Ce qu'il y a de mieux : préparer votre propre stratégie

Lorsque je visite des fermes laitières, je m'étonne souvent de voir le nombre de génisses dans l'élevage. Dans bien des cas, la presque totalité des femelles nées à la ferme y sera élevée pour être finalement traitée. Je demande souvent pourquoi tel ou tel animal est élevé et la raison qui m'est donnée est souvent vague. Elle touche habituellement ce que j'appelle le facteur d'assurance. Parmi les facteurs d'assurance, je mentionnerai : tenir tout en ordre pour voir ce que vaudront ces animaux et veiller à ce que cette laitière éventuellement exceptionnelle demeure dans le troupeau. Sélectionner d'après des résultats réels et non des prévisions, c'est cela qui intéresse la plupart des gens. Cela peut devenir très coûteux. Les facteurs d'assurance peuvent comporter beaucoup d'exigences en termes de main-d'œuvre, d'espace à l'étable, d'aliments, etc. À long terme, le facteur d'assurance devient assez coûteux. Qu'en serait-il si on n'élevait que les meilleurs animaux? Qu'en serait-il si on réduisait la taille du troupeau de remplacement? Qu'en serait-il si on réduisait le taux de relève? Ces trois objectifs, il serait possible de les respecter moyennant la mise en place d'un plan et l'application d'une stratégie de sélection. Il en résulterait une économie considérable sur les plans financiers et de la main-d'œuvre et des animaux de relève supérieurs.

La sélection et la réforme supposent l'établissement d'un équilibre entre l'économie, la production laitière et le progrès génétique. Pour mettre en œuvre la stratégie optimale, il faut préciser ses objectifs. Les objectifs en matière de progrès génétique détermineront l'intensité de la sélection et inversement, pour atteindre un gain génétique rapide, la sélection doit être plus intense. À mesure que s'intensifie la sélection, seules les meilleures vaches et les génisses supérieures seront sélectionnées pour donner les animaux de relève et seuls les meilleurs taureaux seront utilisés comme reproducteurs pour s'accoupler avec les génisses de relève. Les veaux des animaux qui restent dans le troupeau ne seront pas conservés pour la relève.

Le processus de sélection peut commencer en classant les animaux d'après un simple chiffre, l'indice de profit à vie (IPV). Cet indice est un précieux outil de sélection génétique global qui tient compte de facteurs comme la production, la durabilité, la santé et la fertilité. L'IPV a pour objet d'identifier les animaux dont on s'attend qu'ils transmettront des facteurs génétiques supérieurs à leur progéniture, ce qui les rend plus profitables. Dans le cas des génisses, la valeur de l'PV repose uniquement sur l'ascendance, car il n'existe pas de données précises sur les génisses qui n'ont pas commencé à donner du lait. Il existe un nouvel outil utilisable pour augmenter l'exactitude de la prévision du potentiel génétique d'un animal et qui peut servir à prendre des décisions de sélection : la génomique. Les épreuves génomiques portent sur certains marqueurs spécifiques d'ADN des gènes influençant les principales caractéristiques de production. Ces marqueurs sont répartis dans l'ensemble des chromosomes qui composent le profil génétique de l'animal. Les trousses d'épreuves génétiques se présentent sous diverses formes selon le nombre de marqueurs analysés. Le choix des génisses à l'aide de la génomique relève le taux de progrès de l'IPV comparativement aux méthodes classiques de sélection. On peut mener les épreuves génomiques sur les veaux laitiers à un âge précoce, ce qui permet d'obtenir de précieux renseignements sur la valeur génétique d'une éventuelle génisse laitière de relève.

Lorsque les vaches et les génisses sont classées en fonction de la valeur IPV, le sélectionneur est mieux à même de visualiser le processus de sélection. Il doit s'en dégager trois groupes d'animaux : les « rentables », les « peut-être » et les « non-rentables ». D'autres facteurs sont utilisables pour faire passer les vaches d'un groupe à un autre, notamment leur tempérament ou d'autres caractéristiques non comptabilisées par l'IPV.

Le groupe des rentables se compose de vaches et de génisses dont l'IPV se situe au-dessus de la moyenne du troupeau. Les animaux de relève doivent surtout provenir de ce groupe. Ils doivent être accouplés avec d'excellents taureaux reproducteurs pour maximiser les gains génétiques. L'utilisation de sperme sexé pour ce groupe peut être avantageuse, car il peut porter le rapport des sexes dans les vêlages vifs de la norme 50:50 à une moyenne de 90 % de femelles et 10 % de mâles ou 90:10. Cela peut être inestimable pour optimiser le nombre de femelles nées des meilleurs spécimens du troupeau. Bien que la fertilité du sperme sexé puisse être moindre, il est souhaitable de privilégier son utilisation sur les génisses.

Le groupe des peut-être comprend les animaux ayant des valeurs IPV moyennes et peut, au besoin, donner quelques animaux de relève. Le nombre de remplacements issus de ce groupe doit être maintenu au minimum.

Le groupe des non rentables est le groupe le plus bas, en ce qui a trait à l'IPV. Peut-être voudrez vous traire ces animaux, mais vous ne voudrez conserver aucune génisse pour la relève. Puisque la décision de ne pas garder le veau est déjà prise, la sélection doit être faite en conséquence.

Lorsque vous connaissez la composition du groupe des rentables, il est important de préciser le nombre de génisses qui seront annuellement conservées pour la relève. Un bon point de départ est d'examiner le tableau 1. Nous y donnons le nombre d'animaux de relève à conserver chaque année pour un troupeau de 100 vaches laitières, en fonction de divers taux de remplacement et de l'âge au premier vêlage. Veuillez retenir la situation décrivant le mieux votre exploitation et examiner le nombre de génisses que vous devriez avoir dans votre étable à n'importe quel moment. En quoi cela correspond-il à vos données actuelles?

Tableau 1. Nombre d'animaux de relève conservés annuellement pour un troupeau de 100 vaches *

Âge au premier vêlage (mois) Taux de remplacement (%)
25 % 30 % 35 %
24
26
31
36
26
28
33
39
28
31
36
42

* Taux de mortalité du sevrage au vêlage : 2 %

  • Limiter le nombre de génisses élevées dans votre exploitation;
  • N'élever que les meilleures, car c'est logique sur le plan économique;
  • Définir vos objectifs et préparer une stratégie de sélection;
  • Utiliser de façon avisée les nouveaux outils, par exemple le sperme sexé et la génomique, pour améliorer votre stratégie
  • Prêter attention aux dates de vêlage afin de répartir le choix des animaux de relève sur l'ensemble de l'année;
  • Vous en tenir à votre plan.

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