La faculté des animaux laitiers à rechercher leur nourriture est-elle acquise ou innée? Des recherches scientifiques permettent d'y voir plus clair

Lorsque des producteurs laitiers se réunissent pour discuter de la gestion du pâturage, il ne faut pas attendre bien longtemps pour les entendre aborder la question de la faculté des vaches laitières à rechercher de la nourriture. Nombreux sont ceux qui pensent qu'il faudrait exposer les animaux au pâturage dès le début de leur vie, de façon à tirer profit de cette expérience lorsqu'ils sont en âge de produire du lait.

Plusieurs éléments portent à croire que c'est en effet le cas. Des chercheurs ayant étudié cette question ont déclaré que les ruminants exposés au pâturage se souviennent de leurs expériences passées. Ils apprennent à sélectionner les fourrages et continuent à procéder ainsi à l'âge adulte.

D'autres études menées dans les années 90 ont montré que les expériences acquises par un animal au début de sa vie influaient sur la manière dont il choisissait sa nourriture, sur son comportement au pâturage et sur sa productivité pendant les mois et les années qui suivaient, et ce, aussi bien chez les ovins que chez les bovins. En outre, on a démontré que les ruminants qui avaient été exposés au pâturage développaient très tôt la faculté de rechercher leur nourriture et broutaient de manière plus efficace que les animaux qui ne l'avaient pas été. Cependant, ces recherches ont été réalisées dans des pâturages extensifs et non améliorés dans lesquels les animaux étaient exposés à des plantes toxiques, ainsi qu'à des herbages dont la valeur nutritionnelle pouvait varier énormément. Or, en Amérique du Nord, les pâturages où broutent les bovins laitiers sont généralement constitués d'herbages et de légumineuses de très bonne qualité. Il était donc nécessaire d'étudier à quel moment l'exposition des vaches à ce type de pâturage influençait leur comportement au pâturage ou leur production de lait.

De plus, on ne savait que très peu de choses sur le temps nécessaire à une vache laitière en lactation qui n'a pas été exposée au pâturage au début de sa vie pour s'adapter à un système de pâturage intensif tournant.

Une étude d'une durée de trois ans visant à répondre à ces questions vient tout juste de se terminer. Elle a permis d'évaluer les effets rémanents de l'exposition des génisses au pâturage sur leur comportement et sur leur rendement lors de leur première lactation à l'âge adulte. Les vaches ayant participé à l'expérience étaient de race holstein et holstein x jersiaise. Elles ont été réparties en quatre groupes qui ont reçu chacun un traitement différent : 1er groupe : les génisses ont été exposées au pâturage après leur sevrage et après l'âge d'un an; 2e groupe : les génisses ont été exposées au pâturage après leur sevrage, puis enfermées en milieu confiné à l'âge d'un an; 3e groupe : les génisses ont été enfermées en milieu confiné après leur sevrage, puis exposées au pâturage à l'âge d'un an; 4e groupe : les génisses ont été enfermées en milieu confiné après leur sevrage et après l'âge d'un an. Au cours de la troisième année de l'étude, toutes les vaches laitières en lactation ont été exposées à un pâturage d'été.

L'utilisation d'un système de localisation a permis d'enregistrer plusieurs paramètres, parmi lesquels l'ingestion de matière sèche, le comportement et l'activité des animaux.

Au cours de la première année de l'expérience, deux groupes de génisses ont été exposés au pâturage pendant 41 jours. Les deux autres groupes sont restés dans un milieu confiné. La deuxième année, les chercheurs ont pu évaluer les effets rémanents de l'exposition des génisses au pâturage sur leur comportement au pâturage actuel. Les génisses ayant fréquenté les pâturages lors de la première année ont passé plus de temps à brouter le premier jour que les génisses qui ne connaissaient pas les pâturages. Cette constatation semblait indiquer que ces génisses se souvenaient de comment brouter, puisqu'elles ont commencé à paître tout de suite après avoir été mises au pâturage au cours de la deuxième année. À l'inverse, les génisses qui n'avaient jamais été exposées au pâturage se sont montrées réticentes à brouter le premier jour. Néanmoins, après seulement quelques jours, les deux groupes se comportaient de la même façon.

Lors de la troisième année, les vaches étaient en lactation. Les chercheurs ont de nouveau pu constater les effets rémanents de l'exposition des vaches au pâturage sur leur comportement de pâturage. Les vaches qui avaient déjà été exposées au pâturage, que ce soit après leur sevrage ou après l'âge d'un an, ont passé plus de temps à brouter le premier jour que les vaches qui ne connaissaient pas les pâturages. Cependant, au bout de cinq jours de pâture, les vaches sans expérience broutaient de la même façon que les vaches qui avaient déjà été exposées au pâturage.

D'autre part, le premier jour de la mise au pâturage, les vaches qui n'avaient pas connu les pâturages au cours de la deuxième année ont produit moins de lait que celles qui l'avaient été. Le plus faible pourcentage de temps passé à brouter était très probablement à l'origine de cette production plus faible. Néanmoins, sur l'ensemble de l'étude, la production moyenne de lait par jour était la même.

Les résultats de cette étude montrent que l'exposition des vaches laitières à un pâturage de qualité dès le début de leur vie exerce une influence sur leur comportement au pâturage ou sur leur production de lait, mais seulement durant les premiers jours d'exposition au pâturage. Néanmoins, les vaches n'ayant jamais été exposées au pâturage se mettent à brouter relativement vite et leur production de lait retrouve un taux normal quelques jours après la première exposition au pâturage.

Référence :

Assessment of heifer grazing experience on short-term adaptation to pasture and performance as lactating cows. F. Lopes , W. Coblentz, P. C. Hoffman et D. K. Combs. Journal of Dairy Science. 96 :3138-3152 (2013)


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