc toujours soit prendre le risque d'attendre que le foin soit assez sec pour faire les balles avant la prochaine pluie, soit faire les balles avant qu'il soit tout à fait assez sec et risquer d'obtenir un produit moisi et poussiéreux. Le conditionnement et l'andainage doivent aussi être effectués de façon à éviter une perte excessive des feuilles.

Coupe et conditionnement

Les faucheuses à disques sont plus fiables que les faucheuses à barre de coupe lorsque le fourrage est versé ou dans des peuplements très denses. Les faucheuses à disques sont plus rapides et ont une plus grande capacité, mais elles coûtent plus cher.

Les conditionneurs de fourrage broient, crêpent ou battent les tiges et en accélèrent ainsi le séchage. Un séchage plus rapide réduit les risques d'exposition à la pluie et synchronise le séchage des feuilles et des tiges, ce qui peut limiter l'effritement des feuilles. Généralement, les graminées sèchent plus rapidement que les légumineuses. Entretenir et régler les conditionneurs de façon à assurer un conditionnement optimal. Voir le manuel du propriétaire.

Après la coupe, laisser des andains aussi larges que possible pour accélérer le séchage et réduire ainsi la perte des sucres solubles par respiration. Les andains larges sont moins denses et moins humides, et leur surface d'évaporation exposée au soleil est plus importante. La plupart des faucheuses-conditionneuses permettent d'ajuster facilement leur largeur.

Pertes à la récolte

Plusieurs types de pertes sont liés à la production de foin sec (moins de 20 % d'humidité). Comme les feuilles contiennent environ la moitié de la matière sèche et les deux tiers des protéines, leur perte a un effet prononcé sur la qualité et le rendement.

Tableau 3-11. Pertes potentielles à la fenaison
Source des pertes % Pertes en matière sèche
Respiration
2-16
Coupe et conditionnement
2-5
Raking
5-25
Mise en petites balles
3-8
Mise en grosses balles
1-15
Transport
1-10
Pertes potentielles totales
10-71

 

Respiration

Même après la coupe, les fourrages continuent de respirer et de consommer des sucres jusqu'à ce que leur teneur en eau atteigne moins de 40 %. Lorsque les conditions permettent un séchage relativement rapide, ces pertes peuvent être réduites au minimum, soit 2 à 8 % de la matière sèche totale. Dans le cas contraire (température basse, humidité élevée, etc.), les plants prennent plus de temps à atteindre une teneur en eau de 40 % et les pertes de matière sèche peuvent atteindre 16 %.

Altération dans l'andain

Sur du foin andainé, la pluie entretient la respiration et ajoute aux pertes. Les nutriments comme les sucres simples quittent les feuilles par lessivage et les pertes foliaires augmentent, ce qui réduit la digestibilité du produit. Il peut y avoir une augmentation de la concentration de protéines, mais la quantité de protéines produites par acre diminue, ainsi que leur digestibilité. L'altération sur pied a aussi pour effet de réduire la quantité de foin qui sera consommée par les animaux, et les dégâts dus à la pluie font augmenter la quantité de moisissures dans l'andain, ce qui peut nuire à la sapidité du foin et le rendre impropre au marché des chevaux.

Pertes d'origine mécanique

Au fur et à mesure que le fourrage sèche, les feuilles et les petites tiges deviennent plus cassantes. Toute opération mécanique, comme l'andainage et le fanage, effectuée sur un produit contenant moins de 40 % d'eau, entraîne des pertes de feuilles. Les quantités de feuilles ainsi perdues s'accroissent au fur et à mesure que la teneur en humidité diminue. Si possible, andainer lorsque le foin est humide. S'il contient peu d'humidité, pour réduire les pertes de feuilles, andainer le matin pendant qu'il y a encore de la rosée, réduire la vitesse de rotation des râteaux et retourner les andains avec un vire-andains. Les faneuses sont plus souvent utilisées pour les prairies de graminées et peuvent provoquer d'importantes pertes de feuilles sur la luzerne à faible teneur en humidité. Pour réduire les pertes qui surviennent lors du ramassage par la presse à fourrage et dans la chambre de mise en balles, rassembler les andains légers à une teneur en eau plus élevée et en avançant à la vitesse maximale.

Pertes potentielles à la fenaison

Pertes potentielles à la fenaison
Le tableau 3-11, Pertes potentielles à la fenaison, résume les valeurs enregistrées lors de travaux de recherche.

Tableau 3-12. Guide des teneurs en eau à l'entreposage
Type de balles Teneur en eau à l'entreposage (%)
Petites balles rectangulaires
15-18
Grosses balles rondes - centre moins dense
13-16
Grosses balles rondes - centre plus dense
12-15
Grosses balles rectangulaires
12-15

Source : Clarke et Stone, MAAARO, 1993.

 

Pertes à l'entreposage

Le foin qui est assez sec et qui est entreposé sous un couvert protecteur subit normalement un minimum de pertes à l'entreposage. Ces pertes sont généralement liées à la manutention des balles pendant leur déplacement.

Le foin très humide présente des risques d'altération causée par les micro-organismes qui métabolisent les sucres et dégagent de la chaleur. L'importance des dommages subis dépend :

  • de la teneur en eau du foin;
  • de la densité des balles et de leur empilage plus ou moins serré dans la grange;
  • de la température et de l'humidité de l'air ambiant.

Le tableau 3-12, Guide des teneurs en eau à l'entreposage, donne les valeurs à respecter pour l'entreposage de différents types de balles.

