Le sol est fait pour être couvert

J'ai récemment entendu parler Gabe Brown. C'est un exploitant de ranch au Dakota du Nord, et il est probablement mieux connu pour sa stratégie de culture agressive avec les cultures couvre-sol, où il utilise des mélanges hautement diversifiés. Il a dit quelque chose qui a vraiment retenu mon attention : «quand nous cultivons à l'image de la nature, tout devient plus facile». Il voulait dire par là qu'il faut cultiver avec des mélanges diversifiés de cultures de couverture et garder le sol constamment couvert, à l'image de ce que fait la nature. Partout dans la province ces dernières années, nous avons constaté beaucoup plus d'érosion, à cause à la fois du vent et de l'eau. Rappelons qu'en avril 2012, nous avons eu deux lundis en particulier avec de forts vents qui n'en finissaient plus. Le sol était enlevé de champs qui ne sont pas habituellement portés à l'érosion, mais qui étaient nus et exposés au vent.

Les cultures de couverture font partie intégrante de la rotation des cultures biologiques, sauf les cultures tardives qui n'ont pas le temps de croître comme couvre-sol d'automne. Toutefois, comme ces systèmes reposent souvent sur le travail du sol pour lutter contre les mauvaises herbes et sur les cultures couvre-sol pour préparer un lit de semences, il reste des périodes critiques où le sol est nu. Malheureusement, c'est souvent au printemps après les semences que la terre est nue. Au printemps et au début de l'été, c'est aussi une période de pluies intenses, ce qui rend les champs assez vulnérables à l'érosion.

La recherche a démontré qu'une couverture de 30 % et plus du sol, peut réduire l'érosion de 60 % et plus (voir à la figure 1). C'est important pour conserver le sol en place et en maintenir la santé et la productivité.

Pourcentage de résidus de surface par rapport à la réduction des pertes de sol

Figure 1 : Pourcentage de résidus de surface par rapport à la réduction des pertes de sol. Tiré de http://www.gov.mb.ca/agriculture/soilwater/soil/fbd01s01.html

Au-delà de la protection contre l'érosion, une couverture de 30 % présente aussi d'autres avantages. La couverture, surtout à une densité supérieure à 30 %, peut favoriser la lutte contre les mauvaises herbes. Un autre avantage clé est la température du sol et la modération de l'humidité. La terre nue est en quelque sorte comme un désert. Les couches de surface sèchent vite et sont soumises à de grands écarts de température entre le jour et la nuit. Au début de l'été, les sols nus et secs comme du sable peuvent facilement atteindre plus de 40°C pendant la journée. La plus grande partie de la vie dans le sol, par exemple les bactéries qui créent le cycle de l'azote, sont très sensibles aux fluctuations de températures. L'intervalle de températures optimales pour la plupart des processus se situe entre 20 et 30°C. Un sol couvert sert à modérer les changements de température et à soutenir un cycle plus actif.

C'est difficile de maintenir une couverture de 30 % en tout temps; voyons quelques options possibles.

  • Choisissez bien les cultures de couverture, et effectuez une gestion et une planification soigneuse. Optez pour des cultures couvre-sol qui poussent bien en automne mais meurent en hiver, laissant des résidus de couverture pour le printemps. Pratiquez la culture en bandes pour laisser des bandes de cultures de couverture ou de résidus entre les rangées des cultures qui lèvent, afin d'obtenir 30 % de couverture du sol. Utilisez des cultures de couverture pour créer des bandes de cultures biologiques, plutôt que de travailler le sol.
  • Utilisez les instruments aratoires qui n'enfouissent pas beaucoup de résidus. Les systèmes verticaux de travail du sol et le chisel vont enfouir moins de résidus que le travail à la charrue à socs et versoirs (voir la comparaison au tableau qui suit). Optez pour des systèmes de travail superficiel du sol, comme le crochetage, qui sont moins agressifs dans l'enfouissement des résidus.
  • Explorez avec divers mélanges de cultures de couverture plus denses, comme le seigle céréalier et la vesce velue qui peuvent être maîtrisés à l'aide d'un rouleau écraseur pour les cultures semées plus tard comme les haricots comestibles ou les citrouilles quand il y a assez de temps pour obtenir une croissance suffisante du seigle céréalier pour permettre une plus grande efficacité du rouleau.
  • Travail du sol et engins de semis Couverture restante après chaque manoeuvre*

    Charrue à socs et à versoirs

    • 3 à 5 %

    Charrue

    • à ciseaux, 50 à 80 %

    • à socs croisés (à disques), 30 à 60 %

    Herse (de deux files de disques ou espacées)

     

    • profondeur de 7,6 cm (3 po), 40 à 80 %

    • profondeur de 15 cm (6 po),30 à 60 %

    Cultivateur

    • 50 à 80 %

    Cultivateur / outil à combinaison à disques

    • 30 à 60 %

    Planteuse

    • lisse ou sans coutre, 90 à 95 %

    • coutre ondulé étroit, 85 à 90 %

    • coutre gaufré large, 80 à 85 %

    • Soc bineur ou ouvre sillons à disques, 60 à 80 %

    Semoirs

    • À disques ouvreurs, 90 à 95 %

    Altération climatique

    • 75 à 85 %

* Utilisez les valeurs plus élevées pour les résidus de maïs et les valeurs moins élevées pour les résidus fragiles, comme le soya.

Adapté d'un tableau issu d'une publication de formation de l'Université Purdue, intitulée Estimating Corn and Soybean Residue Cover, au http://www.extension.purdue.edu/extmedia/AY/AY-269-W.pdf.

Il faut parfois accepter les solutions de remplacement. Dans certaines rotations de culture ou modes de semis, il peut être très difficile d'atteindre une couverture de 30 %. C'est ce qu'il faut viser, 30 %, mais en réalité au moins 90 % du temps vos champs sont couverts, et il n'y a que quelques semaines après les semis et entre les cultures de couverture, où le sol peut être nu et vulnérable. Travaillez pour vous assurer que les cultures de couverture sont promptement semées et assez densément, pour arriver à une couverture bien protectrice du sol.

Figure 2 : labour en bandes avant de semer du maïs sucré. Référence : D. Brainard, Université Michigan State. Un mode non biologique mais similaire est possible en utilisant un couvre-sol d'avoine dense de l'année précédente.

Figure 2 : labour en bandes avant de semer du maïs sucré. Référence : D. Brainard, Université Michigan State. Un mode non biologique mais similaire est possible en utilisant un couvre-sol d'avoine dense de l'année précédente.


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