Faire face aux maladies du pommier survenant avant la cueillett ou pendant l'entreposage

Avec les précipitations fréquentes survenues depuis le stade du calice, on a pu observer cette année, dans de nombreux vergers dans l'ensemble de la province, la présence de champignons pathogènes comme les infections à la pourriture noire et à la pourriture amère. Tandis que la cueillette s'approche rapidement, vous devriez prendre le temps d'envisager la lutte contre ces maladies et de vous préparer à d'autres problèmes susceptibles de survenir pendant l'entreposage. Étant donné que de nombreuses difficultés se produisant durant cette phase trouvent en fait leur origine dans le verger, il convient de penser soigneusement la lutte sur ce terrain. Les symptômes prérécolte sont souvent peu évidents et l'infection peut survenir plus ou moins comme une surprise lorsque les fruits sont ultérieurement sortis du stockage.

La pourriture noire (Botryosphaeria obtuse) hiverne dans des chancres sur les rameaux, les branches et le tronc ainsi que sur les fruits momifiés. C'est pourquoi les cultivars de pommiers auxquels les fruits momifiés restent accrochés, tels que Gala, Honeycrisp, Cortland et Northern Spy, sont souvent plus sensibles à une infection à la pourriture noire tout comme les arbres endommagés par les rigueurs de l'hiver ou présentant des infections par la brûlure bactérienne. L'infection à la pourriture noire tardive apparaît souvent juste avant la cueillette sous la forme de taches noires sur le fruit associées à un fruit momifié demeuré sur l'arbre après un éclaircissage chimique (figure 1). Ultérieurement, les lésions s'élargissent et forment une pourriture brune entourée d'anneaux concentriques sombres et clairs (figure 2) qui, en fin de saison ou en cours d'entreposage, peuvent produire de petites pycnides noires d'aspect acnéique (figure 3). Contrairement à ce qui se passe avec d'autres pourritures de la pomme, la chair du fruit infecté par la pourriture noire demeure ferme, accroissant ainsi les possibilités de pourriture durant l'entreposage après la cueillette et frustrant, par là même, aussi bien les producteurs que les emballeurs.

Figure 1 : L'infection tardive à la pourriture noire apparaît sous la forme de taches noires sur le fruit associées à un fruit momifié demeuré sur l'arbre après un éclaircissage chimique.

Figure 1 : L'infection tardive à la pourriture noire apparaît sous la forme de taches noires sur le fruit associées à un fruit momifié demeuré sur l'arbre après un éclaircissage chimique.

Figure 2 : Les lésions dues à la pourriture noire s'élargissent et forment des anneaux concentriques sombres et clairs.

Figure 2 : Les lésions dues à la pourriture noire s'élargissent et forment des anneaux concentriques sombres et clairs.

Figure 3 : En cours d'entreposage, les fruits infectés par la pourriture noire demeurent fermes et peuvent produire de petites pycnides noires d'aspect acnéique.

Figure 3 : En cours d'entreposage, les fruits infectés par la pourriture noire demeurent fermes et peuvent produire de petites pycnides noires d'aspect acnéique.

La pourriture amère, causée par les champignons pathogènes Colletrotrichum gloeosporiodes et C. Acutatum, passe l'hiver dans le fruit momifié, dans les crevasses de l'écorce et dans les chancres. Les symptômes apparaissent habituellement à la fin de l'été jusqu'à la récolte. Cette année, on a observé dans toute la province l'apparition de taches sur des pommes en cours de mûrissement, en particulier des Golden Delicious, des Gala, des Honeycrisp, des Gingergold et des Spy. Contrairement à celui de la pourriture noire, le champignon de la pourriture amère n'a pas besoin d'une blessure du fruit pour établir une infection et peut pénétrer directement la peau du fruit.

Les infections précoces du fruit apparaissent sous la forme de minces taches grises ou brunes qui s'élargissent pour former des lésions brun foncé crevassées souvent entourées d'une auréole rouge (figure 4). Des masses de spores de couleur saumon sont produites à la surface des lésions du fruit dont la taille augmente, particulièrement lors de conditions pluvieuses ou humides. Une pourriture diagnostique en forme de V progressant vers le cœur peut également être observée lorsque le fruit infecté est coupé en deux (figure 5).