Si on entrepose les balles à l'intérieur ou si on recouvre les grosses balles, les pertes dues à l'altération sont considérablement réduites. Dans une balle ronde de 1,5 m (5 pi) de diamètre, 19 % du foin se trouve dans la couche externe de 15 cm (6 po) et 36 %, dans la couche externe de 30 cm (12 po). L'entreposage à l'extérieur doit se faire dans un endroit bien drainé. Voir la fiche technique du MAAARO, Entreposage des grosses balles rondes, commande no 89-015, ou visiter le site Web www.ontario.ca/cultures.

Pertes à l'affouragement

Les pertes de foin sec à l'affouragement peuvent être assez importantes; elles peuvent atteindre 50 % lorsque des bovins sont affouragés sur le sol plutôt que dans une mangeoire. Les mangeoires coniques et circulaires produisent moins de pertes que les crèches ou les mangeoires mobiles.

Échauffement du foin

La combustion du foin humide provoquée par son échauffement est communément appelée combustion spontanée. Ce phénomène survient lorsque qu'il y a suffisamment d'humidité, d'oxygène et de matière organique pour permettre la croissance de bactéries et de moisissures. Cette réaction peut être autonome. Les gaz produits s'enflamment lorsqu'ils deviennent assez chauds. Prendre soin de vérifier si le foin est assez sec pour être mis en balles ou entreposé. La combustion spontanée du foin survient habituellement pendant les deux premiers mois de l'entreposage.

Généralement, l'un des premiers signes d'échauffement du foin est une odeur de tabac à pipe, et parfois un dégagement de vapeur provenant de la grange. Pour vérifier la température du foin, on peut y plonger une sonde pointue dans laquelle on enfonce un thermomètre à confiserie attaché à une corde. Ne jamais mesurer la température sans être accompagné parce qu'il y a risque de chute dans les poches de feu qui ont pu se former.

Voici quelques repères utiles :

  • 65 °C - Début de la zone dangereuse. Mesurer la température tous les jours.
  • 70 °C - Danger! Inspecter toutes les quatre heures pour voir si la température monte.
  • 80 °C - Possibilité de formation de poches de feu. Appeler le service des incendies.
  • 100 °C - Situation critique! En présence d'oxygène, la combustion s'amorcera.

Si on n'a pas de thermomètre, on peut plonger une tige de fer ou de cuivre profondément dans le foin pendant une heure pour avoir une idée de sa température. Si la tige, une fois retirée, est presque trop chaude pour être tenue à mains nues, il y a lieu de s'inquiéter.

Voir la fiche technique du MAAARO, Incendies de silo ou de grange à foin sur votre ferme, commande no 93-027a, ou visiter le site Web www.ontario.ca/cultures.

Agents de conservation du foin (acide propionique)

En Ontario, les conditions météorologiques ne sont pas toujours propices au séchage du foin au champ. Les produits de conservation à base d'acide propionique permettent de réduire les risques d'échauffement, de moisissures, d'altération et de pertes de matière sèche découlant de la formation de balles à une teneur élevée en humidité.

L'acide propionique est un acide organique qui a un effet fongicide; il inhibe donc la croissance des micro-organismes aérobies qui peuvent provoquer l'échauffement et la moisissure. L'acide propionique empêche la croissance des moisissures pendant que les balles " transpirent " et " sèchent " par dissipation et évaporation et s'approchent de taux d'humidité sans danger. Ne pas confondre les agents de conservation du foin à base d'acide propionique avec les enzymes, les inoculants bactériens ou les additifs alimentaires, qui sont différents par leur mode d'action et leur efficacité.

Les produits à base d'acide propionique sont homologués par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). Bien lire l'étiquette et respecter les concentrations et les doses indiquées. Les produits actuellement vendus dans le commerce sont tamponnés à un pH d'environ 6,0 et n'irritent pas les yeux et la peau comme le faisaient les anciens produits. Ils peuvent aussi contenir de l'acide acétique et citrique, des surfactants et des colorants.

Le foin traité à l'acide propionique tamponné ou avec d'autres produits à base d'acides organiques peuvent être donnés au bétail sans danger. Les acides propionique et acétique sont des acides organiques également produits par les micro-organismes du rumen (et dans le cæcum et le colon des chevaux) pendant la digestion.

Comme la quantité d'agent de conservation à employer dépend de la teneur en eau du foin au moment de la mise en balles, il est essentiel de mesurer celle-ci avec précision. Les humidimètres à main peuvent ne pas être assez précis pour permettre de calculer convenablement la dose d'agent de conservation requise. À l'intérieur d'un même andain, les écarts de teneur en eau atteignent parfois 10 à 15 %, ce qui peut entraîner la formation de poches de matière humide qui ne seront pas adéquatement traitées. Pour calculer la fourchette de teneurs en eau, faire quelques balles de foin et prélever des échantillons à partir de celles-ci plutôt que de l'andain. Il y a une différence entre la teneur en eau moyenne et la teneur en eau maximale. Ajuster la dose d'agent de conservation en fonction de la valeur maximale et non de la moyenne.

Pulvériser l'acide propionique sur le foin au moment où il entre dans la presse à foin. Les systèmes de pulvérisation simples sont constitués d'un réservoir, d'une pompe et de buses. Il existe des systèmes informatisés comportant des capteurs d'humidité à l'intérieur de la chambre qui ajustent automatiquement les doses. Pratiquement toutes les grosses presses à foin produisant des balles rectangulaires sont ainsi équipées.

