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Transition à l'agriculture biologique

Auteur : Hugh Martin - chef de programme, Cultures biologiques/MAAO
Date de création : 01 juin 2002
Dernière révision : 02 février 2005

L'agriculture biologique ne se limite pas à pratiquer l'agriculture sans recourir aux produits chimiques. Elle oblige à modifier bien des aspects des systèmes culturaux et d'élevage. Elle oblige aussi à recourir davantage aux techniques de lutte intégrée, de lutte contre les mauvaises herbes et de gestion des éléments nutritifs. La rotation des cultures, les cultures de couverture, les améliorations génétiques, des densités de peuplement optimales, la gestion des facteurs de stress ainsi que l'hygiène en sont des exemples. Ces mesures préventives destinées à rehausser la santé des végétaux et des troupeaux sont essentielles, du fait qu'un grand nombre d'outils chimiques destinés à maîtriser les ravageurs et les maladies ne sont pas utilisés en agriculture biologique. Ceux qui pratiquent ce type d'agriculture choisissent de ne pas utiliser de pesticides et de fertilisants synthétiques, ni d'antibiotiques.

Les exploitants agricoles doivent bien préparer leur transition à l'agriculture biologique et étudier les possibilités qui s'offrent à eux. Une transition trop rapide peut engendrer des difficultés financières. Les premières années de la transition, les produits ne se vendent pas aussi chers. Quant au rendement des récoltes, il diminue au départ, pour ensuite se rétablir à des niveaux profitables, pour peu que la gestion soit bonne. La rentabilisation de l'agriculture biologique est parfois conditionnelle à ce que les produits se vendent plus chers.

Le passage à l'agriculture biologique prend plusieurs années. La durée de cette transition dépend du produit et de la façon dont le producteur s'y prend pour relever les défis qui se présentent à lui. Les exigences relatives à la certification biologique doivent également être prises en compte tout au long du processus de transition.

Il faut également évaluer les raisons pour lesquelles on souhaite faire le changement. Dans quel but le fait-on? Est-ce à des fins récréatives ou commerciales? La réussite en agriculture biologique est liée aux atouts dont on dispose. En voici quelques-uns.

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Dix valeurs sûres en agriculture biologique

Avant de passer à l'agriculture biologique, bien évaluer les points suivants :

  • Mode de tenure des terres
  • Caractéristiques du sol et contraintes qui y sont inhérentes
  • Contraintes liées au climat
  • Capitaux disponibles
  • Base de connaissances personnelles sur la gestion de l'exploitation
  • Expérience des productions animales et végétales et de la commercialisation de leurs produits
  • Gestion du temps et disponibilité
  • Matériel et bâtiments compris dans l'actif
  • Plan d'affaires
  • Contacts et réseau de soutien
  • Ressources utiles

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Mode de tenure des terres

Est-on propriétaire ou locataire des terres? De combien d'acres assume-t-on la gestion? Si l'on n'est pas propriétaire de la terre, quelles sont les perspectives à long terme? L'agriculture biologique est un choix à long terme. On ne peut y revenir facilement si on l'abandonne. Quelles sont les obligations financières rattachées à la propriété?

L'agriculture biologique est un projet à long terme. Pour que cette entreprise soit financièrement viable, il faut disposer d'un actif suffisant pour produire un volume compatible avec la rentabilité de l'entreprise. Ainsi, il se peut qu'une parcelle de quelques acres seulement ne convienne pas à la production de grandes cultures comme celles des céréales ou du soya, car elle ne permet pas de réaliser les économies d'échelle liées à l'utilisation de la machinerie et à la commercialisation. Il faut aussi disposer d'une superficie suffisante pour soutenir les besoins d'une exploitation d'élevage au titre de l'alimentation du bétail. L'exploitant doit avoir les reins solides pour éviter que les risques financiers liés à la période de transition ne compromettent la sécurité de l'ensemble de ses biens, agricoles ou autres.

