Des problèmes de rongeurs à la ferme?

Les éleveurs ne devraient pas être gênés d'admettre qu'ils ont un problème de rongeurs. Des enquêtes en Ontario indiquent que 80 % des poulaillers et 89 % des porcheries ont des problèmes de rongeurs. Les risques que des souris ou des rats soient présents sur une ferme sont donc élevés. Ce serait plutôt dans les cas où rien n'est fait pour régler le problème que l'éleveur devra faire face à la gêne et à des coûts.

Pourquoi lutter contre les rongeurs?

Les rongeurs sont les premiers et deuxième vertébrés les plus destructeurs dans le monde après l'humain. On croit qu'ils peuvent endommager, gaspiller, consommer plus du cinquième des aliments du monde entier. On estime que les rats peuvent manger ou gaspiller la valeur de plus de 35 $ en aliments pour animaux par rat par année. Ils sont les vecteurs potentiels de plus de 200 maladies et ils sont à l'origine de plus de 25 % des incendies de maisons et de bâtiments de ferme, étant donné leur propension à ronger les fils électriques (figure 1).

Les rats et les souris peuvent se reproduire à une cadence phénoménale. Un couple de rats (ou de souris) peut engendrer une population de 15 000 rongeurs en un an et de 20 000 000 d'individus en trois ans.

Voici quelques signes d'infestations par les rongeurs :

Bruits. Bruits de grignotement, déplacements dans les murs et des petits cris.

Crottes. Le long des murs, derrière des objets et près des sources de nourriture.

Galeries. Les galeries de rats se reconnaissent aux trous fraîchement creusés le long des fondations, entre les lattes des planchers et dans les fentes des murs.

Pistes. Des endroits dépourvus de poussière le long des murs et derrière les objets entreposés.

Traces de grignotement. Fines rognures de bois autour de planches, de coffres ou de caisses. Les endroits où le bois a été fraîchement rongé sont de couleur plus pâle.

Figure 1. Traces de grignotement sur des fils électriques.

Figure 1. Traces de grignotement sur des fils électriques.

Odeurs de rongeurs. Des odeurs musquées et tenaces indiquent à coup sûr une infestation par les rongeurs.

Repérage visuel. Des souris aperçues pendant la journée. En ce qui concerne les rats, on ne les voit le jour que lorsqu'ils abondent. La nuit, entrer doucement dans les bâtiments, attendre en silence pendant cinq minutes et prêter attention à tout bruit indiquant la présence de rongeurs. Promener aux alentours le faisceau d'une lampe de poche puissante; les yeux des rats réfléchiront la lumière.

Traces graisseuses. On trouve parfois sur les canalisations ou la charpente un léger dépôt graisseux laissé par le pelage sale et huileux des rongeurs.

Il existe une règle simple, généralement reconnue, selon laquelle il y aurait environ 25 souris ou rats pour chaque rongeur aperçu.

Rat ou souris?

Étant donné que l'on n'extermine pas les rats et les souris par les mêmes moyens, il faut commencer par déterminer quelle est l'espèce qui infeste l'exploitation (tableau 1). Pour ce faire, il suffit d'examiner les crottes : elles sont noires dans les deux cas, mais celles des souris sont de la taille d'un grain de riz, tandis que celles des rats ont la grosseur d'un grain de haricot.

Figure 2. Excréments sont un signe évident de rongeurs.

Figure 2. Excréments sont un signe évident de rongeurs.

Que mangent les rats et les souris?

Les rats et les souris peuvent être considérés comme omnivores. S'ils ont le choix, ils préfèrent les grains de céréales. Les rats mangent de la viande lorsqu'ils en trouvent. Toutefois, lorsque la nourriture est rare, ils mangent presque n'importe quoi, y compris le plâtre et même du savon ou des carcasses d'animaux. Les souris peuvent nicher pendant un hiver dans une carcasse de cerf mort de la rage, en manger la chair et devenir infectées. Elles deviennent ensuite les vecteurs de la maladie. Les rats et les souris mangent chaque jour et préfèrent avoir de l'eau à proximité. Les rats boivent habituellement de l'eau chaque jour, mais les souris peuvent survivre plusieurs jours sans eau.