Pour plus de renseignements sur l'emploi de l'acide propionique pour la prévention de la moisissure dans le foin, voir le site Web du MAAARO à l'adresse www.ontario.ca/cultures.

Traitement du foin de mauvaise qualité à l'ammoniac anhydre

L'ammoniac anhydre est un agent de conservation qui permet d'accroître la teneur en protéines brutes et la digestibilité du foin de mauvaise qualité. La dose recommandée est de 1 % du poids du foin sec, dont la teneur en eau ne doit pas dépasser 30 %. De plus, il faut recouvrir le foin d'un plastique pour retenir l'ammoniac, à défaut de quoi l'effet de conservation ne sera que temporaire.
L'ammoniac anhydre n'est pas un agent de conservation aussi efficace que l'acide propionique et ne devrait pas être employé sur du foin de haute qualité. En effet, son utilisation sur du foin de haute qualité a déjà provoqué l'affolement des bovins, qui percutaient violemment des obstacles, étaient pris de convulsions et, parfois, mouraient. Ne pas donner de foin de qualité traité à l'ammoniac aux animaux qui ont des besoins nutritionnels importants comme les vaches en lactation.

Séchoirs à foin en grange

Les systèmes de séchage en grange servent à la production de foin de qualité. Bien géré, un tel système permet de réduire la durée du préfanage au champ et donc le risque de pertes dues à la pluie; il limite aussi la chute des feuilles et élimine le danger d'incendie déclenché par la combustion spontanée (voir Échauffement du foin, page en regard). Le séchoir à foin en grange comporte un ventilateur et des conduites qui font circuler l'air extérieur à travers le foin partiellement séché entreposé dans la grange; il élimine ainsi la chaleur et l'excès d'humidité et complète le processus de fanage qui a débuté au champ.

Foin pour chevaux

Les paramètres de qualité du foin pour chevaux ne sont pas les mêmes que pour le bétail et les moutons. Bon nombre de propriétaires de chevaux jugent la qualité du foin principalement en fonction de l'absence de moisissure, de poussière et de mauvaises herbes, et de sa couleur verte. Le foin qui n'était pas assez sec au moment de la mise en balles moisit et devient poussiéreux, ce qui peut provoquer des problèmes respiratoires chez les chevaux. Le foin destiné aux chevaux ne doit pas avoir été exposé à la pluie. La plupart des chevaux n'ont pas besoin de foin riche en protéines, et dans de nombreux cas les chevaux d'équitation n'ont pas de grands besoins énergétiques. On leur donne souvent un mélange de fléole-luzerne. Le foin pour chevaux peut être récolté plus tard dans la saison de fenaison, à un degré de maturité plus avancé; cela permet de disposer d'une certaine latitude pour la fenaison et de réduire les risques d'exposition à la pluie. Il s'ensuit un rendement accru en matière sèche, bien que le produit obtenu soit plus pauvre en protéines et en énergie.

Il y a souvent une demande pour du foin pour chevaux en petites balles rectangulaires parce que de nombreux propriétaires ne disposent pas de l'équipement nécessaire à la manutention de grosses balles. Il existe également un marché national et d'exportation en croissance pour les grosses balles rectangulaires. Pour plus d'information sur le foin à chevaux, voir le site Web du MAAARO à l'adresse www.ontario.ca/cultures.

Ensilage préfané et ensilage de maïs

L'entreposage du fourrage sous forme d'ensilage préfané plutôt qu'en balles présente divers avantages, notamment :

réduction des pertes à la récolte;

coûts de main-d'œuvre moins élevés en raison de la mécanisation de toutes les opérations;

réduction de la dépendance à l'égard des bonnes conditions de séchage, ce qui permet de faucher la récolte au degré de maturité souhaité.


L'ensilage du maïs se pratique beaucoup du fait de son rendement, de la sapidité du produit et de sa teneur élevée en énergie, et parce qu'il peut être récolté en une seule fois.

Modes d'entreposage des ensilages

Voici les modes d'entreposage les plus courants pour les ensilages :

  • silo vertical (silo tour)
  • traditionnel (ouvert);
  • hermétique (limitant l'oxygène);
  • silo horizontal
  • silo-couloir;
  • silo-meule;
  • silo-boudin;
  • grosses balles d'ensilage préfané (ensilage en balles).

 

Moment de la récolte de l'ensilage de maïs

Pour obtenir un ensilage de maïs de qualité, le récolter à la bonne teneur en eau. Pour le maïs plante entière, c'est généralement à une teneur en humidité allant de 65 et 70 % que la fermentation de l'ensilage se fait dans les meilleures conditions et que le rendement de l'élevage est optimal. Cette teneur convient bien aux silos horizontaux et aux silos-boudins; cependant dans le cas des silos verticaux, l'ensilage doit être un peu plus sec si l'on veut prévenir le suintement. Voir Maintien de la bonne teneur en eau, page en regard.

Ligne d'amidon

On se fonde souvent sur la " ligne d'amidon " des grains (ou " ligne de maturité ") pour évaluer le moment où il faut récolter le maïs à ensilage, mais cette méthode a certaines limites. Pour ce faire, casser un épi en deux et examiner les grains. Dès l'apparition de la dent (ligne d'amidon à 0 % de la hauteur du grain), il apparaît sur le grain une ligne blanchâtre qui constitue la démarcation entre la zone laiteuse et la zone pâteuse. Elle se déplace du sommet du grain vers sa base au fur et à mesure que celui-ci approche de la maturité et s'assèche. Lorsqu'elle atteint la base (ligne d'amidon à 100 % de la hauteur du grain), un point noir apparaît. La recommandation habituelle est de récolter le maïs quand la ligne d'amidon se situe entre la moitié et les deux tiers de la hauteur du grain.

