Déprédateurs des grandes cultures : Ravageurs des cultures fourragères
Publication 811 : Guide agronomique des grandes cultures > Déprédateurs des grandes cultures > Ravageurs des cultures fourragères
Tableau de matières
IntroductionCette section décrit les ravageurs qui ne s'attaquent qu'aux cultures fourragères. Les ravageurs suivants peuvent également s'attaquer à d'autres cultures : Le tableau 13-4, Symptômes d'infestations dans les cultures fourragères, indique à quels ravageurs peuvent être attribués les symptômes décrits.
Charançon de la luzerne (Otiorhynchus ligustici)Description : Au stade adulte, le charançon de la luzerne fait environ 12 mm (½ po) de long, est gris foncé et ne peut pas voler (planche 89). Les larves sont petites, blanches et apodes et leur tête est d'un brun rougeâtre pâle. On les trouve dans le sol; elles se nourrissent sur ou dans les racines (planche 90). Planche 89. Au stade adulte, le charançon de la luzerne fait environ 12 mm (½ po) de long et ne peut pas voler.
Planche 90. Les larves de charançon de la luzerne ceinturent la racine pivotante ou en entaillent la surface, y laissant de profondes rainures spiralées. Les larves sont blanches, apodes et à tête brun-rouge.
Cycle biologique : Le charançon de la luzerne a un cycle de deux ans. Après avoir hiverné, les adultes se réveillent en avril; ils se nourrissent des pousses de luzerne et migrent vers de nouveaux champs pour pondre leurs ufs. Les adultes peuvent marcher de courtes distances ou se laissent porter plus loin grâce au transport du sol, du gravillon, du foin ou grâce aux machineries agricoles et aux cours d'eau. Tous les adultes sont des femelles. Les ufs éclosent peu après et les larves se nourrissent des racines principales et secondaires de la plante-hôte. Dommages : Cet insecte potentiellement dangereux pour les fourrages a été découvert pour la première fois dans l'est de l'Ontario, près de Prescott et de Brockville. Depuis, des infestations ont aussi été observées à Kemptville et à Ottawa. Les larves cernent la racine pivotante ou rongent sa surface en laissant de profondes rainures en spirale. À l'automne, certains plants attaqués par le charançon se reconnaissent à leur jaunissement et souvent à la disparition des feuilles. Les adultes se nourrissent des feuilles et des tiges, ce qui cause peu de dommages. Les dommages sont plus évidents à la fin de l'été ou au début de l'automne. Technique de dépistage : Dans les comtés de l'est de l'Ontario où sévit le charançon de la luzerne, faire le dépistage en début de saison à la recherche d'indices de la migration de ce ravageur. Plus tard dans la saison, déraciner les plants flétris et les inspecter pour voir s'ils présentent des dommages ou des larves. Le charançon de la luzerne peut s'en prendre à toute une gamme d'hôtes. Ses larves affectionnent particulièrement la luzerne, mais elles peuvent aussi s'attaquer à toutes les espèces de trèfle, de vigne et de fraisier. Elles s'en prennent même parfois à des mauvaises herbes, en particulier à celles qui ont des racines charnues comme la carotte sauvage et le pissenlit. Seuil d'intervention : Aucun seuil n'a été établi. Stratégies de lutte :
Mineuse virgule de la luzerne (Agromyza frontella)Description : L'adulte de cette espèce, aussi connue sous le nom d'agromyze de la luzerne, est une mouche très petite, noire et arquée. Les larves sont petites, de couleur jaune pâle; on les trouve à l'intérieur des tunnels dans le tissu des feuilles. Cycle biologique : À la fin mai, les mouches adultes émergent des pupes dans lesquelles elles ont hiverné. Les femelles pondent leurs ufs dans les feuilles des nouveaux plants de luzerne. Les larves viennent à maturité dans les petits tunnels des feuilles, puis devenues adultes, se transforment en pupes sur le sol. Une deuxième génération d'adultes apparaît environ une semaine après (mi-juillet), et une troisième vers la mi-août. Dommages : Cet insecte présente maintenant un problème grave dans le nord de l'Ontario. En effet, on le reconnaît par les petites perforations qu'il fait dans les feuilles lorsqu'il s'alimente et pond ses ufs. Après l'éclosion, la larve se nourrit de l'intérieur des feuilles en creusant de petites galeries ou tunnels entre les couches supérieures et inférieures. Ces tunnels partent habituellement de la base de la feuille et atteignent l'extrémité en s'élargissant, créant des « pustules » sur leur chemin (planche 91). En général, les dommages dus à l'alimentation font diminuer la qualité du fourrage, mais affectent peu le rendement. Planche 91. Les larves de l'agromyze de la luzerne, aussi appelée mineuse virgule de la luzerne, se nourrissent à l'intérieur même du foliole, creusant des galeries entre les surfaces supérieure et inférieure de la feuille.
