Pâturages : l'or vert
Système de pâturage intensif, l'expérience d'une ferme
Le 25 juin, le club des éleveurs laitiers biologiques francophones
(Organic Meadow's) s'est réuni pour la troisième fois cette
année. La journée était consacrée à
la gestion d'un système de pâturage intensif. Nous avons
profité d'une journée chaude, ensoleillée et pour
une fois sans averse!
La journée a commencé avec Kornel et Olga Schneider, propriétaires
de la « Ferme la rêveuse ». Pourquoi ce nom? Ils nous
ont raconté que c'était l'un de leurs rêves de devenir
propriétaires d'une ferme au Canada, même avant de partir
de Suisse pour venir ici. Basée à Curran dans l'Est de l'Ontario,
cette exploitation qui compte 75 vaches n'est pas certifiée biologique.
Avec une excellente présentation PowerPoint, ils nous ont expliqué
l'évolution de la ferme ces 15 dernières années.
Ils sont passés du modèle canadien traditionnel d'exploitation
extensive à un système de pâturage intensif efficace.
À mesure qu'évoluait leur système de pâturage,
il gagnait en efficacité. M. Schneider a précisé
à quel point leur exploitation dépendait de moins en moins
du maïs et des céréales. L'alimentation animale est
maintenant constituée à 95 % de pâture des animaux
et des fourrages.
Toutes les superficies de pâturage servent à faire paître
les trois groupes d'animaux suivants : vaches laitières, vaches
taries et animaux pour assurer la relève. Tous ces animaux sont
à l'extérieur à l'année longue avec accès
à un abri où ils peuvent tous trouver refuge. Kornel Schneider
a indiqué qu'il préférait investir dans une salle
de traite efficace et des plus modernes, plutôt que dans un bâtiment
où les vaches devraient attendre leur tour pour la traite.
Les veaux sont élevés en groupe jusqu'à l'âge
de six mois. Les génisses reçoivent de 6 à 10 litres
de lait par jour pendant trois mois dans un distributeur d'alimentation
conçu par le propriétaire, semblable à ceux des fermes
commerciales.
L'étable à stabulation libre à logettes sur litière
(paille) offre au troupeau laitier un espace propre et sec. Selon Kornel
Schneider, il n'y a ni problème de reproduction ou de locomotion
dans le troupeau. Le parage des onglets est rarement nécessaire.
Kornel et Olga Schneider sont tout deux de fins observateurs du comportement
animal et ils prennent des décisions en se basant sur les besoins
des vaches plutôt que ce qui serait avantageux pour les propriétaires.
Comme ils ont mentionné au cours de leur présentation, le
succès est la somme des petits détails, quand on fait les
choses de la bonne façon. Cette approche génère une
production de plus de 8 900 litres par lactation par vache, avec une quantité
très limitée de concentré et l'accent mis sur les
fourrages et les pâturages.
Après la présentation Power Point, une visite des pâturages
a eu lieu. Nous avons vu des peuplements nouvellement établis,
ensemencés avec un semoir à la volée de grande précision
importé d'Europe. Le peuplement était incroyablement uniforme.
Les experts présents ont affirmé que c'était le plus
beau peuplement qu'ils aient jamais vu. Tous les champs, même les
plus anciens, étaient très propres et luxuriants. Les Schneider
limite au minimum l'usage des herbicides mais les champs sont pulvérisés
au besoin pour maîtriser les mauvaises herbes. Les pâturages
sont ensemencés de plusieurs types de mélanges différents,
principalement composés de brome, de ray-grass vivace, de phléole
des prés, de trèfle rampant, de trèfle blanc ladino
et de trèfle rouge. Une superficie de plus de 100 acres de pâturages
est consacrée aux bovins laitiers. Ce sont ceux qui sont les plus
près de l'étable, que l'on considère d'ordinaire
les plus valables sur une ferme.
Les Schneider confient un secret : fournir une bande de pâturage
fraîche au moins deux fois par jour, au bon stade végétatif
et de la bonne hauteur. Ils appliquent cette règle " du nez
au genou " pour éviter le surpâturage. Le temps et l'expérience
aidant, le système de pâturage est plus fiable et il est
géré avec plus de souplesse. Les Schneider n'ont pas adopté
de plan précis pour gérer leur système; tout est
accompli selon la température, la croissance et la maturité
des pâturages et l'inspiration du moment! Lors de notre visite,
on estimait que le pâturage qui était prêt pour les
animaux avait une teneur d'environ 3 300 kg de matière sèche.
Des conduites sont disposées le long des clôtures pour que
l'eau soit disponible dans chaque enclos. Les enclos des animaux ne sont
pas fixes, le système de clôtures est adaptable et permet
d'en changer la grandeur selon les besoins.
Avec une formule élaborée au Québec et basée
sur une saison de pacage de 150 jours sur une superficie de 100 acres,
70 vaches produisent 29,7 kg de lait par jour avec une teneur de 4 % de
matière grasse butyrique, grâce à seulement 1,7 kg
de maïs. On évalue à 26 kg par jour la production de
lait du troupeau provenant du pâturage. C'est plus de 2 700 kg de
lait à l'acre, soit 2 000 $ de revenu brut.
J'ai été surtout impressionné par la propreté
des animaux ainsi que par leur condition physique, tant des vaches que
des génisses. Même si le jour était assez chaud, les
vaches étaient actives et broutaient dans la nouvelle bande qui
leur avait été offerte autour de midi. Chose surprenante,
il y avait relativement peu de mouches présentes.
À notre retour des champs, un copieux repas préparé
par Olga nous attendait, composé de divers pains, saucisses et
autres charcuteries, en plus de salades, gâteaux et autres délices,
le tout fait maison.
Après ce festin, Robert Berthiaume (Agriculture Canada) a réussi
à capter notre attention par une excellente présentation
sur les recherches qu'il mène actuellement au centre de recherche
sur les cultures biologiques d'Alfred.
Pour sa part, Hubert McLelland (retraité du MAPAQ) a fait une
présentation sur un réseau regroupant des éleveurs
d'animaux de l'Est de l'Ontario et de l'Ouest du Québec, qu'il
a dirigé il y a quelques années. Ce réseau n'est
plus en activité à la suite de difficultés financières,
mais de nombreux participants ont émis le souhait d'une initiative
similaire par le groupe.
Un ingénieux système de clôture fait maison
Des boucles en acier fabriquées à la main sont rattachées
à un tuyau de plastique ABS au moyen de colliers de fixation; la
portion ABS est alors insérée dans un piquet d'acier en
forme de T. Selon Kornel Schneider, un système de clôture
simple et efficace assure le bon rendement d'un système de gestion
intensif des pâturages.

Des vaches qui font de l'excellent travail et qui rentabilisent ces pâturages.