La correspondance entre le pourcentage indiqué par la hauteur de la ligne d'amidon et la teneur en eau de la plante entière est extrêmement variable. En effet, quand la ligne d'amidon est à la moitié de la hauteur du grain, la teneur en eau de la plante entière peut être, selon le cas, trop élevée ou beaucoup trop faible. Lorsque le temps est relativement sec, la teneur en eau de la plante entière peut être plus basse que prévu pour une hauteur donnée de la ligne d'amidon. De plus, la ligne d'amidon diffère d'un hybride à l'autre selon le caractère " tenue en vert ". En effet, une cote élevée pour ce caractère signifie que les grains sèchent plus rapidement que les cannes. C'est souhaitable chez les hybrides de maïs-grain parce que, à mesure que le grain sèche, les tiges restent vertes et saines et elles sont moins vulnérables aux cassures et à la verse en fin de saison. Bon nombre d'hybrides destinés uniquement à l'ensilage ont une faible cote " tenue en vert ", de sorte que le grain a une teneur relativement élevée en humidité par rapport à la plante entière. Le maïs à ensilage est moins touché par la verse parce qu'il est récolté plus tôt et que le grain a une teneur en eau plus élevée, ce qui accroît la digestibilité de l'amidon. Les hybrides dont la cote " tenue en vert " est élevée peuvent présenter une ligne d'amidon plus avancée par rapport à la teneur en eau de la plante entière. Par contre, les hybrides destinés à l'ensilage seulement qui ont une cote " tenue en vert " faible seront prêts à la récolte même si leur ligne d'amidon est moins avancée. S'adresser à un représentant d'un fournisseur de semences pour lui demander quelles sont les recommandations d'usage relatives à la ligne d'amidon pour un hybride donné.

Mesure de la teneur en eau

La méthode la plus précise pour déterminer le moment de la récolte du maïs à ensilage consiste à mesurer sa teneur en eau.

  • Prélever au moins dix plants du champ en évitant les tournières. Se méfier de la variabilité de l'humidité dans un même champ.
  • Hacher un échantillon au moyen d'une récolteuse ou d'une déchiqueteuse mobile. Plus l'échantillon est haché finement, plus il sèche facilement et plus le résultat est précis.
  • Utiliser un doseur d'humidité commercial pour fourrages et un four à micro-ondes ou faire appel à un laboratoire pour déterminer le pourcentage de matière sèche. Il se peut que les doseurs et les fours à micro-ondes n'enlèvent pas toute l'humidité résiduelle de l'échantillon, et ils peuvent même mener à une sous-estimation de la teneur d'environ 3 %.

Peu après l'apparition de la dent, lorsque la ligne d'amidon est à environ 20 %, il est possible de calculer la teneur en eau de la plante entière. Au cours d'une année normale, à ce stade, le maïs à ensilage perd environ 0,5 % d'humidité par jour. Ainsi, si l'échantillon a une teneur en eau de 70 % et que valeur cible est de 65 %, il faut récolter le maïs environ dix jours après l'échantillonnage. Le séchage est plus rapide les années sèches et que les années humides. Au besoin, vérifier la teneur en eau à nouveau avant la récolte.

Fermentation de l'ensilage

Lorsqu'on met des fourrages dans un silo, le milieu est aérobie (l'ensilage contient de l'oxygène). Les bactéries aérobies dégradent les glucides et les sucres en dioxyde de carbone et en eau tout en produisant de la chaleur et en consommant l'oxygène piégé.

Une fois que l'oxygène est épuisé, l'ensilage devient anaérobie et propice à la croissance de bactéries anaérobies. Ces organismes transforment les glucides et les sucres en acides organiques qui permettent la conservation de l'ensilage. Ils dégradent aussi une certaine quantité de protéines en acides aminés, en ammoniac et en d'autres composés azotés non protéiques. Pendant ce processus, les acides font diminuer le pH, alors que la production d'ammoniac tend à le faire augmenter. La production d'ammoniac fait que le pH atteint une valeur stable au bout d'un délai plus long.

En deux ou trois semaines, il se stabilise entre 4,0 et 5,0, et toute activité bactérienne et enzymatique cesse. Une fois le pH stabilisé, il n'y a plus aucun risque de dégradation des éléments nutritifs ou d'altération, de sorte que l'ensilage peut se conserver pendant de longues périodes à condition que l'air n'y pénètre pas.

Pertes d'ensilage liées à l'entreposage

La plupart des pertes d'ensilage liées à l'entreposage sont dues à une exposition à l'oxygène.

Pertes dues à la respiration

Au moment de la récolte et de l'ensilage des plants, les cellules végétales continuent de respirer, ce qui entraîne une dégradation des sucres et autres glucides.

Pertes dues à la fermentation

La fermentation primaire et secondaire provoque des pertes d'importance variable. Une période de fermentation prolongée peut entraîner une dégradation excessive des sucres. Certains types de bactéries sont moins efficaces que d'autres. À des teneurs en eau supérieures à 70 %, il peut y avoir une fermentation clostridiale qui produit de grandes quantités d'acide butyrique.