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Caractéristiques du sol et contraintes qui y sont inhérentes

Le type de sol (sable, loam ou argile?), sa pierrosité, la déclivité du terrain, le drainage et la fertilité sont autant de facteurs qui influencent les types de culture que l'on peut produire sur la propriété. Certaines cultures légumières sont bien adaptées aux sols sableux ou riches en matière organique, mais moins bien adaptées aux sols plus lourds, de type argileux. De la même façon, certains sols sableux sont plus sensibles aux sécheresses estivales et ne sont pas bien adaptés aux exigences de certaines cultures commerciales. La présence de pierres ou d'affleurements rocheux peut limiter l'utilisation du matériel destiné au travail du sol et aux semis et rendre ainsi le sol moins adapté à certaines cultures, bien que ces terres puissent encore servir de pâturages. Les pentes supérieures à 2  % (2 mètres de chute verticale pour 100 mètres de longueur) rendent le sol plus sensible à l'érosion, d'où la nécessité de recourir à certaines stratégies de conservation du sol. Les pentes supérieures à 6 % constituent un véritable défi pour une bonne production agricole.

Un mauvais drainage peut être amélioré par l'installation d'un système de drainage souterrain, mais cette entreprise peut être coûteuse (de 300 à 600 $ par acre) et n'est efficace que dans la mesure où des cours d'eau peuvent servir d'exutoires. Les sols à faible pH peuvent être amendés avec de la chaux. Les sols pauvres en matière organique peuvent être améliorés par de bonnes pratiques culturales, mais il s'agit d'une stratégie à long terme pouvant tout au plus améliorer les teneurs en matière organique de 0,1 à 0,2 % par an. Sur les fermes où se pratique l'agriculture biologique, l'apport d'azote est principalement assuré par la culture des légumineuses. Il est possible d'enrichir le sol d'autres éléments nutritifs en améliorant les pratiques culturales, mais si les concentrations d'éléments nutritifs comme le phosphore et le potassium sont très faibles, cela peut poser un problème en agriculture biologique. Sur la plupart des fermes d'agriculture biologique, aux apports de fumier s'ajoutent des apports de compost fabriqué sur place. La disponibilité de bon fumier d'élevage aide à maintenir des niveaux suffisants d'éléments nutritifs dans le sol.

Les sols sains et les pratiques culturales visant à améliorer les vies animale et végétale présentes dans le sol sont considérés comme essentiels à l'agriculture biologique. La rotation des cultures doit inclure à la fois des graminées et des dicotylédones, particulièrement des légumineuses, de manière à augmenter la teneur du sol en azote. Lorsqu'on planifie la séquence des cultures, il faut tenir compte de la façon dont les besoins et les résidus d'une culture influenceront la suivante. Il faut tenir compte de la lutte contre les ennemis des cultures et de la gestion des éléments nutritifs dans la planification de la rotation des cultures. Pour protéger le sol de l'érosion et l'enrichir de matière organique, il faut semer des plantes de couverture entre les cultures. La matière organique est essentielle pour maintenir en vie bactéries, champignons, vers de terre et autres représentants des vies animale et végétale présentes dans le sol, car ces derniers sont nécessaires au recyclage des éléments nutritifs et au maintien d'une bonne structure de sol.

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Contraintes liées au climat

En général, les régions de l'Ontario situées au sud-ouest de London, les comtés adjacents au lac Érié et le comté de Prince Edward sont dotés des climats les plus doux. Le climat se rafraîchit généralement plus on se dirige vers le nord et plus on s'éloigne des Grands Lacs inférieurs. Dans les zones de climat plus frais, il existe moins d'unités thermiques disponibles et il se peut qu'aucun cultivar de certaines cultures de saison chaude ne leur soit adapté. Les cultures de saison chaude (dont les tomates et les fruits tendres) préfèrent le climat des zones plus chaudes de la province, tandis que les cultures de saison froide (dont les céréales de printemps et les crucifères) se développent mieux dans les zones plus fraîches du sud de l'Ontario. Les températures hivernales constituent un facteur important dont il faut tenir compte pour la rusticité hivernale. Ces températures influencent la survie des cultures fruitières vivaces ainsi que celle des céréales d'automne et du fourrage. La durée de la période sans gel dépend des dates du dernier gel printanier et du premier gel automnal. Or, ces dates sont elles-mêmes influencées principalement par l'emplacement géographique, bien que le type de sol, la déclivité du terrain et les pratiques de gestion des cultures créent parfois des microclimats qui modifient la situation.

Se reporter à l'hyperlien Climat de l'Ontario ci-dessous pour de plus amples renseignements.

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Capitaux disponibles

De combien d'argent dispose-t-on? Il faut financer l'achat des biens. Il faut acheter ou louer la machinerie et l'entretenir. S'adonner à de nouvelles cultures ou à de nouveaux types d'élevage peut obliger à se procurer du nouveau matériel ou de nouvelles installations. L'actif à court terme peut servir de levier pour se procurer des prêts plus importants. Sur les petites exploitations, il est souvent plus économique de confier certaines corvées à des travailleurs à forfait. Les échanges de service et les opérations de troc avec un voisin sont aussi parfois de bonnes solutions.

Les capitaux sont nécessaires à la fois au démarrage et à l'expansion à l'entreprise. Les frais de démarrage servent en partie à combler le budget de trésorerie pendant la période de transition lorsque les rendements sont en général diminués. Dans certains secteurs d'activité, cette diminution de rendement est considérable. La qualité des produits peut également diminuer, surtout chez les fruits et les légumes frais, dont le pourcentage de produits ne répondant pas aux normes de qualité augmente généralement. Certains de ces produits de rebut ou à tout le moins de qualité inférieure peuvent être utilisés dans d'autres marchés à valeur ajoutée et servir, par exemple, à la transformation, mais il faut souvent trouver ces marchés. Pendant la transition, il sera impossible de toucher le plein prix des produits biologiques. Dans bien des cas, les produits de transition ne donnent droit à aucun supplément. Par conséquent, pendant la période de transition, la baisse des prix et les diminutions de rendement peuvent faire perdre jusqu'à 50 % des produits d'exploitation et même parfois davantage.

La plupart des exploitants agricoles préfèrent se convertir graduellement à l'agriculture biologique, afin d'atténuer les répercussions financières. La plupart des organismes de certification laissent cinq ans à l'exploitant pour procéder à cette conversion. Ce dernier peut très bien décider de convertir une partie de ses activités à l'agriculture biologique et continuer de pratiquer l'agriculture traditionnelle pour d'autres volets de ses activités. Cette décision peut compliquer l'obtention de la certification, mais elle demeure envisageable, surtout pendant la période de transition.

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Base de connaissances personnelles sur la gestion de l'exploitation

Les connaissances sont essentielles pour comprendre la croissance des plantes, des animaux et des organismes nuisibles sur une ferme. Elles sont également essentielles à l'expansion des marchés. Les exploitants doivent avoir une excellente connaissance de chacun des types de culture et d'élevage qu'ils souhaitent pratiquer pour être en mesure de reconnaître les problèmes. Ils doivent aussi savoir comment obtenir l'information leur permettant de relever les défis qui se présentent au quotidien. Pendant la transition à l'agriculture biologique, la plupart des producteurs affirment qu'ils passent par une phase de modification de leur attitude et de leur état d'esprit. En particulier, il leur faut comprendre les problèmes de production, de manière à pouvoir les prévenir avant même qu'ils ne se manifestent, car après coup, les interventions possibles sont limitées. Ils doivent être en mesure de cerner la cause du problème.

L'exploitant agricole doit avoir la volonté d'apprendre. Il doit d'abord effectuer certaines recherches sur les divers types de culture ou d'élevage, afin de déterminer les exigences associées à leur pratique tout au long de la saison. Lire des ouvrages, faire des recherches sur Internet, participer à des réunions, être attentif à ce que d'autres exploitants ont à dire sont de bons moyens d'enrichir ses connaissances personnelles. Apparemment, en agriculture biologique, ce sont les connaissances qui pallient aux produits chimiques en matière de maîtrise des organismes nuisibles et de gestion des éléments nutritifs. Le site Web du MAAO (ce site) contient de nombreuses pages d'information et d'excellents liens vers des publications qui constituent des sources d'information utiles sur des espèces particulières.

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Expérience des productions animales et végétales et de la commercialisation de leurs produits

L'exploitant qui a la chance d'avoir de l'expérience pratique a un atout dans son jeu. On dit alors de lui qu'il maîtrise son « art ». Savoir comment et quand intervenir vient avec l'expérience, qu'il s'agisse de reconnaître les problèmes de maladies et d'insectes, d'identifier des mauvaises herbes dès les premiers stades ou de repérer d'instinct quand un animal se porte mal. S'adonner à un nouveau type de culture ou d'élevage oblige à acquérir de nouvelles techniques. L'expérience acquise dans la pratique d'une culture peut être utile dans le cadre d'autres cultures, mais il reste que chaque espèce comporte ses défis particuliers. L'art de faire fonctionner et de régler la machinerie agricole de manière à en tirer le maximum s'acquiert avec l'expérience et l'observation d'exploitants plus expérimentés.

La commercialisation des produits peut aussi constituer un défi. On peut décider de l'une ou l'autre ou d'une combinaison des solutions suivantes : vendre directement aux consommateurs, à des grossistes, à des détaillants ou à des transformateurs, ou transformer soi-même le produit à la ferme. Les règlements locaux (zonage, hygiène et sécurité), l'accès aux différents marchés et les compétences de l'exploitant influenceront le mode de commercialisation. La mise en marché des produits biologiques requiert plus d'efforts de la part du producteur. Souvent, les marchés sont moins vastes et le soutien des organismes de commercialisation est moins grand. Se faire la main à ces nouveaux marchés est parfois difficile, surtout pour les producteurs qui n'ont pas l'expérience de la vente directe aux consommateurs ou à des transformateurs.

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Gestion du temps et disponibilité

De combien de temps dispose-t-on pour gérer et exploiter la ferme? Chaque type de culture ou d'élevage s'assortit de contraintes de temps particulières liées aux différentes étapes du cycle de production ou de commercialisation. Lorsqu'on choisit de s'adonner à un type particulier de culture ou d'élevage, il est tentant de pratiquer les activités qui leur sont complémentaires. Or, une semaine n'est faite que de sept tranches de 24 heures. Si la charge de travail est excessive, les retards s'accumuleront, ce qui pourra compromettre les rendements et/ou la qualité et par conséquent, les rentrées d'argent. Il faut aussi prévoir que le mauvais temps rendra parfois certaines activités impossibles, ce qui entraîne encore d'autres retards.

Veut-on consacrer à l'entreprise la totalité ou une partie seulement de son temps? La personne qui poursuit une carrière à plein temps en dehors de l'exploitation agricole doit choisir des types de culture ou d'élevage qui lui réclameront moins de temps et qui seront compatibles avec ses autres activités ainsi qu'avec son emploi du temps. Si l'on compte s'adjoindre des associés ou des travailleurs, est-on en mesure ensemble de faire tout le travail et de coordonner les disponibilités de chacun?

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Matériel et bâtiments compris dans l'actif

De quels éléments d'actif dispose-t-on au titre du matériel et des bâtiments? Conviennent-ils à l'activité projetée? Quels sont les achats, réparations ou ajouts à prévoir? Peut-on réparer, faire fonctionner et entretenir soi-même le matériel et les installations?

L'exploitant agricole doit avoir bien des cordes à son arc. S'il veut réussir, il doit pouvoir faire lui-même en peu de temps de petites réparations et les réglages à apporter à la machinerie. Il lui faudra un certain temps pour se familiariser avec la nouvelle machinerie ainsi qu'aux réglages et aux opérations d'entretien nécessaires au quotidien pour la maintenir en bon état.

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Plan d'affaires présentant en détail les orientations futures de l'exploitation, y compris les nouvelles activités culturales et d'élevage


Avant de se lancer en agriculture biologique, il est essentiel de mettre au point un plan d'affaires et pour cela, de consulter des membres de la famille et des experts.

L'exploitant doit bien préciser ses objectifs. Recherche-t-il avant tout :

  • un cadre de vie?
  • l'autonomie financière?
  • une occasion de rentabiliser au maximum l'entreprise?

L'exploitant doit se demander quels sont, dans l'immédiat et à plus long terme, les types de culture ou d'élevage qu'il entend soumettre aux principes de l'agriculture biologique? Il doit aussi déterminer ses points forts et ses points faibles en ce qui touche à ses talents d'exploitant. Se reporter aux Liens de développement des entreprises pour plus de renseignements.

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Contacts et réseau de soutien

Bien des producteurs ont tiré profit de l'adhésion à des regroupements voués à l'agriculture biologique et de la participation à diverses réunions. Les connaissances acquises et les personnes rencontrées sont d'une grande utilité. Les autres exploitants de la région qui sont engagés dans le même genre de production peuvent partager leur expérience et constituer une source d'information ou des marchés potentiels. Le réseau Internet et les divers bulletins d'information peuvent également être de bons moyens d'enrichir ses connaissances au quotidien. Il ne faut pas manquer non plus le congrès annuel sur l'agriculture biologique, la Organic Conference, qui se déroule à Guelph à la fin du mois de janvier.

Il existe par ailleurs en Ontario deux associations utiles :

Resources

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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca