Foin sec ou non? : Manipuler avec soin!

La production de foin sec de qualité peut s'avérer difficile, surtout lorsque le temps est frais et humide, comme ce fut le cas dans de nombreuses régions de la province l'été dernier. Il faut espérer que les conditions seront différentes cette année.

Pour obtenir du foin sec de qualité, il faut le récolter afin de préserver la valeur nutritive du fourrage. Le taux d'humidité au moment de la mise en balles est crucial pour assurer la qualité. Si le taux d'humidité est trop élevé, on peut s'attendre à ce qu'il y ait des moisissures, des poussières et des odeurs bizarres. Ce n'est pas tout; l'échauffement spontané peut causer des pertes considérables de matière sèche et d'éléments nutritifs. Lorsque le taux d'humidité est supérieur au taux optimal, les cellules végétales et les microorganismes qui consomment les glucides du fourrage de même que l'activité biologique produisent de la chaleur qui reste emprisonnée dans la masse de foin. Même le foin mis en balles à un taux d'humidité se situant entre 15 et 20 % peut s'échauffer un peu quelques jours après la récolte, et ce phénomène peut se prolonger pendant 7 à 10 jours. En général, comme les températures ne sont pas excessives, cela a peu d'incidence sur la qualité.

Plusieurs facteurs peuvent avoir une incidence sur l'échauffement après la récolte :

  • la taille des balles et le type de balles;
  • le degré de compactage;
  • l'entreposage.

Plus la balle est grosse, plus il est difficile pour la chaleur de s'échapper, ce qui accroît la perte d'éléments nutritifs. En outre, plus la taille des balles et le degré de compactage sont importants, plus l'humidité reste emprisonnée longtemps dans la masse de foin et les dommages causés par l'échauffement augmentent. De même, si du foin fraîchement récolté est entreposé en piles compactes, l'excès d'humidité et de chaleur ne pourra pas s'éliminer facilement et cela pourrait entraîner un échauffement excessif pendant plusieurs semaines.

Une équipe de chercheurs du Dairy Forage Research Center au Wisconsin a étudié la relation entre la teneur en humidité au moment de la mise en balles, la taille des balles et la qualité du fourrage en se servant d'un système fondé sur les degrés-jours de chauffage (DJC). On calcule les DJC en soustrayant 30 de la température interne maximale des balles mesurée en ?C pour chaque jour d'entreposage. La différence est calculée chaque jour jusqu'à ce que la température interne des balles descende en dessous de 30 ?C. Il ressort des conclusions que les petites balles carrées faites de foin récolté à un taux d'humidité de 20 % ou moins accumulent peu de DJC (93 ou moins). Lorsque la taille et le diamètre des balles augmentent, la mise en balles à un taux d'humidité de 20 % fait augmenter les DJC ainsi que le risque d'échauffement spontané pouvant entraîner des pertes importantes d'éléments nutritifs. Avec des DJC supérieurs à 150, les pertes d'éléments nutritifs augmentent considérablement.

Par le passé, on croyait que les dommages causés par la chaleur avaient principalement pour effet de réduire la digestibilité des protéines brutes à cause des réactions chimiques qui se produisent entre les glucides et les protéines, un phénomène connu sous le nom de réaction de Maillard. De récentes recherches ont révélé que, en plus de réduire la digestibilité des protéines, la chaleur entraînait des pertes d'énergie au moins tout aussi importantes. La concentration d'énergie dans le fourrage diminue avec l'épuisement des glucides non fibreux, tandis que la concentration en fibres augmente. Comme les glucides non fibreux sont presque tous digérés par les vaches, leur disparition influe de façon marquée sur la teneur énergétique du foin. Lorsque les DJC dépassent 315, les pertes de glucides non fibreux peuvent atteindre 25 % des niveaux initiaux.

Le système fondé sur les DJC est facile à utiliser à la ferme pour surveiller une nouvelle récolte de foin sec. Le seul matériel nécessaire est un thermomètre à bilame doté d'une longue tige ou un mesureur d'humidité avec une longue sonde et un thermomètre intégré. La température interne des balles est mesurée tous les jours jusqu'à ce qu'elle atteigne 30 °C. On peut ensuite calculer la valeur des DJC et évaluer les dommages potentiels dus à la chaleur.

Pour évaluer les dommages que la chaleur est susceptible de causer à une récolte de fourrage, on peut également utiliser la teneur en protéines brutes de la fibre au détergent acide (PB FDA). Au moyen d'une analyse en laboratoire, on mesure la quantité de protéines endommagées par la chaleur dans un échantillon de fourrage, quantité qui est exprimée en pourcentage de protéines brutes. On détermine ainsi la part de protéines brutes qui est liée à la fraction des fibres au détergent acide de la paroi cellulaire ou la part qui n'est pas disponible aux vaches. Une certaine quantité de protéines se lient naturellement à la fibre même s'il n'y a pas d'échauffement. On déduit souvent ces protéines de la quantité totale de protéines brutes des aliments pour évaluer les protéines brutes disponibles. Si le rapport d'analyse indique une proportion de PB FDA supérieure à 10 % (% de protéines brutes), c'est qu'il a eu un échauffement excessif du fourrage. Si la proportion de protéines liées devient trop élevée (> 12 % de protéines brutes), alors la quantité de protéines brutes doit être rajustée. Le rapport d'analyse donne souvent une quantité rajustée dont il faut se servir pour formuler la ration.

Même si les travaux de l'équipe de recherche étaient centrés sur le foin, on peut supposer que l'ensilage et l'ensilage mi-fané réagissent de la même manière en cas d'échauffement spontané, et les pertes d'éléments nutritifs seront semblables. Afin de réduire au minimum les pertes d'éléments nutritifs attribuables à la chaleur, il faut bien gérer des facteurs clés tels que le taux d'humidité du fourrage au moment de la récolte, la taille des particules, le tassement et la suppression de l'oxygène.

www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/preventing.htm

Taux d'humidité au moment de la mise en balles (sans acide) pour réduire au minimum les pertes dues à l'échauffement

  • Petites balles carrées : 15 à 18 %
  • Grosses balles rondes (centre peu dense) : 13 à 16 %
  • Grosses balles rectangulaires ou rondes (centre dense) : 12 à 15 %

Coblentz, W.K., P.C. Hoffman et N.P. Martin. "Effects of Spontaneous Heating on Forage Protein Fractions and In Situ Disappearance Kinetics of Crude Protein for Alfalfa-Orchardgrass Hays Packaged in Large Round Bales", Journal of Dairy Science, vol. 93, p. 1148 1169.

Coblentz, W.K., et P.C. Hoffman. "Effects of Spontaneous Heating on Fiber Composition, Fiber Digestibility and In Situ Disappearance Kinetics of NDF for Alfalfa-Orchardgrass Hays", Journal of Dairy Science, vol. 92, p. 2875 2895.


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