Pertes par suintement

Lorsqu'on met du fourrage trop humide dans un silo, sous l'effet du poids de l'ensilage, un liquide peut s'en échapper et s'accumuler au fond du silo. Ces effluents entraînent des sucres et d'autres éléments nutritifs. De plus, ils peuvent provoquer une corrosion excessive des parois du silo et des tiges d'armature, et même causer l'effondrement du silo. Les effluents d'ensilage peuvent aussi tuer les poissons s'ils s'écoulent dans un cours d'eau. Consulter la fiche technique du MAAARO, Le stockage des effluents d'ensilage, commande no 04-032, ou visiter le site Web www.ontario.ca/cultures.

Échauffement

L'échauffement des plantes provoque la combinaison des sucres et des protéines en composés indigestibles; il en résulte une " torréfaction " (brunissement de l'ensilage) et une réduction de la digestibilité des protéines. Dans des cas extrêmes, quand l'ensilage est trop sec ou que de l'air y pénètre continuellement, il y a risque d'incendie provoqué par une combustion spontanée. De tels incendies peuvent se déclarer à n'importe quel moment de l'année et sont pratiquement impossibles à éteindre.

Détérioration superficielle

L'ensilage non couvert et peu compacté se gâte parce que l'exposition à l'oxygène provoque la croissance de micro-organismes aérobies (levures, moisissures et bactéries).

Pertes liées à l'affouragement

La qualité de l'ensilage peut également diminuer lorsqu'on ouvre le silo pour servir le produit aux animaux. Ces pertes sont dues aux levures et aux moisissures qui s'activent quand l'ensilage est de nouveau exposé à l'oxygène. Des pertes secondaires peuvent survenir sur la surface exposée de l'ensilage ou lors de l'affouragement.

Pratiques recommandées en matière d'ensilage

Maintien de la bonne teneur en eau
  • silo vertical traditionnel : 60 % à 65 % ;
  • silo horizontal : 60 % à 70 %;
  • silo hermétique : 50 % à 60 %;
  • silo-boudin : 60 % à 70 %;
  • grosses balles d'ensilage préfané enveloppées : 40 % à 60 %.


Si l'ensilage est trop sec, il se tasse mal, l'air y pénètre, la fermentation se fait mal et il chauffe. Si l'ensilage préfané est devenu trop sec, couper des fourrages frais et continuer de remplir le silo en alternant les charges fraîches et sèches. L'arrosage ne permet pas d'accroître la teneur en humidité de l'ensilage parce que celui-ci n'absorbe pas l'eau, qui s'écoule facilement; de plus, un boyau d'arrosage ne fournit pas assez d'eau pour permettre une amélioration significative. Le produit récolté à une teneur en eau supérieure à 70 % peut donner lieu à un suintement et à une fermentation clostridiale indésirable qui produit de l'acide butyrique et provoque d'importantes pertes de matière sèche; il en résulte également une dégradation de la valeur alimentaire, de la sapidité et de la prise alimentaire.

Longueurs de coupe conseillées

Le hachage fin facilite le tassement et l'expulsion de l'air, mais l'ensilage ne doit pas être trop fin parce que cela nuirait au fonctionnement du rumen. La longueur réelle des particules diffère de la longueur de coupe théorique (LCT); elle peut être vérifiée au moyen d'un séparateur.

De façon générale, la LCT de l'ensilage préfané doit être de 10 mm (7/16 po). Par contre, un ensilage à faible teneur en eau pourrait nécessiter une LCT plus courte (6 mm ou 1/4 po) pour permettre un tassement adéquat. Bien qu'elle joue un rôle important dans le cas des silos verticaux et hermétiques, la longueur de coupe revêt probablement une importance encore plus grande dans les silos horizontaux. Les lames des récolteuses doivent être bien aiguisées et réglées convenablement. Il n'est pas conseillé de hacher plus fin que 6 mm (1/4 po); cela n'améliore pas le tassement et nécessite plus d'énergie mécanique, et il peut en résulter des problèmes nutritionnels.

Les " éclateurs de grain " d'ensilage de maïs sont munis de rouleaux qui brisent les épis, ouvrent les grains et hachent les tiges. Avec les conditionneurs, la LCT recommandée est de 19 mm (3/4 po), tandis que sans conditionneur, elle est de 10 mm (7/16 po). En effet, il est peut-être préférable d'utiliser un éclateur de grain si le maïs est relativement sec, dur et texturé.

Mise en silo rapide

Remplir le silo le plus rapidement possible afin d'accélérer la fermentation et de limiter l'altération.
Si le remplissage est retardé de quelques jours, couvrir l'ensilage de plastique afin de réduire les risques de détérioration. Dans un silo vertical, l'ensilage ne se tasse que lorsqu'il atteint une certaine hauteur. La couche supérieure est moins dense et contient davantage d'air, ce qui peut provoquer un échauffement et une diminution de la qualité.

Tassement dans les silos horizontaux

Remplir les silos horizontaux en allant de l'arrière vers l'avant et en formant un " coin avançant ", et non de bas en haut. Au fur et à mesure du remplissage, tasser l'ensilage en couches relativement minces (15 cm ou 6 po) pour bien en expulser l'air. Il est essentiel de prendre le temps de tasser l'ensilage et d'utiliser un tracteur assez lourd. Il faudra peut-être utiliser plusieurs tracteurs afin d'augmenter le temps de tassement par tonne.

