Stratégies de lutte contre la flétrissure fusarienne dans les cultures d'épinard

La flétrissure fusarienne, causée par le champignon Fusarium oxysporum f. sp. spinaciae, a été signalée dans toutes les zones de cultures d'épinard du monde, y compris : au Canada, aux États-Unis, en Suède et au Japon. Cette maladie fongique du sol peut causer des pertes allant jusqu'à la totalité (100 %) des récoltes. Parmi les symptômes à mesure que la maladie progresse, mentionnons : le rabougrissement, le flétrissement des feuilles plus vieilles, la nécrose et la mort du plant (figure 1). Le tissu vasculaire des racines passe de blanc à brun foncé à mesure que la maladie progresse (figure 2). Le champignon envahit la racine et bloque le système vasculaire, limitant la capacité du plant d'absorber l'eau. La flétrissure est surtout grave pendant la partie la plus chaude de la journée, et les plants modérément infestés peuvent récupérer pendant la nuit. La flétrissure fusarienne de l'épinard se produit chaque année, plus gravement pendant les mois d'été quand les températures du sol se situent entre 25 et 30 °C. On trouve les symptômes plus graves plus souvent dans les plants d'épinard adultes que dans les jeunes épinards, mais comme la maladie prend du temps à se propager dans les racines, Fusarium oxysporum peut aussi causer la fonte des semis dans les jeunes épinards.

Figure 1 : progression de la flétrissure fusarienne sur des feuilles d'épinard.

Figure 2 : progression de la maladie dans les racines d'épinard : à g., racines saines; au centre premiers symptômes; à d., symptômes avancées.

Figure 2 : progression de la maladie dans les racines d'épinard : à g., racines saines; au centre premiers symptômes; à d., symptômes avancées.

Le matériel agricole, les personnes et l'eau sont les principaux vecteurs de propagation de cette maladie. Elle peut être introduite dans les fermes par des semences infestées parce que ce pathogène est porté par la semence. Une fois qu'il est introduit au champ, il est presque impossible de l'éradiquer parce que les pathogènes portés par les semences sont extrêmement persistants. Il n'est pas possible de faire la rotation des cultures parce que la structure de survie à long terme de Fusarium lui assure une longévité allant jusqu'à 15 ans, sans hôte. À l'heure actuelle, il n'existe aucun produit homologué efficace, ni cultivar résistant, pour lutter contre la flétrissure fusarienne dans les cultures d'épinard en Ontario.

Pendant l'été 2012, l'Université de Guelph a complété des essais au champ en vue d'identifier des méthodes de lutte possibles contre la flétrissure fusarienne (figure 3). Les essais portaient sur l'examen de variétés commerciales pour évaluer leur sensibilité, l'efficacité de fongicides conventionnels et biologiques, et d'applications de chaux agricole afin d'augmenter le pH du sol.

Figure 3 : des essais sur le terrain en 2012 ont été complétés par des chercheurs de l'Université de Guelph en vue d'identifier des méthodes de lutte possibles contre la flétrissure fusarienne dans l'épinard.

Figure 3 : des essais sur le terrain en 2012 ont été complétés par des chercheurs de l'Université de Guelph en vue d'identifier des méthodes de lutte possibles contre la flétrissure fusarienne dans l'épinard.

La recherche a comparé 25 cultivars provenant d'Alf Christianson Seed Co., de Pop Vriends Seeds, de Rogers-Syngenta Seeds et de Seminis Vegetable Seeds. Les variétés C2606, Sardinia, POH-6116, et Carmel se sont révélées être les moins sensibles alors que l'on a trouvé qu'Unipack 12, Norgreen HF, Seven R, Tasman et Falcon étaient les plus sensibles à la flétrissure fusarienne. On n'a identifié aucun cultivar résistant car toutes les variétés ont montré certains symptômes. Les variétés Imperial Star et Persius ne convenaient pas au climat du sud de l'Ontario en juillet parce que les plants ont prématurément montés en graine et n'étaient plus commercialisables.

Au total, six fongicides biologiques ont fait l'objet d'essais pour combattre la flétrissure fusarienne. Deux produits, composés de Streptomyces lydicus et d'extraits de plants de quinoa, ont supprimé la gravité de la maladie d'une façon équivalente aux meilleurs fongicides conventionnels; ils ont réduit la gravité de la maladie d'environ 45 %. Les ingrédients actifs biologiques suivants n'ont pas été efficaces pour éradiquer la maladie : Bacillus subtilis, Gliocladium catenulatum, Coniothyrium minitans et Streptomyces griseoviridis.

Les sols acides tendent à favoriser la flétrissure fusarienne et les sols qui ont un pH autour de 8 tendent à supprimer la maladie. On a épandu de la chaux dolomitique (0, 10, 20 tonnes/hectare) à un champ de culture commerciale d'épinard au printemps de 2012. Le pH initial du sol était de 7,1 et pendant la durée de l'essai, le pH est resté inchangé pour tous les traitements. On a signalé une diminution de la gravité de la maladie lors d'un épandage de chaux de 20 tonnes/hectare. Comme le pH n'était pas affecté, la réduction de la gravité de la maladie est peut-être attribuable à de plus hautes teneurs en calcium fournies à la culture. On sait que le calcium joue un rôle important dans la résistance à la maladie. Des recherches effectuées par l'Université de l'état de Washington ont indiqué qu'avec un pH du sol de 5,5, des applications de 4 tonnes/hectare ont réduit l'incidence de la flétrissure de 45 %. Les sols ontariens avec un pH inférieur à 7 pourraient bénéficier encore plus des applications de chaux.

Cette recherche se poursuit en 2013 et devrait inclure d'autres moyens de lutte biologique, de même que le produit biofumigant Must-Gro. Ces résultats de recherche ne sont que préliminaires à l'heure actuelle, ils ne reposent que sur une seule année. Le projet a été mené sur des sols minéraux, donc ces résultats ne s'appliquent peut-être pas aux autres types de sol. Tous les cultivars d'épinard mis à l'essai ne sont pas disponibles à l'échelle commerciale à l'heure actuelle. Les fongicides biologiques utilisés dans cette recherche ne sont pas encore homologués pour usage dans les cultures d'épinard et ne devraient pas être utilisés. Pour connaître les produits antiparasitaires homologués pour usage dans les cultures d'épinard en Ontario, se référer à la publication 838F du MAAO et MAR intitulée Guide de protection des cultures légumières.

Les producteurs biologiques peuvent limiter l'incidence de la flétrissure bactérienne dans l'épinard en portant leur choix sur des cultivars moins sensibles, sur des emplacements propres, et potentiellement avec l'épandage de chaux. Les producteurs voudront dépister régulièrement dans leurs cultures à la recherche de symptômes, et vérifier les racines des plants flétris. Quand on a constaté la présence de symptômes graves dans certains champs, si possible éviter de cultiver dans ces derniers pendant les mois d'été. L'identification et l'homologation de fongicides biologiques pourraient améliorer la lutte antiparasitaire contre cette maladie.

Cette recherche a été financée par le programme de bourses du personnel hautement qualifié (HQP Scholarship Program), un partenariat du MAAO et MAR et de l'Université de Guelph, ainsi que de Collins Farm Produce.


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