Tableau 1. Caractéristiques physiques et comportementales des rats et des souris adultes

Caractéristiques Rat surmulot Souris
Taille (queue comprise)
42 cm (16,5 po)
16 cm (6 po)
Poids moyen de l'adulte
500 g (18 oz)
20 g (0,7 oz)
Activité
nocturne
nocturne
Vue
faible : (1,5 m) (4,9 pi)
faible : (1 m) (3 pi)
Odorat, toucher, goût
excellente
excellente
Ouïe
très fine
très fine
Distance du nid
45 m (148 pi)
9 m (30 pi)
Méfiance vis-à-vis des objets nouveaux
3 à 7 jours
3 min. à 5 heures
Abreuvement
quotidien
2 à 4 jours sans boire
Besoins en nourriture par jour
28 g (1 oz)
3 g (0,1 oz)
Eau
57 g (2 oz)
3 g (0,1 oz)
Aliments préférés
Avoine roulée, viande, poisson, huile végétale
Céréales, avoine roulée, sucre, raisins secs
Crottes
taille d'un grain de haricot
taille d'un grain de riz
Largeur minimum d'un passage (diamètre d'un trou)
12 mm (0,5 po)
6 mm (0,2 po)
Capable d'entrer dans un bâtiment par un trou de la grosseur de :
votre pouce
votre petit doigt
Aptitude à ronger (à condition d'avoir un bord de prise)
Caoutchouc, aluminium, blocs de mâchefer, plastique, laine
idem

Dératisation (règles de base)

La lutte contre les rongeurs, ou dératisation, fait appel à une stratégie de lutte intégrée mettant en œuvre divers types d'interventions. En premier lieu, l'éleveur doit s'efforcer d'empêcher les rongeurs d'entrer, ou du moins, d'en réduire considérablement le nombre par des programmes de lutte. Ceux-ci visent à rendre ses bâtiments impénétrables aux rongeurs et à supprimer les endroits propices à leur nidification ainsi que leurs sources de nourriture et d'eau. Les rongeurs prolifèrent quand ils disposent d'endroits pour nicher, d'eau et de nourriture à volonté.

Habitudes et biologie

Pour lutter contre les souris et les rats, il faut d'abord en comprendre les habitudes et la biologie. Les souris et les rats ont des habitudes et une biologie semblables, mais il existe certaines différences entre les deux espèces (tableau 1).

  • Les deux espèces ont d'énormes capacités de reproduction et peuvent survivre très facilement dans toutes sortes de conditions. En théorie, si un couple de souris (un mâle et une femelle) se trouve dans un bâtiment au début d'une année, et vit dans d'assez bonnes conditions, la ferme pourrait être envahie par des milliers d'autres souris vers la fin de l'année.
  • Sur les fermes, les souris et les rats se tiennent près d'une source d'aliments comme les granges, les greniers à céréales, les bâtiments d'élevage et les silos.
  • Les souris vivent dans la grange et les rats à l'extérieur de celle-ci, et ils viennent à l'intérieur pour manger.
  • Les rats et les souris peuvent grimper et sauter. Un rat peut sauter jusqu'à 91 cm (36 po) à la verticale et 122 cm (48 po) à l'horizontale.
  • Les rats et les souris peuvent grimper sur la brique et d'autres murs rugueux, de même que se déplacer sur les fils électriques des installations.
  • Les rats n'ont besoin que d'une ouverture de 1 cm (½ po) pour se glisser à l'intérieur. Les souris peuvent se faufiler dans des ouvertures de 0,6 cm (¼ po), de diamètre, ou moins.
  • Les rats et les souris sont actifs la nuit, en particulier tout juste après la tombée de la nuit.
  • Les rats sont intelligents et ont tendance à éviter les nouveaux objets. Par conséquent, il est possible que les pièges et les appâts mettent quelques jours à fonctionner.
  • Des rongeurs doivent ronger. Ils ont des incisives à croissance continue (pouvant atteindre 12,5 cm [5 po] par année). Ils endommagent la structure des bâtiments comme telle, et ils ronger les fils électriques, d'où le risque d'incendie.
  • Ils excellent à creuser et à excaver.