Entretien des silos verticaux

Un silo vertical peut agir comme une cheminée; si l'air y pénètre, il est aspiré vers le haut à travers l'ensilage, ce qui peut entraîner la détérioration ou l'échauffement de celui-ci et, dans des cas extrêmes, provoquer un incendie. S'il y a des fissures dans les parois ou des interstices autour des portes des silos, les calfeutrer ou les remettre en état afin de prévenir les entrées d'air. Si le fourrage est mal réparti, ses éléments légers s'accumulent le long de la paroi, ce qui empêche un bon tassement.

Herméticité

  • Il est crucial de couvrir hermétiquement un silo horizontal avec une toile de plastique opaque aux rayons UV de six mils pour ensilage, qui doit être solidement maintenue en place. On peut obtenir de très bons résultats avec de vieux pneus découpés et rapprochés les uns des autres, ou d'autres produits commerciaux. Si le plastique flotte au vent, il agit comme un soufflet et pousse l'air dans l'ensilage plutôt que de l'en exclure. Placer la toile de façon à éloigner l'eau de pluie de l'ensilage et pour l'empêcher de couler le long des parois et de s'accumuler au fond.
  • Dans les silos verticaux traditionnels, la couche supérieure de l'ensilage est de faible densité et l'air peut y pénétrer. Pour réduire le risque de détérioration en attendant que la fermentation soit complète, couvrir l'ensilage de plastique lesté de quelques centimètres d'ensilage. Prendre les précautions nécessaires pour éviter la formation de gaz d'ensilage (voir Gaz d'ensilage, page en regard).
  • Pour ce qui est des silos hermétiques, fermer les portes la nuit et durant les pauses de remplissage. Une fois le silo rempli, fermer immédiatement les portes.

 

Fermentation complète

La fermentation de l'ensilage peut durer jusqu'à 21 jours. Pour garantir la stabilité de l'ensilage et maximiser la durée de conservation pour l'alimentation du bétail, ne pas prélever le contenu du silo avant que la fermentation soit achevée.

Enlèvement rapide pour limiter la détérioration

La nouvelle exposition de l'ensilage à l'air lors de l'affouragement peut provoquer la croissance de moisissures, levures et bactéries aérobies. Si le débit d'approvisionnement est lent, les risques d'altération due aux organismes aérobies sont accrus. Par temps chaud et humide, il faut des débits d'approvisionnement plus grands pour éviter l'altération. Calculer la taille des silos en conséquence. Vider les silos verticaux à raison d'au moins 5 cm (2 po) par jour en hiver et de 7 à 10 cm (23/4 à 4 po) par jour en été. Les silos horizontaux doivent être vidés d'au moins 10 à 15 cm (4 à 6 po) par jour selon la saison. L'affouragement d'ensilage moisi n'est pas recommandé parce qu'il réduit la prise alimentaire et peut causer des problèmes nutritionnels.

Prévention de l'altération par la gestion de la surface de l'ensilage

La surface de l'ensilage doit rester compacte et lisse pour éviter la pénétration de l'air. Éviter de la briser en l'attaquant de face avec la chargeuse frontale et en soulevant. Au lieu de cela, racler de haut en bas avec la benne pour faire tomber le fourrage sur le sol. Il est également possible de se servir d'une tranche et d'un godet désileur. Ne découvrir et ne décompacter que la quantité d'ensilage nécessaire.

Inoculants bactériens pour ensilage

Les inoculants pour ensilage sont des additifs contenant des bactéries lactiques anaérobies qui améliorent la fermentation de l'ensilage préfané (luzerne, graminées, céréales) et de l'ensilage de maïs. Le résultat recherché est une fermentation plus efficace produisant plus d'acide lactique et moins d'acide acétique, propionique et butyrique. On vise ainsi à réduire les pertes par fermentation (tassement) et à accroître le rendement des animaux ainsi que l'indice de conversion du fourrage. L'augmentation de la durée de conservation de l'ensilage dépend de son pH et de sa teneur en acide acétique.

Les bactéries lactiques les plus souvent employées dans les inoculants commerciaux sont Lactobacillus plantarum, Enterococcus faecium, et plusieurs autres espèces de Pediococcus et de Lactobacillus. Ces espèces et certaines souches ont été sélectionnées pour leur croissance rapide et efficace et parce qu'elles produisent principalement de l'acide lactique. Elles font augmenter le taux de fermentation et provoquent une chute plus rapide du pH, dont la valeur finale est légèrement plus basse. Les proportions des produits de fermentation sont légèrement modifiées, avec plus d'acide lactique et moins d'acide acétique, d'éthanol et de dioxyde de carbone. L'acide lactique est plus fort que l'acide acétique et contient presque autant d'énergie que les sucres présents au départ.

Si la population naturelle de bactéries anaérobies est nombreuse, l'inoculant a moins de chances de dominer la fermentation et d'être efficace. La population naturelle s'accroît quand la température de flétrissement est plus élevée que la moyenne, quand l'ensilage prend plus de temps à flétrir, quand il pleut pendant le flétrissement et quand la teneur en eau est plus élevée au moment du hachage. L'application d'un inoculant pour ensilage ne compense pas les effets d'une mauvaise gestion de l'ensilage ou de conditions météorologiques défavorables. Les inoculants sont plus efficaces lorsqu'on les ajoute à du fourrage de haute qualité dans les meilleures conditions de gestion.