Technique de dépistage : Inspecter les champs une fois par semaine afin de déterminer le pourcentage de feuilles perforées. Seuil d'interventions : N'intervenir que si 40 % des feuilles ont été perforées par des adultes. Stratégies de lutte :
Charançon postiche de la luzerne (Hypera postica)Description : Au stade adulte, le charançon postiche de la luzerne est brun, mesure environ 5 mm (1/5 po) de long et a une bande longitudinale brun foncé au milieu du dos (planche 92). Les larves, vert vif, ont la tête noire, six pattes et une rayure blanche au milieu du dos. À leur plein développement, elles mesurent environ 8 mm (1/3 po) de long (planche 93). Planche 92. Au stade adulte, le charançon
postiche de la luzerne mesure environ 8 mm de long. Il se caractérise
par une bande sombre longitudinale sur le dos.
Planche 93. Les larves du charançon postiche de la luzerne se nourrissent de feuilles dont elles ne laissent que les nervures. Les larves ont la tête noire.
Il ne faut pas confondre les larves du charançon postiche de la luzerne et celles du charançon des feuilles du trèfle. Ces dernières sont en fait plus grosses, leur tête est de couleur brun pâle et non noire, et leur rayure est blanche et bordé de rose. Il ne faut pas non plus confondre les larves du charançon postiche de la luzerne et celles des mouches prédatrices, apodes et acéphales. Cycle biologique : Les adultes hivernent dans les résidus de culture et émergent au printemps pour se nourrir des nouvelles pousses; la ponte a lieu dans les tiges de luzerne en mai. Après l'éclosion, les larves atteignent le sommet des plants, d'où elles se nourrissent de feuilles et de bourgeons. À la fin juin, début juillet, elles s'enferment dans des cocons blancs peu serrés, dans les feuilles (pupaison). Dommages : Les larves causent le plus de dégâts, en s'alimentant de l'intérieur des bourgeons à feuilles et en se déplaçant vers le haut des plants. Les dommages se manifestent d'abord par des trous d'épingle, puis des tissus d'apparence décharnée entre les nervures. Dans les champs fortement infestés, les feuilles sont endommagées au point que les champs ont l'air blanc grisâtre ou givré. Les adultes qui se nourrissent pendant l'été ne causent pas de dégâts considérables. Technique de dépistage : Inspecter plusieurs parties de chaque champ deux fois par semaine entre la mi-mai et le mois de juin. Les premiers dommages se manifestent dans les sols peu profonds ou sur les pentes exposées au sud, surtout si le printemps est chaud et sec. En Ontario, on a observé que le point culminant des dommages coïncide normalement avec le stade du bouton de la première culture. Pour compter les larves, prélever trente tiges suivant un tracé en forme de « M ». Les placer dans un seau blanc et les frapper contre la paroi afin d'enlever les larves des troisième et quatrième stades. Les larves des premier et deuxième stades (au plus 3 mm de long) sont d'une couleur variant de jaune pâle à vert pâle, et leur rayure blanche est absente. Il peut y en avoir dans les feuilles supérieures, mais il ne faut pas compter ces larves plus jeunes. Vérifier si les larves sont actives et saines. Les larves infectées par le champignon pathogène se déplacent lentement et sont de couleur jaune ou havane. Seuil d'intervention :