Bâtiments d'élevage à l'épreuve des rongeurs

Des bâtiments correctement construits et entretenus opposent un premier obstacle aux rongeurs. Les semelles de fondation doivent s'enfoncer jusqu'à 0,5 m (19 po) dans le sol. Un périmètre de gravier de 30 cm (1 pi) de profondeur et d'au moins 1 mètre (3 pi) de largeur empêchent les rongeurs de pénétrer dans le bâtiment en se creusant des galeries. Il est d'ailleurs conseillé de couler des semelles plus profondes pour lutter contre les méfaits du gel. Au moins une fois l'an, examiner les bâtiments à la recherche d'éventuels points d'accès pour les rongeurs. Rappelons qu'une souris peut passer par une ouverture de 0,6 cm (¼ po) pour avoir accès (la grosseur de votre petit doigt), et un rat par une ouverture de 1 cm (½ po) (la grosseur de votre pouce). Les fissures autour des cadres de porte et sous les portes, les fenêtres brisées, les conduites d'eau et d'électricité, les bouches d'aération et les trous de vis de mangeoires sont autant de passages possibles pour ces indésirables. Obstruer tous les orifices avec de la laine d'acier épaisse, de la tôle ou du grillage métallique. Ne pas utiliser de plastique, de bois ni d'isolant, car les rongeurs auraient tôt fait de traverser ces matériaux.

Lors de la construction des murs, veiller à ce que le revêtement s'applique directement contre les montants et non sur des lattes, de manière à former entre deux montants un espace clos empêchant les éventuels intrus d'envahir le reste de la structure. Pour obtenir plus de renseignements à ce sujet, consulter le plan n° M 9451 du Service de plans du Canada, Lutte contre les rongeurs et les oiseaux dans les bâtiments agricoles. Une structure en bon état constitue un premier rempart contre les rats et les souris. La plupart des rongeurs qui s'introduisent dans les élevages viennent directement des champs, puis se multiplient. Il est donc important de tenir bien propres les abords des bâtiments, c'est-à-dire d'y détruire toute végétation sur 1 m (3 pi) de largeur, et de ramasser les aliments qui ont été répandus, le bois, les ordures, etc. Il ne faut pas attirer les rongeurs des champs vers l'élevage. Plus l'espace est dégagé autour du bâtiment mieux c'est.

Suppression des cachettes et recoins où nichent les rongeurs

Puisque les rongeurs n'aiment pas les endroits dégagés, il faut maintenir les locaux en ordre en éliminant les empilage de matériaux, les sacs d'aliments vides et tout ce qui peut servir de cachette à un rongeur. Ranger le bois de construction ainsi que les accessoires divers à un niveau situé entre 24 et 30 cm (9 à 12 po) au-dessus du sol, à une distance d'au moins 24 cm (9 po) des murs. Détecter tout endroit par lequel les rongeurs peuvent pénétrer à l'intérieur des murs à double paroi; la plupart des rongeurs élisent domicile dans l'isolant qui s'y trouve. Obstruer toutes ces voies d'entrée et détruire tous les matériaux dont les rongeurs font leur nid.

Suppression des vivres et de l'eau

Éliminer les sources d'eau comme les robinets qui fuient, les abreuvoirs ouverts, les tuyaux qui suintent et les drains à ciel ouvert. Stocker tous les aliments dans des réservoirs couverts et à l'épreuve des rongeurs, tels que cellules à grain, bacs ou trémies en métal. Éviter de répandre les aliments par terre et se défaire au plus tôt des animaux morts. Privés de ravitaillement facile, les rongeurs ne se multiplient pas autant.

Lutte contre les rongeurs déjà présents

S'il existe déjà un problème de rongeurs sur la ferme, la prévention seule ne résoudra pas le problème. Dans ce cas, il faut envisager un programme de réduction des populations. Dans le présent article, nous discuterons de rodenticides en général. Les producteurs biologiques doivent tenir compte que de nombreux rodenticides ne sont pas permis par les organismes d'homologation.

