Des progrès ont été réalisés dans la recherche épidémiologique sur le virus de la sharka

Pour nos recherches, nous avons passé la majeure partie de l'année 2012 (hiver et été) à examiner les vergers commerciaux pour repérer la présence éventuelle du virus de la sharka (PPV) dans les pêchers. Après avoir obtenu l'autorisation des producteurs, nous avons pu examiner de manière approfondie 18 blocs de vergers (11 740 arbres) qui avaient déjà été touchés par le PPV. Parmi ces arbres, nous avons constaté la présence du virus dans 11 arbres à un emplacement et 6 à un autre emplacement. Nous avons utilisé ces arbres pour réaliser notre étude. Au cours des quatre prochaines années, les arbres, sains ou atteints par le virus, à chaque emplacement seront examinés afin de déterminer les effets du PPV sur la croissance, la viabilité, le rendement des arbres, ainsi que sur la qualité de leurs fruits. Tous les ans, nous étudions également la répartition du virus au sein des arbres étudiés afin de déterminer la façon dont le virus se propage dans l'arbre. Ces renseignements sont particulièrement utiles lorsque l'on prélève des échantillons sur les arbres d'un verger pour détecter la présence du virus. Des études préliminaires semblent indiquer que, lorsque le virus est transmis par des pucerons se nourrissant des feuilles, il commence par atteindre le porte-greffe de l'arbre, puis se propage au feuillage dans les années qui suivent. La question qui demeure toutefois sans réponse est le temps qui s'écoule entre le moment où le puceron contamine l'arbre et celui où l'on peut diagnostiquer la présence de la maladie de façon fiable. De plus, chaque année, nous examinerons tous les vergers en vue de mieux connaître les distances sur lesquelles les pucerons peuvent généralement propager le virus.

Le mystère demeure entier quant aux conséquences que pourrait avoir sur la production et la viabilité des vergers une infection précoce par le PPV des arbres nouvellement plantés. Bien que l'on ait constaté que les autres virus qui touchaient les arbres fruitiers causaient le rabougrissement et la mort des jeunes arbres, on en sait très peu sur les effets de la souche Dideron du PPV sur les arbres qui sont touchés par le virus au début de leur développement. Un abri grillagé modifié et homologué par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a été utilisé dans le cadre de l'étude sur le PPV et 75 pêchers de deux ans de 5 variétés différentes ont été sélectionnés. En septembre 2012, on a inoculé le PPV à dix arbres de chaque variété. Au cours des quatre prochaines années, les arbres seront examinés pour déterminer les conséquences du PPV sur leur croissance et leur rendement, ainsi que sur la qualité de leurs fruits.

Pour étudier l'influence de la vigueur des arbres sur leur prédisposition à contracter le PPV, les arbres des parcelles répétées ont reçu, pendant trois ans, une quantité normale d'engrais azoté, le double de la quantité normale ou bien ils n'en ont pas reçu du tout. La méthode des feuilles détachées mise au point par AAC a ensuite été utilisée pour inoculer le virus aux feuilles détachées prélevées à intervalles réguliers tout au long de la saison. Les résultats obtenus ont permis de confirmer que la résistance augmente en été, mais que, sur le plan statistique, aucune différence n'a été constatée entre les traitements. Des études connexes utilisant la même technique sur feuilles détachées sont actuellement menées pour déterminer les éventuelles différences relatives à l'apparition du virus et au degré de résistance saisonnière entre les pêchers dont les fruits sont destinés à la conserverie et ceux dont les fruits sont destinés au marché du frais, ainsi qu'entre les variétés précoces et les variétés tardives. Ces études seront achevées d'ici l'automne. Parmi les recherches à venir, on étudiera notamment les effets engendrés par les régulateurs de croissance des plantes et par les oligo-éléments sur le degré de résistance saisonnière.

On admet généralement que les insecticides sont inefficaces en ce qui concerne la gestion des virus non persistants transmis par les pucerons. Cependant, plusieurs aphicides récemment homologués dont l'action est rapide ou qui perturbent l'alimentation des pucerons sont actuellement étudiés par le laboratoire afin de connaître leur capacité à entraver la transmission du virus. Un modèle de système qui consiste à utiliser le puceron vert du pêcher pour transmettre le virus de la mosaïque du navet est en cours d'élaboration. Il permettra l'évaluation rapide de ces produits.

