Mes plants de soya flétrissent!

Un grand nombre de maladies des racines et des tiges peuvent occasionner des symptômes de flétrissure dans le soya, en Ontario. Le temps chaud et sec qu'on a connu cette année dans la plupart des régions de la province fut une source de stress additionnelle qui a favorisé certaines de ces maladies comme le chancre des tiges, la fusariose vasculaire et la pourriture charbonneuse.

La fusariose vasculaire peut affecter le soya à n'importe quel stade de sa croissance et la maladie est très présente dans le sud-ouest de la province. Elle est causée par un champignon terricole très répandu, Fusarium oxysporum, différent de Fusarium virguliforme, lequel est responsable du syndrome de la mort subite(SMS). Le champignon Fusarium oxysporum fait flétrir les plants de soya et la fusariose vasculaire est souvent diagnostiquée à tort comme de la pourriture phytophthoréenne ou du chancre des tiges. Les plants atteints flétrissent à la pointe et on observe un roussissement des tiges et des feuilles supérieures. Les feuilles du milieu et du bas peuvent jaunir ou présenter des taches jaune pâle (ternes). Dans les cas graves, les feuilles s'assèchent et s'affaissent prématurément, laissant le pétiole attaché au plant. Les symptômes foliaires sont différents de ceux du SMS ou de la pourriture brune des tiges, où les plants atteints montrent d'abord des piqûres ou des mouchetures jaunes sur les feuilles entre les nervures (chlorose internervale). À mesure que la maladie progresse, ces zones s'agrandissent, et dans les cas graves tous les tissus entre les nervures brunissent (nécrose) et sèchent. Contrairement au Phytopthora, il n'y a aucun signe de lésion sur les tiges ni de pourriture externe au-dessus de la ligne de sol. Une coupe dans le sens de la longueur des racines et des tiges révèle un brunissement de la moelle et des tissus vasculaires. Ces symptômes peuvent être confondus avec le brunissement causé par la pourriture des tiges en début de saison. Les racines infestées par le champignon Fusarium montrent souvent des mycéliums rouges, orange ou blancs.

On décrit souvent les symptômes du chancre des tiges comme un jaunissement généralisé des feuilles supérieures du plant, avec des lésions rouge brunâtre qui se forment près des nœuds. La lésion peut s'allonger de plusieurs centimètres, souvent d'un seul côté, mais ne va pas jusqu'au sol (ce qui est différent de la pourriture phytophthoréenne). Dans les cas graves, le chancre peut s'étendre sur toute la longueur de la tige, mais le plus souvent il restera une section encore verte de la tige au niveau du sol. Une coupe latérale révèle d'abord un léger brunissement près des nœuds, suivi d'une désintégration complète de la tige dans les plants très atteints. Le flétrissement soudain des plants et le chancre sur les tiges peuvent être confondus avec les symptômes de la pourriture phytophthoréenne ou de la fusariose vasculaire.

En plus du jaunissement des feuilles et des lésions sur la tige, cette maladie peut causer un dépérissement des portions supérieures ou de l'extrémité du plant tard en saison. Dans ce cas, les quatre à six nœuds ou branches dans le haut du plant tournent au brun foncé et l'extrémité du plant meurt (se flétrit). Les plants de soya peuvent devenir plus vulnérables lors des changements physiologiques qui se produisent au moment de la floraison.

Figure 1. Lésion causée par le chancre des tiges. Les lésions peuvent encercler la tige ou se présenter sur un seul côté.

Figure 1. Lésion causée par le chancre des tiges. Les lésions peuvent encercler la tige ou se présenter sur un seul côté.

Le champignon responsable du chancre des tiges (Diaporthe phaseolorum var. caulivora) survit dans les résidus de cultures et subit par conséquent non seulement les effets de la rotation, mais aussi du le travail du sol. On soupçonne que la réapparition du chancre des tiges dans le nord des États-Unis et en Ontario est causée non seulement par l'accroissement des superficies de soya et la réduction du travail du sol, mais aussi par la plus grande quantité de variétés sensibles qui y sont cultivées.

La pourriture charbonneuse est une maladie qui n'est pas très connue, car elle apparaît uniquement lorsque le temps est très chaud et sec et sa présence est surtout observée dans le Sud-ouest ontarien. Bien que le champignon responsable de la pourriture charbonneuse, Macrophomina phaseolina, infecte les plants tôt en saison, les symptômes qui lui sont associés ne se manifestent habituellement que tard en juillet ou en août, mais la saison étant en avance cette année, les symptômes sont apparus plus tôt.

Figure 2. Une décoloration grise et la présence de stries noires sur les tiges sont des symptômes habituels de l'infection par la pourriture charbonneuse. (Photo : XB Yang)

Figure 2. Une décoloration grise et la présence de stries noires sur les tiges sont des symptômes habituels de l'infection par la pourriture charbonneuse. (Photo : XB Yang)

Vérifiez la présence de minuscules points ronds et noirs (microsclérotes) produits à l'intérieur et à la surface de la racine pivotante et sur les tiges inférieures et d'apparence grisâtre. Si l'on fend la tige inférieure ou la racine, on peut remarquer des stries noires ou foncées ou des taches sur la racine pivotante. Les plants infectés vont flétrir et sont souvent rabougris. Le jaunissement de leurs feuilles peut être confondu avec les symptômes de sécheresse ou d'autres flétrissures.

Pourquoi y en a-t-il tant cette année? La fusariose vasculaire et les autres pourritures des racines sont plus importantes quand le soya et les racines subissent un stress hydrique, thermique ou aux racines. En outre, le nématode à kyste du soya peut augmenter les stress d'un plant déjà atteint et les ouvertures qu'il crée fournissent un accès aux nombreux agents pathogènes terricoles des racines. Le stress peut interférer avec l'activité normale du système racinaire du plant, et par conséquent affecter la croissance et augmenter les risques de maladies des racines. Le rabougrissement, une croissance généralement amoindrie et le flétrissement sont tous des symptômes de stress des racines. Ce stress peut aussi ressembler à des carences nutritives.

Figure 3. Les symptômes de fusariose vasculaire dans un champ de soya peuvent être attribuables à différents agents pathogènes.

Figure 3. Les symptômes de fusariose vasculaire dans un champ de soya peuvent être attribuables à différents agents pathogènes.

Il est important de se rappeler que chaque champ est différent et que bon nombre de ces maladies peuvent survenir dans un même champ. Par exemple, Terry Anderson (phytopathologiste à la retraite, anciennement au service d'AAC à Harrow) qui a bien voulu collaborer à un nouveau projet sur les maladies des semis, financé par les GFO et dans le cadre du PCAA, a observé la répartition suivante des champignons dans deux champs du comté d'Essex présentant des symptômes de fusariose vasculaire. Le pourcentage de plants infectés dans le premier champ se répartissait comme suit : Fusarium (93 %) et pourriture charbonneuse (36 %), et dans le deuxième champ : Fusarium (25 %), pourriture charbonneuse (25 %), Phytophthora (25 %), chancre des tiges (8 %) et Pythium (8 %).

Il est important que les producteurs fassent du dépistage dans leurs champs et repèrent les problèmes dès maintenant jusqu'à la récolte. Cette mesure facilitera le choix des variétés résistantes, si elles existent, ainsi que l'adoption de pratiques de gestion appropriées. La rotation culturale avec des plants non hôtes comme le maïs et le blé (petites céréales) peut réduire le nombre d'agents pathogènes responsables des flétrissures, mais seulement dans une certaine mesure, car certains champignons peuvent infecter d'autres cultures et des mauvaises herbes également. La réduction de la quantité de résidus de soya infectés à la surface du sol constitue une autre pratique de gestion possible. On ne peut pas changer la température, mais on peut toutefois atténuer les risques futurs de maladies.


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