Les inoculants de bactéries lactiques sont habituellement moins efficaces sur l'ensilage de maïs que sur l'ensilage préfané. Pendant l'affouragement, l'ensilage de maïs est aussi plus susceptible d'être touché par les moisissures et les levures secondaires, d'où un raccourcissement de sa durée de conservation en silo. Lorsqu'elles sont exposées à l'oxygène, les levures préfèrent l'acide lactique alors que l'acide acétique peut les inhiber. C'est la raison pour laquelle des inoculants contenant Lactobacillus buchneri et des bactéries lactiques ont été créés pour le maïs d'ensilage et le maïs à haute teneur en humidité. Vers la fin de la fermentation, L. buchneri transforme l'acide lactique en une certaine quantité d'acide acétique, ce qui a pour effet de réduire la croissance des levures etl'altération à l'affouragement.

Tous les additifs destinés à la vente au Canada, y compris les inoculants pour ensilage, doivent être homologués par l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Pour obtenir une homologation permanente, les fabricants doivent fournir des résultats de recherches à l'appui des allégations nutritionnelles figurant sur l'étiquette. Si, toutefois, des recherches ont été effectuées mais que leurs résultats ne sont pas concluants, les produits peuvent être admissibles à une homologation temporaire d'une durée maximale de trois ans, ce qui permet d'effectuer d'autres études pour étayer une allégation nutritionnelle. Le numéro d'homologation temporaire commence par la lettre T. Demander aux représentants des fabricants de fournir des résultats de recherches indépendantes pour étayer leurs allégations. Il est important que le produit soit étiqueté en fonction de la culture à traiter et que les instructions d'entreposage soient suivies.

Tableau 3-13.Problèmes d'ensilage fréquents et leurs causes
Problème
Causes
Ensilage chaud ou moisi Faible teneur en eau
Remplissage du silo trop lent
Infiltrations d'air
Mauvaise compaction
Enlèvement de l'ensilage trop lent
Caramélisation
(couleur foncée, odeur de tabac)
Échauffement dû à une faible teneur en eau ou à une mauvaise compaction
Ensilage gelé Teneur en eau trop élevée
Mauvaise fermentation
Odeur de vinaigre Excès d'acide acétique provoqué par un faible taux de sucres dans les plantes ou une mauvaise fermentation
Suintement Teneur en eau trop élevée
Odeur rance Acide butyrique produit par une fermentation clostridiale due à une teneur en eau trop élevée
Odeur d'alcool Fermentation par des levures due à l'enlèvement trop lent de l'ensilage, à la présence d'oxygène ou au manque de bactéries lactiques


Problèmes d'ensilage fréquents et leurs causes

L'ensilage peut donner lieu à plusieurs types de problèmes. Voir le tableau 3-13, Problèmes d'ensilage fréquents et leurs causes, sur cette page. Pour diagnostiquer les causes des problèmes possibles, on peut se fonder sur l'analyse du profil de fermentation, qui indique les quantités relatives d'acides lactique, acétique, butyrique et propionique, la teneur en ammoniac et le pH. L'analyse du profil de fermentation reflète la qualité du processus d'ensilage et elle permet d'améliorer les pratiques de gestion de l'ensilage à l'avenir.

Gaz d'ensilage

Le dioxyde d'azote (NO2) est un gaz asphyxiant dangereux produit par les réactions chimiques qui débutent presque immédiatement après la mise en place des végétaux dans le silo. Même une exposition de courte durée peut provoquer une mort subite chez l'humain. Le dioxyde d'azote a une odeur caractéristique d'eau de Javel et peut être visible sous la forme d'un brouillard brun rougeâtre. Comme il est plus lourd que l'air, il tend à stagner juste au-dessus de l'ensilage, il peut aussi descendre dans la chute du silo et se répandre dans la salle de préparation des aliments.

Les conditions météorologiques et les pratiques culturales ont une incidence sur la teneur en nitrates des matières végétales, qui détermine à son tour la production de NO2 dans le silo. Par exemple, lorsqu'une pluie abondante succède à une période de sécheresse pendant la saison de croissance, le maïs sur pied a tendance à absorber de grandes quantités de nitrates dissous. S'il est récolté avant la transformation des nitrates en protéines, l'ensilage dégage de l'oxyde nitreux (N2O) et de l'oxyde nitrique (NO). Le NO est instable et se combine avec l'oxygène pour former du dioxyde d'azote, un gaz mortel.

Quand il est inhalé, le NO2 se dissout au contact de la surface interne humide du poumon, et il produit de l'acide nitrique, un acide fort qui brûle les tissus des poumons en provoquant une hémorragie massive et la mort. L'exposition répétée à de faibles concentrations de NO2 cause des problèmes respiratoires chroniques dont l'essoufflement, la toux et la présence de liquide dans les poumons. En cas d'exposition, consulter immédiatement un médecin.

Précautions et procédures relatives au gaz d'ensilage

  • Placer un écriteau « Attention - Gaz d'ensilage » à un endroit bien en vue à côté du silo.
  • Ne pas permettre aux enfants ni aux visiteurs de s'approcher du silo pendant les trois semaines qui suivent le remplissage.
  • Demander au service local des incendies s'il possède dans son matériel de secours un appareil respiratoire par pression à distance. L'emploi d'un appareil autonome de plongée (scaphandre) ne convient pas parce que les réservoirs sont trop gros pour permettre de passer dans la chute du silo ou d'escalader la cage-échelle extérieure.
  • Ventiler suffisamment la salle de préparation des aliments pour évacuer les gaz qui auraient pu s'y répandre à partir du silo.
  • Pendant le remplissage, régler au besoin le répartiteur pour étaler l'ensilage de façon uniforme. Ne pas niveler l'ensilage à la main.
  • S'il faut entrer dans le silo quand le remplissage est terminé, le faire immédiatement après la dernière charge, le jour même. Laisser la souffleuse à ensilage en marche quand on est à l'intérieur du silo.
  • Ne pas tenter de pénétrer dans un silo sans être muni d'une corde de sauvetage tenue par le nombre de personnes nécessaires pour assurer sa sortie en cas de danger.
  • Ne pénétrer dans un silo hermétique qu'en cas d'absolue nécessité, et seulement avec un appareil raccordé à une source d'air extérieure.
  • La désileuse par le haut permet habituellement une bonne ventilation du silo. Par contre, s'il devient nécessaire de la réparer, agir comme si les gaz étaient présents. Pour évacuer ceux-ci avant d'entrer dans le silo, fermer les portes de la chute, ouvrir la trappe du toit et mettre en marche la souffleuse à ensilage. Si la hauteur libre entre l'ensilage et le toit est supérieure à 5 m (16 pi), fixer un adaptateur au conduit de la souffleuse. Dans un silo de 7,2 m (24 pi) de diamètre où la hauteur libre est de 5 à 10 m (16 à 33 pi), prolonger la durée de la ventilation. Laisser fonctionner la souffleuse tant que quelqu'un se trouve dans le silo.
  • Voir la fiche technique du MAAARO, Gaz dangereux, commande no 04-088, ou visiter le site Web www.ontario.ca/cultures.

 

Grosses balles d'ensilage préfané

Les grosses balles d'ensilage préfané (ensilage en balles) sont maintenant très employées pour l'entreposage de fourrage d'excellente qualité. La transformation de grosses balles en ensilage préfané permet une plus grande intensité et une meilleure régularité du calendrier de fauche, grâce à une moins grande dépendance à l'égard des conditions météorologiques. Certains agriculteurs en font leur principal système d'entreposage, mais ce peut être aussi une solution de rechange souple lorsque les silos sont pleins et que les conditions météorologiques ne permettent pas le séchage. En outre, ce système permet la production d'ensilage préfané à tige longue. Pour ce faire, on utilise des sacs ou des emballages en plastique.

La mise en balles de l'ensilage préfané se fait à l'aide d'appareils tels que des presses à balles rondes ou rectangulaires, facilement disponibles. L'affouragement de l'ensilage en balles peut se faire avec le même matériel que pour les grosses balles de foin sec. Il est ainsi possible de faire un nombre plus ou moins grand de grosses balles selon les conditions météorologiques. Cependant il sera peut-être nécessaire d'avoir des machines plus lourdes et des tracteurs à quatre roues motrices pour manipuler les balles d'ensilage, qui sont plus pesantes.

Le coût et l'élimination des pellicules de plastique sont des sujets de préoccupation importants. Les coûts sont justifiés si l'on considère l'amélioration de la teneur en protéines et en énergie du fourrage entreposé, et l'importance de la forme d'entreposage comme telle. Pour calculer les coûts et avantages du système, il faut tenir compte de la réduction des pertes de récolte, et de l'amélioration de la qualité du fourrage qui est rendue possible par l'avancement de la date de récolte. Voir la fiche technique du MAAARO, Le recyclage des films plastiques utilisés sur la ferme, commande no 95-020, ou visiter le site Web www.ontario.ca/cultures.

La fermentation des grosses balles d'ensilage préfané est incomplète ou se fait moins bien, ce qui fait augmenter le pH (c'est-à-dire que l'ensilage est moins acide) et rend cet ensilage moins stable que l'ensilage préfané. Il faut donc accorder plus d'importance aux bonnes techniques d'ensilage, surtout en ce qui concerne l'expulsion de l'oxygène. Ajuster la durée de l'entreposage et la durée de l'exposition des balles à l'oxygène avant l'affouragement en fonction des conditions météorologiques.

Suivre les pratiques de gestion suivantes :

  • Faire des balles denses, fermes et uniformes. Les grosses balles rectangulaires sont généralement plus denses que les rondes.
  • Faire les balles à un taux d'humidité de 40 à 50 %. Les taux d'humidité plus faibles peuvent donner de bons résultats, notamment avec les grosses balles rectangulaires convenablement enveloppées dans du plastique, mais dans ce cas les risques d'altération sont plus grands.
  • Utiliser assez de plastique. Les balles doivent être emballées hermétiquement avec au moins 6 mils de pellicule de plastique (6 emballages de 1 mil ou 4 emballages de 1,5 mil). Pour que la pellicule résiste aux déchirures, il est préférable de choisir une épaisseur de 8 mils, notamment dans le cas des balles les plus sèches.
  • Emballer les balles rondes dans les 2 heures qui suivent leur confection par temps chaud et dans les 4 à 12 heures lorsqu'il fait plus frais. Les grosses balles rectangulaires supportent mieux les retards d'emballage.
  • Éviter d'emballer du foin qui a été sous la pluie.
  • Ne pas râtisser pour éviter la contamination par les bactéries Clostridium. Ne pas mettre de terre dans l'andain avec le râteau.
  • Éviter les champs où l'on a étendu du fumier depuis la coupe précédente.
  • Éviter le foin mûr à faible teneur en sucres.
  • Bien réparer toutes les déchirures et les perforations du plastique.

Voir Maintenir la qualité de l'ensilage en grosses balles, commande no 98-070, ou visiter le site Web du MAAARO, à l'adresse www.ontario.ca/cultures.

 

 


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 20 août 2009
Dernière révision : 20 août 2009

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