On a constaté que la pulvérisation d'huile sur les feuilles permettait de neutraliser la transmission du PPV et d'autres virus non persistants, ainsi que de contribuer au contrôle des acariens et des insectes à corps mou, tels que les pucerons. Tout comme l'industrie (PetroCanada), nous n'avons trouvé aucun élément indiquant que les applications d'huile répétées jusqu'à la fin du mois de juin avaient exercé des effets adverses sur la croissance de l'arbre ou sa productivité. Nous cherchons actuellement à savoir si les pulvérisations d'huile réalisées au cours du développement des fruits ont une influence sur leur maturité ou leur qualité. Des études ont également été réalisées pour étudier un aspect important des enquêtes de détection : elles visaient à savoir si les résidus d'huile horticole pulvérisée sur les feuilles exerçaient des effets inhibiteurs sur la détection du PPV à l'aide de tests moléculaires ou sérologiques. Les résultats obtenus ont clairement démontré que les résidus d'huile sur les feuilles n'entravaient pas la détection du virus. En complément des précédentes études qui visaient à étudier l'efficacité des pulvérisations d'huile sur le blocage de la transmission du PPV, une étude chronologique a été menée en laboratoire pour déterminer la persistance de l'huile appliquée sur les feuilles de pêcher. L'étude de la persistance de l'huile dans des conditions réelles est prévue pour l'été 2014.

Au cours de l'hiver 2012, la présence du puceron noir du pêcher (Brachycaudus persicae) a été observée sur des pêchers de Niagara-on-the-Lake et des recherches ont été menées pour évaluer sa persistance. Comme l'ont montré plusieurs études, ce puceron constitue un vecteur efficace du virus PPV. Le degré d'influence exercé par cette espèce sur la propagation naturelle du PPV sera déterminé par les niveaux de population et les périodes d'envol. Un programme de surveillance continue des pucerons devrait permettre d'obtenir des renseignements sur la biologie de cette espèce dans le sud de l'Ontario.

En se basant sur de précédentes études qui consistaient à inoculer artificiellement le virus à des arbres en pot et à des feuilles de pêcher détachées en utilisant le puceron vert du pêcher comme vecteur du virus, notre recherche a montré que les arbres résistent davantage à l'infection naturelle des pucerons au cours de la période de végétation. Les arbres semblent atteindre leur plus haut degré de vulnérabilité au printemps et au début de l'été, période à laquelle on observe un pic dans le nombre de pucerons. Pour augmenter la résistance des arbres en été, il est possible de procéder par interférence de l'ARN, un mécanisme naturel de résistance antivirale. Chez les plantes-hôtes herbacées, l'interférence par ARN est plus efficace lorsque les plantes sont cultivées à des températures élevées. Cette technique n'a cependant pas été testée sur les plantes ligneuses. On étudie actuellement des échantillons de feuilles saines et infectées récoltées au printemps, en été et en automne afin de déterminer si un mécanisme d'interférence par ARN a été déclenché durant les mois les plus chauds de l'été. Si l'on comprenait comment un tel mécanisme est susceptible de rendre les arbres plus résistants à l'infection, cela pourrait être très utile dans le cadre des programmes de sélection. L'analyse de ces marqueurs génétiques pourrait également permettre de déterminer le moment où les arbres cessent d'être vulnérables à l'infection et celui où les interventions visant à empêcher la propagation du virus, telles que la pulvérisation d'huile, ne sont plus nécessaires. On effectue actuellement des tests pour déterminer les effets de l'inhibition de l'expression des principaux gènes du pêcher (comme les protéines Argonautes) au cours de la saison. On a optimisé l'analyse en temps réel utilisant la méthode PCR-CDNA et on a déterminé les gènes de référence appropriés qui présentent une expression stable pendant la saison, que ce soit dans des arbres infectés par le PPV ou dans des arbres sains. Les résultats préliminaires semblent indiquer que la protéine Argonaute 1 ne subit pas de modification majeure pendant la période de végétation. Ces résultats seront validés par l'analyse de nouveaux échantillons qui seront recueillis au cours de la période de végétation de 2013. Des échantillons prélevés en 2012 et en 2013 seront testés pour étudier les effets de l'inhibition de l'expression d'autres gènes (p. ex., les autres protéines Argonautes, les protéines Dicer et les ARN polymérases dépendants de l'ARN).

Fig. 1 : Symptômes du PPV sur les feuilles, les fruits et les fleurs des variétés symptomatiques

Fig. 1 : Symptômes du PPV sur les feuilles, les fruits et les fleurs des variétés symptomatiques

Fig. 2 : Des échantillons de feuilles provenant de vergers sont laissés à macérer dans une solution tampon, puis placés sur des plaques multipuits pour être testés.

Fig. 2 : Des échantillons de feuilles provenant de vergers sont laissés à macérer dans une solution tampon, puis placés sur des plaques multipuits pour être testés.

Fig. 3 : À gauche : Isolation de l'ARN des plantes laissées à macérer. À droite : Utilisation du robot de manipulation des liquides pour ajouter des réactifs aux échantillons d'ARN extraits et disposition sur des plaques à essais aux fins d'analyse.

Fig. 3 : À gauche : Isolation de l'ARN des plantes laissées à macérer. À droite : Utilisation du robot de manipulation des liquides pour ajouter des réactifs aux échantillons d'ARN extraits et disposition sur des plaques à essais aux fins d'analyse.

 


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca