Moyens de lutte biologique contre la drosophile à aile tachetée

La drosophile à aile tachetée (DAT) est un ravageur invasif direct des cultures de petits fruits et d'autres fruits à peau tendre. En quelques années à peine, cet insecte s'est introduit dans la totalité des principales régions productrices de fruits aux États-Unis, en Colombie-Britannique et dans l'Est du Canada.

La drosophile à aile tachetée représente un problème grave, car elle pond ses œufs dans les fruits mûrissants. Les œufs, les larves et les pupes de la DAT sont présents dans le fruit au moment de la récolte. Le fruit perd donc son intégrité et se détériore rapidement. La DAT produit plusieurs générations par année et les populations se forment très rapidement. Il est presque certain que les fruits tardifs comme les framboises d'automne, les bleuets et les fraises à jour neutre vont être infestés par la DAT à moins que les producteurs adoptent des mesures de lutte à son égard.

La lutte contre la DAT est difficile autant pour les producteurs biologiques que conventionnels.
Insecticides biologiques : les insecticides ont une fonction importante dans la lutte contre la DAT; des traitements hebdomadaires peuvent être efficaces lorsque le fruit est mûr ou mûrissant.

Nous prévoyons qu'il y aura une homologation d'urgence de l'insecticide ENTRUST SC contre la DAT pour les petits fruits et les fruits à noyau en 2014. Entrust (spinosad) est très efficace contre la DAT et est accepté par la plupart des cahiers de charge en production biologique. Il y aura cependant des limites au nombre de traitements par saison, ce qui signifie que cela risque d'être insuffisant pour protéger les cultures dont la période de récolte s'échelonne sur une plus longue période. En outre, Entrust (insecticide du groupe 5) ne devrait pas être appliqué à répétition en raison des risques de résistance. Il est important d'utiliser en alternance des insecticides d'autres groupes. En Californie, la DAT a déjà développé une résistance à l'insecticide biologique Pyganic, lorsque ce dernier a été utilisé à répétition.

Surveiller les mises à jour sur les homologations d'urgence des produits utilisés en production biologique contre la DAT sur le site suivant : www.ontario.ca\ailestachetees.

Le traitement avec uniquement des insecticides n'est pas suffisamment efficace contre la DAT. Les chercheurs tentent donc de trouver des moyens plus durables. Bon nombre de pratiques culturales peuvent être intégrées au programme de lutte contre la DAT.

Calendrier de récolte. La plus importante stratégie de lutte contre la DAT consiste à augmenter le nombre de cueillettes et à ramasser tous les fruits mûrs. Idéalement, tous les fruits mûrs devraient être récoltés chaque jour ou tous les deux jours. Dans les fermes d'autocueillette, où ce n'est pas la totalité des fruits qui est ramassée à la fois, les producteurs devraient envoyer des cueilleurs dans les champs après le passage des clients, afin de terminer la récolte. Des producteurs ont réussi à lutter efficacement contre la DAT dans les framboises et les fraises à jour neutre en planifiant le ramassage de manière à prévoir des cueillettes fréquentes et complètes. Ce n'est cependant pas un moyen très pratique dans le cas des bleuets ou des mûres, qui sont cueillis une ou deux fois par semaine.

Cueillette des fruits trop mûrs ou meurtris. La cueillette des fruits non vendables peut réduire la propagation de la DAT, mais cette pratique est coûteuse et pas nécessairement rentable. Par contre, en production biologique, où les choix d'insecticides sont limités, le retrait des fruits non vendables peut être un choix avantageux (figure 1). Les rebuts doivent toutefois être enfouis à au moins 30 cm de profondeur, ou gardés dans des contenants étanches pendant quelques jours.
Figure 1 : L'élimination des fruits trop mûrs et non vendables des champs peut contribuer à réduire les populations de DAT.

Figure 1 : L'élimination des fruits trop mûrs et non vendables des champs peut contribuer à réduire les populations de DAT.

Refroidissement postrécolte. Le refroidissement des fruits à 1,6 ?C (35 ?F) immédiatement après la cueillette ralentit le développement de la DAT dans les fruits cueillis. Si les fruits sont gardés pendant trois jours à cette température, de nombreux œufs et de petites larves mourront. Cependant, une fois que la DAT a pondu ses œufs dans le fruit, la durée de conservation de ce dernier est compromise, car la surface du fruit a été endommagée. Le refroidissement postrécolte doit être suivi d'une mise en marché immédiate du fruit.