Figure 4 : La pourriture amère apparaît sous la forme de taches déprimées entourées d'une auréole rouge. Des masses de spores de couleur saumon sont produites à la surface des lésions dont la taille augmente.

Figure 4 : La pourriture amère apparaît sous la forme de taches déprimées entourées d'une auréole rouge. Des masses de spores de couleur saumon sont produites à la surface des lésions dont la taille augmente.

Figure 5 : La pourriture amère se caractérise par une pourriture diagnostique en forme de V progressant vers le cœur.

Figure 5 : La pourriture amère se caractérise par une pourriture diagnostique en forme de V progressant vers le cœur.

La moisissure bleue et la moisissure grise (Penicillium expansum et Botrytis cinerea respectivement) constituent deux maladies importantes des pommes entreposées. Ces deux agents pathogènes ont besoin d'une blessure du fruit, qui se produit la plupart du temps durant les opérations de cueillette et de manipulation, pour provoquer la maladie. Les spores peuvent survivre longtemps dans des conditions défavorables, notamment d'une saison à l'autre, dans des caisses utilisées pour la cueillette, dans des contenants contaminés, sur des parois de stockage et dans des équipements de conditionnement. Les pathogènes peuvent également pénétrer les fruits trop mûrs au moment de la cueillette ou les fruits entreposés trop longtemps. La moisissure bleue se manifeste d'abord par l'apparition de zones d'un brun clair molles et aqueuses autour de blessures ou de lenticelles à la surface des fruits. Les fruits touchés par la moisissure grise présentent des zones spongieuses dont la couleur varie du brun pâle au brun foncé, les tissus atteints ne pouvant pas être séparés des tissus sains. À l'origine, la moisissure bleue crée des touffes de spores d'un blanc neigeux qui deviennent bleu-vert (figure 6) et a une odeur de moisi, tandis que la moisissure grise produit un mycélium duveteux blanc ou gris et des amas de spores gris foncé (figure 7) avec une odeur de cèdre dans les états avancés de décomposition.

Figure 6 : À l'origine, la moisissure bleue crée des touffes de spores d'un blanc neigeux qui deviennent bleu-vert.

Figure 6 : À l'origine, la moisissure bleue crée des touffes de spores d'un blanc neigeux qui deviennent bleu-vert.

Figure 7 : La moisissure grise produit un mycélium duveteux blanc ou gris et des amas de spores gris foncé.

Figure 7 : La moisissure grise produit un mycélium duveteux blanc ou gris et des amas de spores gris foncé.

Voici quelques techniques générales de lutte à garder à l'esprit lorsque vous préparez votre verger pour la cueillette en vue de réduire la pourriture des fruits après la récolte.

Cette saison :

  • Manipulez les fruits avec soin durant la cueillette - les fruits meurtris ou blessés sont sensibles aux maladies de l'entreposage.
  • Cueillez les fruits lorsqu'ils ont atteint un niveau de maturité adéquat - plus un fruit est mûr, plus il est sensible aux maladies de l'entreposage.
  • Réduisez les sources d'inoculation - utilisez des contenants propres, enlevez les fruits endommagés avant l'entreposage, limitez la quantité de terre et de débris végétaux introduite à l'intérieur et assainissez les équipements d'entreposage.
  • Maintenez les fruits au froid après la cueillette - les températures chaudes favorisent la croissance des agents pathogènes.

La saison prochaine :

  • Mettez en œuvre un assainissement du verger pour supprimer les sources d'inoculation - taillez les chancres et les branches mortes et enlevez les fruits pourris ou momifiés.
  • Des pulvérisations de dormance de cuivre et de soufre peuvent favoriser la réduction d'inoculum ayant survécu à l'hiver.
  • Effectuez un traitement par pulvérisation de calcium pour améliorer la qualité des fruits.
  • Taillez pour améliorer la circulation d'air, favorisant ainsi un temps de séchage plus rapide et garantissant une meilleure pénétration des pulvérisations.

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca