« Remèdes miracles »: Gaspillage d'argent ou panacée?

Les cultivateurs biologiques, comme tous les cultivateurs, sont toujours à la recherche de nouveaux produits et de nouvelles méthodes pour améliorer le rendement et la qualité de leur production et lutter contre les ravageurs. Les cultivateurs ont accès à de nombreuses entreprises qui essaient de leur vendre une multitude de produits, des engrais aux produits antiparasitaires, en passant par les outils de traitement des eaux. Il existe aussi de nombreux blogues et sites Web faisant la promotion de différentes méthodes et de produits faits maison. Comment savoir, dans ce contexte, s'il est sécuritaire et efficace de les utiliser dans vos champs? Faites des recherches!

En anglais, on appelle ces remèdes miracles de « l'huile de serpent ». Cette expression remonte au 19e siècle, alors que les travailleurs de chemin de fer d'origine chinoise apportèrent en Amérique du Nord de l'huile de serpent, un remède traditionnel chinois. Éventuellement, des vendeurs sans scrupules ont commencé à vendre une imitation d'huile de serpent, en affirmant qu'il s'agissait d'un remède universel à toutes les maladies humaines. C'est pourquoi on utilise aujourd'hui le terme « huile de serpent » pour faire référence à un produit dont on vante exagérément les mérites et dont la qualité et les résultats sont pour le moins discutables. Une fois qu'un produit s'avère réellement efficace, on ne peut plus parler « d'huile de serpent ».

Avant d'acheter un produit ou d'instaurer une nouvelle façon de faire, assurez-vous que c'est non seulement légal, mais également autorisé par votre organisme de certification. Tout produit affirmant pouvoir lutter contre les ravageurs (y compris les produits biologiques) doivent être homologués par l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, une division de Santé Canada, et ce, pour chaque type de culture et de ravageur. Il faut prouver qu'un produit est efficace pour pouvoir l'homologuer. Il est illégal d'utiliser un produit antiparasitaire non homologué. Presque tous les autres produits devraient être classés dans la catégorie des engrais, qui doivent eux aussi être homologués, en vertu de la Loi sur les engrais, pour être vendus au Canada. Il existe des exceptions pour bon nombre d'engrais courants, comme la potasse et les matières organiques (le compost et le fumier, par exemple). Si un produit n'est pas homologué, demandez à l'entreprise de vous fournir les preuves indiquant qu'il fait partie de ces exceptions.

Les produits maison peuvent aussi présenter des risques pour la santé et la sécurité du cultivateur, du consommateur ou des cultures. De nombreux produits chimiques naturels sont extrêmement toxiques ou allergènes. De plus, les cultivateurs sont responsables des problèmes de santé et des problèmes environnementaux provoqués par l'utilisation d'un produit maison. Les cultivateurs doivent aussi vérifier qu'il est légal d'utiliser un produit maison en communiquant avec l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, au www.hc-sc.gc.ca ou au 1 800 267 6315.

En ce qui concerne les produits commerciaux, la meilleure méthode pour éviter les fraudes est de demander à voir des résultats de recherche prouvant l'efficacité du produit. Ces résultats devraient provenir de tests réplicables, aléatoires et répétés et faire l'objet d'une analyse statistique. Sans ces statistiques, vous ne pouvez pas vous fier aux résultats. Les essais devraient aussi avoir été effectués par un institut de recherche réputé ou un organisme gouvernemental. Si la compagnie vante ses produits, elle devrait être capable de prouver qu'ils sont efficaces. Ne vous fiez pas une image affirmant l'efficacité du produit, à moins qu'on y voie des données comparatives avec un autre produit reconnu et que les données présentées soient soutenues par des résultats de recherche.

Assurez-vous de bien connaître les ingrédients des produits avant de l'utiliser. Certains ingrédients inertes peuvent être tenus secrets, mais tous les ingrédients actifs doivent être indiqués sur l'étiquette. De plus, méfiez-vous des produits qui ont l'air trop beaux pour être vrais, car c'est probablement le cas.

Si une méthode ou un produit semble prometteur, mais que vous n'êtes pas sûr de son efficacité, faites des essais sur votre ferme. Assurez-vous que la méthode ou le produit est légal avant d'effectuer vos essais. De tels essais n'ont pas à être compliqués. Comparez toujours le nouveau produit côte à côte avec vos pratiques existantes, dans une partie de votre ferme sans trop de variations naturelles. Il peut s'agir de simples bandes d'essais (figure 1), qui peuvent donner de bonnes indications de l'efficacité d'un produit ou d'une méthode, ou de dispositifs statistiques plus complexes requis pour effectuer une analyse statistique, comme le dispositif aléatoire par blocs complets (figure 2). N'oubliez pas que l'important n'est pas tant de savoir si le produit fonctionne, mais plutôt s'il est plus efficace ou moins cher que celui que vous utilisez déjà. Par conséquent, comparez le nouveau produit à vos pratiques exemplaires existantes. Assurez-vous, également, de tester un seul produit ou méthode par traitement. Car si un traitement contenant deux produits améliore votre rendement, vous ne saurez pas lequel des deux en est la cause.

Figure 1. Dans une bande d'essais, on applique le nouveau produit en bandes dans le champ, en alternance avec l'ancien produit, puis l'on compare leur rendement respectif. Vous devez éviter les zones contenant de grandes variations naturelles, comme les espaces dégarnis sur la photo. (Source : shutterstock.com)

Figure 1. Dans une bande d'essais, on applique le nouveau produit en bandes dans le champ, en alternance avec l'ancien produit, puis l'on compare leur rendement respectif. Vous devez éviter les zones contenant de grandes variations naturelles, comme les espaces dégarnis sur la photo. (Source : shutterstock.com)

Figure 2. Un dispositif aléatoire par blocs complets nécessite plusieurs comparaisons côte à côte, et une distribution aléatoire des zones de traitement pour chacune de ces comparaisons. Ce dispositif permet une analyse statistique des résultats et augmente leur fiabilité. (Source : shutterstock.com)

Figure 2. Un dispositif aléatoire par blocs complets nécessite plusieurs comparaisons côte à côte, et une distribution aléatoire des zones de traitement pour chacune de ces comparaisons. Ce dispositif permet une analyse statistique des résultats et augmente leur fiabilité. (Source : shutterstock.com)

Les « remèdes miracles » peuvent aussi bien être des produits n'ayant pas encore été correctement testés ou des produits complètement inefficaces, voire dangereux. En effectuant des recherches avant d'utiliser un nouveau produit ou une méthode « révolutionnaire », vous profiterez des nouvelles possibilités qui s'offrent à vous tout en évitant de vous faire flouer. Des études scientifiques ont finalement prouvé que l'huile de serpent, la vraie, avait bel et bel certaines propriétés médicinales. Bref, même l'huile de serpent n'entre plus dans la catégorie des remèdes miracles douteux!


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