Si les populations de charançons sont élevées lors d'une première coupe tardive, il peut arriver que les larves survivantes s'alimentent des repousses de luzerne, ce qui peut entraîner une perte totale du peuplement. Si le champ est fortement infesté, surveiller la repousse du chaume. Le symptôme principal est que les plants de luzerne ne verdissent pas, car les charançons se nourrissent des bourgeons du collet. La présence d'au moins deux larves actives par collet, ou de 4-8 larves par carré de 30 cm de côté (1pi2) justifie la pulvérisation d'un insecticide sur le chaume. Stratégies de lutte :
Légionnaire uniponctuée (Pseudaletia unipuncta)La légionnaire uniponctuée figure parmi les principaux
ennemis des cultures fourragères. Pour en savoir plus, voir Ravageurs
des céréales. Cicadelle de la pomme de terre (Empoasca fabae)luzerne, haricots secs comestiblesDescription : La cicadelle adulte est un insecte ailé, vert pâle, au corps cunéiforme, d'environ 3 mm de long, qui possède des pièces buccales de type perceur-suceur (planche 94). Les adultes ont la tête plus large. Leur corps s'affine graduellement en allant vers le bout des ailes. Le derrière de la tête est ponctué de six taches blanches rondes. Les nymphes n'ont pas d'ailes et sont plus petites que les adultes. Planche 94. La cicadelle de la pomme de terre est un insecte ailé vert pâle, au corps cunéiforme. Les nymphes n'ont pas d'ailes et sont plus petites que les adultes.
Cycle biologique : La cicadelle de la pomme de terre n'hiverne pas en Ontario. Elle migre vers le nord chaque printemps, portée par les masses d'air venant du golfe du Mexique. Les adultes peuvent arriver à la fin du printemps et se nourrissent d'abord de la sève des plants. Les femelles pondent leurs ufs dans le tissu des nervures principales et des pétioles des feuilles. Le passage d'uf à adulte prend environ quatre semaines. Dommages dans la luzerne : Les plantules et les jeunes repousses sont les plus vulnérables aux dommages. Ceux-ci sont causés tant par les nymphes que les adultes qui sucent la sève des feuilles et y injectent des protéines qui obstruent les vaisseaux. À son tour, le pourtour des feuilles jaunit et développe des cloques. Ce symptôme se manifestant sous forme de « V » jaune commençant à l'extrémité des feuilles. Lorsque la situation est grave, les feuilles semblent roussies, ce qu'on appelle « brûlure de la cicadelle » (planche 95). Les dommages causés par l'alimentation de la cicadelle de la pomme de terre compromettent l'élongation des tiges, nuisent à la croissance des racines et provoquent l'enroulement des feuilles et le rabougrissement du plant. Une infestation grave peut entraîner jusqu'à 50 % de pertes de rendement et une réduction de 2-3 % de la teneur en protéines des fourrages. Le manque de vigueur du peuplement ralentit la repousse après une coupe, ce qui expose davantage la culture à la destruction par l'hiver. Les rangs périmétriques sont habituellement les premiers touchés. Les symptômes de la cicadelle de la pomme de terre sont souvent confondus avec des problèmes occasionnés par les herbicides et des carences nutritives. La plupart des dommages surviennent entre juin et la mi-août. Les principaux facteurs de risque sont les saisons chaudes plus sèches que la normale. Les symptômes sont parfois confondus avec des carences nutritives ou des dommages causés par les herbicides et sont souvent attribués aussi à la sécheresse. Planche 95. La brûlure de la cicadelle, causée par la cicadelle de la pomme de terre, est plus grave chez les nouvelles plantules et les jeunes repousses.
