L'abeille des citrouilles, un pollinisateur indigène des citrouilles, des courges et des zucchinis

À la 20e Journée de diagnostic des cultures qui a eu lieu à Ridgetown les 9 et 10 juillet 2014, nous avons demandé à des producteurs et à des consultants de nous dire, selon eux, quelles espèces étaient les principaux pollinisateurs de Cucurbita pepo (courges, citrouilles et zucchinis) en Amérique du Nord. Presque tous ont répondu que c'était l'abeille domestique. Quelques-uns ont cité le bourdon (assez bonne réponse puisque c'est le deuxième en importance). Une seule personne a mentionné l'abeille des citrouilles.

Les plants de Cucurbita pepo portent à la fois des fleurs mâles et femelles. Les fleurs mâles produisent du pollen et du nectar et les fleurs mâles seulement du nectar. Sous chaque fleur femelle se trouve un ovaire qui ressemble au fruit qu'il deviendra après la pollinisation. En présence d'une mauvaise pollinisation, les fruits produits sont petits et ne peuvent être vendus. Comme la floraison dure moins d'une journée, la fenêtre de pollinisation est très étroite.

Les grains de pollen de ces plantes sont gros, collants et épineux, ce qui les rend relativement peu attirants pour les abeilles domestiques. Selon des études effectuées dans des plantations de C. pepo, le nombre d'abeilles des citrouilles (Peponapsis pruinosa) dépassait celui des abeilles domestiques, des bourdons et des autres pollinisateurs de plusieurs ordres de grandeur. Effectivement, là où les abeilles des citrouilles sont nombreuses, la présence des abeilles domestiques est essentiellement redondante pour ce qui est de la pollinisation de ces cultures.

L'abeille des citrouilles est une espèce pollinisatrice indigène hautement spécialisée. Elle a évolué parallèlement aux plantes de la famille des courges au point qu'à l'échelle locale, son implantation et sa survie dépendent de la présence de ces espèces végétales : l'abeille des citrouilles femelle alimente son couvain exclusivement à partir du pollen qu'elle a recueilli sur ces mêmes plantes.

L'abeille des citrouilles fait son nid dans le sol. Les femelles creusent des galeries verticales qui peuvent atteindre 45 cm de profondeur; celles-ci mènent à 3 à 5 galeries latérales qui débouchent chacune sur une chambre à couvain unique. C'est là que les larves se développent avant de devenir adultes. La femelle dépose une boule de pollen et pond un seul œuf dans chacune des chambres avant de boucher celle-ci. Selon les ressources dont il dispose, un même individu peut construire plusieurs nids au cours de la saison qui va de juillet à août.

Les pattes arrière et le corps de la femelle sont poilus, ce qui lui permet de recueillir très efficacement le pollen des fleurs mâles avant de l'amener aux fleurs femelles (Figure 1). Les femelles sont actives au début de la journée, au moment de l'éclosion des fleurs de Cucurbita spp.; plus tard au cours de la matinée, à l'arrivée des autres espèces d'abeilles, une bonne partie de la pollinisation est déjà accomplie.

Figure 1 : L'abeille des citrouilles a le corps et les pattes poilues. Cette adaptation facilite le transport du pollen des courges, des citrouilles et des zucchinis

Figure 1 : L'abeille des citrouilles a le corps et les pattes poilues. Cette adaptation facilite le transport du pollen des courges, des citrouilles et des zucchinis.

Voici d'autres faits importants concernant l'abeille des citrouilles :

  • Elle est solitaire.
  • L'entrée de son nid a à peu près le diamètre d'un crayon (Figure 2); les nids se trouvent habituellement dans les cultures ou dans les marges non cultivées des champs, et ils sont souvent regroupés.
  • La plupart des chambres à couvain se trouvent à une profondeur de 12 cm ou plus.
  • Une seule génération par an; hivernation dans le sol au stade de prépupe.

Figure 2 : L'entrée du nid, creusé dans le sol, a le diamètre d'un crayon.

Figure 2 : L'entrée du nid, creusé dans le sol, a le diamètre d'un crayon.

Pour faire le suivi des abeilles des citrouilles, l'une des méthodes les plus faciles consiste à déchirer les fleurs flétries au cours de l'après-midi ou au début de la soirée; les mâles et les femelles non accouplées dorment dedans (Figure 3). On peut également saisir la base des fleurs flétries entre deux doigts pour vérifier si on entend les abeilles s'activer à l'intérieur. Il n'y a aucun risque de se faire piquer, cette espèce n'a pas d'aiguillon.

Figure 3 : Les mâles et les femelles non accouplées dorment dans les fleurs flétries tout l'après-midi.

Figure 3 : Les mâles et les femelles non accouplées dorment dans les fleurs flétries tout l'après-midi.

Les abeilles domestiques et les bourdons sont des insectes sociaux qui nichent dans des cavités et qui se nourrissent sur une vaste gamme de plantes productrices de pollen. Comme les abeilles des citrouilles sont solitaires, qu'elles font leur nid dans le sol et sont tributaires d'un nombre très limité de plantes cultivées pour nourrir leur couvain et permettre son développement, elles sont particulièrement sensibles aux pratiques agricoles. Le choix des pesticides et le moment de leur application, le mode de travail du sol et la rotation des cultures peuvent se répercuter sur les populations d'abeilles des citrouilles sur les terres agricoles. On pourra favoriser les populations locales en optant pour la culture sans travail du sol, en travaillant le sol à une profondeur de 10 cm ou moins ou en évitant de perturber certains groupes de nids. Comme les abeilles des citrouilles savent très bien trouver leurs plantes hôtes, au cours de la rotation, déplacer les cultures le moins loin possible.

Pour trouver plus d'information sur cet intéressant pollinisateur indigène de l'Ontario et pour savoir comment favoriser ses populations sur vos terres, voir The Pollination System of Pumpkin, Squash, Summer Squash, and Zucchini, de Susan Chan (en anglais seulement), en vente à www.farmsatwork.ca/library.


Pour plus de renseignements :
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Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca