Le printemps au verger : lutte biologique contre les ravageurs des pommiers

Avec la température qui grimpe progressivement, les bourgeons sont gonflés et le débourrement est à nos portes dans les nombreuses régions de la province où la production de pommes est hâtive. Le printemps est une excellente période pour entreprendre la lutte antiparasitaire dans le verger, avant l'explosion des populations d'insectes ou l'accumulation de l'inoculum, et avant que le tissu végétal soit en pleine croissance et que la densité du feuillage complique les traitements. Si cela n'est pas déjà fait, il est temps de penser aux mesures de lutte intégrée (LI) qui peuvent être prises au cours des prochaines semaines pour aider à réduire le risque d'avoir à combattre certains ravageurs plus tard en saison.

Huile de dormance

Alors que l'huile de dormance ou l'huile de dormance différée peuvent être très efficaces contre les ravageurs, le moment de l'application et un bon recouvrement sont déterminants pour la réussite du traitement. Par ailleurs, pour optimiser l'efficacité des traitements et éviter les dommages aux tissus, il est utile de bien comprendre comment fonctionnent les pulvérisations d'huile ainsi que la biologie des ennemis à combattre.

Les pulvérisations d'huile peuvent agir en suffoquant les insectes, en empêchant le développement des œufs ou en gênant la fixation des cochenilles mobiles. Lorsqu'elles sont bien appliquées, les huiles de dormance ou de dormance différée peuvent être suffisamment efficaces pour réduire respectivement les populations de cochenilles ou d'acariens
qui risquent de se développer plus tard en saison. Une fois les ravageurs établis, il peut être très difficile de les éliminer. Les pulvérisations d'huile en début de saison s'intègrent bien également aux programmes de lutte biologique, car le produit est appliqué avant que les acariens prédateurs et les autres insectes utiles apparaissent.

Il existe plusieurs espèces de cochenilles qui s'attaquent aux pommiers. La cochenille de San Jose est la plus commune dans les vergers ontariens. Cet insecte passe l'hiver sous la forme d'une nymphe de premier instar sous l'écorce, et émerge juste avant l'éclosion des bourgeons (figure 1). Le moment idéal pour appliquer ces huiles de dormance contre le ravageur se situe avant la formation de cette couche protectrice. L'application d'huile de dormance est plus efficace lorsqu'il y a peu de feuillage et que les pulvérisations peuvent atteindre le tronc et les branches. L'utilisation d'huile d'été s'est révélée un moyen de lutte efficace à long terme contre la cochenille dans certains vergers ontariens. Cependant, il est souvent difficile de savoir à quel moment effectuer les applications, et ce produit n'est pas toujours aussi fiable que l'huile de dormance.

Figure 1. Cochenille de San Jose ayant survécu à l'hiver sur une branche de pommier.

Figure 1. Cochenille de San Jose ayant survécu à l'hiver sur une branche de pommier.

Les tétranyques rouges du pommier hivernent sous forme d'œufs (figure 2) sur la surface rugueuse du tronc entourant la base des bourgeons et des dards, ou dans les parties internes de l'arbre à proximité du tronc principal et des branches. Les huiles de dormance devraient être appliquées avant l'éclosion des œufs, entre le stade du débourrement et celui du prébouton rose. Certains producteurs d'Ontario, qui ont appliqué de l'huile de dormance avec de bons volumes d'eau et qui ont obtenu un bon recouvrement, ont réussi à avoir d'excellents résultats contre les acariens, lesquels ne sont revenus qu'en très faible nombre durant l'été. Les huiles de dormance différées peuvent également éliminer les œufs de pucerons qui ont survécu à l'hiver, si la période d'application coïncide avec l'éclosion des œufs.

Figure 2. Œufs de tétranyque rouge du pommier ayant survécu à l'hiver sur un dard.

Figure 2. Œufs de tétranyque rouge du pommier ayant survécu à l'hiver sur un dard.

Malheureusement, le moment idéal du traitement contre les cochenilles ne correspond pas nécessairement à celui des acariens. Si l'évaluation de la récolte de l'année précédente révèle que la présence des cochenilles est plus importante dans le verger, on doit appliquer les huiles avant le débourrement. Le degré d'efficacité des traitements plus tardifs d'huiles visant les tétranyques rouges du pommier est considérablement réduit pour les cochenilles. Se rappeler qu'un arbre porteur de quelques fruits infestés à la dernière saison peut être une source de populations élevées de cochenilles cette année en l'absence de mesures appropriées.

Bien que la plupart des huiles horticoles sont maintenant assez raffinées et que les traces de soufre y ont été retirées, même les huiles d'été peuvent causer des dommages aux cultures au moment de l'application :

  • Si elles sont appliquées avec des produits qui contiennent du soufre ou dans un délai trop rapproché; alors, ne pas appliquer d'huile dans les 14 jours avant ou après ces produits.
  • Dans les 48 heures avant ou après un gel.
  • Si elles sont appliquées à des doses supérieures à celles qui sont précisées sur l'étiquette; utiliser une solution à 2 % (20L/1000L) pour les huiles de dormance et une solution à 1 % (10L/1000L) pour les pulvérisations estivales avec des volumes d'eau élevés.
  • Si les arbres souffrent de stress hydrique.
  • Si les températures sont supérieures à 25 °C.
  • Si les huiles sont appliquées à des cultivars vulnérables, comme la Red Delicious, l'Empire ou la Mutsu/Crispin.