Dommages dans les haricots secs comestibles : La cicadelle
s'alimente en perçant les tissus des végétaux et
en en suçant la sève. En réaction, les feuilles s'enroulent
et développent des cloques. Tôt ou tard, le pourtour des
feuilles devient roussi. Ces symptômes sont appelés «
brûlure de la cicadelle ». Les rangs périmétriques
sont les premiers touchés. Comme les pertes de rendements sont
manifestes avant même que la brûlure de la cicadelle ne soit
observable, il ne faut pas se fier à la présence de la brûlure
de la cicadelle pour intervenir. Les cicadelles ont tendance à
s'attaquer aux champs de soya et de haricots comestibles une fois que
les champs de luzerne ont été fauchés. Les symptômes
de la cicadelle de la pomme de terre sont souvent confondus avec des problèmes
occasionnés par des herbicides, des carences nutritives et un stress
hydrique. Les principaux facteurs de risque sont les saisons chaudes plus
sèches que la normale. Technique de dépistage dans la luzerne : Voir Utilisation des filets fauchoirs, pour un exposé sur l'utilisation des filets fauchoirs lors des opérations de dépistage. Comme des pertes économiques surviennent avant même l'apparition
des symptômes, il est important de déceler les fortes infestations
de cicadelles avant qu'il ne soit trop tard. Aussi, est-il particulièrement
avisé de surveiller les nouveaux semis. 1 Un balayage du filet fauchoir s'entend du mouvement consistant
à décrire un arc de 180°. Le dépistage à l'aide du filet fauchoir est utile pour déterminer s'il y a lieu de devancer la récolte ou de procéder à une pulvérisation. Faire un dépistage tous les cinq à sept jours, en commençant après la première coupe. À partir de la fin juin, faire vingt balayages à l'aide d'un filet fauchoir en cinq points du champ. Éviter les rangs périmétriques. Calculer la moyenne de cicadelles dans le filet après vingt balayages. Ensuite, prendre vingt tiges de luzerne au hasard et en mesurer leur hauteur moyenne. Techniques de dépistage dans les haricots secs comestibles : Parcourir le champ le long de deux diagonales qui se croisent en leur centre. Ramasser dix feuilles trifoliées, déployées en totalité ou en partie au milieu du feuillage à dix endroits dans le champ. Il est important de noter que les cicadelles de la pomme de terre adultes sont prestes à s'envoler quand elles sont dérangées, ce qui complique leur dénombrement sur des feuilles coupées. Appliquer un insecticide foliaire si l'infestation approche du seuil d'intervention. Se fier pour le déterminer au nombre de nymphes dénombrées et au nombre d'adultes observés dans le feuillage. Stratégies de lutte dans la luzerne :
Stratégies de lutte dans les haricots secs comestibles :
Hespérie des graminées (Thymelicus lineola)Description : L'hespérie des graminées
est un ravageur sporadique de la fléole, qu'elle soit cultivée
pour le foin ou pour la semence. Normalement, on trouve les larves enroulées
à l'intérieur des feuilles dont elles se nourrissent. Les
jeunes larves ont une tête noire qui devient graduellement brune.
À leur plein développement, les larves, vert pâle,
mesurent environ 2,5 cm (1/10 po) de long et ont la tête brune et
deux rayures pâles. L'adulte est un papillon citrouille de 2,5 cm
d'envergure qui se déplace d'un champ de foin à l'autre
à la mi-été. Cycle biologique : Les ufs hivernent sur les tiges de résidus de culture et de mauvaises herbes et éclosent au printemps. Les jeunes larves s'enroulent dans les feuilles, qu'elles ferment grâce à un tissu soyeux. Elles se nourrissent de fléole jusqu'à la fin juin. Ensuite, les larves s'attachent aux tiges de graminées ou au revers des feuilles de mauvaises herbes et se transforment en chrysalides (le stade nymphal du papillon). Environ deux semaines après, les adultes sortent. On compte une seule génération de cet insecte par année. Dommages : L'alimentation des larves fait en sorte que le bord des feuilles est déchiqueté de façon irrégulière. Une infestation grave peut entraîner une défoliation. Lorsqu'elles sont très nombreuses, les larves se nourrissent également du sommet des plants, ne laissant que les tiges. Les adultes s'alimentent du nectar des fleurs et des mauvaises herbes et ne causent pas beaucoup de dégâts. Technique de dépistage : Commencer à chercher des larves à la fin avril. Au hasard, prélever cinq échantillons de fourrage sur une surface de 30 cm sur 30 cm (1 pi2) au niveau du sol et les placer dans un sac avec les résidus de culture. Fermer le sac et le laisser jusqu'au lendemain matin à la température ambiante. Les chenilles sortiront des résidus; il sera facile de les compter. Seuil d'intervention : Six larves (stade tête brune) sur une surface de 30 cm sur 30 cm (1 pi2). Stratégies de lutte : Pour connaître les
insecticides recommandés, consulter la publication 812F du MAAARO,
Guide de protection des grandes cultures.
Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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