Gestion des cultures. Les populations de DAT sont favorisées par des températures modérées et une humidité élevée. Les producteurs peuvent influer sur les populations de DAT en s'assurant que les cultures sont taillées pour faciliter la circulation d'air, la réduction de l'humidité autour de la couverture végétale et la cueillette. Tailler les ronces et poser des treillis (figure 2). Les bleuets doivent être taillés afin d'ouvrir la couverture végétale. Les fraisiers qui donnent des fruits en juin devraient être fraises de juin devraient être rénovés dès que possible après la récolte. Les stolons devraient être coupés sur les fraisiers à jour neutre afin de réduire la quantité de rebuts sur les lits de culture.
Figure 2 : La gestion des cultures peut avoir un effet sur les dommages associés à la DAT. Bien que les rendements totaux puissent être plus élevés dans la plantation de gauche, il sera plus facile de lutter contre la DAT dans le champ de droite, où des treillis ont été installés pour faciliter la récolte. L'utilisation de géotextile peut aider à dessécher les fruits tombés.

Figure 2 : La gestion des cultures peut avoir un effet sur les dommages associés à la DAT. Bien que les rendements totaux puissent être plus élevés dans la plantation de gauche, il sera plus facile de lutter contre la DAT dans le champ de droite, où des treillis ont été installés pour faciliter la récolte. L'utilisation de géotextile peut aider à dessécher les fruits tombés.

Entretien de la surface du sol. Les fruits tombés peuvent être une source de DAT. Les facteurs qui favorisent le dessèchement du fruit, comme l'herbe fauchée, le sol sec travaillé ou un géotextile, peuvent aider à réduire l'apparition de DAT attribuable aux fruits tombés. L'utilisation de géotextile peut aussi faciliter le ramassage des fruits tombés pour les éliminer. L'irrigation goutte-à-goutte au lieu de l'irrigation par aspersion peut aider à garder l'environnement plus sec dans les rangées et réduire l'humidité autour des plants.

Gestion des plantes hôtes indigènes. La DAT a de nombreux hôtes indigènes (comme la mûre blanche, le chèvrefeuille, les ronces, la phytolaque, le cornouiller, le nerprun et le cerisier de Pennsylvanie) qui sont répandus dans les campagnes ontariennes. Ces hôtes sauvages représentent d'importants habitats pour les pollinisateurs et d'autres insectes utiles. Il n'est pas réaliste ni souhaitable de supprimer toutes ces plantes hôtes indigènes autour des champs cultivés. On devrait par contre éliminer les mûriers et les framboisiers sauvages où c'est possible ou tondre sous la zone fructifère chaque année.

Lutte biologique. La DAR a peu d'ennemis naturels. Des guêpes qui parasitent la DAT ont été identifiées en Ontario et ailleurs en Amérique du Nord, mais les moyens de lutte biologique ne sont pas rentables actuellement. La plupart des parasites des drosophiles ne semblent pas encore en mesure de repérer cette nouvelle espèce invasive, et les taux de parasitisme sont faibles, soit 1 à 2 %. Des recherches sont en cours dans certaines régions d'Asie où le ravageur est bien installé en vue d'identifier des prédateurs ou des parasites. D'autres chercheurs étudient l'efficacité des biopesticides, mais avec peu de succès jusqu'à maintenant.

Exclusion. L'exclusion de la DAT de la couverture végétale a été tentée à petite échelle dans les bleuets et pourrait aussi être utilisée dans les grands tunnels. Le filet requis pour exclure les DAT est offert sur le marché; il est fait de mailles fines et est plus lourd que les filets pour oiseaux. Il doit être installé sur une structure suffisamment solide pour supporter un surplus de poids. L'extrémité inférieure doit être enfoncée au niveau du sol ou installée pour prévenir toute ouverture entre le sol et le filet. De plus, les portes doivent être gardées fermées, ce qui est difficile lorsque les cueilleurs entrent et sortent. Le filet peut aussi avoir des effets secondaires nuisibles en raison d'une atténuation de la lumière et de la ventilation. Les recherches se poursuivent sur cet autre moyen de lutte contre la DAT.

Pour plus d'information : Pour des renseignements à jour et détaillés sur la drosophile à aile tachetée, consulter notre site Web à www.ontario.ca\ailestachetees.

Les producteurs peuvent aussi écouter un webinaire enregistré par Dr H. Burrak de l'université de la Caroline du Nord et Dr V. Walton de l'université de l'État de l'Oregon, intitulé « Biologically Based Organic Management Strategies for Spotted Wing Drosophila » une partie de l'information donnée dans cette présentation a été utilisée pour la rédaction du présent article. http://www.extension.org/pages/70121/biologically-based-organic-management-strategies-for-spotted-wing-drosophila (en anglais seulement).


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