Matériel utilisé pour le dépistage

Le printemps peut également être le bon moment de vérifier le matériel que vous allez utiliser pour le dépistage cette saison, dont les pièges à phéromones et les dispositifs de suivi de la température.

On se sert souvent de ce matériel dans le cadre des modèles de degrés-jours pour prédire avec précision les stades vitaux de nombreux ravageurs des pommiers, dont le carpocapse de la pomme, la tordeuse orientale du pêcher et la tordeuse à bandes obliques. Ainsi, les œufs de la première génération du carpocapse de la pomme éclosent autour de 139 DJC (base 10 0C) après le premier vol soutenu d'adultes. Il peut y avoir un écart d'une ou deux semaines d'une année à l'autre selon les températures.

Consulter les directives d'utilisation des pièges visuels et à phéromones dans le module sur les pommes de LIcultures Ontario. On y trouve de l'information sur les types de pièges, le nombre de pièges à utiliser par site, leur disposition dans le verger et le moment pour installer les pièges selon l'insecte ciblé.

Visiter le site Web du MAAO pour consulter la liste des fournisseurs de matériel de surveillance des ennemis des cultures. Pour prolonger la durée d'utilisation des appâts à phéromones, les entreposer au réfrigérateur ou au congélateur jusqu'à ce qu'ils soient prêts à être utilisés.

Pulvérisarions des produits à base de cuivre

L'efficacité des pulvérisations de produits à base de cuivre à cette période de l'année pour réduire la propagation de l'inoculum responsable du feu bactérien provenant des chancres qui ont survécu à l'hiver a souvent fait l'objet de débats. Tout compte fait, son efficacité dépend de la façon dont les traitements sont appliqués et de la température après l'application. Le cuivre crée un milieu hostile à la surface de l'écorce et des bourgeons de l'arbre qui empêche ces organismes de s'y établir, ou de se répandre dans les fleurs avec les éclaboussures de pluie ou les insectes. Ainsi, il doit être appliqué avec de grands volumes d'eau pour assurer un recouvrement suffisant.

Dave Rosenberger de l'Université Cornell recommande que la pulvérisation de produits à base de cuivre soit effectuée à 0,63 cm ou 1,27 cm (¼ à ½ po) de la pousse verte, car elle peut provoquer un fort roussissement du fruit. De plus, pour que les pulvérisations à base de cuivre soient efficaces, on recommande de traiter tous les arbres du bloc de verger. Les arbres non traités, et même les variétés non sensibles, constituent un refuge pour les bactéries qui peuvent facilement être transportées par les vecteurs que sont les insectes.

Les pulvérisations de produits à base de cuivre qui traitent les tissus verts peuvent aussi offrir une protection contre la tavelure du pommier lorsqu'elles sont effectuées avant la libération des spores. Faire suivre les pulvérisations de produits à base de cuivre d'un traitement hâtif au soufre contre la tavelure et l'oïdium, à l'apparition des boutons verts, à des intervalles de 7 à 10 jours durant la période principale de la tavelure, surtout par temps humide. Le recours à des variétés résistantes à la tavelure réduire grandement la nécessité d'utiliser des fongicides en début de saison.

Assainissement du verger

L'élimination ou la réduction des sources d'infestation et de maladies dans le verger représente l'un des principaux éléments de tout programme de lutte biologique (ou de lutte intégrée). Si l'un des éléments suivants n'a pas été réalisé dans le cadre du nettoyage automnal, il est important d'y voir ce printemps en vue de réduire la pression des ravageurs pour la saison qui s'en vient. Un assainissement efficace doit comprendre les interventions suivantes :

  • Retirer les sources d'inoculum, y compris les arbres morts ou malades, les branches infectées, les chancres et les fruits pourris ou momifiés. Il s'agit d'une stratégie primaire de lutte contre les pourritures estivales, comme la pourriture noire (figure 3), qui peut aussi être efficace contre l'oïdium (figure 4) et le feu bactérien.
  • Retirer les piles de bois, les cageots de fruits, les souches et les morceaux d'écorce qui pourraient constituer des sites d'hivernage pour les insectes, comme le carpocapse.
  • Déchiqueter les feuilles avec une débroussailleuse afin de favoriser la décomposition des feuilles. Cela peut aussi rediriger les morceaux de feuilles de manière à ce que les ascospores soient éjectées vers le sol plutôt que vers le feuillage, ce qui réduira l'infection primaire de tavelure. Passer le râteau ou souffler les feuilles vers le milieu de l'allée pour dégager le dessous des arbres, ou régler la tondeuse pour qu'elle les atteigne.
  • Tailler les arbres pour accroître la circulation d'air et réduire le temps d'assèchement.

Figure 3. Une branche de pommier infectée par la pourriture noire (à droite) devient une source d'inoculum responsable de taches ocellées sur les feuilles en croissance (à gauche) à la prochaine saison.

Figure 3. Une branche de pommier infectée par la pourriture noire (à droite) devient une source d'inoculum responsable de taches ocellées sur les feuilles en croissance (à gauche) à la prochaine saison.

Figure 4. Pousses dormantes de pommier, infectées par l'oïdium (Photo : Chris Duyvelshoff, Perennia).

Figure 4. Pousses dormantes de pommier, infectées par l'oïdium (Photo : Chris Duyvelshoff, Perennia).


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