Pièges à ressort

On vient à bout des petites colonies en posant des pièges à ressort ou des boîtes pièges. Les rats ont un faible pour le bacon frais, le poisson et la viande, tandis que les souris préfèrent le fromage, le beurre d'arachide et les graines. Essayez différents appâts afin de découvrir lesquels ont plus de succès. Comme les rats se méfient de toute nouveauté dans leur environnement, on conseille d'endormir leur méfiance en installant d'abord pendant 4 à 5 jours des pièges appâtés, sans les tendre. S'assurer que les appâts ont bien été mangés avant de commencer le piégeage véritable. S'il s'agit de rats, employer des pièges à rats. Quand vous attrapez un rat, enlever la carcasse immédiatement autrement, les autres rats se tiendront loin de l'emplacement de ce piège. Vous devrez peut-être déplacer ce piège à un autre endroit et installer à nouveau des pièges appâtés, mais sans les tendre, jusqu'à ce que vous constatiez que les appâts ont bien été mangés pour commencer à nouveau le piégeage.

Si les souris sont en cause, utiliser des pièges à souris. Les souris sont naturellement curieuses, vous n'avez pas besoin de mettre d'abord des pièges avec appâts mais sans les tendre. Les placer près des murs, derrière les objets, dans des recoins sombres, là où se trouvent des crottes ou des traces de grignotement. Les pièges situés près d'un mur doivent être perpendiculaires à celui-ci, la détente et l'appât se trouvant du côté du mur. Les pièges à capture multiple devraient être orientés vers le trou d'entrée et parallèlement au mur.

Les pièges permettant de capturer les animaux vivants peuvent être très efficaces près des couloirs empruntés par les souris et les rats. Porter des gants de caoutchouc pour appâter et tendre les pièges, sinon ils pourraient porter votre odeur, ce qui éloignerait les rongeurs (Figures 3 et 4).

Figure 3. Piège permettant de capturer les animaux vivants

Figure 3. Piège permettant de capturer les animaux vivants

Figure 4. Piège permettant de capturer les animaux vivants

Figure 4. Piège permettant de capturer les animaux vivants

Planchettes encollées

Les planchettes encollées capturent les souris efficacement et constituent une méthode de choix là où les appâts empoisonnés posent problème. Ces planchettes ne donneront toutefois pas de bons résultats si trop de poussière s'y accumule. Elles ne sont donc recommandées qu'à l'écart des endroits poussiéreux. Chaque jour, vérifier les planchettes encollées et les pièges, et en retirer les cadavres, puis les éliminer. Porter des gants de caoutchouc pour les manipuler, afin d'éviter tout risque de contamination par une maladie.

Plus la nourriture est abondante, moins les pièges appâtés sont efficaces. Il faut par conséquent supprimer un maximum de sources de nourriture avant de dératiser. Dans les élevages où l'infestation est modérée, on conseille de poser de 50 à 100 pièges. Le piégeage doit rapidement donner les résultats attendus avant que la méfiance des rongeurs ne s'éveille. L'odeur humaine ou celle des rongeurs déjà capturés ne suscite cependant pas de méfiance. Il est conseiller de porter des gants en plastique pour ramasser les rongeurs morts, et de les jeter dans des sacs en plastique hermétiquement fermés.

Prédateurs

Les chats parviennent parfois à limiter des populations modérées de rats et de souris, à condition que le milieu ne soit pas trop favorable aux rongeurs. Toutefois, les chats risquent d'introduire des maladies dans un élevage en y rapportant des rongeurs capturés dans les champs. Les chats ne réussiront jamais à attraper les souris au même rythme que celui auquel celles-ci se multiplient. On peut dire la même chose des terriers.

Figure 5. Les chats parviennent parfois à limiter des populations modérées de rats et de souris.

Figure 5. Les chats parviennent parfois à limiter des populations modérées de rats et de souris.

Appareils de signalisation sonore et à ultrasons

Ces deux méthodes peuvent être inefficaces. Il est possible que les rongeurs soient effrayés par des bruits étranges les premiers jours, mais qu'ils s'y habituent vite.

Les coauteurs du présent article sont Al Dam, spécialiste provincial de l'aviculture, MAAARO et George Jeffrey, chef de territoire, Vétoquinol, à partir de la fiche technique agdex 400/680 du MAAARO intitulée « La lutte contre les rongeurs dans les bâtiments d'élevage », et de matériel de présentation de Vétoquinol.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca